Afrique Asie Europe Moyen-Orient Internet Nations unies
 
Colombie

Superficie 1 138 914 km2.
Population : 42 105 000.
Langue : espagnol.
Nature de l’Etat : république unitaire.
Chef de l’Etat : Alvaro Uribe Vélez.


Colombie - Rapport annuel 2003

La situation de la liberté de la presse s’est encore dégradée en 2002 avec la fin du processus de paix. Dans les grandes villes, et plus encore en province, les groupes armés multiplient pressions sur les rédactions et attaques contre les journalistes. Après l’arrivée à la présidence d’Alvaro Uribe Vélez, le gouvernement apparaît comme une nouvelle menace potentielle. Le taux d’impunité toujours élevé laisse craindre de nouveaux assassinats de professionnels de l’information.

Le bilan des atteintes à la liberté de la presse s’est encore alourdi en 2002 : cinq journalistes ou collaborateurs des médias ont été tués, près d’une soixantaine enlevés, menacés ou agressés, plus d’une vingtaine obligés de quitter leur région, voire leur pays, et huit attentats ou tentatives d’attentats ont été recensés.
Cette dégradation s’explique avant tout par la recrudescence d’un conflit armé dont les acteurs sont nombreux. Qu’il s’agisse de l’armée, des groupes paramilitaires des Autodéfenses unies de Colombie (AUC), dont le principal leader reste Carlos Castaño, des guérillas des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC, marxistes), dirigées par Manuel Marulanda, ou de l’Armée de libération nationale (ELN, guévariste), avec à sa tête Nicolas Rodríguez Bautista, tous sont soucieux de contrôler l’information. Après la rupture des négociations de paix entre l’administration du président Pastrana et les FARC, en février, ces dernières ont lancé une vaste offensive à travers le pays, multipliant les attentats à l’explosif et s’en prenant directement aux élus.
Année électorale, 2002 a également vu l’arrivée à la présidence d’Alvaro Uribe Vélez, dont le slogan "main forte, cœur grand" ("mano firme y corazón grande") annonçait un durcissement dans la lutte contre les groupes armés qui n’a pas tardé à se produire. Le 12 août, cinq jours seulement après son investiture, l’état d’exception a été décrété à la satisfaction quasi générale. Celui-ci permet aux autorités de gouverner par décret pendant trois périodes consécutives de quatre-vingt-dix jours. Un mois plus tard, un décret instaurait les "zones de consolidation et de réhabilitation" qui devront passer en partie sous contrôle militaire et dont l’accès sera restreint pour la presse étrangère. Pour la première fois, le gouvernement colombien est apparu comme une menace directe pour la liberté de la presse dans un pays où elle ne manquait déjà pas d’ennemis. Heureusement, la Cour constitutionnelle a déclaré ces restrictions anticonstitutionnelles quelques semaines plus tard. Pour la première fois également, deux hauts responsables, le président sortant Andrés Pastrana puis le nouveau vice-président, Pacho Santos, tous deux anciens journalistes, ont déclaré que la presse ne pouvait être "neutre" dans le conflit que connaît le pays.
Plus que jamais, il apparaît que la liberté de la presse est menacée dans les grandes villes comme dans les provinces les plus reculées. A Bogotá, les bureaux des grands médias, accusés par les guérillas de faire partie de l’oligarchie, ont été la cible d’attentats. Dans la capitale mais aussi à Cali et Medellín, dans des communiqués reçus par ces mêmes rédactions, des journalistes ont été déclarés "objectifs militaires" par les AUC comme par les FARC qui leur reprochent de faire le jeu de l’adversaire par leur couverture de l’actualité.
Dans les provinces, où le conflit est plus intense, l’étau paraît encore plus resserré sur la presse. Au Nord, dans les départements d’Arauca et Norte de Santander, comme au Sud, dans ceux du Nariño ou du Caquetá, les rédactions des petits médias sont abreuvées de communiqués des différents groupes armés qui les menacent de représailles si elles ne diffusent par leurs informations ou reprennent celles de leurs ennemis. A Cúcuta, la capitale du Norte de Santander, trois attentats visant des médias ont eu lieu en l’espace d’un mois à la fin de l’année. Dans ces régions, aux exactions des groupes armés s’ajoutent les pressions exercées par l’armée régulière. "Les militaires n’aiment pas que nous accordions des interviews à la guérilla", confie un journaliste de l’Arauca. Dans ce département, de nombreuses rédactions n’osent plus diffuser les communiqués des organisations sociales qui dénoncent les violations des droits de l’homme par crainte de représailles de la part des autorités. Beaucoup se sont résignées à reprendre uniquement les communiqués officiels de l’armée.
Au conflit armé, s’ajoutent encore les pressions exercées par des hommes politiques accusés de corruption ou de liens présumés avec le narcotrafic. Fabio Ortiz, directeur de la radio Riomar, à Barranquilla, a ainsi été contraint de quitter la ville après avoir dénoncé des affaires supposées de détournements de fonds par l’administration du département. Un inconnu l’avait accusé de "trop parler". Pendant la campagne électorale, des journalistes qui avaient dénoncé l’indulgence supposée d’Alvaro Uribe Vélez à l’égard des trafiquants de drogue, à l’époque où il était directeur de l’aviation civile puis maire de Medellin, ont reçu des menaces de mort.
La violence qui se perpétue contre la presse trouve son explication dans l’impunité dont bénéficient ses auteurs. "Vous-même l’avez dit : en Colombie, on n’enquête sur rien, et encore moins sur la mort d’un journaliste", s’est vu rappeler un journaliste par un interlocuteur anonyme. Si dans deux affaires d’assassinats, les exécutants ont été condamnés cette année, dans deux autres dossiers, leur acquittement fait douter du bon fonctionnement du pouvoir judiciaire. Dans l’affaire Jaime Garzón, le célèbre humoriste et journaliste tué en 1999, la justice elle-même a déclaré que l’enquête avait négligé certaines pistes. Une enquête indépendante réalisée par Reporters sans frontières indique que les investigations menées par le parquet auraient été manipulées par certains services de l’Etat. L’annonce, en septembre, que la Colombie s’est prévalue de l’article 124 de la Cour pénale internationale (CPI) lors la ratification du Statut de Rome prive les Colombiens d’une nouvelle arme contre l’impunité quasi généralisée dans le pays. Cet article permet à tout Etat partie de déclarer la Cour incompétente pour les crimes de guerre commis sur son territoire, pour une période de sept ans après l’entrée en vigueur de la CPI. En Colombie, les crimes de guerre représentent plus de la moitié des crimes.
En raison des atteintes répétées de leurs groupes armés à la liberté de la presse, Carlos Castaño, Manuel Marulanda et Nicolas Rodríguez Bautista sont considérés par Reporters sans frontières comme trois des prédateurs de la liberté de la presse dans le monde.

