Afrique Asie Europe Moyen-Orient Internet Nations unies
 
Cuba

Superficie : 110 861 km2.
Population : 11 237 000.
Langue : espagnol.
Nature de l’Etat : république unitaire.
Chef de l’Etat : Fidel Castro Ruz.


Cuba - Rapport annuel 2003

Même si certains journalistes indépendants n’hésitent pas à parler de "tolérance" des autorités à l’égard de leurs activités, la politique de répression remplit parfaitement son objectif : empêcher ces derniers de diffuser des informations non contrôlées auprès de la population. L’incarcération de trois nouveaux journalistes cette année conduit également à relativiser cette "tolérance". L’apparition sur l’île d’une revue dissidente à la fin de l’année est le premier défi lancé au monopole d’Etat sur l’information depuis plusieurs années.

A Cuba, une centaine de journalistes indépendants, regroupés dans une vingtaine d’agences non reconnues par les autorités, tentent d’exercer leur droit d’informer malgré l’interdiction dictée par les autorités. Leurs activités consistent essentiellement en la production d’articles qui sont faxés ou téléphonés aux Etats-Unis pour être repris sur des sites Internet, tels que cubanet.org et nuevaprensa.org, ou sur Radio Martí, une station créée par le gouvernement américain pour émettre vers l’île et dont les émissions sont brouillées par les autorités.
Au printemps 1999, un an après la visite du pape à La Havane et la relative accalmie qui l’avait suivie, le régime s’était durci contre l’opposition et la presse indépendante. Trois ans plus tard, de l’avis même de certains d’entre eux, les journalistes indépendants bénéficient aujourd’hui d’une marge de tolérance envers leurs activités. Cette tolérance doit être relativisée. Tout d’abord parce que trois nouveaux journalistes indépendants ont été arrêtés cette année. Même s’ils sont incarcérés avant tout pour des actes de militance politique ou de défense des droits de l’homme, les trois hommes étaient connus des autorités également pour leurs activités journalistiques qui leur avaient déjà valu d’être interpellés ou convoqués par la police. Ensuite, parce que cette tolérance se vérifie peu en province où la répression exercée par les autorités reste forte.
Les journalistes sont régulièrement menacés d’emprisonnement en vertu de la loi 88. Adopté en février 1999, ce texte prévoit jusqu’à vingt ans de prison pour toute personne qui "fournit des informations" susceptibles de servir la politique américaine. Une vingtaine de journalistes dissidents ont par ailleurs été interpellés. Les autorités veulent aussi les couper du reste de la société. Ils sont étroitement surveillés par les Comités de défense de la révolution (CDR, organisation officielle de quartier). Des pressions sont exercées sur leurs proches. "J’ai renoncé à toute liaison sentimentale pour ne compromettre personne et ne pas offrir de moyens de pression sur moi", explique l’un d’entre eux. Lorsque certains de ces journalistes finissent par se résigner à l’exil, de nouvelles pressions sont exercées sur eux. Les autorités les soumettent à un chantage avant de leur remettre la "carta blanca" qui leur permettra de quitter le pays.
En réalité, cette tolérance s’inscrit dans un cadre clairement délimité et, malgré les apparences, la répression remplit son objectif : permettre au régime de préserver son monopole, véritable sanctuaire, sur l’information diffusée aux Cubains. "Les médias sont publics. Ils n’appartiennent pas et ne peuvent appartenir à des particuliers", a rappelé le Lider maximo lors de son allocution du 1er mai. L’information venant de l’étranger est également contrôlée. Les antennes paraboliques confectionnées artisanalement par la population pour capter les chaînes étrangères sont régulièrement confisquées lors d’opérations de police. La presse internationale est accessible aux seuls touristes et diplomates. Les dépêches et articles produits par les correspondants étrangers en poste à La Havane sont lus après leur publication, et leurs auteurs mis en garde lorsque leur couverture n’est pas du goût du gouvernement.
