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Hu Jia
Chine

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Hu Jia a été condamné, le 3 avril 2008, à trois ans et demi de prison, pour avoir publié des informations relevant des affaires d’Etat sur des sites internet basés à l’étranger. Il a été arrêté, le 27 décembre 2007, pour "incitation à la subversion au pouvoir de l’Etat" avant d’être jugé, le 18 mars 2008, par le tribunal intermédiaire de Pékin. Le 8 mai, Hu Jia a été transféré vers le centre de détention de Hubai à Tianjin (200 km à l’est de Pékin). Sa femme et leur jeune fille sont en résidence surveillée, à Pékin.

Hu Jia s’est engagé dans des actions humanitaires dès le début des années 1990. Impliqué dans la prévention et l’aide aux malades atteints du SIDA, son combat s’étend également à la protection de l’environnement, et la défense des prisonniers d’opinion. Très actif sur Internet, il utilise son blog et réalise des vidéos pour montrer la répression du régime chinois envers les défenseurs des droits de l’homme. En mars 2006, il a été détenu au secret pendant 40 jours. A sa remise en liberté, son appartement devient une résidence surveillée. Des policiers encerclent son immeuble et l’empêchent de sortir, tandis que sa femme, Zeng Jinyan, est suivie dans ses moindres déplacements.

Le couple a remporté le prix Reporters sans frontières - Fondation de France spécial « Chine », début décembre 2007. Zeng Jinyan a été élue par le Time comme l’une des cent personnes les plus influentes dans le monde en 2006. Le 26 novembre 2007, Hu Jia avait déclaré par webcam devant le Parlement européen : "C’est ironique que l’un des responsables de l’organisation des JO soit le chef du Bureau de la Sécurité publique qui est responsable de tant de violations des droits de l’homme. Il est très grave que les promesses officielles n’aient pas été tenues avant les Jeux olympiques".

Chronologie de son arrestation

27 décembre 2007
15h : irruption d’une vingtaine de policiers dans la maison de Hu Jia où se trouvait sa femme Zeng Jinyan, sa grand-mère, et leur fille de 6 semaines. Les policiers coupent leur connexion Internet et leurs téléphones, puis emmènent Hu Jia. D’autres policiers restent dans la maison pour empêcher Zeng Jinyan de prévenir d’autres personnes. Ils lui ont montré un mandat d’arrêt contre son mari pour « incitation à la subversion du pouvoir de l’Etat ».

28 et 29 décembre 2007
Le militant des droits de l’homme Li Jinping a essayé d’approcher du domicile de Hu Jia et Zeng Jinyan. Il en a été empêché, puis interrogé par la police.

31 décembre 2007
Hu Jia est détenu au centre de détention municipal de Chaoyang, dans la banlieue nord-est de Pékin. La police a déclaré à sa famille qu’elle recherchait des articles qu’il a publiés en ligne, notamment sur les JO. Le président du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering, demande la libération de Hu Jia.

2 janvier 2008
Le domicile de Hu Jia et Zeng Jinyan est encerclée par une dizaine de voitures de police et 30 à 40 policiers. Les policiers empêchent Zeng Jinyan d’entrer en contact avec qui que ce soit. La police l’a menacée, en lui disant qu’il valait mieux qu’elle coopère si elle tenait à protéger son bébé.

3 janvier 2008
La porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré à propos de l’affaire Hu Jia : « Chacun est égal devant la loi et personne n’est au-dessus des lois. Nous gérons cette affaire conformément au droit. »

4 janvier 2008
Les autorités chinoises ont refusé aux avocats de Hu Jia, Li Jinsong et Li Fangping, de rendre visite à leur client, prétextant que cette affaire relevait du « secret d’Etat ».

5 janvier 2008
La police a fouillé la maison des parents de Hu Jia, de peur que ces derniers ne donnent des documents concernant l’arrestation de leur fils aux médias. Zeng Jinyan a été questionnée par la police. Ils l’ont dissuadée de parler à quiconque de sa situation et de celle de son mari.

