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Afghanistan


-  Superficie : 647 497 km2.
-  Population : 22 474 000.
-  Langues : pachtou, dari, ouzbek, etc.
-  Nature de l’Etat : république islamique.
-  Président de l’Autorité de transition : Hamid Karzaï.

Afghanistan - Rapport annuel 2003

L’Afghanistan, après cinq ans de domination des taliban, était "un pays sans information et sans images".La liberté de la presse renaît en 2002, surtout à Kaboul, où paraissent près de 150 publications. Mais, en province, les gouverneurs refusent le pluralisme et la critique.

Le 24 janvier 2002, l’hebdomadaire Kabul Weekly est de nouveau en vente dans les kiosques de Kaboul après plus de cinq ans d’absence. C’est le premier hebdomadaire d’information indépendant publié depuis la chute des taliban, en novembre 2001. Après lui, plus de cent vingt publications privées vont voir le jour dans la capitale.
Imprimerie en ruine, réseau de distribution inexistant, journalistes mal formés, infrastructures de communication détruites, programmes radiotélévisés sommaires : le régime des taliban et la guerre laissent les médias à genoux. Mais l’année 2002 est celle de la renaissance de la presse. Avides de lecture, les Afghans vont redécouvrir par exemple les hebdomadaires d’information, les magazines féminins, les revues humoristiques et la presse partisane. En effet, le changement est radical. Après cinq années de domination des taliban qui avaient fait de l’Afghanistan "un pays sans information et sans images" (rapport de Reporters sans frontières publié en septembre 2000), la télévision nationale a repris ses émissions et la radio recommence à diffuser de la musique.
La presse afghane jouit d’une "liberté inédite", selon Fahim Dashty, directeur du Kabul Weekly, mais cette liberté de ton ne s’est pas imposée sans mal face aux tentatives de contrôle du nouveau gouvernement, majoritairement issu de l’Alliance du Nord. Par ailleurs, de nombreuses violations de la liberté de la presse se sont produites dans certaines provinces, notamment celle d’Herat. Les gouverneurs et les chefs de guerre gardent le contrôle de la quasi-totalité des médias et tentent de museler, parfois par la force, les journalistes qui critiquent leur pouvoir. Cette situation échappe assez largement au gouvernement central de Kaboul et aux Nations unies qui n’ont que très rarement dénoncé ces abus.
Dans un pays à la population majoritairement analphabète, la presse écrite reste marginale et la télévision très onéreuse. La source essentielle d’informations est la radio. En 2002, les radios internationales, les services en pachtou et en dari de la BBC en premier lieu, augmentent leur temps et leur capacité de diffusion. Selon une enquête menée par la BBC, avant les raids aériens américains en Afghanistan, 72 % des Pachtouns et 62 % des persanophones du pays écoutaient quotidiennement la BBC. Celle-ci est notamment concurrencée par Radio Free Afghanistan, Voice of America, RFI et la Deutsche Welle.
L’Etat central, dont l’autorité s’exerce essentiellement à Kaboul, contrôle les principaux médias - au moins trente-cinq publications et presque tous les médias audiovisuels - et s’en sert pour servir sa politique. Dans les médias gouvernementaux, les critiques à l’encontre des autorités sont très rares. "Il suffit de lire le style des dépêches de l’agence de presse Bakhtar, qui sont ensuite reprises mot pour mot par la télévision et la radio, pour comprendre que ces médias restent des instruments de propagande pour le gouvernement", explique un journaliste du service en pachtou d’une radio internationale. L’Etat afghan a maintenu des structures susceptibles de réprimer les journalistes. Ainsi, la septième direction des services secrets (Amniat ou Sécurité nationale) en charge de la surveillance des médias n’a pas été dissoute. Pourtant, le président Hamid Karzaï a affirmé à plusieurs reprises son attachement à la liberté de la presse et à des médias de service public de qualité.
