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Pérou

Superficie : 1 285 216 km2.
Population : 26 093 000.
Langue : espagnol (off.).
Nature de l’Etat : république unitaire.
Chef de l’Etat : Alejandro Toledo.


Pérou - Rapport annuel 2003

Les atteintes à la liberté de la presse se produisent avant tout en province où les représentants de l’Etat tolèrent encore difficilement la critique. A Lima, siège de la presse nationale, la situation est bonne malgré quelques affaires isolées mettant en cause l’administration du président Toledo.

Deux ans après la fuite d’Alberto Fujimori, la liberté de la presse continue de se renforcer. Comme dans les autres pays de grande superficie du continent, il faut distinguer cependant le sort de la presse nationale, basée dans la capitale, et celui de la presse locale. Cette dernière continue de souffrir de menaces ou d’agressions de la part d’élus locaux ou de fonctionnaires qui tolèrent difficilement la critique. Dans certaines villes de province, telles qu’Iquitos (Nord-Est), où pas moins de cinq affaires ont été recensées, la situation paraît plus sensible.
A Lima, en revanche, les "années Fujimori", au cours desquelles la presse d’opposition subissait un harcèlement constant, appartiennent au passé. La gestion d’Alejandro Toledo est pourtant fortement contestée, comme en témoigne la lourde défaite de son parti aux élections municipales de novembre. Son administration a été indirectement mise en cause dans quelques affaires de presse. L’enregistrement d’une conversation téléphonique a notamment révélé qu’un haut fonctionnaire, qui a ensuite déclaré avoir agi de sa propre initiative, avait fait pression sur un patron de presse pour que son journal "cesse d’attaquer le gouvernement". Sans conséquences, la diffusion de tracts attaquant la presse lors d’une manifestation officielle rappelle cependant des méthodes que l’on croyait appartenir au passé. Des actes déplorables mais qui restent isolés.
Le retour à la démocratie permet également de faire la lumière sur les exactions commises pendant les années noires de la lutte antiterroriste. Deux affaires, celle de l’assassinat du journaliste américain Todd Smith et celle de la disparition du péruvien Pedro Yauri Bustamante, ont ainsi connu des progrès sensibles en 2002.

Nouveaux éléments sur un journaliste tué avant 2002
Le 3 novembre 2002, Pedro Roberto Villacorta Cotrina, l’un des assassins présumés du journaliste nord-américain Todd Smith, est arrêté à la frontière avec l’Equateur. Todd Smith, du Tampa Tribune, publié en Floride, avait été tué en 1989 alors qu’il enquêtait sur les liens présumés entre le Sentier lumineux et le trafic de drogue dans le département de San Martín. D’après les conclusions de l’enquête, le journaliste avait été pris par ses assassins pour un agent de la Drug Enforcement Agency (DEA), l’agence américaine de lutte contre le trafic drogue.

Nouveaux éléments sur un journaliste disparu avant 2002
Le 4 octobre 2002, Vladimiro Montesinos, ancien responsable du Servicio de Inteligencia Nacional (SIN, services de renseignements péruviens), est inculpé, avec quarante-deux membres des forces armées, pour la disparition puis le meurtre de Pedro Yauri Bustamante. Ce dernier, animateur de Radio Nacional de Huacho, une station de la ville de Huacho (Nord), avait été enlevé chez lui le 24 juin 1992 par des membres du groupe paramilitaire "Grupo Colina", crée à l’instigation de Vladimiro Montesinos. Il aurait ensuite été tué sur une plage mais son corps n’a jamais été retrouvé. Dans son émission, "Punto Final", Pedro Yauri Bustamante dénonçait les exactions commises par les forces de l’ordre dans le cadre de la lutte antiterroriste.

