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Arabie saoudite


-  Population : 21 028 000.
-  Langue : arabe.
-  Nature de l’Etat : royaume.
-  Chef de l’Etat : roi Fahd ben Abdulaziz al-Saoud.

Arabie saoudite - rapport annuel 2003

Pour la première fois dans l’histoire du journalisme saoudien, une campagne de presse a conduit à la démission d’un haut dignitaire religieux. Cependant, les libertés publiques dans le pays sont globalement très réduites. Ignorant le désir d’ouverture d’une partie de la société, notamment des journalistes, et malgré la pression internationale grandissante depuis les attentats du 11 septembre, les autorités essaient de maintenir à tout prix le contrôle qu’elles exercent sur Internet et sur la presse. Ce qui vaut parfois à l’Arabie saoudite le surnom de "royaume de la censure".

La presse saoudienne a toujours été soumise à une censure rigoureuse, laquelle se double d’une autocensure élevée. Le décret royal de 1982 sur la presse et les publications limite très sévèrement la liberté d’expression. La politique de censure du ministère de l’Information obéit à des finalités différentes selon les publics visés. A l’intérieur du pays, elle vise à interdire toute remise en cause du pouvoir royal et religieux. La Saoudi Press Agency, qui dépend directement du ministère de l’Information, a comme principale fonction d’indiquer aux autres médias les lignes rouges à ne pas franchir. Ainsi en 2002, les affrontements entre les forces de police et les "saoudiens afghans" armés n’ont fait l’objet d’aucune mention dans la presse. A l’extérieur, les autorités essaient de donner une image progressiste du royaume, dont les dirigeants combattraient activement le terrorisme tout en demeurant les gardiens légitimes des Lieux saints de l’Islam.

Bien que les journaux appartiennent à des institutions privées, leurs directeurs et leurs rédacteurs en chef sont désignés ou approuvés par le gouvernement. A la tête d’un véritable Etat dans l’Etat, le ministre de l’Intérieur, Prince Nayef, préside également le Haut conseil des médias. Il est celui qui a la main sur la presse. La télévision locale est volontairement sous-équipée. Bien que condamnées par les autorités, les antennes paraboliques sont très répandues. Dans les foyers et dans les ministères, la chaîne qatarie Al-Jazira, honnie du pouvoir, est la plus regardée. En début d’année, le prince héritier Abdallah donne libre cours à sa fureur contre la chaîne. Il l’accuse de menacer la stabilité du monde arabe et de discréditer les pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), dont il prend la tête pour mener une guerre larvée contre la chaîne, qui aboutit en juin au rappel de l’ambassadeur saoudien au Qatar.

Internet est une autre source d’information pour les Saoudiens. Depuis son introduction tardive dans le royaume, en 1999, son accès est censuré par un département officiel, aujourd’hui le "Internet Services Unit" (ISU). Selon une étude réalisée par l’école de droit de Harvard, plus de deux mille sites Internet sont bloqués. Sur la liste noire ne figurent pas que des sites pornographiques ou encore les sites des studios de cinéma, interdit dans le royaume. Sont également bloqués des sites sur la politique, la santé, les droits des femmes, ainsi que l’éducation. Pour déjouer la censure, de nombreux internautes ont recours aux antennes paraboliques, plus rapides et moins coûteuses que les serveurs officiels. En octobre, les autorités ont décidé d’interdire cette utilisation d’Internet, menaçant les contrevenants de sanctions. Les journalistes étrangers qui désirent se rendre en reportage dans le royaume ont d’énormes difficultés pour obtenir un visa et la presse étrangère est systématiquement censurée, les articles et photos indésirables étant remplacés par un cache noir.

Avec le développement des antennes paraboliques, les autorités ont été forcées d’accorder un léger supplément de liberté à la presse écrite. Elles ont toléré dans la presse arabophone et anglophone du pays, traditionnellement plus libre, des articles sur des sujets auparavant tabous, tels le chômage, la corruption ou les dépenses extravagantes de riches Saoudiens à l’étranger. En mars, la presse teste les limites de cette libéralisation en enquêtant sur la mort de quinze fillettes dans l’incendie de leur école dans la ville sainte de La Mecque. S’appuyant sur des témoignages, plusieurs journaux dénoncent l’obscurantisme de la police religieuse qui aurait interdit aux filles non couvertes de leur voile de quitter l’école en feu. Les lecteurs saluent les efforts des reporters locaux pour découvrir la vérité sur ce drame, mais le rappel à l’ordre des ministres de l’Information et de l’Intérieur ne se fait pas attendre.