L’année 2002 est, bien entendu, marquée par une amélioration très nette de la situation de la liberté de la presse à Kaboul, mais tout reste à faire en province. Les initiatives ne manquent pas, notamment grâce au soutien de la communauté internationale, mais elles risquent de s’opposer aux intérêts des potentats locaux.
Nouveaux éléments sur quatre journalistes assassinés avant 2002
Le 9 février 2002, un responsable du ministère de l’Intérieur annonce l’arrestation de deux suspects dans le meurtre, le 19novembre 2001, des reporters Maria Grazia Cutuli, Julio Fuentes, Harry Burton et Azizullah Haidari sur la route entre Jalalabad et Kaboul. En mars, le maréchal Mohammed Fahim, ministre de la Défense, affirme au ministre de la Défense italien, pays dont est ressortissante Maria Grazia Cutuli, que des suspects ont été identifiés. Malgré ces déclarations et les demandes répétées de l’agence Reuters pour laquelle travaillaient deux des victimes, les autorités n’ont jamais communiqué l’identité des suspects et les preuves rassemblées contre eux. "Ils nous ont expliqué en mars qu’il fallait attendre les résultats de l’enquête", précise le correspondant de l’agence Reuters à Kaboul.
En revanche, en août dernier, des responsables des services secrets ont affirmé à Reuters qu’ils avaient identifié une personne qui pouvait faciliter l’arrestation des suspects, mais que, pour cela, "l’agence devait payer"... De son côté, Reporters sans frontières a recueilli des informations qui tendent à confirmer que les services secrets ont arrêté, en juillet 2002, un commandant moudjahid de la province de Sarobi, Mohammed Tahir, trouvé en possession d’effets personnels des quatre journalistes. Lors de son interrogatoire, celui-ci a affirmé avoir "acheté ces objets pour pouvoir identifier les responsables du crime".
Mohammed Tahir, qui clame son innocence dans cette affaire, aurait été dénoncé aux services secrets par l’un de ses proches. Depuis juillet 2002, Reporters sans frontières n’a reçu aucune confirmation du maintien en détention de Mohammed Tahir ou de l’arrestation d’autres suspects.
Trois journalistes incarcérés
Le 27 mai 2002, Rafiq Shaheer, responsable de l’hebdomadaire Takhassos, publié par la Choura (association de professionnels) d’Herat (ouest du pays), est interpellé et malmené par des hommes de l’Amniat (services de sécurité du gouverneur), lors des élections de la Loya Jirga (Assemblée traditionnelle). En pleine nuit, des policiers le conduisent à l’extérieur de la prison, dans un cimetière, où ils simulent une exécution. Il est libéré deux jours plus tard. Takhassos est l’objet, depuis sa création, de nombreuses pressions de la part des autorités locales. Le gouverneur Ismael Khan nie les agressions et les pressions sur les responsables de l’hebdomadaire qui a notamment publié un article sur l’utilisation des taxes prélevées par le gouverneur. Depuis l’arrestation de Rafiq Shaheer, l’hebdomadaire a sensiblement revu sa ligne éditoriale et les critiques sont pratiquement absentes...
Le 3 juillet, Hayatullah Khan, correspondant du quotidien pakistanais The Nation à Mir Ali (zone tribale du Waziristan Nord), est arrêté et menotté par des soldats américains alors qu’il demande à interviewer des officiers dans la zone frontalière entre le Pakistan et l’Afghanistan. Il est placé en détention dans une cellule insalubre de deux mètres carrés d’un camp d’entraînement américain dans la province de Paktia (est du pays). Le journaliste, privé d’eau, mains liées et yeux bandés, est interrogé par des officiers américains et anglais qui lui reprochent de fournir des informations à des organisations terroristes, notamment Al-Qaida. Les militaires étayent leurs accusations en utilisant le carnet d’adresses saisi sur le journaliste, qui contient notamment des numéros de téléphone de leaders religieux afghans et pakistanais. Le journaliste explique qu’il s’agit de contacts nécessaires pour exercer son métier dans la région. "J’ai toujours nié leurs accusations et affirmé que j’étais un journaliste en reportage", a souligné Hayatullah Khan dans un entretien avec Reporters sans frontières. Durant l’un de ces interrogatoires, des militaires américains affirment au journaliste qu’il doit être "prêt à mourir". Suite à l’intervention de certains de ses collègues et du correspondant de Reporters sans frontières au Pakistan, Iqbal Khattak, auprès des diplomates américains à Peshawar, l’identité et la profession du journaliste sont confirmées aux forces américaines en Afghanistan. Hayatullah Khan est finalement libéré le 7 juillet. Mais une fois à la frontière pakistanaise, le correspondant de The Nation est interpellé pendant plusieurs heures par des membres des forces paramilitaires pakistanaises qui lui reprochent d’avoir fourni aux Américains des informations sur le déploiement de l’armée pakistanaise.