6 janvier 2008
Une lettre ouverte signée par plus 90 personnalités chinoises (activistes, écrivains, avocats) a qualifié cette arrestation d’« inacceptable ». Ils appellent à la libération immédiate de l’activiste et demandent aux autorités de veiller sur son état de santé.

8 janvier 2008
Zeng Jinyan s’est adressée à des journalistes allemands par une des fenêtres de son appartement. Elle a déclaré : « Les policiers ont fouillé l’appartement plusieurs fois et ils ont pris notre ordinateur et les téléphones. Je suis très inquiète pour Hu Jia. » Les policiers ont ensuite installé un rideau afin qu’elle ne soit plus visible de l’extérieur.

10 janvier 2008
Li Jinsong, avocat de Hu Jia, a été placé en détention pendant quelques heures dans l’hôtel de Pékin où il réside. Li Fangping, autre avocat de Hu Jia, a été fortement dissuadé par la police de s’approcher du domicile de Zeng Jinyan. Les deux avocats ne peuvent toujours pas voir Hu Jia.

11 janvier 2008 Un groupe de journalistes étrangers a été empêché d’accéder à l’immeuble de Zeng Jinyan et de la rencontrer. Les policiers ont décrété qu’une enquête criminelle était en cours. Ils ont demandé aux journalistes d’effacer leurs clichés.

14 janvier 2008
Le porte-parole du département d’Etat des Etats-Unis, Sean McCormack, a déclaré : « C’est un cas que nous suivons de près et nous l’avons évoqué avec les autorités chinoises. Il est inquiétant et j’espère que le gouvernement chinois acceptera de nous fournir des détails à ce propos. Notre ambassade à Pékin suit cela de très près ».

15 janvier 2008
L’Union européenne annonce qu’elle va protester formellement auprès de la Chine à propos de l’arrestation de Hu Jia. « Nous prenons ce cas très au sérieux. Il y aura une démarche auprès de la Chine. C’est encore en discussion, mais ce sera fait très bientôt », a indiqué une source.

17 janvier 2008
Le Parlement européen vote une résolution réclamant la libération immédiate de Hu Jia, demande de ne pas prendre prétexte des JO pour détenir illégalement des défenseurs des droits de l’homme. Une troika de l’UE a entamé des négociations avec la Chine.

18 janvier 2008
Des blogueurs chinois montrent leur solidarité avec Hu Jia et sa famille en postant des commentaires sur son arrestation ou des messages de soutien. Mais les cybercenseurs sont très réactifs et effacent les écrits des sympathisants de Hu Jia.

19 janvier 2008
Une note de Hu Jia, que les autorités lui ont permis d’écrire, à été transmise à sa famille. Il déclare que ses conditions de détention sont correctes, mais que ses proches lui manquent cruellement.

20 janvier 2008
Une quarantaine de blogueurs pékinois se sont rendus au domicile de Zeng Jinyan en signe de protestation. Repérés par la police, ils ont été empêchés d’arriver à son immeuble. Zeng a refusé aux agents d’entrer dans son appartement. Ils l’ont alors menacée de l’incarcérer pour les mêmes raisons que son mari. Xu Zhiyong, avocat pékinois, a envoyé une lettre ouverte au président Hu Jintao pour dénoncer l’arrestation de Hu Jia.

21 janvier 2008
Teng Biao, avocat et défenseur des droits de l’homme, affirme qu’une ligne a été tracée autour de l’immeuble de Zeng Jinyan, délimitant un périmètre interdit surveillé par les policiers. Li Jinsong, l’avocat de Hu Jia, a demandé aux autorités une libération provisoire de son client jusqu’à son procès, pour des raisons médicales. Les autorités n’ont pas répondu à cette requête.