Dans ce contexte, l’espace médiatique est occupé exclusivement par la presse officielle. Celle-ci ne diffuse que des articles ou des reportages de propagande, choisis, revus et corrigés en fonction des intérêts idéologiques du régime. Le Département d’orientation révolutionnaire, qui dépend du comité central du Parti communiste, est le maître d’œuvre de cette censure. En mai, la retransmission de l’allocution de Jimmy Carter, dans laquelle ce dernier demandait au gouvernement cubain de légaliser l’opposition interne et de reconnaître la liberté d’expression et d’association, constitue une première. Prononcée en direct sur les radios et télévisions officielles le 14 mai, elle est intégralement retranscrite dans la presse écrite le 16 mai. Dans son discours, l’ancien président des Etats-Unis et futur prix Nobel de la paix, mentionnait également l’existence du projet Varela, une initiative de l’opposition pour que les Cubains puissent se prononcer sur une révision de leur Constitution dans un sens plus démocratique. C’est l’une des rares fois où la presse officielle mentionnera cette initiative. Pour la contrer, le gouvernement a organisé un vaste référendum qui rend "irrévocable" le caractère socialiste de la Constitution. Le projet Varela prévoyait notamment la reconnaissance de la liberté d’expression.
Néanmoins, à l’image d’Osvaldo Paya, le promoteur du projet Varela qui a reçu, en décembre, le prix Sakharov du Parlement européen pour son action en faveur des droits de l’homme et des libertés, les journalistes indépendants ont gagné une reconnaissance à l’étranger. Leur production est devenue pour les médias internationaux une source d’informations sur la réalité cubaine.
Le lancement, le 19 décembre, du bimestriel De Cuba, par la Société Manuel Marquez Sterling (une association illégale de journalistes), est un défi au monopole d’Etat sur l’information. Sa diffusion est encore confidentielle, mais l’accueil que lui réserveront les autorités permettra de dire si une ère de tolérance s’est réellement ouverte pour la presse indépendante.
En raison de la grave situation à Cuba, le président Fidel Castro est considéré par Reporters sans frontières comme l’un des prédateurs de la liberté de la presse dans le monde.

Cinq journalistes incarcérés
Le 23 février 2002, Carlos Alberto Domínguez, de l’agence indépendante Cuba Verdad, est arrêté à son domicile d’Arroyo Naranjo, un faubourg de La Havane, par quatre agents de la sécurité d’Etat. Le journaliste est également directeur de l’Instituto del Derecho et membre du Partido Democrático 30 de Noviembre, groupuscules illégaux. Il a été arrêté à la veille d’une messe commémorative organisée par l’opposition. Après avoir été détenu puis hospitalisé à La Havane pour des problèmes d’hypertension artérielle, il est incarcéré, depuis le 29 mars, à la prison de "rigueur maximale" de Valle Grande, à soixante kilomètres de la capitale. Aucune charge précise n’a été formulée contre lui. Carlos Alberto Domínguez a dénoncé à plusieurs reprises ses conditions de détention et l’utilisation par les autorités carcérales des détenus de droit commun pour surveiller les prisonniers politiques. Le 2 décembre, on apprenait de sources proches de sa famille que le journaliste et militant politique avait été transféré à l’hôpital Salvador Allende de La Havane, dans la section réservée aux détenus. Depuis quelque temps, il souffrait de violents maux de tête.
Le 4 mars, Lester Téllez Castro, directeur de la Agencia de Prensa Libre Avileña (APLA), et Carlos Brizuela Yera, collaborateur de l’agence Colegio de Períodistas Independientes de Camagüey (CPIC), sont frappés puis interpellés, avec huit militants des droits de l’homme, par des agents des forces de l’ordre, à Ciego de Ávila (Centre). Les deux journalistes participaient à une manifestation de protestation contre l’agression par des policiers de leur collègue Jesús Álvarez Castillo, de l’agence Cuba Press. Le 27août, le parquet de Ciego de Ávila requiert six ans de prison contre Téllez Castro et cinq ans contre Brizuela Yera pour "outrage à fonctionnaire", "désordre public", "résistance à l’autorité" et "désobéissance". Lester Téllez Castro est incarcéré à la prison de Canaleta (Ciego de Ávila). Sa famille peut lui rendre visite régulièrement. Depuis le mois de mai, il refuse toute nourriture fournie par la prison, qu’il juge infecte, se contentant des colis apportés par sa famille. Dans plusieurs lettres, il a dénoncé les conditions de détention dans la prison de Canaleta. Le journaliste a mené plusieurs grèves de la faim pour exiger leur amélioration. Sa compagne, Daymarelis Pérez, a perdu son poste de directrice des programmes de Radio Surco, une station officielle locale. Lester Téllez Castro, qui a perdu l’usage de l’œil droit quand il était enfant, se plaint de souffrir d’une opacification de l’autre œil. Le 12 décembre, il est transféré dans un hôpital de La Havane. Carlos Alberto Brizuela Yera est emprisonné au Provisional Provincial de Holguín (Est). Après avoir fait sortir de prison, début avril, des lettres dénonçant les conditions de vie infligées aux détenus, le journaliste et sa femme, Ana Peláez García, sont en butte à l’hostilité des gardiens. "Nous devons l’un et l’autre nous déshabiller totalement avant chaque parloir, et subissons une investigation corporelle poussée. On découd même les ourlets de nos vêtements à la recherche de messages. Le rééducateur ne m’adresse plus la parole", explique cette dernière. Malgré ses demandes répétées, son avocat n’a jamais pu rendre visite au journaliste. Depuis le mois d’octobre, il semble que ses conditions de détention se soient légèrement améliorées. Dans un document remis aux Nations unies, les autorités cubaines soulignent que les deux journalistes ont des antécédents pénaux, pour discréditer leur action et tenter de justifier leur incarcération.