Le 19 décembre, le directeur de l’hebdomadaire privé Farda (Demain), Abdul Ghafur Aiteqad, est arrêté par des hommes du parquet à son bureau de Kaboul. Cette arrestation fait suite à la publication, le 15 décembre, d’une caricature du président Hamid Karzai en train de jouer de l’harmonium et de chanter "Reconstruction, reconstruction, ..." devant des Occidentaux qui dansent en brandissant des dollars. Lakhdar Brahimi, représentant des Nations unies en Afghanistan, est quant à lui caricaturé dans le dessin en train d’annoncer au micro : "Bientôt, nous aurons une autre cérémonie à la Banque mondiale pour emprunter de l’argent ... mais avec intérêts." L’ordre d’arrestation est venu du ministre de la Défense, le maréchal Fahim. Abdul Ghafur Aiteqad est libéré le 23 décembre dès le retour du président Hamid Karzai à Kaboul. Le journaliste a été détenu pendant quatre jours dans une petite cellule avec huit prisonniers de droit commun.
Quatre journalistes interpellés
En mai 2002, lors du deuxième tour des élections de la Loya Jirga, des hommes de main du gouverneur d’Herat, Ismael Khan, séquestrent un reporter venu de Kaboul à cette occasion. Le journaliste, qui souhaite garder l’anonymat, a expliqué à Human Rights Watch les circonstances de son arrestation : "Ils se sont présentés comme des hommes de l’Amniat. Je leur ai montré ma carte de presse, mais ils ont affirmé qu’ils devaient vérifier (...). Ils m’ont conduit dans une voiture où un de leurs chefs m’a reproché d’interviewer des personnes mauvaises (...). Ils m’ont conseillé de faire des reportages sur la reconstruction de la ville (...). Puis ils m’ont enfermé pendant cinq heures dans une pièce vide (...). Quand je suis sorti, les élections étaient finies."
Le 23 juillet, Gul Rahim Naaymand, correspondant occasionnel du service pachtou de Voice of America à Kunduz (nord du pays), est arrêté pendant toute une journée par des militaires. Des officiers lui confisquent tous ses enregistrements pour les écouter. Après l’intervention des responsables de la radio basée à Kaboul, le journaliste est libéré.
Le 19 décembre, Sayed Hashmatolla Moslih, cameraman de nationalité australienne de la télévision Al-Jazira, et Wali Shaeen, correspondant à Kaboul de la même chaîne, sont brutalement interpellés par des soldats allemands de la Force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF), alors qu’ils couvrent une attaque kamikaze à la grenade visant le Camp Warehouse de l’ISAF à Kaboul. Un chauffeur de l’organisation d’aide aux médias AINA a été tué et deux journalistes blessés lors de cet attentat. L’équipe de télévision est détenue, interrogée et molestée pendant plus de six heures à l’intérieur du camp. Les soldats européens les accusent d’être des complices du kamikaze et de soutenir le mouvement Al-Qaida.
