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Syrie


-  Superficie : 185 180 km2.
-  Population : 16 610 000.
-  Langue : arabe.
-  Nature de l’Etat : république.
-  Chef de l’Etat : Bachar el-Assad.

Syrie - rapport annuel 2003

L’année a vu se multiplier les procès d’opposants politiques arrêtés durant l’été 2001. Cette vague d’arrestations avait mis un coup d’arrêt brutal au bref "printemps de Damas" qui avait suivi l’arrivée de Bachar el-Assad au pouvoir en juillet 2000. L’information est étroitement contrôlée en Syrie comme l’illustrent l’arrestation et l’emprisonnement, fin décembre 2002, du directeur du bureau d’Al-Hayat à Damas.

Dix personnalités de la société civile - médecins, avocats, parlementaires ou défenseurs des droits de l’homme - ont été arrêtées durant l’été 2001 pour avoir organisé des forums politiques à travers le pays au cours desquels des appels à la démocratie et des critiques avaient été adressés au gouvernement. De mai à août 2002, ces opposants ont été jugés et condamnés à des peines de prison allant de deux à dix ans. Parmi eux figure le célèbre opposant Riad Turk, ancien avocat et secrétaire général du Parti communiste-bureau politique (interdit), qui a passé dix-sept ans dans les geôles d’Hafez el-Assad avant d’être libéré en 1998. Le 6 août 2001, lors d’un "salon de discussion" dans un domicile privé à Damas, il avait appelé à "un passage du despotisme à la démocratie". Mi-août, il avait proféré, sur la chaîne de télévision Al-Jazira, des critiques à l’égard du président Bachar el-Assad conduisant à son arrestation le 1er septembre 2001. Condamné, le 26 juin 2002, à deux ans et demi de prison par la Cour de sûreté de l’Etat, Riad Turk, 72 ans, est libéré le 16 novembre 2002 pour "raisons humanitaires". Cette libération est accueillie favorablement par les chancelleries occidentales. Les journalistes et les diplomates étrangers n’ont pas été autorisés à assister aux différentes étapes du procès du plus célèbre opposant du pays, parfois surnommé le "Nelson Mandela de Syrie". En août, l’Union européenne juge "limités" les progrès réalisés par la Syrie en matière de droits de l’homme depuis deux ans. L’Union européenne demande officiellement aux autorités de libérer tous les prisonniers politiques et de procéder d’urgence aux réformes initialement envisagées.

En janvier, le gouvernement annonce un projet de libéralisation dans le domaine de l’audiovisuel. Des radios privées seront autorisées à émettre, à une date non précisée, en plus de la radio d’Etat, Radio Damas. Ce projet ne concerne cependant que les radios musicales et commerciales. Un nouvel hebdomadaire, non contrôlé par l’Etat, Abiad wa Asswad ("Blanc et noir") commence à paraître en juillet. Tiré à 10 000 exemplaires, il est la troisième publication à capitaux privés, après l’hebdomadaire économique Al-Iqtissadiya et l’hebdomadaire satirique Addomari, à bénéficier d’une loi promulguée en septembre 2001 autorisant la publication de journaux non contrôlés par l’Etat. Dans son premier numéro, Abiad wa Asswad, propriété de Bilal Turkmani, fils du chef d’état-major syrien Hassan Turkmani, se présente comme "un hebdomadaire politique, économique et culturel (...) ambitionnant de devenir le journal de la famille arabe". En novembre, le Premier ministre Mohammad Moustapha Miro autorise la parution de quatre publications privées non politiques. Il s’agit d’un mensuel touristique et culturel, Dimachkiate, d’un hebdomadaire sportif, Malaeb, et de deux hebdomadaires de petites annonces. Le paysage médiatique en Syrie reste cependant très monotone, la presse étant devenue, après trente ans de dictature, docile et ennuyeuse.

Un journaliste incarcéré

Le 23 décembre 2002, les autorités arrêtent Ibrahim Hamidi, directeur du bureau du journal panarabe Al-Hayat à Damas. L’agence officielle syrienne SANA annonce, le 27 décembre, le jugement prochain du journaliste pour "publication de fausses informations". Ce délit est passible d’une peine de prison allant de un à trois ans. "Au contraire, c’est parce qu’il a donné de vraies informations et fait son travail de manière trop professionnelle que Ibrahim Hamidi a été arrêté", déclare la direction du quotidien Al-Hayat à Londres. Dans un article paru le 20 décembre, il avait fait état de préparatifs des autorités syriennes et de l’Organisation des Nations Unies, dans le nord-est de la Syrie, en vue d’accueillir un million de réfugiés irakiens en cas de guerre contre l’Irak. Le 24 décembre, Al-Hayat avait publié un démenti du bureau de presse du Premier ministre syrien, Mohammad Moustapha Miro, niant que les autorités syriennes ou le Croissant Rouge aient pris des mesures pour installer des hôpitaux ou des camps à la frontière irakienne.

Pressions et entraves

Le 21 janvier 2002, l’hebdomadaire satirique Addomari suspend sa parution en raison des nouvelles conditions de distribution que veulent lui imposer les autorités. Ali Farzat, propriétaire du journal et célèbre caricaturiste, craint que les taxes et les tarifs de la compagnie nationale de distribution de la presse n’asphyxient le journal. Il fait valoir au ministère de l’Information que la loi n’impose pas aux journaux privés d’être distribués via la compagnie étatique. Addomari, connu pour ses sous-entendus provocateurs, réapparaît dans les kiosques en février.

