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La presse, un contre-pouvoir diversement apprécié

Dans plusieurs Etats comme la Colombie ou le Venezuela, la situation de la liberté de la presse s’est dégradée en 2002. Et elle n’a connu de progrès sensibles dans aucun pays de la région. Dans ce domaine, le continent américain reste une terre de contrastes. A côté de pays respectueux de la liberté de la presse, comme les Etats d’Amérique du Nord, l’Equateur, la République dominicaine ou l’Uruguay, subsistent des Etats, comme Cuba ou la Colombie, où celle-ci est niée par les autorités ou les groupes armés.
Aux Etats-Unis, les effets du 11 septembre se font encore sentir. Dans sa guerre contre le terrorisme, l’administration Bush est avant tout soucieuse de contrôler son image. Sur la base militaire de Guantanamo, cette volonté s’est traduite par l’imposition croissante de restrictions aux journalistes dont les premières photos de prisonniers entravés avaient choqué la communauté internationale. Pour s’assurer que la guerre contre le terrorisme ne soit pas perçue à l’étranger comme une guerre contre l’Islam, les autorités ont envisagé de recourir à la désinformation avant d’opter pour la diffusion, dans les pays musulmans, de programmes de radio et de télévision donnant une image des Etats-Unis respectueuse de leur religion. Par ailleurs, aux Etats-Unis comme au Canada, le pouvoir judiciaire considère parfois les journalistes comme ses auxiliaires, en exigeant notamment d’eux qu’ils lui remettent leur matériel pour progresser dans ses enquêtes.
En Amérique latine, la violence reste la première menace pour la presse. Cette année encore, 9 professionnels des médias ont été tués, 219 journalistes ont été agressés et 122 menacés. Une fois encore, avec trois journalistes et deux collaborateurs des médias tués en 2002, la Colombie apparaît comme le pays le plus dangereux pour la profession. Les autres pays frappés par des assassinats sont le Brésil (2), le Venezuela (1) et Haïti (1). De nombreux cas d’agressions ont été recensés lors de manifestations, notamment au Venezuela (58) et en Argentine (42) qui ont connu d’importants mouvements de protestation. Les agressions et les menaces sont également un moyen de réprimer la publication d’articles gênants et de dissuader ainsi les journalistes d’exercer leur métier. A la censure de l’époque des dictatures fait suite l’installation de l’autocensure.
Les actes de violence contre la presse ne se répéteraient pas chaque année si leurs auteurs ne bénéficiaient pas d’une impunité quasi totale. En Haïti, les enquêtes sur la mort de deux journalistes, dans lesquelles des proches du pouvoir sont mis en cause, ne progressent pas. Le gouvernement souhaite ainsi montrer que ceux qui s’en prennent à ses détracteurs n’ont rien à craindre. En Colombie, comme au Brésil et au Mexique, les condamnations d’assassins de journalistes sont encore rares. En Argentine, au Costa Rica, au Paraguay ou au Pérou, de nouvelles condamnations ou des progrès réalisés dans des enquêtes sur des assassinats de journalistes donnent heureusement un peu d’espoir.
La Colombie, où le plus grand nombre de journalistes menacés a été recensé (45), est sans doute le pays où l’autocensure est la plus forte. La recrudescence du conflit armé, après la rupture du processus de paix entre le gouvernement d’Andrés Pastrana et la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), explique la nouvelle dégradation de la situation de la presse. Dans plusieurs départements dont l’armée, les guérillas et les groupes paramilitaires (extrême droite) se disputent le contrôle, les pressions sur les rédactions sont très fortes. Après l’élection à la présidence d’Alvaro Uribe Vélez, partisan de la manière forte, le gouvernement colombien est apparu pour la première fois comme une menace pour la liberté de la presse en voulant imposer des restrictions d’accès à la presse étrangère dans certaines régions du pays. Des dispositions finalement rejetées par la Cour constitutionnelle.
En Haïti, la situation de la presse s’est également aggravée. Des milices armées paralégales, mieux connues sous le nom d’"organisations populaires", ont continué de s’en prendre aux journalistes qui critiquent l’action du président Jean-Bertrand Aristide dont la population commence à réclamer le départ. Une quarantaine de journalistes ont été menacés ou agressés. Ces "organisations populaires" exécutent ainsi les basses œuvres du gouvernement en toute impunité. Il s’en est fallu de peu pour qu’un journaliste ne soit à nouveau tué cette année. Le 25 décembre, deux hommes ont ouvert le feu sur le domicile de Michèle Montas, directrice de Radio Haïti Inter et veuve du journaliste assassiné Jean Dominique, tuant l’un de ses gardes du corps.
