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Brésil

Superficie : 8 511 965 km2.
Population : 172 559 000.
Langue : portugais du Brésil.
Nature de l’Etat : république fédérale.
Chef de l’Etat : Luiz Inácio Lula da Silva (a succédé, le 1er janvier 2003, à Fernando Henrique Cardoso).


Brésil - Rapport annuel 2003

L’assassinat du journaliste Tim Lopes a suscité une profonde indignation dans la presse brésilienne. D’une façon générale, l’impunité reste un motif de préoccupation majeur pour la liberté de la presse au Brésil. Cette année électorale a vu la justice renouer avec la censure. Des décisions qui paraissent anachroniques.

L’assassinat du journaliste Tim Lopes a provoqué la consternation dans la profession. Reporter de la chaîne TV Globo, ce dernier a été mis à mort par des narcotrafiquants alors qu’il enquêtait sur leurs pratiques dans les favellas de Rio de Janeiro. Ce crime a provoqué un débat sur la sécurité des journalistes et leurs conditions de travail. Au-delà, c’est le spectre de la "colombianisation" du pays, entendue comme le noyautage de l’ensemble de la société par le crime organisé lié à une impunité généralisée, qui effraie. D’autant que le plus puissant cartel de la drogue de Rio de Janeiro a tenté de montrer sa puissance en essayant de paralyser la ville, fin septembre, à quelques jours des élections générales.
A peine trois mois après cet assassinat, un deuxième journaliste a été tué, cette fois par les milieux mafieux de l’Etat du Mato Grosso (Ouest). Ces deux affaires sont d’autant plus préoccupantes que des policiers ont soit participé au crime, soit entravé le déroulement de l’enquête. Malgré l’arrestation des assassins présumés de Tim Lopes, l’impunité reste un motif de préoccupation pour la liberté de la presse au Brésil où quinze journalistes ont été tués depuis 1991. L’enquête menée en août par Reporters sans frontières dans l’Etat de Bahia sur l’assassinat, en 1998, de Manuel de Oliveira a mis en évidence de nombreuses irrégularités dans les premiers mois de l’enquête. Le rapport de l’organisation conclut que cette affaire "révèle surtout les limites d’un système qui confie à une police placée sous la tutelle d’élus locaux [la police civile] le soin d’enquêter sur l’assassinat d’un journaliste qui avait mis en cause l’un de ces élus."
Par ailleurs, l’année 2002 était une année électorale et la presse a souffert encore une fois d’une législation spéciale qui contrôle étroitement les informations publiées par les médias sur les différents candidats. Plusieurs décisions de justice ont purement et simplement rétabli la censure. Des verdicts qui apparaissent comme un anachronisme dans ce pays revenu à la démocratie voici plus de quinze ans. La justice continue par ailleurs de prononcer des peines de prison, commuables en amendes ou travaux d’intérêt collectif, au mépris des textes internationaux qui, en la matière, stipulent que "l’emprisonnement en tant que condamnation de l’expression pacifique d’une opinion constitue une violation grave des droits de l’homme".

Deux journalistes tués
Dans la nuit du 2 au 3 juin 2002, Tim Lopes, de la chaîne TV Globo, est tué alors qu’il enquête dans un bidonville de la banlieue de Rio de Janeiro, Vila del Cruzeiro, sur le recours à la prostitution infantile par les trafiquants de drogue. Identifié par les trafiquants alors qu’il filme avec une microcaméra, le journaliste est torturé puis achevé à coups de sabre par le baron local de la drogue, Elias Pereira, dit "Elias le Fou", avant d’être brûlé. Le 5 juillet, des restes humains retrouvés dans un cimetière clandestin de la favela de Grota (Rio de Janeiro) sont formellement identifiés comme étant ceux de Tim Lopes. Des mandats d’arrêt sont délivrés contre neuf membres de la bande d’Elias le Fou. Dans les semaines qui suivent, deux des suspects trouvent la mort, dont un tué par la police lors de son interpellation. Le 19 septembre, le chef de la bande est le dernier des assassins présumés à être appréhendé, arrestation retardée par le soutien qu’il a reçu de policiers corrompus.
Le 30 septembre, Sávio Brandão, propriétaire du quotidien Folha do Estado, une publication de Cuiabá, capitale de l’Etat de Mato Grosso (Ouest), est assassiné par deux tueurs circulant à moto. Le quotidien avait dénoncé à plusieurs reprises l’installation du crime organisé dans la région, et notamment l’implantation des jeux de hasard et des machines à sous. Sávio Brandão était également propriétaire d’une entreprise de construction et de plusieurs entreprises de presse dont la station Radio Cidade. Selon la rédaction, il n’avait pas reçu de menaces. Début octobre, Hércules Araújo Coutinho, caporal de la police militaire, et Célio Alves de Souza, ancien agent de la police militaire, sont arrêtés pour leur participation supposée au crime. Hércules Araújo Coutinho est mis en cause par des témoins, l’expertise balistique et ses empreintes digitales. Le suspect nie être impliqué dans la mort du journaliste. Selon la presse locale, le 11 décembre, João Arcanjo Ribeiro, homme d’affaires et ancien policier soupçonné de contrôler les jeux de hasard dans l’Etat du Mato Grosso, est formellement inculpé pour un double homicide, et pour corruption, blanchiment d’argent et fraude fiscale. Il est également soupçonné par la justice d’être le commanditaire de l’assassinat du journaliste dont les dénonciations sur les jeux de hasard l’auraient gêné. Les exécutants des deux homicides pour lesquels il est inculpé ne seraient autres que les deux policiers détenus dans l’affaire Brandão.