Le 3 août, Ángel Pablo Polanco, de l’agence Noticuba, est libéré après cinq jours de détention. Il a été placé sous contrôle judiciaire et devra se présenter deux fois par mois auprès des autorités policières. Ángel Pablo Polanco reste poursuivi pour "incitation à commettre un délit", "outrage à agent de l’Etat" et "outrage aux symboles de la nation". Il risque de un à quatre ans de prison. Aucune explication ne lui a été fournie sur le motif de ces poursuites. La date du procès ne lui a pas non plus été indiquée.

Un journaliste arrêté avant 2002 était toujours détenu au 1er janvier 2003.
Arrêté le 18 novembre 1997, Bernardo Arévalo Padrón, directeur de l’agence Línea Sur Press, a été condamné en appel, dix jours plus tard, à six ans de prison pour avoir qualifié le président Fidel Castro et le vice-président cubain Carlos Lage de "menteurs" sur les ondes de Radio Marti, une station financée par le gouvernement américain pour émettre vers l’île. Le journaliste les accusait de ne pas se conformer aux engagements démocratiques signés lors d’un précédent Sommet ibéro-américain. Après avoir été transféré dans de nombreux camps de travail, Bernardo est incarcéré, depuis le 16juillet 2002, dans la prison d’Ariza (Centre). A travers ses écrits, ses amis redoutent que sa santé mentale ne se soit dégradée. "Il a beaucoup changé et ses relations auront du mal à le reconnaître quand il sortira", confie un proche. Ses relations avec les autres détenus sont difficiles. Certains lui rendent la vie impossible pour se voir accorder de petits privilèges de l’administration pénitentiaire. Libertad Acosta Díaz, son épouse, peut lui rendre visite toutes les trois semaines. Son état de santé est gravement affecté par des conditions de détention très pénibles. Début décembre 2002, une leptospirose a été diagnostiquée. Cette maladie infectieuse est provoquée par une bactérie qui parasite de nombreux animaux, et en particulier les rongeurs. Depuis octobre 2000, Bernardo pourrait bénéficier d’une libération anticipée après avoir purgé la moitié de sa peine. Mais l’administration pénitentiaire la lui refuse "en raison de son manque de coopération au programme de rééducation".

Vingt-trois journalistes interpellés
Le 13 janvier 2002, Jorge Olivera Castillo, directeur de l’agence Havana Press, et son épouse sont interpellés par la police, peu après avoir rencontré un fonctionnaire de la Section des intérêts américains, la représentation officielle des Etats-Unis à la Havane.
Le 17 janvier, Omar Rodríguez Saludes, directeur de l’agence Nueva Prensa, est interpellé alors qu’il sort de l’ambassade d’Espagne où il venait de couvrir une réunion entre des dissidents et un fonctionnaire espagnol. Un agent de la sécurité d’Etat l’interroge sur ses activités, qualifiant son travail de "contre-révolutionnaire". Il est libéré six heures plus tard.
Le 24 février, Maria Elena Alpizar, correspondante de l’agence Noticuba dans la province de Villa Clara (Centre-Ouest), est interpellée alors qu’elle s’apprête à couvrir une manifestation d’une organisation non reconnue par les autorités. La journaliste est conduite en voiture à une dizaine de kilomètres de son domicile, puis libérée.