Fin avril, le directeur de bureau de l’Agence France-Presse (AFP) à Damas, Maher Chmaytelli, se voit refuser le renouvellement de son accréditation. Les autorités l’accusent d’avoir "violé les règles d’accréditation des correspondants en Syrie et les principes fondamentaux du journalisme". Lors d’une précédente convocation en janvier, les autorités lui ont reproché ses "mauvaises intentions" et la publication d’"informations négatives" sur la politique intérieure du pays. Selon un journaliste en poste à Damas, qui a requis l’anonymat, "les autorités font la chasse aux sorcières et se débarrassent aujourd’hui de ceux qui osent ouvrir la bouche". La direction de l’AFP déclare que le bureau continuera de fonctionner sans directeur, celui-ci ayant quitté le pays, et que "M. Chmaytelli (...) a toujours effectué un travail conforme aux règles déontologiques de la presse internationale et respectueux de la législation syrienne sur la presse". L’installation officielle à Damas de M. Chmaytelli par le président-directeur général de l’AFP, en novembre 2000, avait été interprétée à l’époque comme un symbole de la volonté d’ouverture de la Syrie.

Le 22 avril, Ali Abdel Karim, directeur de l’agence de presse officielle syrienne SANA, est limogé et remplacé par Ghazi Dib, l’ancien rédacteur en chef. Nommé après l’arrivée au pouvoir du président Bachar el-Assad en juillet 2000, Ali Abdel Karim n’hésitait pas, en privé, à critiquer l’emprisonnement d’opposants tel Riad Turk. En mars, il avait essayé d’empêcher les mesures prises contre l’AFP en intervenant auprès du ministère de l’Information.

A partir du mois de mai, se tiennent à Damas les procès des dix opposants arrêtés durant l’été 2001. La plupart de ces procès ont lieu devant la Cour de sûreté de l’Etat, une juridiction militaire d’exception dont les verdicts sont sans appel. Le 9 mai, les journalistes ainsi que les diplomates étrangers et les familles des détenus se voient interdire l’accès au procès de Aref Dalila, économiste, et Habib Saleh, homme d’affaires, accusés de "tentative de changer la Constitution par des moyens illégaux, incitation à des dissensions confessionnelles et à la sédition, propagation d’informations mensongères et tentative de nuire à l’image de l’Etat". Le 14 mai, seul un journaliste de l’agence officielle syrienne SANA est autorisé à assister à l’ouverture du procès des opposants Habib Issa et Walid Bounni. Les avocats de la défense refusent que le juge procède aux interrogatoires et demandent que le procès soit ouvert au public. "Les propos prêtés aux accusés relèvent du domaine de la liberté d’expression. Ce ne sont que des paroles, des déclarations, articles de presse et interventions dans les salons politiques", a déclaré à l’AFP l’avocat Abdel Azim. Le 19 mai, les journalistes ne sont plus autorisés à assister au procès de Riad Turk, alors qu’ils étaient présents à la première audience, le 28 avril. En août, des poursuites judiciaires sont engagées contre quatre Syriens, dont l’avocat Haïssam Maleh, 72 ans, défenseur des dix opposants politiques arrêtés en 2001 et président de l’Association des droits de l’homme en Syrie (ADHS). Haïssam Maleh, Farouk Al-Homsi, homme d’affaires et frère du député Maamoun Al-Homsi condamné à cinq ans de prison, et Mohammed Kheir Beik, vice-président de l’ADHS, sont accusés d’avoir "introduit et distribué en Syrie une revue illégale". Des mandats d’amener sont lancés à l’encontre de ces trois personnes qui se trouveraient à l’étranger ou se cacheraient en Syrie. Le quatrième accusé est Ghassoud Al-Malla, le chauffeur qui a transporté les imprimés du Liban vers la Syrie. Il serait emprisonné en Syrie depuis près de quatre mois. L’ADHS, formée en juillet 2001 par plusieurs intellectuels et officiellement non autorisée, avait distribué en juillet 2002 le premier numéro de sa revue intitulée Tayyarat. Selon un communiqué de l’ADHS, un exemplaire de cette revue avait été envoyé aux autorités et l’association s’apprêtait à en demander l’autorisation de publication.

Le 26 novembre, le directeur général de la radio et de la télévision syrienne, Fayez Sayegh, est relevé de ses fonctions et remplacé par l’ancien vice-ministre de la Culture Riad Ismat. Les autorités présentent ce changement comme une volonté de modernisation des médias. D’autres sources affirment qu’il s’agit plutôt d’une sanction consécutive à la diffusion d’un programme télévisé durant lequel l’ambassadeur américain avait critiqué les aspects négatifs du régime.

En France, le journaliste Nizar Nayyouf est poursuivi pour diffamation par l’ex-vice président Rifaat el-Assad, le frère banni de l’ancien président Hafez el-Assad. Sur la chaîne de télévision qatarie Al-Jazira, Nizar Nayyouf avait accusé Rifaat el-Assad d’avoir ordonné, en 1980, l’exécution de prisonniers politiques détenus à la prison de Palmyre. Ses propos étaient consultables depuis la France sur le site Internet de la chaîne. Le verdict est attendu pour le 30 janvier 2003. Nizar Nayyouf avait été libéré le 6 mai 2001 à l’occasion de la visite du pape en Syrie. Lauréat du Prix Reporters sans frontières - Fondation de France 1998, le journaliste avait été arrêté, en janvier 1992, puis condamné à dix ans de travaux forcés pour avoir écrit des tracts qui dénonçaient les atteintes aux droits de l’homme durant les élections de 1991.



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voir aussi
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