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Irak

Superficie : 434 924 km2. Population : 23 584 000. Langue : syriaque (off.). Nature de l’Etat : "Etat arabe". Chef de l’Etat : Saddam Hussein.

Irak - rapport annuel 2003

Après plus de trente ans de parti unique, vingt ans de présidence de Saddam Hussein, dix ans de contrôle des médias d’une main de fer par son fils aîné Oudaï Hussein, il ne reste plus rien de la liberté de la presse en Irak. Alors que les menaces d’une attaque américaine contre l’Irak et d’un renversement du régime se font de plus en plus pressantes, Saddam Hussein resserre son étau sur la population.

Des manifestations "populaires" de soutien à Saddam Hussein sont organisées tout au long de l’année. Le 26 mars 2002, l’Union des journalistes irakiens dirigée par Oudaï Hussein, organise une manifestation durant laquelle quelques centaines de journalistes brûlent des drapeaux israéliens et américains. Ils appellent les chefs d’Etat arabes, réunis en sommet à Beyrouth (Liban), à rejeter unanimement toute action militaire contre l’Irak et à soutenir la cause palestinienne. Le 27 avril, des célébrations sont organisées pour le soixante-cinquième anniversaire du "raïs" devant l’ancienne ambassade américaine à Bagdad, fermée depuis dix ans. Environ deux cent cinquante journalistes, venus de Bagdad et des provinces, entonnent une chanson pour le Président. "Les journalistes ont choisi ce lieu (...) afin d’exprimer leur défi à l’administration américaine qui prépare des plans hostiles envers l’Irak", lance un animateur du spectacle.

Le 15 octobre, a lieu le second référendum sur la présidence de Saddam Hussein. Lors du premier référendum présidentiel, organisé en 1995, Saddam Hussein avait été élu avec 99,96 % de voix favorables. L’hebdomadaire Al-Zaoura, publié par l’Union des journalistes irakiens, propose de baptiser le 15 octobre 2002 "Jour de la proclamation d’amour". "Naam, naam, Saddam" ("Oui, oui, Saddam") est le slogan officiel qui résonne dans chaque média et lors de chaque rassemblement organisé par le parti Baas. Saddam Hussein, qui n’apparaît plus en public depuis des années, n’a pas besoin de mener campagne tant il contrôle tous les appareils de l’Etat. Avec un score de 100 % des voix et une participation au scrutin également de 100 %, il réalise ce que Ezzat Ibrahim, numéro deux du régime, appelle une "manifestation de démocratie unique, supérieure à toutes les autres, y compris celles des pays qui assiègent l’Irak et tentent de l’asphyxier". La presse tant occidentale que panarabe note que presque aucun Irakien n’a utilisé l’isoloir, tandis que d’autres ont voté avec leur sang. Oudaï Hussein, lui, a laissé un enfant voter à sa place. Parmi la presse britannique, le Daily Telegraph souligne que "bien que Kim Il-sung, l’autocrate coréen, ait annoncé un vote de 100 % en octobre 1962, même lui n’était pas allé jusqu’à se targuer d’une participation de 100 %". Fort de cette prouesse électorale, le président réélu fait mine de se repentir, libère des prisonniers, dont des détenus politiques, et invite l’opposition en exil à rentrer au pays. Seuls quelques opposants en exil répondent à l’appel. La majorité d’entre eux se méfient d’un Saddam Hussein qui, à l’intérieur du pays, réprime de plus en plus fermement la population.

Des centaines d’Irakiens fuient le pays tout au long de l’année. En novembre, le nombre des candidats à l’exil, qui tentent de fuir vers l’Europe via la Jordanie et la Turquie, augmente. Leurs témoignages concordent pour affirmer que la population bouge à l’intérieur du pays depuis que les menaces américaines contre l’Irak se font plus précises. Badgad durcit d’autant la répression et les mesures d’intimidation afin de prévenir toute tentative de soulèvement interne. Ainsi, au risque de leur vie, des habitants du quartier Al-Jadida à Bagdad ont écrit sur des murs "A bas Saddam". "Cela a été terrible", raconte un réfugié en Jordanie qui refuse d’être identifié de peur des représailles contre les membres de sa famille restés en Irak. Les moukhabarat (services de renseignements) sont venus la nuit et ont fouillé toutes les maisons. Quiconque avait des marqueurs a été emmené de force et on ne sait pas ce qu’il est advenu de dizaines de personnes". Un ancien fonctionnaire témoigne que "tous les fonctionnaires en Irak ont été forcés de prêter serment, s’engageant à ne pas quitter leurs bureaux, quelles que soient les circonstances, lorsque les bombardements commenceront."