Trois journalistes tués
Le 30 janvier 2002, Orlando Sierra Hernández, sous-directeur du quotidien régional La Patria, édité dans la ville de Manizales (département de Caldas, Centre), est grièvement blessé par balles, devant le journal. Atteint de deux balles dans la tête, il décède des suites de ses blessures le 1er février. Le journaliste était connu pour ses prises de position très fermes sur les cas de corruption touchant les politiciens et dirigeants du département de Caldas, dont Manizales est le chef-lieu. Le 3 mars, une enquête menée par sept journaux et magazines colombiens appuie cette hypothèse. Arrêté le jour du meurtre, Luis Fernando Soto Zapata passe aux aveux en avril mais prétend avoir confondu le journaliste avec l’assassin présumé de son cousin un an plus tôt. Le parquet a rejeté cette version, avec pour preuve que l’accusé attendait le journaliste depuis deux heures. Le 8 mai, il est condamné à dix-neuf ans et demi de prison. Egalement arrêté le jour du crime, Luis Arley Ortiz a été interrogé puis libéré, et fait l’objet, depuis le mois de mai, d’un mandat d’arrêt. D’après l’organisation étatsunienne Committee to protect journalists (CPJ), il est soupçonné d’avoir servi d’intermédiaire entre les exécutants et le commanditaire. Francisco Antonio Quintero Tabares, le chef présumé du gang de tueurs auquel appartiendrait Luis Fernando Soto Zapata, aurait également été entendu par la justice.
Le 11 avril, une équipe de journalistes de la chaîne RCN Televisión est la cible de tirs, à la périphérie de Cali (département de Valle, Sud-Ouest), alors qu’elle couvre dans la région des opérations de l’armée et de la police dans la région consécutives à l’enlèvement de douze députés par la guérilla des FARC. D’après les journalistes, malgré leurs efforts pour être identifiés comme tels, leur convoi a essuyé des tirs d’un hélicoptère de l’armée. Lors de l’incident, le conducteur du véhicule à bord duquel se déplaçaient les journalistes, Walter López, a trouvé la mort. Le cameraman de la chaîne, Héctor Sandoval, est mortellement blessé alors que l’équipe abandonne le véhicule pour se cacher à quelques mètres de là. Luz Estella Arroya, correspondante de RCN à Cali, et deux autres journalistes de l’hebdomadaire Semana et du quotidien El Tiempo, également présents sur les lieux, s’en sortent indemnes. Une enquête a été ouverte au sein de l’armée mais ses conclusions n’ont jamais été rendues publiques. Le général Jorge Mora Rangel, commandant en chef des armées, a regretté les deux décès mais a précisé que les journalistes ne devaient pas se trouver au milieu du conflit et risquer ainsi leurs vies.
Le 28 juin, Efraín Alberto Varela Noriega, propriétaire et directeur de la radio Meridiano 70, qui émet à Arauca, chef-lieu du département du même nom (Nord-Est), est assassiné au kilomètre 5 de la route reliant Arauca à Caño Limón, alors qu’il revient de l’université nationale. Des témoins ont accusé Félix Cruz Bata, chef paramilitaire, d’être l’un des exécutants de l’assassinat. Ils dénoncent l’absence d’opération spécifique menée par l’armée, pourtant basée à moins d’un kilomètre de la scène du crime, juste après l’assassinat et l’absence, depuis, de toute enquête sérieuse. Fin novembre, le responsable militaire de la région affirme que Félix Cruz Bata a été tué au combat. Une information que les autorités civiles locales ne sont pas en mesure de confirmer. Efraín Alberto Varela Noriega avait dénoncé l’arrivée dans la ville, une semaine plus tôt, du groupe armé dirigé par Félix Cruz Bata, alias "commandant Tolima". Il avait la réputation d’être un journaliste polémique, qui interpellait aussi bien la guérilla que les paramilitaires, les forces armées ou l’administration. Son émission, "Hablemos de politica" ("Parlons de politique") avait une grande audience dans le département et, pour beaucoup, elle était un exemple de journalisme critique. Depuis sa mort, la nouvelle direction de Meridiano70 a limité les flashs d’information à la lecture des communiqués officiels qui, dans la quasi-totalité des cas, proviennent de la 18e brigade de l’armée. Les journalistes de la région affirment que "son assassinat a changé la pratique du journalisme".