Nouveaux éléments sur des journalistes tués avant 2002
En juillet 2002, Thomaz Iracy Moisés Guedes, inculpé pour l’assassinat du journaliste bahianais Manuel Leal de Oliveira, est arrêté. Un mois plus tard, il est également inculpé pour le meurtre de Leopoldino Nobre, alias "Popo", un témoin clé présumé assassiné avant d’avoir pu déposer. Le 25 février, Mozart Costa Brasil, un policier également inculpé pour l’assassinat du journaliste, avait été libéré suite à une demande d’habeas corpus, en attendant le procès. Le troisième suspect, Marcone Sarmento, est toujours en fuite. Les trois hommes avaient été inculpés en septembre 2001. Directeur de l’hebdomadaire A Região, publié à Itabuna (Etat de Bahia), Manuel Leal de Oliveira avait été tué le 14 janvier 1998 après avoir mis en cause le maire de la ville, Fernando Gomes, dans des affaires de corruption. Une enquête de Reporters sans frontières et du réseau Damoclès, réalisée sur place en août 2002, rappelle que l’enquête, aux mains de la police civile de l’Etat de Bahia, avait été "classée" en septembre 1998, sans qu’aucun suspect ait été arrêté ni même Fernando Gomes entendu. En mai 2000, le processus judiciaire avait été relancé à la suite de révélations parues dans le quotidien régional A Tarde. En dépit des suppléments d’investigation demandés, l’enquête n’a fait depuis que de fragiles avancées.
Le 22 novembre, Paulo Sérgio Mendes Lima est condamné par un tribunal d’Eunápolis (Etat de Bahia) à dix-neuf ans de prison pour l’assassinat de Ronaldo Santana de Araújo. L’accusé a reconnu avoir été contacté par l’ancien maire d’Eunápolis, Paulo Ernesto Ribeira da Silva, alias Paulo Dapé, pour exécuter le journaliste. Ancien policier, Paulo Sérgio Mendes Lima avait recruté le tueur, Alexandro Borges, en fuite, et participé à l’exécution même du crime. L’ancien élu a été formellement inculpé pour l’assassinat du journaliste mais, au 1erjanvier 2003, il n’avait pas été jugé. Ronaldo Santana de Araújo, journaliste de Radio Jornal et Radio Jacarandá, deux stations de la ville d’Eunápolis, avait été abattu le 9 octobre 1997. Dans ses émissions, il critiquait régulièrement la gestion de la ville de Paulo Ernesto Ribeira da Silva.

Un journaliste interpellé
Le 14 novembre 2002, le sous-commissaire Rogério Lopes de Figueiredo ordonne l’arrestation de Fábio Grellet, du quotidien Agora São Paulo, pour "outrage à l’autorité" et "désobéissance". Le journaliste se trouvait au commissariat pour enquêter sur l’agression dont avait été victime un gitan. Selon Fábio Grellet, le sous-commissaire s’est emporté lorsqu’il lui a demandé de confirmer des informations données par la police militaire. Il a été brièvement interpellé et ses notes lui ont été confisquées.

Cinq journalistes agressés
Le 1er août 2002, Marcelo Fraga, de la chaîne de télévision TV Jangadeiro, diffusée dans l’Etat de Ceará, est agressé par un fonctionnaire de l’Assemblée législative locale. L’agression fait suite à une question jugée gênante du journaliste à Welington Landim, député du Parti socialiste brésilien (PSB) et candidat au poste de gouverneur. Le fonctionnaire, Luciano Luque, dément et accuse Marcelo Fraga de faire le jeu des concurrents de Welington Landim. Une enquête interne à l’Assemblée a été ouverte.
Le 27 août, Marcio Fernandes, du quotidien Estado de São Paulo, est menotté et agressé par des membres du service de sécurité du Parti social-démocrate brésilien (PSDB) alors qu’il couvre un meeting de Rita Camata, candidate de ce parti à la vice-présidence de la République, à Tupã (Etat de São Paulo). C’est la candidate en personne qui a demandé aux vigiles de libérer le journaliste. Le PSDB a présenté ses excuses à la rédaction du journal.
Le 22 septembre, une équipe de la chaîne de télévision Rede Record est agressée, ainsi que des militants écologistes, après avoir pris des images de l’abattage illégal d’arbres dans l’Etat de Pará. Encouragé par le maire de Porto de Moz, Gerson Campos, lui-même propriétaire d’une scierie, des habitants de la ville se sont rendus à l’aéroport pour empêcher que l’équipe de télévision ne reparte avec les images. Malgré la protection de la police militaire, les agresseurs ont pu s’emparer des cassettes vidéo.