Le 28 février, Lester Téllez Castro, directeur de l’agence APLA, est arrêté à son domicile, à Ciego de Ávila (Centre), en compagnie de Carlos Brizuela Yera, collaborateur de l’agence CPIC. Selon la mère de Lester Téllez Castro, les policiers ont frappé les deux journalistes au visage. Ils ont également saisi des documents et du matériel appartenant à son fils. Carlos Brizuela Yera est libéré le 2mars, et Lester Téllez Castro, le lendemain soir.
Le 3 mars, Mirley Delgado Bombino, de l’agence APLA, est interpellée par deux policiers, dans les rues de Ciego de Ávila. Ces derniers la conduisent au siège de la sécurité d’Etat et menacent de la faire renvoyer de son emploi d’infirmière dans un cabinet médical de la ville si elle ne met pas fin à ses activités journalistiques. Elle est libérée après deux heures d’interrogatoire.
Le 18 mars, María del Carmen Carro, collaboratrice du site cubafreepress.org, est interpellée par deux agents de la sécurité d’Etat alors qu’elle accompagne sa sœur à l’hôpital. La journaliste est conduite dans un commissariat où elle est interrogée pendant quelques heures et menacée de représailles pour ses activités dissidentes. Elle est officiellement poursuivie pour "incitation à commettre un délit".
Le 28 avril, Miguel Galván Gutiérrez, de l’agence Havana Press, est interpellé. Les policiers font monter le journaliste dans un fourgon et l’abandonnent à trente-huit kilomètres du village de Güines (province de La Havane), où il réside. La veille, un officier de la sécurité d’Etat avait averti Miguel Galván Gutiérrez qu’il pourrait lui arriver "quelque chose" s’il quittait le village.
Le 3 mai, Juan Carlos Garcell, correspondant à Holguín de la Agencia de Prensa Libre Oriental (APLO), une agence de Santiago de Cuba (Sud-Est), est interpellé alors qu’il réalise une interview, dans un hôpital d’Holguín, de la mère d’une femme enceinte sur le point de mourir. Il est relâché une heure plus tard, après avoir été frappé. Dans la soirée, il est de nouveau arrêté, son domicile est perquisitionné et plusieurs documents sont saisis. Au poste de police, Juan Carlos Garcell est de nouveau frappé et menacé avant d’être libéré le lendemain après-midi. Le journaliste sera arrêté à trois autres reprises en 2002, les 11juillet, 5 août et 9 décembre.
Le 12 juin, Carlos Serpa Maceira, de l’agence Unión de Períodistas y Escritores Cubanos Independientes (UPECI), est interpellé par la sécurité d’Etat dans une localité de l’île de la Juventud (Sud-Ouest) alors qu’il couvre une manifestation organisée par des opposants. Il est interrogé pendant plus de huit heures et menacé d’emprisonnement. Le 19 juin, le journaliste est de nouveau retenu pendant trois heures par des agents de la sécurité d’Etat à Nueva Gerona (île de la Juventud).
Le 21 juillet, Yoel Blanco García, de l’agence indépendante CPIC, est arrêté à son domicile par des agents de la sécurité d’Etat, sans que ces derniers précisent le motif de son arrestation. Interrogé pendant près de trois heures, il est menacé de représailles s’il continue à rendre visite à des dissidents. Yoel Blanco García avait déjà été interpellé le 10juillet et menacé d’emprisonnement pour "propagande ennemie" alors qu’il s’apprêtait à couvrir un meeting organisé par la dissidence.
Le 24 juillet, trois agents de la Police nationale interpellent Ernesto Roque Sintero, de l’agence Grupo de Trabajo Decoro, au motif qu’il vit illégalement chez son épouse, à La Havane. Il est maintenu en détention toute la journée et menacé d’être envoyé en prison. A Cuba, chaque individu est tenu de vivre à l’adresse que lui ont assignée les autorités.
Le 10 août, Adela Soto Álvarez, correspondante de l’agence Nueva Prensa à Pinar del Río (Ouest), est interpellée par des agents de la sécurité d’Etat alors qu’elle s’apprête à couvrir une réunion d’opposants. Les policiers font monter la journaliste dans un véhicule puis l’abandonnent vingt-quatre kilomètres plus loin. C’est la troisième fois en deux mois que la journaliste est interpellée.