Dans des régions à majorité chiite, en particulier au sud du pays où, en 1991, une rébellion avait été réprimée dans le sang, les agents "établissent des listes de tous les "fauteurs de troubles" potentiels. Ils contactent les notables locaux et leur disent qu’ils seront exécutés ainsi que chaque membre de leur famille si un de leurs proches tente un mouvement de rébellion". La population kurde irakienne, au nord du pays, est courtisée tant par les Etats-Unis que par Saddam Hussein. Dans l’espoir de gagner leur soutien en cas d’attaque américaine contre l’Irak, Bagdad entreprend de diffuser, depuis la ville de Kirkuk, des émissions de télévision en langue kurde.

Le 13 novembre, l’Irak annonce par l’intermédiaire de son ambassadeur à l’ONU, Mohammed Al-Douri, qu’il accepte sans réserve la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU sur son désarmement et le retour des inspecteurs. Le chef de la Commission de contrôle, de vérification et d’inspection (COCOVINU), Hans Blix, et le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Mohammed El-Baradei, arrivent sur place le 18 novembre pour relancer le processus de désarmement après quatre ans d’interruption. Le régime irakien invite alors tous les journalistes étrangers qui le souhaitent à se rendre en Irak pour rendre compte "en toute liberté" du travail des inspecteurs de l’ONU. Dans les faits, les journalistes occidentaux sont accompagnés d’un "guide officiel" qui entrave le plus souvent leurs faits et gestes.

Oudaï Hussein a été élu "unanimement", en avril 1992, à la tête de l’Union des journalistes irakiens. En l’espace de dix ans, il est devenu un magnat des médias. Il préside les comités de rédacteurs d’une dizaine d’hebdomadaires, dirige Babel, le quotidien le plus influent du pays, Shabbab TV ("Télévision de la jeunesse") et la radio Sawt al-Shabbab qui diffuse en FM. Les journalistes irakiens sont contraints d’adhérer au parti Baas et de respecter les consignes officielles. Environ 300 journalistes, parmi lesquels figurent les meilleures plumes du pays, se sont réfugiés à l’étranger depuis dix ans. Ils ont pu témoigner des méthodes utilisées par Oudaï Hussein pour faire taire toute voix dissidente et réduire les médias au seul rôle de relais de la propagande paternelle : harcèlement judiciaire, humiliations, chantage, arrestations, exécutions. Des témoignages font état de langues coupées pour avoir critiqué Saddam Hussein et de journalistes maltraités dans la chambre de torture installée par Oudaï Hussein dans les locaux du Comité Olympique, dont il est le président. Dans le but de démontrer que nul média n’est à l’abri de la colère de Saddam Hussein, le quotidien de son fils, Babel, a été suspendu pendant un mois, de novembre à décembre 2002.

Le paysage audiovisuel irakien se compose de quatre chaînes contrôlées par l’Etat : la chaîne officielle Télévision d’Irak, Shabbab TV, qui parfois retransmet des émissions diffusées par satellite sur Al-Jazira, une chaîne de films et feuilletons, et enfin une chaîne satellitaire inaugurée en 1998. En mai, la télévision Liberty TV du Conseil national irakien (CNI), qui réunit les principaux partis d’opposition en exil, cesse d’émettre. Les crédits votés par le Congrès américain n’ont pas été versés depuis février. Créée en septembre 2001 avec l’assistance de Washington et diffusée depuis des pays occidentaux, Liberty TV émettait en Irak, au Proche-Orient, en Europe, et dans certains pays d’Afrique et d’Asie. Les Irakiens sont de plus en plus nombreux à écouter Sawa, la station de radio du gouvernement américain qui a remplacé cette année La Voix de l’Amérique. La radio a un correspondant accrédité à Bagdad et son objectif déclaré est d’apporter "une information argumentée, objective et compréhensive". Elle diffuse au Koweït, en Jordanie et aux Emirats arabes unis. Alors que la plupart des auditeurs des pays arabes écoute cette radio pour la musique, les Irakiens y recherchent, comme sur Radio Monte Carlo-MO et la BBC, l’information dont ils sont privés par ailleurs.