Journalistes agressés
Dans les semaines qui suivent la chute des taliban, de nombreux journalistes étrangers sont victimes d’agressions de la part de civils lorsqu’ils filment ou interviewent des femmes afghanes. Ainsi, le 15 janvier 2002, un groupe de jeunes garçons de Kaboul lancent des pierres à un journaliste, Jean-Luc Porte, et à un photographe de l’Agence France-Presse alors qu’ils interviewent des jeunes filles dans une rue de la capitale. Une équipe de la chaîne de télévision France 2 est également l’objet de jets de pierres alors qu’elle filme des femmes dans la rue.
Le 4mars, Kathleen Kenna, correspondante pour l’Asie du Sud du quotidien canadien Toronto Star, est blessée lors d’une embuscade entre les localités de Zurmat et de Gardez (est du pays), alors qu’elle voyage en voiture, en compagnie de son mari et d’un photographe, Bernie Weil. Selon ses compagnons de route, un homme est apparu sur l’aile gauche du véhicule et a lancé quelque chose sur la voiture, pendant que d’autres individus attaquaient par la droite. La journaliste est blessée à la jambe par une grenade. Elle est transportée successivement à l’hôpital de Gardez, une base américaine en Ouzbékistan, en Turquie, en Allemagne puis au Canada.
Le 10 avril, Ebadullah Ebadi, traducteur et collaborateur de la journaliste Indira Lakshmanan du Boston Globe, est attaqué par des combattants afghans dans le district de Sarobi (est de Kaboul). L’incident se produit alors que les deux hommes s’approchent d’un convoi d’environ dix véhicules transportant des troupes américaines et des combattants loyaux au commandant Hazrat Ali, de Jalalabad. Quelques-uns parmi ces derniers ont en fait empêché les journalistes de suivre les Américains. Selon le Globe, alors qu’ils sollicitent une interview, un des militaires américains fait un geste à l’attention d’un des jeunes soldats afghans qui fonce alors vers les reporters. Le soldat soulève la sécurité de son fusil alors que d’autres ont commencé à frapper Ebadullah Ebadi à coups de pied et de crosse. Le tout sous les yeux des militaires américains. Selon le Boston Globe, un officier des forces spéciales américaines s’est alors approché et a expliqué au journaliste et à son assistant que les "soldats n’aiment pas donner des interviews". Mais le militaire a refusé de commenter l’agression de M.Ebadi. En revanche, un commandant afghan s’est excusé et a proposé à l’assistant du Boston Globe de punir son soldat. M.Ebadi a refusé son offre.
Début octobre, le cameraman afghan Najibullah Quraishi est kidnappé, battu et laissé pour mort par des inconnus à Mazar-i-Charif. Cette agression fait suite à sa participation au documentaire "Massacre à Mazar", réalisé par le reporter anglais Jamie Doran, sur le meurtre de milliers de soldats taliban par des hommes du général Rashid Dostom et des soldats américains. Le cameraman est mis à l’abri par des amis puis envoyé avec sa famille en Grande-Bretagne. Selon Jamie Doran, les hommes du général Dostom ont lancé une campagne d’élimination physique des témoins de ces massacres. "Je viens d’apprendre que deux témoins ont été tués par des soldats et que d’autres sont en danger. Voilà ce qui arrive quand on enquête sur les agissements des chefs de guerre et de leur protecteur américain", a expliqué Jamie Doran à Reporters sans frontières, en novembre 2002. Quelques jours plus tard, une mission des Nations unies confirme que des témoins de ces massacres ont été arrêtés et torturés par des hommes du général Dostom. Celui-ci continue à nier.
Journalistes menacés
Début 2002, Amrullah Umeed, directeur du quotidien officiel Nangarhar publié à Jalalabad (est du pays), est menacé de représailles par des chefs de guerre de la province. "Ils m’ont menacé après que j’ai écrit un article contre le système des chefs de guerre. Ils ne supportent pas la critique, et maintenant, je me méfie", a expliqué le journaliste à Reporters sans frontières. Dans cette province, il n’existe, au 1er octobre 2002, aucune publication indépendante. Les habitants de la région de Jalalabad se tournent vers des publications éditées au Pakistan, notamment Wahadat.