Trois autres journalistes ont été tués en 2002.Il est impossible de dire, au 1erjanvier 2003, si ces crimes sont liés à leur profession.
Le 23 janvier, Marco Antonio Ayala Cárdenas, photographe du quotidien El Caleño, est abattu de six balles dans la tête par deux hommes en moto, alors qu’il venait de retirer des rouleaux de photos dans un laboratoire proche du journal. Le photographe, qui travaillait depuis quatre ans pour El Caleño, couvrait les rubriques sportive et sociale. Toutefois, depuis quelques semaines, il collaborait avec la section des affaires judiciaires. Selon la rédaction, le journaliste avait été contacté peu auparavant par la femme d’un criminel qui lui aurait réclamé le double d’une photo publiée en décembre et sur laquelle elle apparaissait par hasard avec ledit criminel.
Le 12 juillet, le corps de Mario Prada Díaz, fondateur et directeur du mensuel Horizonte Sabanero, récemment rebaptisé Horizonte del Magdalena Medio et publié dans les départements de Santander et du César (Nord), est retrouvé avec quatre balles dans la tête, près de Sabana de Torres. Le journaliste avait été enlevé la veille, en fin de soirée, à son domicile de Sabana de Torres. Selon le capitaine Bejarano, commandant de la police locale, on ignore encore les motifs du crime. Les autorités et les proches du journaliste affirment n’avoir eu connaissance d’aucune menace à son encontre. Dans la dernière édition de Horizonte del Magdalena Medio, consacré à l’actualité sociale et culturelle de la région, il avait écrit un éditorial faisant référence à des irrégularités dans l’administration municipale.
Le 1er décembre, Gimbler Perdomo Zamora, journaliste et propriétaire de la seule station de radio locale, Panorama F.M. 89.3 Estereo, est assassiné à Gigante (département de Huila), alors qu’il sort d’un café Internet accompagné de son épouse. Selon des témoins, deux hommes et une femme ont tiré sur le journaliste à six reprises avant de s’enfuir. On ignore les mobiles du crime. Gimbler Perdomo Zamora animait un espace d’information matinale dans lequel il se contentait de lire les titres de la presse nationale et locale et de rapporter des informations issues d’Internet. Il animait également une émission de radio pendant laquelle il ouvrait le micro aux auditeurs de la région. Avant de fonder, en 1999, Panorama F.M. 89.3 Estereo, Gimbler Perdomo Zamora avait été conseiller municipal de la ville pour le parti libéral. Selon les autorités et ses proches, il n’avait fait l’objet d’aucune menace directe. Ces derniers précisent qu’il était toujours très prudent dans le traitement de l’information sur le conflit armé.

Deux collaborateurs des médias tués
Le 11 avril 2002, Walter López, chauffeur d’une équipe de la chaîne RCN Televisión, est tué alors que cette dernière couvre des opérations de l’armée et de la police à la périphérie de Cali (département de Valle, Sud-Ouest) consécutives à l’enlèvement de douze députés par la guérilla des FARC (voir rubrique "trois journalistes tués").
Le 11 juillet, Elizabeth Obando, chargée de la distribution du quotidien El Nuevo Día, à Roncesvalles (département de Tolima, Est), reçoit deux balles dans la tête. Le bus dans lequel elle voyage est intercepté par un groupe d’hommes armés non identifiés. Après l’avoir obligé à en descendre, les inconnus lui tirent deux balles dans la tête. Transportée à l’hôpital, Elizabeth Obando succombe à ses blessures le surlendemain. L’assassinat aurait pour origine une altercation entre Elizabeth Obando et "Donald", chef du front 21 des FARC, suite à la publication, le 21 septembre 2001, d’un article dénonçant les pratiques de la guérilla dans la région. Le 3 mars, Elizabteh Obando avait informé la direction de El Nuevo Día que les FARC avaient menacé de s’en prendre à elle si elle ne cessait pas de distribuer le journal. Suite à ces menaces, la distribution du quotidien à Roncesvalles avait été interrompue.

Nouveaux éléments sur des journalistes tués avant 2002
Le 1er janvier 2002, Carlos Alberto Oviedo, ancien député soupçonné d’avoir commandité les assassinats des journalistes Jairo Elias Márquez et Ernesto Acero Cadena, est arrêté alors qu’il fête le nouvel an dans un hôtel de la ville d’Armenia (département de Quindio). L’ancien parlementaire, déjà condamné à trente-neuf ans de prison pour un cas de double homicide, s’était évadé de sa résidence surveillée en septembre 2001. Ernesto Acero Cadena, journaliste de la revue El Informador Socioeconomico abattu en décembre 1995, comme Jairo Elias Márquez, propriétaire du bimensuel El Marqués tué le 20 novembre 1997, avaient mis en cause l’ancien député dans des affaires de corruption.
Le 2 janvier, l’enquête sur l’assassinat du journaliste Jaime Garzón, survenu le 13août 1999 à Bogotá, est close. Le juge d’instruction en charge du dossier, Eduardo Meza, conclut à un assassinat commandité par Carlos Castaño, le chef des AUC. Juan Pablo Ortiz Agudelo serait l’auteur des coups de feu, et Edilberto Antonio Sierra Ayala, le conducteur de la moto. Ces deux derniers ont été arrêtés respectivement en janvier 2000 et septembre 2001. Un mandat d’arrêt a été délivré contre Carlos Castaño en juin 2000. Le mobile de l’assassinat serait la participation de Jaime Garzón dans des négociations en vue d’obtenir la libération de personnes enlevées par la guérilla des FARC. Le chef des paramilitaires aurait reproché au journaliste d’avoir ainsi fait le jeu de la guérilla mais également d’avoir touché de l’argent en échange de ses services. Après la clôture de l’enquête, le dossier est transmis au juge de la septième chambre spéciale de Bogotá. Fin octobre, une enquête réalisée par Reporters sans frontières et le réseau Damoclès établit que les enquêteurs auraient été victimes d’une manipulation de la part du Departamento Administrativo de Seguridad (Département administratif de sécurité, DAS), service de renseignements placé sous l’autorité du président de la République. L’enquête indépendante révèle que quatre des témoignages à charge fournis aux enquêteurs par le DAS seraient faux. Parmi ces témoins, le plus important, Maria Amparo Arroyave Mantilla, a disparu depuis que les contradictions de son témoignage ont été dénoncées par les accusés et les avocats de la famille de la victime. Le 8novembre, le juge de la septième chambre spéciale de Bogotá dénonce à son tour le fait que le parquet n’a pas dûment enquêté sur certaines pistes susceptibles d’expliquer l’assassinat du journaliste et humoriste de Radionet et Caracol TV. Des informations publiées par la presse colombienne font mention de témoignages écartés par les enquêteurs qui mettaient en cause des militaires. Selon ces informations, certains secteurs de l’armée se seraient mis d’accord avec Carlos Castaño pour éliminer Jaime Garzón dont l’assassinat aurait été exécuté par La Terraza, une bande de tueurs à gages qui sévissait à Medellín.
Le 23 janvier, Jorge Eliécer Espinal Velásquez et Rodolfo Nelson Rosado Hernández, accusés du meurtre de Guzmán Quintero Torres, directeur de la rédaction du quotidien El Pilón, sont acquittés, "fautes de preuves". Le ministère public a fait appel de la décision du juge. Guzmán Quintero Torres, qui avait fait état des crimes et infractions commis par l’armée colombienne, avait été assassiné le 16septembre 1999.
Le 20 juin, un tribunal de Valledupar (département du Cesar, Nord), condamne en appel Libardo Prada Bayona à trente-sept ans et huit mois de prison pour l’assassinat d’Amparo Leonor Jiménez Pallares. En première instance, Libardo Prada Bayona avait été acquitté. Egalement condamné à payer des dommages et intérêts à la famille de la victime, il est déchu de ses droits civiques pendant treize ans. Leonor Amparo Jiménez Pallares a été assassinée le 11 août 1998, après avoir couvert, comme correspondante du journal télévisé "En vivo" de la chaîne Canal A, l’expulsion par la force de 170 familles d’une propriété appartenant à Carlos Arturo Marulanda, alors ambassadeur de Colombie devant l’Union européenne.
Le 26 juillet, Gregorio Castillo García et Orlando Sánchez Calderón, deux anciens militaires, sont condamnés à dix-neuf ans de prison pour le double assassinat des journalistes Luis Alberto Rincón et Alberto Sánchez Tovar. Les accusés avaient été arrêtés sur la base du témoignage de la femme d’un paramilitaire qui affirmait que les deux journalistes avaient été abattus pour leur collaboration présumée à la guérilla. Alberto Sánchez Tovar, propriétaire de la société de production Producciones Colombiana Ltda, et Luis Alberto Rincón, cameraman free-lance, avaient été tués le 28 novembre 1999 alors qu’ils s’apprêtaient à couvrir les élections municipales d’El Playon, dans le département de Santander.
Le 2 octobre, Alfredo de Jesús Liévano Alcocer, accusé d’être l’assassin du journaliste Carlos Lajud Catalán, est acquitté par un tribunal de Barranquilla (Nord). Le 11 octobre, le ministère public fait appel de cette décision. Cinq mois plus tôt, au terme de l’enquête officielle, aucune charge n’avait finalement été retenue contre Bernardo de Hoyos Montoya, soupçonné d’être le commanditaire de l’assassinat. Ancien maire de Barranquilla, il a été élu sénateur en juillet 2002. Cette affaire a été portée devant la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH) par la Société interaméricaine de presse (SIP). Carlos Lajud Catalán avait été tué le 19mars 1993 à Barranquilla. Commentateur sportif de la radio Emisoras ABC, le journaliste enquêtait aussi sur des affaires de corruption.