Dix journalistes agressés
Le 14 janvier 2002, Joaquín Planas Morelly, préfet du département de Loreto, s’en prend à Darwin Paniagua, de la radio La Voz de la Selva, qui émet à Iquitos (département du Loreto), alors que celui-ci l’interroge sur une accusation portée contre lui par l’opposition. Le représentant de l’Etat tente de frapper le journaliste, détruisant du même coup son magnétophone. Selon l’organisation péruvienne de défense de la liberté de la presse Instituto Prensa Y Sociedad (IPYS), ce n’est pas la première fois que le fonctionnaire s’en prend à un journaliste.
Le 19 février, Christian Alberto Aoki Flores, de la chaîne de télévision Canal N, est violemment repoussé par un agent de la sécurité de la municipalité de San Isidro (Lima) alors qu’il couvre l’expulsion de familles de leurs logements. Opéré d’une double fracture du tibia, le journaliste est dans l’incapacité de travailler pendant trois mois. La municipalité lui a fait part de ses regrets.
Le 14 mai, Darwin Paniagua, de la radio La Voz de la Selva, qui émet à Iquitos (département du Loreto), est agressé à l’arme blanche par des adolescents, membres d’une association proche du Front patriotique du Loreto (FPL), qui s’en prennent également à l’unité mobile de la radio et à son chauffeur. Le journaliste, qui a été hospitalisé, couvrait les manifestations organisées dans le cadre d’une grève nationale par plusieurs syndicats. La responsable locale du FPL a présenté ses excuses à la radio.
Le 19 juillet, à Hunter (département d’Arequipa), Josefina Cáceres Bolívar, de Radio Yaraví, est renversée par une voiture. Les occupants s’emparent immédiatement de son sac dans lequel se trouve son matériel. Selon la rédaction, l’agression pourrait aussi bien être un acte de délinquance commune qu’une mesure de représailles pour les enquêtes de la journaliste sur la délinquance ou la vie politique.
Le 5 août, Henry Ramírez, de la Televisión Nacional del Perú (TNP), Luz Martínez, de la chaîne de télévision Frecuencia Latina, et Perla Villanueva, correspondante locale de la chaîne Canal N, sont agressés à Trujillo (Nord-Est) par des employés d’une entreprise qui manifestent pour réclamer le paiement de leurs salaires. Selon Perla Villanueva, qui déplore l’absence d’intervention de la police pendant l’incident, cette agression pourrait être le fait de délinquants infiltrés dans la manifestation.
Le 26 août, Josué Ibarra Julca, photographe du quotidien La Industria, est agressé à Chimbote par des militants du parti Acción Popular alors qu’il couvre une dispute entre sympathisants de ce parti, divisés entre opposants et partisans du maire de la ville, Julio Villanueva Ferrero, pour la candidature à sa succession.
Le 24 octobre, une dizaine de journalistes sont violemment refoulés par la police alors qu’ils se présentent au Congrès où un ancien haut fonctionnaire a promis qu’il se rendrait pour régler son compte à un député. Juan Carlos Sánchez, de Radio Comas, et Juan Carlos Matías Sánchez, de Frequencia Latina, sont grièvement blessés à la tête. Une enquête est ouverte sur les responsabilités de la police. Quatre jours plus tard, Juan Carlos Sánchez reçoit par téléphone des menaces de mort contre lui et sa famille.

Trois journalistes menacés
Le 26 mars 2002, Mabel Cáceres Calderón, directrice du bimensuel El Búho, reçoit un paquet accompagné d’un message de menaces. La journaliste avait déjà reçu à deux reprises des menaces suite à la parution d’une série d’articles dénonçant des cas supposés de népotisme et d’irrégularité dans la gestion de l’université nationale de San Agustín, à Arequipa (Sud).
Le 28 juin, Nancy Villacorta Pérez, de Radio 10, qui émet à Iquitos (département de Loreto), est menacée par six femmes du mouvement "Arriba Loreto", alors qu’elle arrive à son bureau. Elles accusent la journaliste de faire campagne contre leur candidate, July Pinedo, à l’élection municipale du mois de novembre. Dans son émission, Nancy Villacorta Pérez avait émis des doutes sur la capacité de July Pinedo à diriger la municipalité. En septembre, la journaliste reçoit de nouveau des menaces après avoir évoqué à l’antenne les antécédents judiciaires de membres du parti local Unidos Por Loreto (UNIPOL).
Le 5 août, Juan Sánchez Olivas, de Radio Melodía, une station de la ville de Huaraz (département d’Ancash), dénonce être régulièrement victime d’actes d’intimidation et de menaces de mort. Le journaliste avait enquêté sur des irrégularités supposées commises par les autorités locales.