Le 16 août, Jesús García Leyva, journaliste indépendant, est interpellé par la sécurité d’Etat à La Havane alors qu’il s’apprête à couvrir une manifestation organisée par l’opposition. Le journaliste est menacé de poursuites judiciaires. Avant d’être libéré, une amende de 30 pesos (1,5 euro) lui est infligée.
Le 28 septembre, Marío Enrique Mayo, directeur de l’agence Félix Varela, basée à Camagüey (Centre), est arrêté à son domicile par des agents de la sécurité d’Etat puis interrogé sur une information qu’il avait publiée sur un ancien militaire. Interrogé sur ses sources, le journaliste est menacé de prison pour "exercice illégal du journalisme", puis libéré après six heures de détention.
Le 10 novembre, Pablo Pacheco, de l’agence Cooperativa Avileña de Períodistas Independientes (CAPI), est interpellé et détenu. Lors de l’interrogatoire, il est injurié et menacé pour avoir tenté de filmer l’interpellation par la police de deux femmes en état d’ébriété. Après quelques heures, le journaliste est libéré et sa caméra lui est rendue, mais les images de l’incident ont été effacées.
Le 7 décembre, Ana Leonor Díaz Chamizo, de l’agence Grupo de Trabajo Decoro, est convoquée par la sécurité d’Etat. Pendant dix heures, la journaliste est menacée de représailles pour ses collaborations avec Radio Martí. Un mois plus tôt, elle avait été convoquée par la police et menacée de se voir appliquer la loi 88.

Trois journalistes agressés
Le 27 février 2002, Andrew Cawthorne et Alfredo Tedeschi, respectivement correspondant à La Havane et cameraman de l’agence Reuters, sont frappés par des policiers alors qu’ils couvrent l’entrée en force, au volant d’un bus volé, d’une vingtaine de Cubains dans l’ambassade du Mexique. Les deux journalistes sont les seuls correspondants étrangers à avoir filmé l’événement. Leur caméra est volée. D’autres images peuvent être prises par Reuters peu après l’incident, mais les autorités bloquent leur retransmission par satellite pendant près de six heures. D’autres journalistes étrangers venus couvrir l’incident sont violemment écartés par des policiers. Le 27 février, lors de l’inauguration d’un nouveau consulat du Mexique à Miami, Jorge Castañeda, ministre des Affaires étrangères mexicain, avait déclaré que "les portes de l’ambassade et celles du Mexique étaient ouvertes à tout citoyen cubain ou latino-américain".
Le 8 mai, le domicile de Carlos Serpa Maceira, de l’agence UPECI, est la cible de jets de pierres. Deux semaines plus tard, des employés municipaux menacent de le frapper alors qu’il prend des clichés d’habitations privées d’eau depuis plusieurs années sur l’île de la Juventud (Sud-Ouest).

Journalistes menacés
Depuis le 4 mars 2002, date de l’arrestation du journaliste Lester Téllez Castro, son beau-frère, Mirley Delgado Bombino, de l’agence APLA, reçoit régulièrement des messages de menaces. Egalement infirmière dans un cabinet médical de Ciego de Ávila, la journaliste aurait récemment reçu une poupée avec une balle dessinée sur le front, accompagnée du message suivant : "Bientôt, tu seras comme ça". Mirley Delgado Bombino a par ailleurs été menacée d’emprisonnement.
Le 17 novembre, en pleine nuit, deux inconnus hurlent que "tous ceux qui ne sont pas communistes seront pendus" en bas de l’immeuble où réside Amarilis Cortina Rey, de l’agence Cuba-Verdad, à La Havane.

Pressions et entraves
Le 15 janvier 2002, Fabio Prieto Llorente, correspondant de l’agence Havana Press et du site cubafreepress.org sur l’île de la Juventud (Sud-Ouest), est retenu chez lui pendant six heures par deux agents de la sécurité d’Etat. Une semaine plus tôt, il avait couvert une manifestation de l’opposition à Nueva Gerona. Le 12 juin, des policiers tentent de l’interpeller alors qu’il couvre une manifestation interdite.