Un journaliste incarcéré
Un journaliste a été incarcéré en 2002 mais il est impossible de dire, au 1er janvier 2003, si sa détention est liée à ses activités professionnelles.
Le 25 juillet 2002, Adonai Sánchez Romero, de la station Radio Super, est arrêté par des agents du DAS alors qu’il se trouve au siège de la radio à Bogotá. Il est accusé de complicité dans l’enlèvement de l’homme d’affaires Richard Boulton, libéré le 15 juillet 2002. A charge, les autorités font valoir l’enregistrement d’une conversation téléphonique entre le journaliste et un leader présumé de la guérilla des FARC dans laquelle les deux hommes évoqueraient, à mots couverts, le versement d’une rançon dans l’affaire de l’enlèvement. Adonai Sánchez Romero, aveugle, est considéré comme sérieux par sa rédaction et ses collègues, qui mettent en avant le fait que l’enlèvement a depuis été revendiqué par Carlos Castaño, chef des paramilitaires des AUC, et non par la guérilla. Sa rédaction reconnaît qu’il était en contact avec cette dernière pour obtenir une interview importante et souligne qu’il n’est pas démontré que l’interlocuteur du journaliste dans la conversation téléphonique enregistrée soit le chef de la guérilla avancé. Son avocat demande sa libération.

Six journalistes et collaborateurs des médias enlevés
Le 6 mai 2002, Mauricio Amaya et Diego Burgos, chauffeurs de la chaîne de télévision Caracol TV, sont interceptés dans la ville de Santa Cecilia, entre le département du Chocó et de Risaralda, par des éléments dissidents de la guérilla de l’ELN. Ces derniers justifient l’enlèvement par l’appartenance des médias à l’oligarchie colombienne. Les deux chauffeurs sont relachés deux jours plus tard. Leurs véhicules et tous leurs équipements sont saisis par les guérilleros.
Le 16 mai, Ramón Vásquez Ruiz et Nidia Álvarez Mariño, du quotidien Hoy diario del Magdalena, sont enlevés près de Santa Marta (Nord) avec leur chauffeur, Vladimir Revolledo Cuisman, et six autres personnes par des guérilleros des FARC qui souhaitent ainsi protéger leur fuite. Nidia Álvarez Mariño est libérée sans condition le 17 mai. Ramón Vásquez Ruiz et Vladimir Revolledo Cuisman sont finalement libérés les 24 et 28 mai sans contrepartie. Les ravisseurs avaient dans un premier temps exigé une rançon et la publication d’un communiqué.
Le 6 août, Iván Noguera, Héctor Fabio Zamora, du quotidien El Tiempo, et le conducteur de leur véhicule, Henry Gómez, sont enlevés dans la zone montagneuse de Mistrató (département de Risaralda) par des membres supposés des FARC. Les trois hommes sont libérés le lendemain. Les ravisseurs, qui ont conservé leur véhicule et leur équipement, leur reprochent leur couverture de l’information, et en particulier l’utilisation du terme "terroristes" pour les désigner.