Le 11 février, un journaliste américain du Washington Post, Doug Struck, est mis en joue par des soldats américains alors qu’il tente de s’approcher du site d’une frappe d’un missile américain près de la ville de Khost, dans l’est de l’Afghanistan. Des civils avaient été confondus avec des membres d’Al-Qaida. Les soldats le menacent de l’abattre s’il approche davantage. Le lendemain, le commandant de la base américaine de l’aéroport de Kandahar dément ces accusations. Mais, quelques jours plus tard, un porte-parole du Pentagone affirme que les soldats américains ont eu raison d’écarter Doug Struck des lieux d’opération.
Le 6mars, un porte-parole de la Force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF) avertit que des fortes menaces de tentative d’enlèvement pèsent sur les journalistes étrangers, notamment à Kaboul. "Les civils occidentaux, notamment les journalistes, doivent être très vigilants", prévient le capitaine Graham Dunlop.
Le 18mars, le véhicule d’Olivier Weber, reporter de l’hebdomadaire français Le Point, est bloqué par un petit groupe d’assaillants sur la route reliant Jalalabad à Kaboul. Grâce à une manœuvre du chauffeur, le journaliste n’est pas intercepté. Ce dernier affirme avoir eu vent de menaces contre lui lors de son séjour à Kaboul.
En mai, lors d’une réunion de la Loya Jirga, Sayed Salahuddin, correspondant de l’agence de presse Reuters à Kaboul, révèle que le maréchal Fahim, ministre de la Défense, a menacé l’époux de la seule candidate au poste de Président. Le lendemain, un membre du cabinet du maréchal Fahim vient mettre en garde le journaliste. "Rien ne m’est arrivé, mais sur le moment, j’ai eu peur des conséquences possibles de ces menaces", a expliqué Sayed Salahuddin à Reporters sans frontières. Dans les semaines qui suivent la Loya Jirga, le journaliste de l’agence britannique est convoqué par des responsables du ministère des Affaires étrangères qui lui reprochent une "couverture biaisée" de la Loya Jirga et de la situation en Afghanistan. Et pendant près de deux mois, le porte-parole du ministère refuse de s’adresser à lui...
Début juillet, un journaliste basé à Hérat est convoqué par l’Amniat (services de sécurité). Selon le témoignage qu’il a donné de manière anonyme à Human Rights Watch, il est menacé de représailles s’il continue à envoyer à Kaboul des "faux" rapports. "Si vous voulez que nos relations soient bonnes, vous ne devriez plus écrire de tels articles", lui précise l’un des responsables de la sécurité d’Ismael Khan.
Au début du mois de septembre, le réseau Al-Qaida fait circuler une série de tracts dans la province de Khost (est du pays), offrant 100000 euros pour la capture de tous étrangers, militaires, humanitaires ou journalistes.
Pressions et entraves
En janvier 2002, Danesh Karokhel, correspondant permanent à Kaboul du quotidien en langue pachtou Wahadat (publié à Peshawar), se voit refuser le renouvellement de son autorisation de travail par le ministère des Affaires étrangères. "Avant novembre 2001, j’envoyais régulièrement des articles pour ce journal. J’ai demandé une nouvelle autorisation au ministère des Affaires étrangères. J’avais des lettres de soutien de membres du cabinet du président Karzaï. Mais le responsable du département des médias au ministère des Affaires étrangères m’a répondu que le ministre ne voulait pas de correspondant de Wahadat à Kaboul", a expliqué Danesh Karokhel à Reporters sans frontières. Après avoir fait l’objet de censures répétées, le quotidien Wahadat est aujourd’hui disponible dans certains kiosques de Kaboul.
Au début de l’année, une émission de divertissement diffusée sur l’unique chaîne de télévision d’Herat est supprimée après trois éditions car, selon l’un de ses animateurs, des "jeunes filles récitaient des poésies parfois satiriques". Plus généralement, la télévision locale censure toutes les informations et les images contraires à la ligne établie par le gouverneur Ismael Khan, notamment celles de femmes non voilées.
