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Nations Unies17.04.2009

Appel aux instances internationales et aux ONG réunies à l’occasion de la 2e conférence mondiale contre le racisme

Inquiets des menaces pesant sur la liberté d’expression lorsque les médias abordent les questions religieuses, Reporters sans frontières et le Centre de Doha pour la liberté d’information appellent es États membres des Nations unies, les organisations internationales et régionales et les ONG réunies à l’occasion de la deuxième conférence mondiale contre le racisme (Durban II) à respecter les principes énoncés ci-dessous.

Attachés à la pleine réalisation des droits de l’homme et des libertés fondamentales proclamés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, et dans d’autres instruments universellement reconnus, tels que les deux Pactes internationaux de 1966, et la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale de 1965 ; Considérant que les libertés d’expression et de religion constituent l’un des piliers essentiels d’une société libre et démocratique ; Convaincus qu’un dialogue interculturel et interreligieux approfondi favorise le développement d’une société tolérante et multiculturelle.

Confirmons notre adhésion aux principes suivants :

La liberté de religion et la liberté d’expression ne sont aucunement contradictoires ; elles se renforcent mutuellement et participent toutes deux du fondement humain et spirituel des sociétés ;
Le droit à la liberté de religion, tel que consacré par le droit international, protège avant tout l’individu et, dans une certaine mesure, les droits des communautés religieuses et de conviction, non les religions en elles-mêmes ; il garantit le respect des croyants, non des croyances ; Il n’est ni utile ni nécessaire d’adopter des limites plus contraignantes et plus répressives relatives à la liberté d’expression que celles prévues par le droit international, à savoir l’incitation à la haine nationale, raciale ou religieuse et l’appel à la guerre. L’adoption de mesures restrictives supplémentaires ferait courir le risque d’aboutir à un recul de cette liberté fondamentale qu’est la liberté d’expression, et partant à un recul de ses corollaires, dont la liberté de religion ;
La liberté d’expression ne peut faire l’objet que des seules restrictions prévues par la loi, à savoir notamment la diffamation, l’injure et l’offense, et nécessaires à la protection de la sécurité, de l’ordre public ou des libertés et droits fondamentaux d’autrui ;
L’introduction ou la réintroduction dans des textes nationaux ou internationaux du délit de « diffamation des religions » ou de « blasphème » constituerait une restriction inacceptable du droit à la liberté d’expression ;
La diffusion d’idées fausses sur les religions ou sur les membres de communautés religieuses peut choquer et susciter des réactions disproportionnées. Cependant, la réponse aux formulations blessantes ne réside pas dans l’adoption de lois limitant la liberté d’expression, mais plutôt dans la prise de mesures destinées à susciter un climat de tolérance et d’inclusion au sein duquel les religions s’exerceraient à l’abri de la discrimination ou de la stigmatisation ;
L’analyse théologique du contenu d’une religion, ainsi que la critique, la satire et les commentaires dépréciatifs, font partie de l’exercice de la liberté d’expression, de pensée et de conscience ;
L’inculture et l’ignorance, causes profondes de l’intolérance et des incompréhensions mutuelles, constituent un obstacle au traitement du phénomène religieux. Ainsi, notre époque se caractérise davantage par un « choc des incultures » que par un « choc des cultures ». Pour cette raison, l’introduction de l’enseignement de l’histoire laïque des religions est souhaitable à tous les niveaux des systèmes scolaires.

Recommandons aux professionnels des médias :

D’éviter les discours simplificateurs sur le fait religieux et de respecter scrupuleusement les règles de l’éthique journalistique, au rang desquelles viennent l’honnêteté, la bonne foi, le croisement des sources, la contextualisation des faits, et enfin la distinction des faits et de leur commentaire ;
De s’abstenir de diffuser des messages reprenant des stéréotypes et des idées fausses sur les religions, stigmatisant les croyants ou les désignant sous un angle identitaire et ethnique ;
De déconstruire les amalgames et de traquer les simplifications outrancières, qui font le lit des discriminations et de la haine ;
De combattre le « déficit de complexité », en traitant les sujets dans leurs différentes dimensions, politique, sociale, culturelle et historique ;
De renoncer au « marketing de la provocation », c’est-à-dire au traitement sensationnel du fait religieux, qui est susceptible de provoquer des réactions hostiles chez les croyants ;
D’introduire dans les écoles de journalisme, afin d’élever le niveau de culture générale, des enseignements portant sur l’histoire laïque des religions ;
D’assortir la publication ou la diffusion de tout contenu potentiellement discriminatoire, blasphématoire ou subjectivement insultant, d’un espace équivalent à l’expression d’un droit de réponse.

Pour signer cet appel, envoyez un mail à communication@rsf.org