Quatre journalistes agressés
Le 15 juillet 2002, à Buenaventura (Ouest), Rebeca Jaramillo et Breitner Bravo, de la chaîne de télévision locale Notimar, sont blessés par balles par deux hommes en moto. Les premiers résultats de l’enquête attribuent l’origine de cet attentat à une querelle d’ordre personnel. Cependant, les collègues de Breitner Bravo rapportent qu’il avait reçu des menaces de mort des paramilitaires des AUC. La chaîne aurait également reçu des menaces de commerçants après la diffusion d’informations sur la vente d’objets volés dans la ville.
Le 23 juillet, Fernando Vera, directeur de la radio d’information locale El Clarín, et Jorge Carvalho, ancien directeur de la station de radio Todelar, sont blessés suite à l’explosion d’une bombe, dans un café de Medellín. L’attentat, qui n’a pas été revendiqué, a causé la mort d’un ancien membre du Congrès et blessé huit autres personnes. Le café est connu pour être un lieu de rencontre entre hommes politiques et journalistes. Les premières investigations privilégiaient la piste de la guérilla des FARC.
Le 1er octobre, le reporter photographe Ricardo Chamorro, du quotidien El Caleño, publié à Cali, est agressé par des travailleurs de la centrale syndicale Sintraemcali alors qu’il couvre des affrontements entre syndicalistes et forces de l’ordre. Après avoir pris des photos du président du syndicat, le journaliste est agressé par des hommes aux visages masqués qui lui confisquent sa pellicule photo.