Le 20 février, le gouvernement promulgue une loi sur la presse largement inspirée de la précédente loi datant d’avril 1965. La loi garantit le pluralisme de l’information, mais contient des articles problématiques, notamment le Titre 7 qui concerne les "publications interdites". Ainsi, il est interdit de publier des informations qui "offensent l’islam" ou "affaiblissent l’armée d’Afghanistan". Les sanctions, définies dans le Titre 8, doivent être déterminées en fonction de la Charia. Néanmoins, la suspension de la publication est prévue en cas de violation de l’article sur les "contenus interdits". Par ailleurs, les articles 4 et 11 prévoient que seuls les citoyens afghans sont autorisés à imprimer des publications. Et les éditeurs de médias privés sont également tenus d’obtenir une autorisation du gouvernement. Enfin, le gouvernement conserve, aux termes de l’article 40, le contrôle sur la distribution des publications étrangères qui doivent obtenir une autorisation préalable émanant du ministère des Affaires étrangères. En revanche, le texte ouvre la voie à une libéralisation des médias audiovisuels.
Dans un premier temps, les autorités ont rejeté les critiques des organisations de défense de la liberté de la presse. Jusqu’en mai, le ministère de l’Information s’est engagé dans un processus de réforme de la loi. Suite aux recommandations faites, en septembre, par les participants à un séminaire international sur la liberté de la presse à Kaboul, Abdul Hamid Moubarez, ministre adjoint à l’Information, propose au ministre de la Justice une série d’amendements. M.Moubarez affirme, le 26 octobre, à un représentant de Reporters sans frontières qu’il avait notamment suggéré la suppression de l’autorisation préalable pour les publications, et la dépénalisation des délits de presse. Les recommandations du séminaire international demandaient également que les journalistes soient préservés, par la loi, d’une application rigoureuse de la Charia (loi islamique) et de la mise en place d’un mécanisme équitable de distribution des fréquences de radio et de télévision.
Entre février et mars, l’hebdomadaire Payam-e-Milat (Message de la Nation) reçoit trois avertissements du ministère de l’Information pour des articles jugés "déplacés". Cette publication soutenue à son lancement par l’organisation d’aide aux médias Aïna, se définit comme un journal d’investigation.
En 2002, les responsables de la Radio Solh (Radio Paix) subissent des menaces et des pressions de commandeurs moudjahidin locaux, notamment de Rasoul Sayef, de la région de Jebel-e-Sharat (nord de Kaboul) où ils se sont installés en octobre 2001. Ainsi, les femmes journalistes de la station ne peuvent travailler librement dans la ville. Les chefs locaux du Jamaat-e-Islami (parti de l’Alliance du Nord) leur interdisent, par exemple, d’interviewer d’autres femmes dans la rue. Par ailleurs, l’un des journalistes de Radio Solh, Mohamad Yonus Mehrin, se voit confisquer ses cassettes par des policiers lors d’une manifestation de femmes devant le ministère des Affaires féminines à Kaboul, en juin. Le journaliste est également menacé pour avoir interviewé les manifestantes.
En avril, le cabinet du président Hamid Karzaï demande au ministre de l’Information de sanctionner Kabir Omarzai, journaliste de la télévision publique, qui a demandé au président afghan son point de vue sur un différent frontalier entre l’Afghanistan et le Pakistan, lors d’une conférence de presse commune avec le général pakistanais Pervez Musharraf. Le journaliste est écarté de la rédaction mais, suite aux protestations des journalistes afghans et des organisations internationales, Kabir Omarzai retrouve son poste au sein de la rédaction de la télévision. Makhdoom Raheen, ministre de l’Information, explique au journaliste que la "liberté de la presse ne s’applique pas à lui" et que les journalistes ne "doivent pas poser ce genre de questions". Quelques jours plus tard, des officiels du ministère se rendent à la rédaction du Kabul Weekly et exigent des explications sur la publication successive d’un article et d’une lettre de Reporters sans frontières adressée au ministre de l’Information sur cet incident.
