Afrique Ameriques Asie Europe Moyen-Orient Nations unies
 

Singapour


-  Population : 4 183 000
-  Internautes : 2 100 000 (2002)
-  Prix moyen pour 20h de connexion : 9 euros
-  DAI* : 0,75
-  Appréciation** : situation difficile

A Singapour, l’Etat est omniprésent, la censure toute-puissante et la société civile atrophiée. Ce contrôle s’exerce néanmoins sans les excès ni la violence des régimes chinois ou cubains. Les leaders de l’Etat-cité ont su jouer sur l’idée que la liberté était le prix à payer pour la prospérité économique. Le Net singapourien est ainsi presque exsangue de débat politique. La contestation n’émerge qu’à partir de sites et de forums gérés par des expatriés.

"On m’accuse souvent d’interférer dans la vie privée des citoyens. Cependant, si je ne l’avais pas fait, nous ne serions pas là où nous sommes aujourd’hui." Cette phrase résume à elle seule la politique de l’ex-Premier ministre du pays, Lee Kwan Yew, à l’égard des libertés individuelles. Celles-ci ne sont jamais prioritaires, tout bon citoyen devant avoir conscience que l’intérêt de la nation est prépondérant. Cette mentalité reste celle du régime malgré le retrait partiel de Lee Kwan Yew, en 1990, après 31 ans de règne.

Internet est censuré au même titre que les médias traditionnels. Le régime a d’ailleurs été l’un des premiers au monde à comprendre l’importance du Net comme vecteur de contestation pour la société civile. Il s’est attelé à la régulation du Réseau dès 1999 et les événements du 11 septembre 2001 n’ont fait qu’accélérer un processus déjà avancé.

Les fournisseurs d’accès mis au pas

Dès 1998, le gouvernement de Singapour a fait passer deux lois importantes dans le domaine de l’informatique et d’Internet. La première, "sur l’utilisation malveillante de l’informatique", fournit à la police des moyens étendus pour intercepter les communications électroniques. Elle donne notamment aux autorités la possibilité de briser le cryptage d’une correspondance, dans le cadre d’une enquête et sous contrôle du procureur. La seconde, sur les transactions électroniques, autorise la police à effectuer la saisie et la fouille d’ordinateurs sans qu’un mandat soit nécessaire. Ces lois viennent compléter un dispositif législatif, en particulier la loi sur la sécurité intérieure (ISA), déjà très restrictif pour les libertés individuelles.

L’Etat a placé Internet, dès la fin des années 90, sous le contrôle de l’Autorité audiovisuelle de Singapour (Singapore Broadcasting Authority, SBA) qui contrôle l’accès aux sites et les contenus, et appelle au respect d’une charte définissant une utilisation "responsable" d’Internet. La SBA demande aux opérateurs de bloquer l’accès aux sites proposant des contenus "portant atteinte à la sécurité publique, à la défense nationale, à l’harmonie raciale et religieuse, et à la morale publique". Elle aurait déjà fait bloquer plus de cent sites jugés pornographiques. Cette même autorité a également imposé un code pratique à l’usage des fournisseurs d’accès à Internet (FAI), dont les activités sont soumises à l’obtention d’une licence. Ils doivent par ailleurs installer des systèmes de filtrage au travers desquels doivent passer les connexions Internet locales. Ce filtrage touche certes majoritairement les sites pornographiques, mais il s’étend également aux publications politiques, surtout en période électorale.

La loi autorise les employeurs à surveiller les appels et les communications électroniques de leurs employés. Si un salarié perd son travail en raison d’un e-mail qui a été intercepté par son patron, il n’a aucun moyen de contester cette décision.

Les sites politiques et religieux doivent être enregistrés auprès de l’Autorité de développement des médias (MDA). Cet organisme public, créé en 2002 par la fusion de plusieurs autorités de contrôle des médias, demande également aux FAI de bloquer une centaine de sites qu’il juge indésirables.

Un pouvoir discrétionnaire pour surveiller le Réseau

Un amendement de l’article 15A de la loi " sur l’utilisation malveillante de l’informatique " a été adopté par le parlement de Singapour en novembre 2003. Il autorise la surveillance complète de l’activité d’un internaute, grâce à des logiciels de monitoring en temps réel, et permet son arrestation avant que le délit n’ait eu lieu. Les cybercriminels sont désormais passibles de peines allant jusqu’à trois ans de prison.