Le 4 mars, Jesús Álvarez Castillo, correspondant de l’agence Cuba Press à Ciego de Ávila (Centre), perd connaissance après qu’un policier lui a fait le "coup du lapin" lors d’une tentative d’interpellation. Le journaliste s’apprêtait à couvrir une réunion d’une association illégale de défense des droits de l’homme. Les membres de cette organisation sont arrêtés alors qu’ils manifestent leur mécontentement devant l’hôpital où a été conduit le journaliste. Selon Jesús Álvarez Castillo, c’était un coup monté pour arrêter le groupe en flagrant délit d’outrage et de rébellion. Le 31 juillet, le journaliste est informé qu’il est poursuivi pour avoir refusé d’être cité comme témoin au procès des militants arrêtés le 4 mars. Il risque jusqu’à huit ans de prison et 3 000 pesos (environ 150 euros) d’amende.
Le 5 mars au matin, des agents de la sécurité d’Etat se présentent au domicile de Normando Hernández González, directeur de l’agence CPIC, vraisemblablement pour l’arrêter. Le journaliste réussit à prendre la fuite. La veille, il avait rapporté sur Radio Martí les circonstances dans lesquelles les journalistes Jesús Álvarez Castillo, Lester Téllez Castro et Carlos Brizuela Yera avaient été agressés ou arrêtés.
Le 8 mars, Raúl Rivero, directeur de l’agence Cuba Press, et Omar Rodríguez Saludes, de l’agence Nueva Prensa, sont filmés par un agent présumé de la sécurité d’Etat à la sortie d’une réunion interdite. Cette dernière, qui traitait de la formation professionnelle des journalistes, rassemblait des membres de l’organisation de journalistes indépendants illégale Société Manuel Marquez Sterling et un journaliste russe.
Le 15 mars, Dorka de Céspedes, de l’agence Havana Press, est convoquée par des agents de la sécurité d’Etat à La Havane. Elle est interrogée au sujet de ses déclarations, sur Radio Martí, faisant état de l’implication de militaires dans des affaires de corruption.
Le 21 mars, des agents de la sécurité d’Etat interceptent trois journalistes indépendants qui se rendent à des cours de journalisme dispensés par la Société Manuel Márquez Sterling, au domicile de Ricardo González, le président de l’association, à La Havane. Deux autres journalistes qui se trouvent chez lui sont interceptés à leur sortie. Un sixième est interrogé dans la soirée par la police sur ses activités au sein de l’association. Ricardo González rappelle qu’à Cuba, aucun article du code pénal n’interdit pourtant d’enseigner librement.
Le 21 mars, l’ancien directeur de l’agence CAPI, Jesús Joel Díaz Hernández, s’exile aux Etats-Unis. Le journaliste avait été condamné à quatre ans de prison en 1999 pour "dangerosité sociale". Après deux ans d’emprisonnement, il avait été libéré et avait immédiatement repris ses activités journalistiques. Il subissait depuis un harcèlement constant. Trois autres journalistes ont quitté Cuba en 2002 : Lázaro Echemendía, de l’agence Cuba Press, Yoel Blanco García, de l’agence CPIC, Osvaldo de Céspedes, de l’agence Cooperativa de Períodistas Independientes (CPI).
Le 27 mars, un agent de la sécurité d’Etat se présente au domicile de La Havane de Tania Quintero, de l’agence Cuba Press, pour "discuter" de la presse indépendante en général, des cours de la Société Manuel Márquez Sterling en particulier, ou encore de politique nationale et internationale. Selon Ricardo González, il s’agit d’une technique de la sécurité d’Etat pour mieux connaître la personnalité des dissidents et tenter de gagner leur confiance.
Début avril, dans le cadre de la campagne "Non à la diversion idéologique", les autorités organisent un coup de filet dans le village de Bauta (ouest de La Havane). Des antennes paraboliques permettant de recevoir des télévisions étrangères sont saisies et des amendes infligées aux contrevenants pour "indiscipline". La répression s’est ensuite étendue aux localités voisines.
Le 13 avril, José Manuel Caraballo Bravo, journaliste de l’agence APLA, est condamné à trois ans de travaux d’intérêt général sans internement pour "falsification de documents". Il a fait appel de cette décision. Sans se prononcer sur le bien-fondé de l’accusation, certains de ses collègues soulignent que les faits reprochés étant vieux de plus de trois ans, ils seraient en réalité utilisés pour sanctionner les activités dissidentes du journaliste. José Manuel Caraballo Bravo est également militant de la Fondation cubaine des droits de l’homme (illégale).
Le 12 juin, un "acte de rejet" ("acto de repudio", séance publique d’insultes) est organisé par le Comité de défense de la révolution (CDR, organisation officielle de quartier) devant le domicile de Marvín Hernández Monzón, correspondante de l’agence Cuba Press dans la ville de Palmira (province de Cienfuegos). La manifestation est finalement annulée en raison des fortes pluies s’étant abattues sur la région.