En avril également, le Kabul Weekly fait l’objet d’un second avertissement suite à la publication d’un article du 25 avril sur les visions fédéralistes du général Rashid Dostom. En l’absence du directeur, Fahim Dashty, Breshna Nazari, directeur adjoint du journal, est réprimandé par M.Moubarez, ministre adjoint de l’Information, qui le menace de fermer le journal s’il publie encore de tels articles. Les journalistes ont "le droit d’écrire leurs idées. L’exception est l’intégrité de l’Afghanistan, sa sécurité et son indépendance. Nous ne pouvons pas tolérer cela," déclare-t-il. Selon Fahim Dashty, "depuis mai 2002, nous n’avons reçu aucune convocation ou menace. Nos seuls problèmes sont techniques et financiers".
En mai, des soldats américains et afghans saisissent l’émetteur d’une radio basée dans la province de Khost (est du pays), appartenant au chef de guerre Kamal Khan. Celui-ci est en conflit avec le gouverneur nommé par le président Karzaï pour le contrôle de la province de Paktia. Selon les autorités de Kaboul, la radio diffusait des "informations hostiles au gouvernement central". L’émetteur était installé à proximité de l’aéroport de Khost, contrôlé par l’armée américaine.
Selon le quotidien South China Morning Post de Hong Kong, des membres du contingent allemand de la Force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF) détruisent, le 12 juin, les pellicules de trois photographes qui viennent d’assister à un incident entre des soldats allemands et des militaires de l’Alliance du Nord. Ces derniers, armés de fusils AK-47, ont essayé de passer un barrage tenu par les soldats allemands, près de l’entrée principale de la Loya Jirga. Le ministère des Affaires étrangères allemand nie quant à lui que quiconque parmi les forces allemandes ait détruit ou confisqué des pellicules photo.
Le 3 juillet, le président Hamid Karzaï ordonne au directeur de la radio et télévision publique, Abdul Hafiz Mansoor, de quitter son poste, après que celui-ci avait apparemment refusé au moins deux fois d’obtempérer. Selon le ministre de l’Information et de la Culture, Makhdoom Raheen, des plaintes relatives à la mauvaise qualité des programmes sont à l’origine de ce renvoi. M.Mansoor, un membre de l’Alliance du Nord, a été brièvement ministre de l’Information après la chute des taliban, en novembre 2001. La raison de ce renvoi est en fait liée à un conflit sur la diffusion de programmes présentant des femmes qui chantent. En effet, M.Mansoor, proche des islamistes conservateurs de l’Alliance du Nord, a toujours refusé de diffuser des images de chanteuses. En cela, il est soutenu par la justice islamique contre le gouvernement. Le 4 juillet, le gouvernement désigne un nouveau responsable à la tête de la radio et la télévision publique, Mohammed Isaq, qui est lui aussi un officiel de l’Alliance du Nord.
En juillet, les responsables des forces américaines en Afghanistan bloquent l’accès des journalistes à un village du sud du pays où plus de cinquante Afghans sont morts lors du bombardement d’un mariage. Des équipes de télévision, notamment Associated Press Television News, sont empêchées de travailler sur ce sujet jusqu’au 4juillet 2002 afin que les reportages ne soient pas diffusés pendant la fête de l’Indépendance des Etats-Unis.
En juillet, un responsable du ministère de l’Information et de la Culture à Herat (ouest du pays) affirme à la presse que le gouverneur a refusé toute demande d’autorisation pour la création de journaux indépendants, arguant qu’il n’était pas au courant de la nouvelle loi sur la presse promulguée à Kaboul.
En août, un groupe de journalistes afghans est bloqué par des hommes du gouverneur d’Herat, Ismael Khan, alorsqu’ils tentent de couvrir des affrontements entre les troupes du gouverneur et des tribus pachtounes dans la région de Ghorian (ouest du pays). Un journaliste a expliqué à Human Rights Watch que les militaires les avaient menacés d’arrestation ou d’expulsion de la ville si des articles "négatifs" étaient publiés surIsmael Khan.