Quarante-cinq journalistes menacés
Le 12 janvier 2002, Gonzálo Guillén, correspondant en Colombie du quotidien étatsunien El Nuevo Herald, est accusé par les AUC de vouloir "désinformer" l’opinion publique. Cinq jours plus tôt, le journaliste avait publié un article sur l’enrôlement forcé de mineurs par ces groupes armés. En août, Gonzálo Guillén s’inquiète de ce que son fils a été suivi par une voiture suspecte.
Le 30 janvier, Flavio Restrepo Gómez, du quotidien La Pátria, publié à Manizales (département de Caldas), reçoit un appel l’informant qu’il figure sur une liste de cinq individus qui vont être assassinés. Le journaliste dénonçait des affaires de corruption, et avait notamment mis en cause deux sénateurs. Le 7février, le commandant de la police de la ville confirme l’existence d’un plan pour le tuer. Le journaliste quitte la ville le 18 février mais les menaces continuent. Il décide alors de quitter le pays pour le Canada.
Le 5 février, Claudia Gurisatti, de la chaîne RCN Televisión, quitte la Colombie pour les Etats-Unis. La journaliste avait déjà été contrainte à l’exil en janvier 2001, après que le parquet l’avait avertie de l’existence d’un plan supposé des FARC pour l’assassiner. Après deux mois passés à Miami, elle était rentrée à Bogotá et bénéficiait depuis d’une protection rapprochée. Face à l’intensification des menaces, qui pourraient venir des FARC, elle a décidé de quitter une nouvelle fois le pays.
Le 5 février, Alfonso Pardo, de l’hebdomadaire Voz, organe du Parti communiste colombien, est menacé par téléphone. Les appels proviendraient de trois sous-officiers de l’armée. En novembre 2001, le journaliste avait déjà reçu des menaces des paramilitaires des AUC qui lui donnaient deux jours, à lui et à trois autres journalistes du département de Nariño (Sud-Ouest), pour quitter la région. Alfonso Pardo, qui vit dans un lieu tenu secret, continue de dénoncer la présence des paramilitaires dans cette région.
Début avril, Mauricio Bayona, journaliste sportif du quotidien El Tiempo, quitte la Colombie pour quelques mois. Depuis un an, le journaliste reçoit des menaces chez lui et chez ses parents. Il avait évoqué les liens supposés entre le monde du football et le cartel du nord du Valle, une importante organisation de trafic de drogue.
Début mars, le 1er et le 4, Juan Carlos Giraldo, de la chaîne RCN TV, et Julia Navarrete, de la station Caracol Televisión, reçoivent chacun un faire-part de décès indiquant leur nom et celui de cinq autres journalistes qui couvrent comme eux les enquêtes du parquet.Ces cinq derniers sont Marilyn López, du journal télévisé "Noticias Uno" diffusé sur la chaîne Canal Uno, José Antonio Jiménez, reporter de l’ancien journal télévisé "TV Hoy", Jairo Lozano, du quotidien El Tiempo, Hernando Marroquín, de Radio Caracol, et Jairo Naranjo, de RCN Radio. Le faire-part indique que ces journalistes sont déclarés "objectifs militaires" et disposent de trois jours pour quitter le pays. Il est signé d’un certain "Comando muerte", jusqu’alors inconnu. Les sept journalistes, qui ignorent l’origine et la motivation exactes des menaces, ont en commun d’avoir couvert une enquête du parquet sur les liens présumés entre un narcotrafiquant et des membres de l’armée ou de la classe politique. Deux d’entre eux, dont José Antonio Jiménez, ont pris le chemin de l’exil. Un troisième, rentré après quelques semaines, déclare être accompagné d’un garde du corps et avoir été affecté par sarédaction à un domaine moins sensible.
Le 5 mars, on apprend que Luis Alfonso Altamar, collaborateur de plusieurs médias et directeur de sa propre chaîne de télévision, et Maria Luisa Murillo, correspondante à San Vicente del Caguán du quotidien El Tiempo, souhaitent quitter la région. Depuis la rupture du processus de paix entre le gouvernement et les FARC, fin février, la zone de détente concédée aux FARC, dont San Vicente del Caguán est le chef-lieu, est sous le contrôle de l’armée. Les deux journalistes craignent depuis des représailles des paramilitaires.
Le 21 mars, Fernando Garavito, du quotidien El Espectador, quitte la Colombie pour les Etats-Unis. Les menaces contre le journaliste s’étaient multipliées au cours des dernières semaines. Dans ses articles, il dénonçait les exactions des AUC ainsi que l’indulgence supposée dont avait fait preuve dans le passé Alvaro Uribe Vélez, alors candidat à la présidence de la République, à l’égard des narcotrafiquants. Dans un communiqué daté du 19 février, les AUC accusait Fernando Garavito d’avoir "un esprit envenimé".
Le 27 mars, Carlos Enrique López Castro, directeur de la revue De Interés, publiée à Andes (département d’Antioquia), reçoit un fax attribué aux paramilitaires des AUC qui le désigne, lui et sa famille, comme "objectifs militaires" après la publication d’un article dénonçant la présence des groupes armés. Le journaliste a quitté le pays.
Le 9 avril, Carlos Lozano Guillén, directeur de l’hebdomadaire Voz, organe du Parti communiste colombien, dénonce des menaces récurrentes contre lui. Il quitte le pays pendant trois mois avec l’aide de l’ambassade d’Espagne. Le journaliste et militant politique faisait partie d’une commission chargée, dans le cadre du processus de paix entre le gouvernement et la guerilla des FARC, de formuler des recommandations pour combattre les paramilitaires et réduire l’intensité du conflit. Ce processus a été rompu en février 2002.
Les 22 et 23 avril, Daniel Coronell, directeur du journal télévisé "Noticias Uno" diffusé sur Canal Uno, est menacé de mort à quatre reprises. Par téléphone, des inconnus menacent notamment de tuer sa fille. "Noticias Uno" avait diffusé un reportage faisant état des liens présumés entre Alvaro Uribe Vélez, alors candidat à la présidence, et le narcotrafic. Ignacio Gómez, directeur des investigations de "Noticias Uno", avait également été menacé avant la diffusion du reportage. Pour ce dernier, les menaces pourraient cependant être liées à d’autres dossiers sensibles sur lesquels il travaille.
En mai, Miller Aranzales, de la radio Ecos del Caguán, qui émet à San Vicente del Caguán, quitte la ville après qu’un ami l’a prévenu qu’il existait un plan des paramilitaires pour l’assassiner. Selon l’IPYS, le journaliste avait déjà reçu des menaces de mort de la part des FARC lorsque la région leur avait été concédée dans le cadre du processus de paix engagé par le gouvernement. Depuis la fin des négociations, en février 2002, le journaliste recevait des menaces des paramilitaires qui le considéraient comme guérillero.