Malgré le retour à la censure et à l’autocensure, il s’agit d’une première victoire pour la presse saoudienne qui a obtenu la démission d’un haut responsable religieux ainsi que le rattachement de l’enseignement scolaire pour les filles au ministère de l’Education. En décembre, La voix d’Al-Islah devient la première radio d’un mouvement d’opposition saoudien à émettre dans la péninsule Arabique et ailleurs par satellite. Proche du Mouvement islamique pour la réforme en Arabie (MIRA, basé à Londres), association d’inspiration islamiste fondée en 1993, la radio entend "pour la première fois pouvoir s’adresser directement à la population saoudienne".

Un journaliste incarcéré

Interpellé en avril 2000 dans la ville de Najran (fief ismaélite au sud-ouest du pays), le journaliste Saleh Al-Harith, du journal saoudien Al-Yaum, serait depuis incarcéré à la prison centrale de Dammam. Le 23 avril 2000 il prévient, par téléphone, la chaîne Al-Jazira de l’attaque menée par les forces de l’ordre contre la mosquée Al-Mansoura de Najran. Deux personnes ont été tuées et plusieurs blessées lors de cette opération. De confession ismaélite (branche du chiisme persécutée par les autorités), Saleh Al-Harith a été condamné à sept ans de prison.

Pressions et entraves

Le 18 mars 2002, le ministre de l’Intérieur, Prince Nayef, ordonne de limoger Mohamed Al-Mokhtar Al Fal, rédacteur en chef du quotidien privé Al-Madina. Les autorités lui reprochent d’avoir publié un poème d’Abdel Mohsen Mossalam très critique à l’égard de la justice islamique et de certains juges, accusés de corruption. Le 16 mars, Abdel Mohsen Mossalam, est interpellé et emprisonné à Djedda. Plusieurs groupes de défense des droits de l’homme arabes et occidentaux appellent à la libération immédiate du poète, l’un des plus connus du pays.

Depuis le 22 mars, le prestigieux quotidien panarabe Al-Hayat, journal à capitaux saoudiens, est soumis à la censure avant d’être distribué en Arabie saoudite. En 2001, les autorités avaient autorisé la distribution directe du journal, à l’instar des journaux saoudiens et de l’autre grand quotidien panarabe As-Sharq Al-Awsat. Cette mesure intervient après que Daoud Shourayan, directeur d’Al-Hayat à Riyad, a reproduit dans un éditorial de la veille des propos du ministre de l’Information Fouad Al-Farsi sur la censure.

Le 21 avril, les autorités confisquent à l’aéroport les cassettes vidéo et l’ordinateur portable de Bob Arnot, journaliste de la télévision câblée américaine MSNBC. Les autorités ne fournissent aucune explication et ignorent les autorisations officielles dont le journaliste est muni. Son reportage dans le pays traitait de sujets sensibles, tels les sentiments anti-américains d’écoliers saoudiens.

Le 7 mai, Qinan al-Ghamdi, rédacteur en chef du quotidien privé Al-Watan, est rétrogradé au poste de conseiller éditorial, suite à plusieurs articles dénonçant la corruption de certains membres du gouvernement et la police religieuse. Qinan al-Ghamdi déclare quant à lui avoir démissionné pour "raisons personnelles". Il avait récemment appelé dans les colonnes du journal, connu pour ses éditoriaux incisifs et son irrespect des sujets tabous, à des réformes politiques et religieuses.

Le 23 octobre, Al-Hayat est interdit de distribution pendant quelques jours, pour avoir reproduit la lettre d’intellectuels américains à leurs collègues dans le royaume, intitulée "Pouvons-nous coexister ?". Cette lettre faisait réponse à celle qui leur avait été adressée en mai par 153 intellectuels saoudiens. A plusieurs reprises, depuis les attentats du 11 septembre, l’Arabie saoudite a accusé les médias américains de vouloir ternir l’image de l’islam et du royaume.

Le 10 juillet, le directeur du journal Al-Madina, Ahmed Mohamed Mahmoud, est à son tour obligé de démissionner pour "violations répétées du code de la presse". Il est tenu pour responsable de la publication d’écrits jugés offensants pour les autorités, tel un article sur la démolition d’un bidonville à Djedda. Selon ses collègues, les autorités lui reprochent également d’avoir autorisé l’ancien rédacteur en chef, limogé en mars, Mohamed Al-Mokhtar Al Fal, à écrire un article par semaine dans le journal. Le rédacteur en chef, Mohamed Hosni Mahjoub, est rétrogradé au poste de rédacteur en chef adjoint.



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voir aussi
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