Particularité notoire : la presse est foisonnante au Kurdistan irakien. Sur un territoire grand comme la Suisse, il existe une myriade de journaux et magazines, deux chaînes de télévision par satellite, une vingtaine de télévisions locales et une dizaine de stations de radio. Si ces médias jouissent d’une liberté bien plus grande qu’en Irak, il s’agit d’une presse militante financée par les partis politiques. L’accès aux sites comme Hotmail est interdit à Bagdad et essayer de se connecter à sa boîte personnelle est un défi. Introduit il y a deux ans, l’accès aux messages électroniques n’est possible qu’à travers le service gouvernemental dans la trentaine de centres Internet existant dans le pays. Les tarifs et les tracasseries administratives interdisent de fait l’accès à Internet à domicile. En novembre, Saddam Hussein réitère l’interdiction pour les particuliers de posséder des antennes paraboliques. Dans un discours lu par un présentateur à la télévision irakienne, il invoque des justifications religieuses et ajoute que "publier l’opinion des autres (...) alors qu’ils sont dans le rang des ennemis et non des amis relève du sabotage." Seuls les médias étrangers, les ambassades et les hauts dignitaires du régime sont autorisés à utiliser des antennes paraboliques en Irak.

Pressions et entraves

Fin janvier 2002, Feysal Al-Qacem, présentateur de la chaîne Al-Jazira, reçoit des menaces d’assassinat pour avoir accueilli dans son émission populaire "Direction opposée" le journaliste Faiq Sheikh Ali. Célèbre figure de l’opposition irakienne, Faiq Sheikh Ali dénonce sur le plateau les violations des droits de l’homme et les crimes commis par le gouvernement irakien. Ses frères, sa sœur ainsi que ses parents restés en Irak sont immédiatement arrêtés et montrés sur la télévision Iraqi satellite TV ainsi que sur Shabbab TV avec des visages terrifiés.

A plusieurs reprises, Safia Taleb Al-Souhail, éditrice du journal Al-Manar Al-Arabi et responsable du monde arabe et islamique à l’organisation de défense des droits de l’homme Alliance Internationale pour la Justice, reçoit des menaces de mort, ainsi que des membres de sa famille à Amman et Beyrouth. Safia Taleb Al-Souhail, qui est la fille de Sheikh Taleb Al-Souhail, chef du clan Bani Tamim assassiné par le gouvernement irakien à Beyrouth en 1994, attribue ces menaces aux services de renseignements irakiens. En avril, elle publie dans le journal Azzaman, publié à Londres, une série d’articles sur les exactions commises par le régime de Saddam Hussein. Le 9 mars, elle avait organisé en Jordanie une conférence sur les droits de l’homme en Irak, dont les participants ont appelé à des poursuites judiciaires contre le vice-président irakien Ibrahim Al-Douri.

En mars, Oudaï Hussein exclut de l’Union des journalistes irakiens une trentaine de journalistes au prétexte qu’ils ne pratiquent plus le journalisme.

Le 2 juillet, le ministre irakien des Affaires étrangères dénonce les émissions de Radio Free Europe et Radio Liberty émises depuis Prague à destination de l’Irak. Il les qualifie d’"actes hostiles à l’égard de l’Irak" et accuse "Prague de permettre à la CIA de divulguer une propagande anti-irakienne".

Le 20 juillet, Diar Al-Oumari, correspondant d’Al-Jazira à Bagdad, se voit notifier une interdiction de travail pendant dix jours. Le 24 juillet, sans qu’aucune explication soit donnée, cette interdiction est levée. Selon Ibrahim Hilal, rédacteur en chef de la chaîne qatarie, le ministère de l’Information reproche à Al-Jazira de "nuire à l’Irak" en qualifiant le parti Bass de "parti au pouvoir" au lieu d’employer la terminologie officielle, "Parti socialiste arabe". De même, la chaîne se refuse à utiliser le titre officiel de Saddam Hussein que les médias locaux sont forcés d’employer. Al-Jazira a annoncé la réouverture de son bureau en Irak sans annoncer de modification de sa ligne éditoriale.

Envoyés en reportage du 9 au 26 novembre en Irak par l’agence de presse audiovisuelle Toni Comiti Productions, les journalistes français Erick Bonnier et Céline Hue sont systématiquement empêchés de filmer les images pour lesquelles ils disposent pourtant de toutes les autorisations requises. Leur reportage tourne à la mascarade. Le guide officiel qui les accompagne organise de grotesques mises en scène. Des policiers à Bagdad leur interdisent de filmer les bâtiments officiels et jusqu’aux moutons, au motif que "ce n’est pas bon pour l’image du régime".

Du 20 novembre au 20 décembre, Babel, le quotidien le plus influent du pays, est interdit de parution pendant un mois - probablement pour l’exemple - pour avoir "enfreint les instructions du ministère de l’Information". Dirigé par Oudaï Hussein, Babel avait publié, pour les tourner en dérision, des points de vue d’opposants irakiens ainsi que des critiques à l’égard des autres chefs d’Etat arabes.



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