23 janvier 2008
Des blogueurs qui avaient tenté de s’approcher du domicile de Zeng Jinyan, le 20 janvier, ont été arrêtés et interrogés par la police pendant plusieurs heures. Les tentatives d’envoyer ou d’apporter du lait en poudre à Zeng semblent toutes avoir échoué. Les policiers interceptent tous les courriers destinés à Zeng. Yuan Weijing, la femme de l’avocat incarcéré Chen Guangcheng, a écrit une lettre ouverte au président Hu Jintao dans laquelle elle appelle à la libération immédiate de Hu Jia. Yuan, qui est également en résidence surveillée, a déclaré être inquiète de l’état de santé de Hu Jia et de la situation de Zeng Jinyan.

28 janvier 2008
Hu Jia est toujours détenu au secret, son action ayant été qualifiée de "nuisible envers la société". L’un de ses avocats, Li Fangping, a signalé à Radio Free Asia qu’il avait essuyé un second refus de la police à sa demande de libération provisoire pour son client. Selon Li Fangping, une fois l’investigation achevée, la police ne pourra plus s’opposer aux visites des avocats. L’autre avocat, Li Jingsong, qui aurait été récemment en contact avec la police de Pékin, n’est pas joignable depuis quelques jours.

30 janvier 2008
La famille de Hu Jia est informée qu’il a été inculpé pour "incitation à la subversion du pouvoir de l’Etat", deux jours seulement avant la fin du délai légal de détention provisoire.

4 février 2008
Le 3 février 2008, une centaine de pétitionnaires, originaires de plusieurs provinces chinoises, se sont rendus au domicile de Hu Jia, afin de manifester leur soutien à son épouse Zeng Jinyan, à l’approche du nouvel an chinois. Les gardiens de la résidence et les agents de police ont bloqué l’accès à l’appartement et contrôlé les papiers des visiteurs. "Nous avons été suivis par deux véhicules de police alors que nous empruntions l’entrée secondaire. Huit ou neuf agents de la sécurité d’Etat, en poste à notre arrivée, ont appelé des renforts", rapporte Madame Xiao, qui s’est présentée sur Radio Free Asia comme une "simple citoyenne".

Le même jour, des reporters étrangers ont été empêchés d’accéder au pied du bâtiment. Ils ont néanmoins pu recueillir les témoignages des pétitionnaires chinois refoulés par la police.

Par ailleurs, le père de Hu Jia a obtenu un droit de visite, le lendemain de l’inculpation du militant des droits de l’homme. Quant à sa mère, contactée par téléphone par un journaliste, elle a préféré ne pas se prononcer sur cette affaire qu’elle juge "très compliquée".

De son côté, Zhai Minglei, rédacteur en chef du magazine Société civile censuré en novembre dernier et ami de Zeng Jinyan, a dénoncé, dans un texte publié sur le site Boxun, le manque de transparence dans cette affaire. Le blog ouvert par Zhai Minglei sur Bokedaba a été fermé par les autorités shanghaïennes fin janvier après un mois d’exercice. Il y relayait des informations concernant Hu Jia.

22 février 2008
Le 21 février 2008, Zeng Jinyan s’est exprimée sur Radio Free Asia. A son étonnement, elle a pu rendre visite en prison à son mari, le 17 février, et reprendre contact avec le monde extérieur grâce à son téléphone portable. L’avocat engagé dans la défense des droits de l’homme, Teng Biao, a déclaré que la mobilisation internationale en faveur de Hu Jia et de sa famille a suscité une réaction chez les autorités chinoises, qui ont apparemment assoupli les mesures d’isolement du couple. L’avocat de Hu Jia, Li Fangping, a quant à lui exprimé, le 21 février, sa perplexité quant au déroulement du procès. "A croire qu’il faut attendre la prononciation du verdict pour avoir accès aux documents et pièces du dossier", a-t-il indiqué.