La situation de la liberté de la presse s’est également dégradée au Venezuela à en juger par le nombre de journalistes agressés (58) ou menacés (16). Les journalistes paient ainsi très cher l’extrême polarisation de la société entre partisans et opposants du président Chavez. Les supporters de ce dernier ont multiplié les actes d’intimidation contre les médias privés et les agressions de journalistes venus couvrir les manifestations. Ils y ont été encouragés par les déclarations du chef de l’Etat contre la presse et par la radicalité des positions de cette dernière à son encontre. La presse privée en a parfois oublié les règles les plus élémentaires de la déontologie. Au point de cautionner la tentative de coup d’Etat du mois d’avril dont les meneurs ont d’ailleurs immédiatement réprimé les médias jugés pro-Chávez. On ne sait toujours pas qui, des partisans du Président ou des forces putschistes, a tiré sur le photographe Jorge Tortoza, mort le jour du coup d’Etat.
Moins grave, la situation de la liberté de la presse reste cependant préoccupante au Mexique et au Brésil. Dans ces deux pays, la presse d’audience ou de circulation nationale ne rencontre plus de graves entraves de la part du gouvernement fédéral. En revanche, au Brésil, deux journalistes ont été tués par des groupes mafieux ou des narcotrafiquants. Au Mexique, les cas de pressions ou de menaces contre des journalistes restent monnaie courante dans les provinces où élus locaux, fonctionnaires et policiers acceptent encore difficilement le contre-pouvoir que représente la presse. Un problème que l’on retrouve dans d’autres pays de grande taille du continent, tels que le Pérou ou l’Argentine. Dans le premier, depuis le départ d’Alberto Fujimori, le gouvernement a cessé de harceler les médias de la capitale mais les agressions se poursuivent dans l’intérieur du pays. En Argentine, les provinces bénéficient d’une grande autonomie et la classe politique locale n’hésite pas à élaborer des textes liberticides mais répondant à ses besoins.
Dans d’autres pays latino-américains, la menace sur la liberté de la presse ne vient pas tant de la violence que de la législation. Ainsi, au Panama et au Chili, la loi prévoit toujours des peines de prison pour les délits de diffamation ou d’outrage. Dans le premier pays, vingt et une nouvelles plaintes ont été déposées pour ces motifs en 2002. Selon le défenseur du peuple (ombudsman), cette législation "anachronique" s’est convertie en une arme aux mains des fonctionnaires. Au Costa-Rica, la profession dénonce l’autocensure provoquée par des textes qui sanctionnent la reproduction de déclarations jugées offensantes ou impute la charge de la preuve aux journalistes accusés de diffamation. Par ailleurs, des journalistes ont subi des pressions de la justice pour révéler leurs sources au Mexique, et, ponctuellement, en Argentine, au Chili et au Paraguay. Au Brésil, où des élections générales se sont tenues, la justice spécialement chargée de contrôler les informations publiées sur les différents candidats, a renoué avec la censure. Enfin, au Guatemala, la décision du Conseil constitutionnel de suspendre l’application d’une loi obligeant les journalistes à s’inscrire à un collège de journalistes est une bonne nouvelle. En revanche, dans ce pays, les enquêtes sur la corruption ou les exactions commises à l’époque de la guerre civile (1960-1996) restent dangereuses pour les professionnels des médias.
A Cuba, où le monopole d’Etat sur l’information est inscrit dans la Constitution, tout information indépendante est, par définition, illégale. Dans ce contexte, une centaine de journalistes indépendants, regroupés dans une vingtaine d’agences de presse non reconnues, tentent néanmoins d’exercer leur droit d’informer. La répression menée contre eux a pour objectif de les empêcher de diffuser des informations non contrôlées auprès de la population. Ils subissent un harcèlement constant : interpellations, menaces d’emprisonnement, convocations par la police, pressions sur leurs familles, agressions, écoutes téléphoniques... Trois d’entre eux ont été arrêtés cette année. Quatre autres ont pris le chemin de l’exil. L’espace médiatique est exclusivement occupé par la presse officielle qui se garde bien d’évoquer leur existence ou celle de l’opposition. Les autorités ne montrent aucun signe de fléchissement. L’apparition sur l’île, à la fin de l’année, d’une revue dissidente représente le premier défi lancé au monopole d’Etat sur l’information depuis plusieurs années.
Malgré la dégradation de la situation de la liberté de la presse constatée en 2002 en Colombie, au Venezuela, en Haïti, voire en Argentine, il faut rappeler que celle-ci est satisfaisante dans plusieurs pays comme l’Equateur, la République dominicaine et l’Uruguay, où les agressions contre les médias et les journalistes n’apparaissent plus que comme des actes isolés. Ces pays témoignent de l’ancrage de la démocratie sur un continent dont plus de la moitié des Etats vivaient encore sous un régime dictatorial il y a vingt-cinq ans. L’apparition ou le renforcement d’organisations de défense de la liberté de la presse au Chili, en Colombie, au Pérou, au Salvador ou au Venezuela devrait encore conforter cette tendance.



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