Pressions et entraves
En février 2002, des tracts contenant des propos diffamatoires contre la journaliste Nancy Villacorta Pérez, de Radio 10, une station d’Iquitos (département de Loreto), circulent dans la ville de Nauta. La journaliste a attribué le document à des proches du maire dont elle avait dénoncé des actes supposés de malversation et de détournement de fonds.
Le 26 mars, Luis Alberto Cuellar Alanoca, de la radio APQ et correspondant de Radio Programas del Perú, est pris à partie par le maire d’Atico (département d’Arequipa), Milton Medina Urday. Ce dernier, visiblement en état d’ébriété, est venu insulter le journaliste dans son bureau, devant plusieurs témoins. Luis Alberto Cuellar Alanoca a imputé l’incident à ses dénonciations, à l’antenne, des promesses électorales non tenues par l’élu.
Le 8 avril, Nicolás Lúcar, animateur de l’émission "La Revista dominical" diffusée sur la chaîne de télévision América Televisión, est condamné à trois ans de prison avec sursis et 20 000 soles (6 700 euros) de dommages et intérêts pour "diffamation aggravée". La plainte avait été déposée par Carlos Ferrera, président du Congrès, après la diffusion, en janvier 2001, d’une interview d’un individu qui l’accusait d’avoir été lié à Vladimiro Montesinos, ancien chef des services de renseignements. Pendant la durée de sa peine, le journaliste doit se présenter chaque mois devant la justice.
Le 9 avril, on apprend que le Conseil d’administration régional (CTAR) du département du Loreto refuse de transmettre à la radio La Voz de la Selva des informations concernant les traitements des salariés, leurs rémunérations respectives et le budget alloué à ces dépenses pour l’année en cours au motif qu’elles seraient "protégées".
Le 24 juin, un député de l’APRA (opposition) rend public le contenu d’une conversation téléphonique prétendument entre Salomón Lerner, président de la Corporation financière de développement (COFIDE, organisme public), et Moisés Wolfenson, propriétaire du journal La Razón. Dans la conversation, Salomón Lerner fait pression sur le patron de presse afin que ce dernier "cesse d’attaquer le gouvernement". Le 25 juin, Salomón Lerner démissionne de son poste. Il a déclaré avoir agi à titre personnel.
Le 25 juillet, le journaliste Alvaro Vargas Llosa, poursuivi pour "diffamation" et "atteinte à l’honneur" par l’homme d’affaires Adam Pollack, est déclaré coupable par contumace. Depuis le 22 février, le journaliste fait l’objet d’un mandat d’amener pour avoir refusé de répondre aux convocations de la justice. Dans des déclarations faites à la presse en novembre 2001, il avait dénoncé des irrégularités présumées dans les négociations menées par le gouvernement péruvien autour d’un contrat militaire et prétendu que M. Pollack, proche du président Alejandro Toledo, avait participé, alors qu’il n’y était pas autorisé, à cette négociation. Alvaro Vargas Llosa, qui se cache depuis qu’un mandat a été délivré contre lui, dénonce une cabale politique. Plusieurs irrégularités auraient marqué la procédure. Proche d’Alejandro Toledo alors qu’il était candidat à la présidence en 2001, il avait quitté son équipe de campagne de façon fracassante.
Le 13 août, des tracts accusant la presse d’être "sensationnaliste" et "aux mains du Fuji-montesinisme" (du nom de l’ancien président Alberto Fujimori et de son bras droit Vladimir Montesinos) sont distribués lors d’une manifestation organisée pour l’arrivée de la première dame du pays, Eliane Karp, à l’aéroport de Lima. Les quotidiens La Razón, Expreso, Ajá, Ojo et El Chino, les stations de radio Radio Programas del Peru et Cadena Peruana de Noticias, et les chaînes de télévision América Television, Panamericana Television et Frecuencia Latina, sont accusés de "déstabiliser le gouvernement démocratique". Le lendemain, le journal officiel, El Peruano, titre : "Les médias déstabilisent le pays". Pour Enrique Zileri, président du Conseil de la presse péruvienne (CPP), il s’agit d’une "déclaration de guerre".



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