18 mars 2008
Aucun verdict n’a été rendu à l’issue du procès de Hu Jia, tenu le 18 mars 2008, au tribunal populaire intermédiaire de Pékin. Sa femme Zeng Jinyan, le père et un oncle de Hu Jia, appelés à comparaître comme témoins de la défense, n’ont pas pu assister à l’audience. Seule la mère de Hu Jia y a été autorisée. Zeng Jinyan et la fille du couple ont bénéficié d’une permission de visite de quelques minutes, accordée à Hu Jia à la sortie du procès.

L’avocat Teng Biao a été tenu à l’écart du tribunal. D’autres avocats ont été retenus au poste de police de Baboshan, le temps de l’audience. Teng Biao a dénoncé une procédure qui ne respecte pas la loi car le procès aurait dû être public. Aucun diplomate ou journaliste étranger n’a été autorisé à assister à l’audience, sous le motif que la salle était "trop petite".

Selon les avocats de Hu Jia, Li Fangping et Li Jinsong, le militant encourt jusqu’à cinq ans de prison.

3 avril 2008
Hu Jia a été condamné à trois ans et demi de prison pour "incitation à la subversion du pouvoir de l’Etat". Il a été reconnu coupable d’avoir publié sur des sites basés à l’étranger, notamment Boxun, des articles sur la situation des droits de l’homme avant les Jeux olympiques.

Le tribunal intermédiaire populaire de Pékin a émis ce verdict quatre mois avant le début des Jeux olympiques. Alors que les proches de Hu Jia déplorent un verdict injuste, la presse officielle a parlé d’une condamnation pour le "crime" commis par le dissident.

15 avril 2008
Le 14 avril, dix jours après l’annonce du verdict, l’un des avocats de Hu Jia, Li Fangping, s’est vu refuser l’accès à la cellule de son client. Selon les autorités, Hu Jia était absent pour "examen médical préalable à l’entrée en prison". Le 15 avril 2008, l’avocat s’est également vu refuser une visite au motif que le délai d’appel avait expiré.

L’avocat a voulu lui transmettre en urgence les documents officiels à signer relatifs à la décision d’appel mais les gardiens ont refusé, sans invoquer de raison. Aucune communication téléphonique n’a été accordée à Hu Jia, dont l’état de santé préoccupe ses proches.

4 mai 2008
Hu Jia a enfin pu recevoir la visite de sa sœur, sa mère et son épouse Zeng Jinyan, qui avaient été prévenues quelques heures plus tôt par les services de sécurité. Ils se sont entretenus durant une demi-heure. Hu Jia a dit qu’il allait être transféré vers une autre prison.

Bouddhiste, il suit un régime végétarien qui le réduit à manger du gruau et du pain à chaque repas. Hormis le rythme de vie monotone et la rareté des sorties en plein air, Hu Jia a montré un meilleur moral que lors des visites précédentes. En réponse à sa grande sœur qui l’interrogeait sur son sentiment quant à sa peine, il a estimé que son incarcération était "inévitable". Zeng Jinyan lui a fait part du soutien de l’extérieur, notamment de ses proches et amis.

Hu Jia a insisté auprès de son épouse : "Tu dois retrouver la liberté totale afin de vivre dignement."

15 mai 2008
Les proches de Hu Jia ont reçu la confirmation de son transfert, le 8 mai, vers le centre de détention de Hubai à Tianjin (200 km à l’est de Pékin). Son traitement anti-hépatite a été interrompu pendant une semaine. Par ailleurs, les agents du bureau de sécurité ont rendu à Zeng Jinyan sa carte de crédit, son livret de banque et autres objets réquisitionnés.


 

"Monsieur l’Ambassadeur de Chine,

Je me permets d’attirer votre attention sur le cas de Hu Jia, condamné, le 3 avril 2008, à trois ans et demi de prison. À notre connaissance, cet internaute et activiste n’a fait qu’exercer son droit à informer, garanti par l’article 19 de la déclaration universelle des droits de l’homme. Je vous demande donc d’intervenir auprès de votre gouvernement afin d’obtenir sa libération immédiate.

Veuillez agréer, Monsieur l’Ambassadeur, l’expression de ma haute considération."



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