Le 8 mai, Carlos Pulgarín, ancien journaliste du quotidien El Tiempo et professeur de journalisme à l’université La Sabana, à Bogotá, est menacé de mort par deux inconnus. Le journaliste reconnaît deux hommes qui l’avaient déjà menacé dans le passé. Depuis 1999, Carlos Pulgarín a été obligé de quitter la Colombie à deux reprises après avoir été menacé par des membres de l’armée ou des paramilitaires et avoir échappé à une tentative d’enlèvement. Quelques jours plus tard, le journaliste quitte une nouvelle fois le pays.
Le 10 mai, Edgar Buitrago Rico, directeur de la revue Valle 2000, publiée à Cali (département de Valle), porte plainte après avoir reçu des menaces. Sa revue avait publié plusieurs articles dénonçant des affaires de corruption présumées au sein de la municipalité. José Douglas Lasso, journaliste de la rédaction, a également été menacé par deux inconnus qui ont assuré qu’ils tueraient ses collègues s’ils poursuivaient leurs publications.
Le 24 mai, Fabio Ortiz, directeur de la radio Riomar, à Barranquilla, reçoit un appel menaçant de le tuer au motif qu’il "parle trop". Deux jours plus tard, dans la rue, un inconnu menace de le tuer s’il ne quitte pas la région. Le journaliste avait dénoncé des affaires supposées de détournements de fonds par l’administration du département. Les jours qui suivent, Fabio Ortiz quitte la ville.
A partir du 29 juin, Rodrigo Ávila, José Dil Gutiérrez, Luis Eduardo Alfonso, de la radio Meridiano 70, une station de la ville d’Arauca (département d’Arauca, Nord-Est), sont menacés de mort. Des appels téléphoniques de membres présumés des AUC donnent aux deux premiers quelques heures pour quitter la région. Le troisième apprend que son nom figurerait sur une liste de personnes déclarées "objectifs militaires" par les paramilitaires. Le 28 juin, le directeur de Meridiano 70, Efraín Alberto Varela Noriega, avait été abattu par des membres présumés des AUC après avoir dénoncé l’arrivée dans la région d’une nouvelle division de ce groupe armé.
Le 3 juillet, Astrid Legarda, de RCN Televisión, quitte la Colombie après avoir appris l’existence d’un plan présumé des FARC pour l’assassiner. Ce groupe armé n’apprécierait pas sa couverture du conflit. La journaliste avait réalisé plusieurs reportages sur les combats entre les paramilitaires et la guérilla, et avait interviewé à plusieurs reprises les chefs des AUC.
Le 9 juillet, Manuel Benavides, correspondant à San Pablo (département du Nariño) du quotidien Diario Del Sur, reçoit des menaces des paramilitaires des AUC qui lui "conseillent" de quitter la région. Il lui est reproché une couverture de l’actualité favorable à la guérilla des FARC. Le journaliste couvrait notamment le port de Tumaco, dont le contrôle fait l’objet d’une lutte intense entre paramilitaires et guérillas.
Le 9 juillet, deux hommes armés, membres présumés des AUC, menacent Anyela Muñoz Trujillo, propriétaire et directrice de l’hebdomadaire El Vocero, publié à Barrancabermeja, d’assassiner l’un de ses collaborateurs si l’édition du lendemain traite de manière "sensationnaliste" des crimes commis à Barrancabermeja. Le même jour, l’hebdomadaire La Tarde fait l’objet de menaces identiques et Janeth Ojeda, directrice de l’hebdomadaire La Noticia, est suivie par une voiture. La veille, dans une interview accordée au quotidien Vanguardia Liberal, le commandant "Alex", du Bloc central des AUC, menaçait de s’en prendre à la presse si elle continuait à traiter de façon "sensationnaliste" l’actualité locale. Le 9 juillet, un autre chef paramilitaire confirme que les AUC mettront à exécution leurs menaces si les journaux ne traitent pas l’information de "manière moins outrancière". Selon l’hebdomadaire El Espectador, les menaces répétées contre les journaux de Barrancabermeja ont débuté en décembre 2000, avec l’arrivée des AUC dans la ville.
Le 16 juillet, Carlos Lajud, de la chaîne de télévision locale City TV, qui émet à Bogotá, quitte la Colombie avec son épouse après avoir reçu, début avril, au siège de City TV, une lettre dans laquelle lui et sa famille étaient menacés de mort. Le journaliste dénonçait dans ses reportages la présence des guérillas de l’ELN et des FARC à Bogotá.
Le 19 juillet, dans un communiqué envoyé au siège du groupe RCN à Cali (Sud-Ouest), la guérilla des FARC menace de s’en prendre à huit journalistes s’ils ne quittent pas la ville dans les 72 heures. Albeiro Echavarría de la chaîne de télévision Noticinco, Álvaro Miguel Mina de Radio Caracol, Luis Eduardo Reyes de RCN Radio, Diego Martínez Lloreda, sous-directeur du quotidien El País, Humberto Briñez et Wilson Barco, correspondants de RCN Televisión à Cali, Hugo Palomari de Caracol TV et Mario Fernando Prado, journaliste free-lance, sont accusés d’être des "ennemis du peuple, défendant les intérêts de l’oligarchie".
Le 2 août, Luis Eduardo Silva Arce et Cesar Augusto Cataño Espinoza, animateurs de l’émission "Tribuna Abierta" diffusée sur la radio Montenegro Estéreo, qui émet à Montenegro (département de Quindio), quittent la ville après avoir reçu des menaces de mort. Ils avaient critiqué certains fonctionnaires des municipalités d’Armenia et de Montenegro.
Le 24 septembre, un communiqué attribué au groupe paramilitaire Bloque Vencedores de Arauca déclare cinq journalistes du département d’Arauca "objectifs militaires". Parmi eux, Carmen Rosa Pabon, de la station La Voz de Cinaruco, qui émet à Arauca (Nord-Est). Informée, par ailleurs, de la possibilité d’un attentat contre elle par les FARC, la journaliste quitte la région. Depuis, le journal de la radio ne diffuse plus que des communiqués officiels et des informations non sensibles. Augusto Báez, de la station Tame Estéreo, une autre station du département d’Arauca, quitte également la région après avoir reçu des menaces.
Fin septembre, Ramiro Egas, animateur sur Radio Su Defensor, une station de la ville de Pasto (département de Nariño), quitte la ville. Depuis fin juillet, des paramilitaires se renseigneraient sur ses habitudes. Le journaliste aurait également repéré des inconnus rôdant autour de son domicile. Sur Radio Su Defensor, la radio du bureau défenseur du peuple (médiateur), Ramiro Egas dénonçait les atteintes aux droits de l’homme dans la région.