Le 17 juin, Jesús Álvarez Castillo, de Cuba Press, est sommé de quitter le village de Miraflores Nuevo (province de Ciego de Ávila) par un agent de la sécurité d’Etat. Le journaliste s’était rendu dans cette localité, où résident d’anciens prisonniers politiques et leurs familles, pour recueillir des informations sur la collecte de signatures, initiée par le gouvernement cubain, en faveur de la réforme visant à rendre "irrévocable" le caractère socialiste de la Constitution.
Le 2 juillet, on apprend que Yoel Blanco García, de l’agence CPIC, subit des pressions de la police de Florida (province de Camagüey, Centre) depuis plusieurs jours. Le journaliste affirme être harcelé par des agents de la sécurité d’Etat, qui le surveillent et le suivent en permanence. Une campagne de désinformation auprès de la population locale est lancée, affirmant que le journaliste envisagerait de saboter le référendum visant à rendre "irrévocable" le caractère socialiste de la Constitution.
Le 12 juillet, on apprend que Richard Roselló, collaborateur du site cubafreepress.org, subit un harcèlement constant pour le contraindre à abandonner son domicile de La Havane. Selon le journaliste, la justice a d’abord ordonné son expulsion du logement de sa mère, avec qui il vivait depuis dix ans. Ses actuels voisins exigeraient maintenant son départ du quartier. Le journaliste rapporte avoir été frappé d’une amende de 1 200 pesos (60 euros) pour résider illégalement à La Havane.
Le 4 septembre, Jorge Olivera Castillo, directeur de l’agence Havana Press, est condamné à payer une amende de 1500 pesos (75 euros) pour avoir passé la nuit chez son épouse. Le journaliste, qui dément les faits, est menacé d’emprisonnement pour avoir refusé de payer et signer l’amende. Une semaine plus tard, son recours est rejeté. A Cuba, chaque individu est tenu de vivre à l’adresse que lui ont assignée les autorités.
Le 30 septembre, Isabel Rey Rodríguez, correspondante de Cuba Press à Villa Clara (Centre-Ouest), est convoquée par la police. Au cours de l’interrogatoire, elle est menacée d’une amende de 600 pesos (30 euros) pour "violation du secret de l’instruction". Dans un article, elle avait relayé une accusation pour "corruption" portée contre un officier militaire retraité. L’amende est finalement infligée à la journalistele 7 octobre.Le 13 juillet, la journaliste avait été expulsée de la ville de Santa Clara où elle s’était rendue pour couvrir une rencontre de la dissidence. Le 24 février, elle avait été interdite de sortir de son domicile alors qu’elle souhaitait couvrir un événement organisé par l’opposition.
Le 2 octobre, Marío Enrique Mayo, de l’agence Félix Varela, basée à Camagüey (Centre), se voit dresser un "avertissement" pour "outrage" par la police. Une voisine l’avait dénoncé auprès du Comité de défense de la révolution après l’avoir entendu tenir chez lui, à voix haute, des propos critiques à l’égard du gouvernement.
Le 8 octobre, Catherine David, de l’hebdomadaire français Le Nouvel Observateur, est interceptée à la douane de l’aéroport international de La Havane avec un ami. Leurs bagages sont fouillés. L’ensemble des fichiers informatiques de l’ordinateur de la journaliste est copié sur disquette. Ses cassettes audio contenant des interviews de dissidents sont confisquées, ainsi que ses archives, ses pellicules photo et plusieurs livres ou rapports sur la situation des droits de l’homme sur l’île. L’intégralité de son carnet d’adresses est également recopiée. Le 10 décembre, en réponse à sa demande de restitution de son matériel, la journaliste reçoit un message d’une responsable de la douane justifiant la saisie par la nature "contraire aux intérêts généraux de la nation" des informations dont elle disposait.
Le 21 octobre, pendant la nuit, un agent de police se présente au domicile d’Álida de Jesús Viso Bello, de l’agence Cuba Press, et lui propose de l’"aider". Cette dernière décline la proposition et refuse de laisser entrer l’agent chez elle. Pour Alida de Jesús Viso Bello, il s’agit d’une manœuvre visant à la déstabiliser ou à exercer un chantage sur elle après l’avoir compromise.