Quatre journalistes menacés
Le 7 juin 2002, on apprend que Aluysio Abreu Barbosa, directeur du quotidien Folha da Manhã, publié dans l’Etat de Rio de Janeiro, reçoit des menaces depuis que le journal a publié une série d’articles sur la vente illégale de carburant. Une enquête avait été ouverte sur la base de ces révélations et avait mené à l’arrestation d’un policier.
Fin août, Saulo Borges et Joana Queiroz, du quotidien A Crítica, publié à Manaus, reçoivent des menaces. Les deux journalistes enquêtent sur l’apparition d’un escadron de la mort dans l’Etat d’Amazonas qui serait composé de policiers. Ils ont reçu une protection.
Le 2 septembre, on apprend que Jutan Araújo, de la station local TV Camaçari, qui émet à Camaçari (Etat de Bahia), reçoit des menaces de mort depuis près de deux mois. Début juillet, il avait réalisé un reportage sur des familles défavorisées qui occupaient illégalement des terrains sur la commune. Peu après la diffusion du reportage, les familles avaient été expulsées. Le journaliste indique que les menaces ont commencé trois jours après l’expulsion. Leurs auteurs lui reprochent d’avoir fait du tort à de nombreuses personnes et lui signalent qu’ils le suivent partout.

Pressions et entraves
Le 20 mai 2002, un juge de Rio de Janeiro interdit, sous peine d’amende, à l’hebdomadaire Carta Capital de publier une interview de l’homme d’affaires Guilherme Freire dans laquelle ce dernier met en cause Anthony Garotinho, alors candidat du Parti socialiste brésilien (PSB) à l’élection présidentielle, dans des affaires de corruption. Le candidat avait porté plainte contre le journal au motif que l’article se fondait sur des enregistrements illégaux de ses conversations téléphoniques avec l’homme d’affaires. Le 22 mai, un juge autorise en appel le journal à publier l’interview de Guilherme Freire, la retranscription des conversations téléphoniques restant interdite.
Le 23 mai, une juge de l’Etat de São Paulo interdit à la presse de publier des informations sur le procès pour "harcèlement sexuel" intenté au juge du travail Renato Mehan Khamis devant un tribunal administratif. Le 24 janvier, la juge avait déjà dicté une interdiction similaire.
Le 6 juin, Marcelo Rech, rédacteur en chef du quotidien Zero Hora, et José Barrionuevo, de Rádio Gaúcha, deux médias basés à Porto Alegre (Rio Grande do Sul), sont condamnés à cinq mois et dix jours de prison, peine convertible en une amende. Les deux journalistes avaient critiqué les prises de position du gouverneur de l’Etat, Olívio Dutra, sur la destruction, le 20 avril, d’une horloge municipale vieille de cinq cents ans par des manifestants. La juge de la chambre criminelle de Porto Alegre a considéré que le droit de critique n’était pas "sans limites".
Le 23 octobre, un tribunal électoral de Brasilia ordonne la saisie, "par la force si nécessaire", de tous les exemplaires de l’édition du lendemain du quotidien Correio Brazilense si elle contient la retranscription de conversations téléphoniques du gouverneur Joaquim Roriz avec les frères Passos, deux hommes d’affaires. Ces enregistrements mettraient en cause le gouverneur dans une affaire d’appropriation illégale de terres. Le 25 octobre, le tribunal électoral supérieur statue en appel que la presse écrite ne peut faire l’objet de censure préalable. Cette décision s’applique également à trois publications du district fédéral qui se sont vu interdire la retranscription d’enregistrements mettant en cause Geraldo Magela, candidat du Parti des travailleurs (PT) au poste de gouverneur.
Le 27 octobre, Luís Nassif, du quotidien Folha de São Paulo, est condamné pour "diffamation" à trois mois de prison, peine convertible à trois mois de travaux d’intérêt collectif et à une amende. Le journaliste est poursuivi par une entreprise pour avoir qualifié d’"aventureuse" une action en justice dans un article publié le 29 septembre 2002. Selon certains juristes, cette décision ignore la jurisprudence qui ne considère pas la critique comme une "intention de nuire", motif qu’a retenu le juge de São Paulo contre Luís Nassif.



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