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Jordanie


-  Superficie : 89 000 km2.
-  Population : 5 051 000.
-  Langue : arabe (off.).
-  Nature de l’Etat : monarchie.
-  Chef de l’Etat : roi Abdallah ibn Hussein.

Jordanie - rapport annuel 2003

La situation de la liberté de la presse s’est encore dégradée en Jordanie au cours de l’année 2002. Confronté à des tensions grandissantes au sein de la société jordanienne, le régime a décidé d’adopter une posture rigide et défensive. Les amendements au code pénal de 2001 ont eu pour effet d’augmenter la censure officielle, l’autocensure de la presse et le nombre de journalistes incarcérés. Internet demeure toutefois, pour les Jordaniens, un espace de liberté préservé.

Exprimant son avis sur la situation dans le pays, un ancien ministre jordanien a déclaré : "Nous avons un Etat policier avec une façade démocratique." Dissous en juin 2001, le Parlement jordanien n’a toujours pas été réélu. En août, le roi Abdallah II a annoncé pour la seconde fois un report des élections législatives, prévues en septembre 2002. Le souverain indique avoir repoussé les élections au printemps 2003 pour qu’elles ne soient pas "affectées par les circonstances régionales". Profitant de cette vacance du pouvoir législatif, le gouvernement avait amendé, en octobre 2001, dans un sens très répressif, la loi sur la sécurité et la presse. Ces amendements limitent le droit de rassemblement et interdisent la couverture journalistique d’un grand nombre de sujets. En outre, les amendes pour "atteinte au couple royal" ou publication d’informations "fausses, diffamatoires, nuisant à la réputation de l’Etat, incitant à des grèves, des réunions publiques illégales ou troublant l’ordre public" ont été remplacées par des peines de prison allant de un à trois ans.

Accentuant la pression sur la société civile, les autorités ont cette année décrété illégales les associations professionnelles s’opposant à l’accord de normalisation signé avec Israël en 1994. Cette mesure intervient alors que le soulèvement dans les Territoires palestiniens révèle et accroît les lignes de fracture au sein de la société jordanienne : entre dirigeants et dirigés, riches et pauvres, islamistes et laïcs, partisans et adversaires de la normalisation avec l’Etat hébreu. De nombreuses manifestations de soutien à l’Intifada ont lieu aux mois de mars et avril. En novembre, l’armée intervient avec force dans la ville de Ma’an, au sud du pays, afin de procéder à l’arrestation de militants islamistes. De violents affrontements éclatent, qui font au moins quatre morts. La liberté de la presse a eu à pâtir cette année encore de l’équilibre précaire entre ces forces contradictoires.

Le 25 mars, le roi Abdallah inaugure à Amman une société de production et de transmission télévisuelle, la Jordan Multimedia Production, conformément à un accord passé entre le gouvernement et un milliardaire saoudien, Cheikh Salah Kamel. Le 13 juillet, Kamel Abou Jaber, président du Conseil suprême de l’information, démissionne. Il entend ainsi montrer sa désapprobation au gouvernement, auquel il reproche son immobilisme. En effet, lors de la formation d’un nouveau gouvernement en janvier, Mohammad Adwan a été nommé ministre de l’Information, malgré la décision prise en octobre 2001 de supprimer ce ministère et de le remplacer par le Conseil suprême de l’information.

Cinq journalistes incarcérés

Le 13 janvier 2002, Fahd Rimaoui, rédacteur en chef de l’hebdomadaire nationaliste de gauche Al-Majd, est arrêté pour avoir "écrit et publié de fausses informations susceptibles de porter atteinte au prestige de l’Etat ainsi qu’à la dignité de ses ressortissants". Cette arrestation intervient après la publication dans le numéro d’Al-Majd du 7 janvier d’un article critiquant le bilan du gouvernement du Premier ministre, Ali Abou Ragheb. Fahd Rimaoui avait également annoncé la formation prochaine d’un nouveau gouvernement. Le journaliste est condamné à une peine de prison de quinze jours, puis finalement libéré sous caution, le 16 janvier, alors que le syndicat des journalistes jordaniens appelle à l’annulation des amendements liberticides apportés au code de la presse en 2001.