Ho Geok Choo, membre du Parlement, affirme pour sa part que " le texte ainsi modifié se rapproche de la loi sur la sécurité intérieure (ISA) adoptée pour lutter contre la criminalité classique ". Or l’ISA, adoptée peu après l’indépendance de la Cité-Etat, a longtemps été utilisée par le gouvernement pour effectuer des arrestations arbitraires de dissidents politiques.

Des membres du Parlement dénoncent par ailleurs le manque de précision des termes utilisés dans le texte de loi. Selon Chee Soon Juan, secrétaire général du Parti démocrate de Singapour, cette loi n’est qu’un prétexte utilisé par le gouvernement pour contrôler l’usage d’Internet.

La loi n’indique pas quel type d’agence ou d’organisation est autorisé par le ministre de l’Intérieur à surveiller le Net. Elle n’indique pas non plus les mesures qui pourront être prises par le ministre lorsque celui-ci juge " l’attaque imminente ". Le texte ne prévoit pas le contrôle par un organe indépendant du bien-fondé des décisions prises.

Un site de discussion attaqué

Le forum en ligne Singapore Review, qui diffuse entre autres des messages critiques envers le gouvernement, a été attaqué, le 6 octobre 2003 au matin, par un pirate informatique qui a réussi à accéder à l’outil d’administration du modérateur du forum. C’est par ce biais qu’il a bombardé de faux messages le groupe de discussion, hébergé par Yahoo !. Entre 150 et 200 de ces e-mails ont été envoyés toutes les vingt minutes, poussant 200 membres à quitter le groupe de discussion.

Le site de discussion est décrit, sur sa page d’accueil, comme " une alternative aux médias de propagande existant à Singapour ". Il propose des articles de la presse internationale, ainsi que des rapports d’organisations de défense des droits de l’homme. L’éditrice du forum, écrivant sous le pseudonyme de Melanie Hewlitt, encourage également les membres du forum à exprimer leurs propres opinions, " ce que les médias de Singapour sont incapables de faire ".

Sites utiles

Le Forum en ligne Singapore Review
http://groups.yahoo.com/group/Sg_Review

-  L’organisation de défense de la liberté d’expression en Asie du Sud-Est Think Centre
www.thinkcentre.org

-  Le site de James Gomez, spécialiste des questions de liberté d’expression à Singapour
www.jamesgomeznews.com (provisoirement inaccessible, mars 2004)

-  La Media Development Authority, autorité de régulation des médias et d’Internet
www.mda.gov.sg

*Le DAI (Digital Access Index) est un indice créé par l’Union internationale des télécommunications pour mesurer la capacité des individus d’un pays donné à accéder aux technologies de l’information et de la communication. Les notes vont de 0 (incapacité totale) à 1 (accès parfait).

**Les appréciations (situation bonne, moyenne, difficile, grave) ont été établies à partir de sept critères : cyberdissidents ou journalistes online tués, emprisonnés, harcelés, censure de sites d’informations, existence de sites d’informations indépendants, existence de fournisseurs d’accès indépendants, coût abusif de connexion.



Les entraves à la circulation de l'information sur le réseau

Analyses :
Appel à la vigilance
Souvenons-nous du 10 septembre 2001
Sur un Internet filtré, les choses ne sont pas ce qu’elles paraissent
Pays par pays :

3.06 - Etats-Unis / Egypte
Reporters sans frontières demande à Barack Obama d’évoquer la liberté d’expression en Egypte lors de son allocution du 4 juin au Caire
26.05 - Egypte
Un blogueur condamné à près de 6 000 euros pour avoir dénoncé la pollution industrielle
20.05 - Cuba
“N’importe qui peut naviguer sur Internet... sauf s’il est cubain”
19.05 - Syrie
Le code de la presse : une menace pour Internet
15.05 - Birmanie
Reporters sans frontières inquiète pour la libre circulation de l’information
14.05 - Bahreïn
Reporters sans frontières dénonce la multiplication des procédures contre les journalistes et les sites Internet
12.05 - Fidji
Arrestation de deux journalistes “Un nouveau coup de semonce pour la liberté de la presse” pour Reporters sans frontières
11.05 - Malaisie
Le défenseur des droits de l’homme P. Uthayakumar libéré
7.05 - États-Unis
“Pour combattre la censure sur Internet, les entreprises ne peuvent plus agir seules”
5.05 - Turquie
Joyeux anniversaire YouTube : un an de blocage