Le 28 octobre, on apprend que les autorités refusent d’accorder un visa à Raúl Rivero, directeur de l’agence Cuba Press, poète et écrivain, afin qu’il puisse se rendre au Mexique où il est invité par une revue littéraire pour présenter son dernier recueil de poésie. C’est la troisième fois depuis le début de l’année que les autorités lui refusent un tel visa. Raul Rivero rappelle que la seule autorisation qu’est prêt à lui concéder le gouvernement est une autorisation de sortie définitive du territoire. Une autre journaliste de Cuba Press, Ernestina Rosell, se voit également interdire un déplacement en Suisse pour des raisons personnelles.
Le 29 octobre, deux officiers de la sécurité d’Etat se présentent au domicile de Luis Cino Álvarez, de l’agence Nueva Prensa, pour l’avertir des risques qu’il encourt s’il continue à transmettre des informations à Radio Martí.
Le 6 novembre, Ana Leonor Díaz Chamizo, de l’agence Grupo de Trabajo Decoro, est convoquée par deux membres de la sécurité d’Etat. Ces derniers l’accusent de violer la loi 88 en transmettant des informations à Radio Martí et la menacent d’emprisonnement. Les officiers lui précisent qu’elle doit cesser cette activité contre-révolutionnaire ou bien son fils pourrait également avoir des problèmes.
Le 14 novembre, Fara Armenteros, de l’agence UPECI, Víctor Manuel Domínguez, de l’agence Lux Info Press, et Ana Leonor Pérez, collaboratrice du site cubafreepress.org, sont convoqués par la sécurité d’Etat. Ils sont accusés de violer la loi 88 sur la collaboration avec des médias étrangers et menacés d’incarcération. Le 4décembre, Fara Armenteros, est de nouveau convoquée par la sécurité d’Etat. Selon elle, les autorités lui reprochent surtout d’abriter chez elle le fax par lequel de nombreux articles de journalistes indépendants sont transmis au site cubanet.org.
Le 30 novembre, des agents de la sécurité d’Etat interceptent María Elena Alpizar, de l’agence Grupo de Trabajo Decoro, au moment où elle s’apprête à couvrir une activité de la dissidence. Alors qu’un agent de la sécurité d’Etat la force à monter dans un véhicule de la police, elle se blesse à la tête. Après l’avoir conduite à l’hôpital, les policiers la suivent toute la journée pour la dissuader de retourner à la manifestation dissidente.
Le 4 décembre, José Ubaldo Izquierdo Hernández, de l’agence Grupo de Trabajo Decoro, est menacé d’incarcération par des agents de la sécurité d’Etat s’il couvre une procession religieuse à Güines (province de La Havane). Alors qu’il s’y rend, le journaliste est provoqué par une douzaine de policiers. Lorsqu’il rentre chez lui, il est renversé de son vélo par une voiture qui, selon lui, appartient à la sécurité d’Etat. José Ubaldo Izquierdo Hernández n’est que légèrement blessé. En juillet, un agent de la sécurité d’Etat l’avait mis en garde : "Nous te surveillons de très près et tu ne pourras pas faire ton travail."
Le 10 décembre, Carlos Serpa Maceira, de l’agence UPECI, est menacé d’emprisonnement par des agents de la sécurité d’Etat alors qu’il se trouve au siège de la Fondation cubaine des droits de l’homme (illégale), à Nueva Gerona (île de la Juventud), qui célèbre l’anniversaire de la proclamation de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Le journaliste est accusé de "trouble de l’ordre public" et "association de malfaiteurs". En juin, des membres des Comités de défense de la révolution (CDR) avaient menacé de s’en prendre à sa fille s’il refusait de soutenir le projet de réforme visant à rendre "irrévocable" le caractère socialiste de la Constitution.



  liste pays ameriques
Introduction Amériques
Actualisation Amériques
Argentine
Bolivie
Brésil
Canada
Chili
Colombie
Costa Rica
Equateur
Etats-Unis
Guatemala
Guyana
Guyane française
Haïti
Honduras
Mexique
Nicaragua
Panama
Paraguay
Pérou
Porto Rico
République Dominicaine
Salvador
Surinam
Uruguay
Venezuela

voir aussi
Rapport annuel 2003 Maghreb / Moyen-Orient
Rapport annuel 2003 Europe
Rapport annuel 2003 Afrique
Rapport annuel 2003 Asie