Le 13 mars, Hachem al-Khalidi, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Al-Bilad, se rend aux autorités quelques jours après avoir écrit un article qui dénonce, sous le titre "Le scandale de l’assurance", un détournement de fonds publics par des membres du gouvernement lié au doublement des tarifs d’assurance automobile. Le 16 mars, le procureur général de la Cour de sûreté de l’Etat ordonne sa détention pour propagation "d’informations portant atteinte à la réputation de l’Etat et de ses responsables". Il est interrogé dans la soirée puis libéré sous caution le 21 mars. Le 14 mars, le propriétaire et président du conseil d’administration du même journal, Tajeddine Hroub, est arrêté en raison de son rôle central, en tant que responsable de publication, dans la parution de l’article d’Hachem al-Khalidi. Il est relâché le 19 mars.

Ancienne journaliste de la télévision jordanienne et première femme à avoir siégé au Parlement, Toujane el-Fayçal, 53 ans, est arrêtée le 16 mars et poursuivie pour "atteinte à la réputation de l’Etat". Dans une lettre ouverte publiée le 6 mars 2002 sur le site Internet du journal Arab Times, basé à Houston (Texas), la journaliste accuse le Premier ministre, Ali Abou Ragheb, de profiter financièrement de la décision gouvernementale de doubler les tarifs d’assurance des voitures. Libérée sous caution le 27 mars, elle est de nouveau interpellée le 29. Toujane el-Fayçal est alors accusée d’"atteinte à l’image du royaume". Lors de son réquisitoire, le 13 mai, le procureur de la Cour de sûreté de l’Etat, le colonel Hijazi, accuse l’ancienne journaliste d’avoir "utilisé des médias, connus pour leur hostilité à l’égard de la Jordanie, pour lancer de fausses accusations déformant l’image de son pays". La Cour lui reproche notamment d’avoir déclaré en mars à Bagdad que la position d’Amman sur une éventuelle attaque contre l’Irak variait en fonction de "ses propres intérêts". Le 16 mai, elle est condamnée, sans possibilité de faire appel, à un an et demi de prison. Elle entame en prison une grève de la faim qui la conduit à être hospitalisée le 8 juin. Le 26 juin, le roi Abdallah accède à la demande de grâce présentée par les représentants de la communauté circassienne, à laquelle appartient la journaliste, pour "raisons humanitaires".

Le 14 août 2002, la Cour de sûreté de l’Etat ordonne l’arrestation de Sakher Abu Anzeh, directeur de publication et président du conseil d’administration de l’hebdomadaire satirique Al-Jazira, et de Mamoun Al Roussan, rédacteur en chef du même journal. Selon leur avocat, ils sont accusés de "porter atteinte aux relations avec un pays étranger, de mépris envers le chef d’un Etat étranger et son ministre des Affaires étrangères", ainsi que de "propagation d’informations mensongères". Le 12 août, l’hebdomadaire Al-Jazira avait publié un photomontage représentant le chef de l’Etat du Qatar en chanteuse et son ministre des Affaires étrangères en danseuse du ventre. Sakher Abu Anzeh et Mamoun Al Roussan sont respectivement relâchés, sous caution, les 15 et 18 août.

Deux journalistes interpellés

Le 10 novembre 2002, deux journalistes originaires de Ma’an, Yasser Abouhlalé, correspondant de la chaîne Al-Jazira interdite d’activité en août, et Samir Abouhlalé, journaliste au quotidien Al-Arab Al-Youm, sont arrêtés après les affrontements de la veille entre forces de l’ordre et islamistes armés à Ma’an. La Cour de sûreté de l’Etat leur reproche d’avoir publié de "fausses informations incitant aux troubles et aux crimes", puis les libère au bout de vingt-quatre heures, après interrogatoire.

Pressions et entraves

Le 4 janvier 2002, le syndicat de la presse jordanienne envisage l’exclusion du journaliste Abdullah Attoum, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Al-Hilal, pour s’être rendu en Israël. Entendu par le conseil disciplinaire du syndicat, le journaliste déclare avoir enfreint le règlement pour réaliser une interview avec MM. Sharon et Arafat. Le 23 janvier, le syndicat décide de ne pas sanctionner le journaliste qui doit présenter ses excuses par écrit et réaffirmer son opposition à la normalisation des relations avec Israël.