A la fin du mois d’août, Sazed Kahim Shendandwal, correspondant du service en pachtou de Voice of America à Herat (ouest du pays), se voit refuser le renouvellement de son autorisation de travailler dans cette province par l’administration d’Ismael Khan. Il perd son travail. La raison invoquée par les autorités locales est que ce "journaliste n’est pas connu dans la ville"... De même, les stringers à Herat des services en langues locales de la BBC et de Radio Free Afghanistan subissent des pressions de la part des autorités qui les menacent de ne pas renouveler leur permis si leurs reportages sont trop critiques.
Le 31 août, la Cour suprême avalise la décision de la radio et de la télévision d’Etat d’interdire les chants féminins et d’empêcher la diffusion de films indiens. Les restrictions, imposées en raison des aspects jugés trop explicites des chansons et des films en question, interviennent malgré l’opposition du président Hamid Karzaï et du ministre de l’Information. Fazl Ahmad Manawi, vice-président de la Cour suprême, prétend qu’il est nécessaire pour les médias des autres régions du pays de suivre cette décision. Il conseille que les théologiens formant le corps consultatif de la Cour suprême soient consultés sur la programmation des médias du pays, y compris à Kandahar (Sud) et à Mazar-i-Charif (Nord), où des images de chanteuses sont diffusées.
En septembre, MakhdoomRaheen, ministre de l’Information et de la Culture, demande que cessent les pressions exercées à l’encontre des journalistes en province, lors d’une rencontre à Kaboul avec tous les gouverneurs de province. Lors de l’entretien, le ministre a apporté des précisions à Reporters sans frontières : "Je recevais très régulièrement des plaintes de journalistes locaux menacés ou obligés d’obéir aux autorités locales. J’ai demandé fermement aux gouverneurs de faire cesser ces pressions. Depuis, je n’ai reçu aucune nouvelle plainte."
Mi-septembre, le procureur de Kaboul suspend l’hebdomadaire privé Nawa-i-Abadi accusé d’avoir "insulté l’islam". La publication a traduit et imprimé les déclarations du président du Conseil italien Silvio Berlusconi sur l’infériorité de l’islam.
Début octobre, un groupe de journalistes étrangers, notamment le correspondant anglophone de l’Agence France-Presse, Barry Neild, se rendent à Mazar-i-Charif afin d’enquêter sur les charniers de corps de taliban découverts dans cette région par un reporter du magazine Newsweek. Un officiel du ministère des Affaires étrangères à Mazar-i-Charif affirme que le responsable chargé de délivrer les autorisations aux journalistes étrangers est absent pour quelques jours et qu’il ne peut donc pas leur fournir les accréditations nécessaires. Le fonctionnaire précise que si les journalistes souhaitent néanmoins se rendre dans la région où ont été retrouvés les charniers, ils le font "à leurs risques et périls" et que des agressions ne sont pas à exclure. Les reporters y voient une menace et préfèrent rentrer à Kaboul.
Le 18 décembre, la Cour suprême de Kaboul ordonne aux autorités de Jalalabad (est du pays) de faire cesser la diffusion, par un opérateur de télévision par câble, de chaînes étrangères, notamment indiennes, qui contiennent des programmes "contraires aux traditions" afghanes. Le lendemain, les autorités de la province de Nangarhar, notamment le chef de la police, Ajab Shah, procèdent à la fermeture de l’opérateur en application de la décision de la Cour contrôlée par les conservateurs proches du parti fondamentaliste Jamat-e-Islami. Dans les semaines qui précèdent cette décision, des tracts anonymes avaient circulé à Jalalabad, demandant l’interdiction de l’opérateur Afghan Cable TV. En octobre, un représentant de Reporters sans frontières avait rencontré Muhammad Humayun, ingénieur revenu du Pakistan et directeur de l’opérateur, qui affirmait qu’il avait "déjà connecté six cents foyers de Jalalabad après avoir reçu un permis des autorités pour son business" et qu’il pratiquait l’autocensure en ne diffusant pas des chaînes "vulgaires et obscènes".



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