Pressions et entraves
Le 30 janvier 2002, une voiture piégée explose près du siège de la chaîne CaracolTV, à Bogotá, sans faire de victimes mais provoquant d’importants dégâts matériels. L’attentat n’a pas été revendiqué. Pour les enquêteurs, il n’est pas certain qu’il visait expressément le média. Selon un responsable de la police, "le véhicule a été abandonné par trois individus qui ont ensuite ouvert le feu contre un poste de police du secteur."
Le 19 février, T. Christian Miller, du quotidien étatsunien Los Angeles Times, et son assistant, sont retenus vingt-quatre heures par des guérilleros des FARC alors qu’ils sont en reportage dans le sud du pays. Les guérilleros justifient la rétention des deux hommes par la nécessité de vérifier l’authenticité de leur accréditation. Ils précisent ne rien avoir contre la presse internationale, à l’inverse de la presse nationale qu’ils estiment vendue à l’oligarchie et la bourgeoisie colombienne.
Le 22 février, dans un communiqué, les AUC accusent le directeur de l’information de la chaîne de télévision Telepacífico d’avoir publié une information "mensongère" de façon "malintentionnée". La veille, le média avait rapporté que des paramilitaires se préparant à commettre un massacre de civils avaient été exécutés par des membres de la guérilla. Les AUC accusent la chaîne de vouloir "présenter les terroristes de la guérilla comme des héros".
Le 23 février, Alain Keler, photographe du magazine français Marie-Claire, est brièvement enlevé par les FARC alors qu’il accompagne Ingrid Betancourt, candidate à l’élection présidentielle du 26 mai du parti Oxygène vert, dans la région de San Vicente del Caguán. Le photographe et deux conseillers de la candidate sont libérés le lendemain matin alors qu’elle reste détenue.
Le 28 février, une dizaine de combattants des FARC contraignent les dirigeants de la radio Onda Zero, une station d’Acevedo (département de Huila), à cesser d’émettre. Les guérilleros accusent la radio de défendre les intérêts du gouvernement. Ils saisissent les équipements. Les FARC menacent de déclarer "objectif militaire" quiconque parlerait de cette affaire. Le lendemain, craignant pour sa vie, Divier Alexánder López, l’un des journalistes de la radio, fuit la région.
Le 6 avril, une équipe de la chaîne de télévision RCN est retenue pendant quatre heures par des guérilleros des FARC, dans la ville de Pulí, à l’est de Bogotá (département de Cundinamarca). Adriana Aristizábal, Andrés Reina, cameraman, et Joaquín Gómez, conducteur du convoi, se rendaient sur les lieux pour couvrir une attaque du front 42 des FARC. Alors qu’ils quittent le village, les journalistes sont arrêtés par une dizaine d’hommes, qui les insultent et les menacent. Les guérilleros saisissent le véhicule et le matériel de l’équipe.
Le 7 avril, l’explosion d’une bombe à proximité des locaux de Radio Súper, dans la ville de Villavicencio, au sud-est de Bogotá, cause la mort de douze personnes. Selon des proches d’Álvaro Uribe Vélez, alors candidat à l’élection présidentielle, la radio a été visée par les FARC pour avoir diffusé des spots de campagne du candidat. Explication rejetée par la direction de Radio Súper qui souligne qu’il n’est pas certain que l’explosion ne visait pas un poste de police situé à proximité.
Le 12 avril, les locaux de la chaîne RCN TV, situés à l’ouest de Bogotá, sont la cible d’un attentat. Deux hommes à moto ont été aperçus à deux cents mètres des bureaux du média alors qu’ils lançaient une roquette de fabrication artisanale. Cette dernière est tombée à cinquante mètres des bureaux de la station. L’attentat, qui n’a fait que des dégâts matériels, n’a pas été revendiqué. La police soupçonne les FARC, accusées d’être les auteurs d’une série d’attentats dans la capitale depuis trois jours.
Le 28 avril, une voiture piégée stationnée à une dizaine de mètres du siège du quotidien El Tiempo, à Bogotá, est neutralisée par la police. Pour cette dernière, la bombe, qui n’était pas activée, ne visait pas le journal. Néanmoins, dans un communiqué, l’armée affirme que la voiture piégée était bien dirigée contre le quotidien. Selon plusieurs observateurs, il pourrait s’agir d’un acte d’intimidation à l’encontre du journal. Depuis trois semaines, Bogotá est la cible d’une série d’attentats imputés aux FARC.
Le 8 juillet, Luis Eduardo Perdomo et José Rodríguez, chauffeur et technicien de la station de RCN Radio, ainsi que Oscar González et Elio Fabio Giraldo, respectivement technicien et chauffeur de Radio Caracol, sont enlevés dans le département de Tolima (Centre) par des membres présumés des FARC alors qu’ils couvrent le tour cycliste de Colombie. Les quatre hommes sont libérés trois jours plus tard. Leurs ravisseurs ont gardé leurs véhicules et leur matériel suite au refus des médias de leur verser une somme d’argent.
Le 18 juillet, un communiqué attribué aux FARC, dont l’authenticité n’a pu être prouvée, est reçu au siège de Radio Súper, à Bogotá. La guérilla y accuse les groupes de presse Caracol et RCN de ne pas dire la vérité et de "déligitimer et diaboliser [son] action subversive".
Le 10 septembre, le président Alvaro Uribe signe le décret 2002 qui instaure des "zones spéciales de réhabilitation et consolidation" dans les régions où sévissent les groupes armés. Ces zones de conflit seront placées sous la direction d’un commandant militaire et le contrôle du gouverneur. Le décret oblige les journalistes étrangers et les journalistes colombiens affiliés à des médias internationaux à demander une autorisation au ministère de l’Intérieur pour se rendre dans les zones concernées. Le texte autorise les arrestations et perquisitions de domicile sans mandat judiciaire. Les autorités militaires pourront par ailleurs ordonner des écoutes téléphoniques et l’interception de courriers sur seule autorisation verbale d’un juge. Selon Fernando Londoño, ministre de l’Intérieur, ces mesures visent à empêcher les groupes armés "d’entrer en contact avec des terroristes étrangers", après que trois Irlandais, membres présumés de l’IRA, ont été arrêtés en 2001. Ces mesures sont adoptées dans le cadre de l’état d’exception, décrété le 12 août par le président Uribe Vélez. Le 26novembre, la Cour constitutionnelle juge anticonstitutionnelles plusieurs dispositions de ce décret. Selon cette autorité, "aucun journaliste, colombien ou étranger, n’est obligé de demander une autorisation de cette nature parce qu’elle porte atteinte à la liberté de la presse et d’information". Les magistrats ont par ailleurs déclaré non conformes à la Constitution les pouvoirs de police judiciaire attribués à l’armée dans ces zones.
Le 13 novembre, une bombe explose à proximité des locaux de la RCN radio à Cúcuta (Norte de Santander, Nord) faisant quatre blessés et des dégâts matériels. Une semaine plus tard, dans la même ville, une autre bombe est désactivée après avoir été déposée devant le quotidien La Opinión. Dans ce département, les médias font régulièrement l’objet de pressions des différents groupes armés qui se disputent le contrôle de la zone et qui veulent obtenir d’eux une couverture de l’actualité qui leur soit favorable.
Depuis le 13 novembre, le journal de la station communautaire Radio DIC n’est plus diffusé dans les communes de Saravena, Arauquita, Tame et Fortul, suite aux pressions d’un haut gradé de l’armée. La veille, Radio DIC avait diffusé un communiqué d’une association qui dénonçait les mauvais traitements présumés perpétrés par les forces armées contre la population d’une municipalité. Dans le département d’Arauca, de nombreux médias ont décidé de ne plus diffuser les informations que leur communiquent des organisations de la société civile, par crainte de représailles de la part des autorités.
Le 26 novembre, Radio Catatumbo, filiale du groupe RCN à Ocaña, dans le département de Norte de Santander (Nord), reçoit une cassette attribuée au front "Armando Cauca Guerrero" de la guérilla de l’ELN dans laquelle le groupe armé met en garde les médias de la région qui continueraient de "travailler avec l’armée" et de "déformer la réalité". Dans la région du Catatumbo, tous les groupes armés présents font régulièrement pression sur les médias pour voir leurs messages diffusés et les dissuader de retransmettre ceux de leurs "ennemis". Le personnel de Radio Catatumbo dit se "sentir obligé de diffuser" ces communiqués, "pour éviter des ennuis".
Le 9 décembre, une bombe explose devant les locaux de Radio Caracol et de Radio Reloj à Cúcuta (Norte de Santander, Nord). L’explosion ne fait pas de victimes mais provoque d’importants dégâts matériels, forçant les deux stations à suspendre temporairement leurs émissions. L’attentat est revendiqué par les FARC qui précisent que ces radios "font le jeu du gouvernement d’Uribe et des militaires".
Le 16 décembre, une grenade est lancée contre les installations de la chaîne RCN Televisión à Valledupar (Nord-Est). L’attentat ne fait pas de victimes mais provoque des dommages matériels légers. Les transmissions ne sont pas interrompues. Selon le ministre de la Défense, Martha Lucía Ramírez, les FARC, accusées d’être à l’origine d’une vague d’attaques contre les médias de la région, pourraient être les auteurs de ce nouvel attentat.



  liste pays ameriques
Introduction Amériques
Actualisation Amériques
Argentine
Bolivie
Brésil
Canada
Chili
Costa Rica
Cuba
Equateur
Etats-Unis
Guatemala
Guyana
Guyane française
Haïti
Honduras
Mexique
Nicaragua
Panama
Paraguay
Pérou
Porto Rico
République Dominicaine
Salvador
Surinam
Uruguay
Venezuela

voir aussi
Rapport annuel 2003 Maghreb / Moyen-Orient
Rapport annuel 2003 Europe
Rapport annuel 2003 Afrique
Rapport annuel 2003 Asie