Le 18 février, l’hebdomadaire Al Hadath, qui s’apprête à publier les déclarations de deux anciens responsables des services de renseignement, est obligé de publier des "blancs" à la place des interviews.

Le 3 mars, un article sur une affaire de fraude publié dans l’hebdomadaire Al Majd est censuré par le procureur général de la Cour de sûreté de l’Etat. Le 5, la justice diffère la publication du même hebdomadaire en raison cette fois d’un article critiquant l’ancien chef de la Sécurité intérieure, Samih El-Bateehki. La publication de l’hebdomadaire Al-Wihda est également retardée par le procureur militaire en raison d’un article évoquant la même affaire de fraude.

Le 5 mars, des manifestations propalestiniennes réunissent des milliers de personnes à travers le pays qui convergent vers le pont Sheikh Hussein, point de passage entre Israël et la Jordanie. Les chaînes de télévision Reuters TV, APTN et Al-Jazira souhaitent utiliser les locaux de la télévision publique jordanienne (JTV), les seuls à disposer à Amman du matériel adéquat pour envoyer leurs images de ces manifestations. L’accès leur est refusé et de nombreuses images sont confisquées. Le 8 mars, JTV exige un droit de regard sur les images, tournées dans le camp de réfugiés palestiniens de Baga, avant d’autoriser plusieurs médias arabes à utiliser ses locaux. Al Manar TV, Al-Jazira et Abu Dhabi TV acceptent les modifications demandées et sont finalement autorisées à envoyer leurs reportages. Le 10 mars, les forces de sécurité confisquent la caméra de journalistes travaillant pour APTN, Reuters TV et Abu Dhabi TV après qu’ils ont filmé un rassemblement propalestinien à l’Université de Jordanie. Les caméras sont rendues aux journalistes un peu plus tard, sans les films.

Le 7 août 2002, le ministre de l’Information, Mohammad Adwan, retire l’accréditation d’Al-Jazira, chaîne de télévision du Qatar, ce qui entraîne la fermeture immédiate de son bureau à Amman. Al-Jazira est accusée de "porter sciemment atteinte à la Jordanie et à ses positions nationales". Les quatre correspondants de la chaîne sont interdits de travail dans le pays et menacés de poursuites judiciaires en cas de refus. Cette mesure fait suite à la diffusion de l’émission politique "Direction opposée" au cours de laquelle un professeur d’université aux Etats-Unis, d’origine palestinienne, s’est montré très critique à l’égard de l’ancien roi Husseïn, affirmant qu’il avait été à la solde des Etats-Unis. Cette affaire tourne rapidement à la crise diplomatique : convocation par le gouvernement jordanien de l’ambassadeur du Qatar à Amman, rappel de l’ambassadeur jordanien au Qatar pour consultation le 10 août. Le 29 août 2002, les autorités de l’aéroport d’Amman saisissent les cassettes vidéo du correspondant sportif de la chaîne Al-Jazira, qui se rend au Qatar. Selon le journaliste, les autorités souhaitent vérifier que les images ont été bien tournées avant le 7 août, date de l’interdiction de travail d’Al-Jazira en Jordanie.

Le 24 décembre, la police jordanienne procède à l’arrestation de Hisham Bustani, militant des droits civiques et politiques, pour un article dans lequel il dénonçait les conditions de détention en Jordanie. Détenu quelques mois auparavant, pendant cinq jours, dans la prison de Jweideh, il venait de publier un article intitulé "Mécanique de l’oppression : le cas de la prison de Jweideh" dans la revue Al-Adab, éditée au Liban. Les autorités ont interdit la parution du dernier numéro de novembre-décembre 2002 de la revue Al-Adab en Jordanie. Hisham Bustani est membre de l’Union des associations professionnelles jordaniennes, qui milite contre la normalisation des relations avec Israël et a été interdite par les autorités en 2002. L’édition du magazine littéraire Al-Adab de novembre-décembre 2002, qui traitait notamment de la censure en Egypte, a été également interdite de distribution au Koweït.



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