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Kenya


-  Superficie : 582 640 km2.
-  Population : 31 293 000.
-  Langue : anglais (off.).
-  Nature de l’Etat : république.
-  Chef de l’Etat : Mwai Kibaki.

Kenya - Rapport annuel 2003

Malgré quelques mesures encourageantes, la situation reste précaire pour les journalistes locaux, notamment en province. Les grands journaux de la capitale et la presse étrangère sont bien mieux lotis.

L’année commence plutôt bien. Fin janvier 2002, Citizen FM, la station de l’homme d’affaires Samuel Macharia, recommence progressivement à émettre. La radio avait été suspendue le 25 avril 2001 par la Commission kenyane de la communication (CCK) pour "défaut de licence". En février, le gouvernement annule une disposition de la loi de finances 2001 qui prévoyait une augmentation de 40 % des taxes sur l’achat de papier journal. Le principal syndicat de la presse locale (KUJ) se félicite de cette décision, rappelant que plusieurs milliers d’emplois auraient sans doute été supprimés si la loi avait été appliquée.
Dans les mois qui suivent, la situation se dégrade. Alors qu’en février, le procureur général Amos Wako avait accepté d’enterrer un projet de loi sur la presse jugé néfaste par les professionnels, le Parlement adopte, le 8mai, un nouveau texte très répressif. La somme demandée par l’Etat pour l’obtention d’une licence d’exploitation est multipliée par cent. Les petits journaux, souvent incapables d’assurer leur indépendance financière, sont menacés de fermeture.
A l’approche de l’élection présidentielle du 27 décembre, les médias d’Etat font la part belle à Uhuru Kenyatta, candidat de la Kenyan African National Union (Kanu, parti au pouvoir) et dauphin du président Daniel Arap Moi. Dès le mois d’août, Raila Odinga, secrétaire général de la Kanu, s’inquiète de la couverture partisane de la radio-télévision publique Kenya Broadcasting Corporation (KBC). L’homme politique demande aux médias d’assurer un traitement équitable aux différents prétendants à la présidence. Quelques jours plus tard, des députés accusent le chef de l’Etat d’utiliser la KBC pour soutenir la campagne de son poulain au détriment des autres candidats du parti au pouvoir ou de l’opposition. En septembre, une alliance des églises anglicanes et catholiques du pays dénonce, à son tour, le comportement de la KBC. Le 12septembre, la commission électorale prend les choses en main et menace la KBC d’une action en justice si elle ne rétablit pas l’équilibre dans la couverture de la campagne pour la présidentielle. Le 29 décembre, Mwai Kibaki, candidat de la Coalition nationale Arc-en-ciel (opposition), est officiellement élu à la présidence de la République. Il succède à Daniel Arap Moi, à la tête du pays depuis 1978.

Quatre Journalistes incarcérés
Au moins un journaliste est incarcéré au 1er janvier 2003.
Le 24 juillet 2002, Christopher Mwoki Kyandi, éditeur du magazine à sensation The Truth, est condamné à neuf mois de prison pour avoir publié une fausse information. Il est immédiatement incarcéré. Le journaliste avait écrit, début juillet, qu’un couple était resté collé après avoir eu des relations sexuelles. L’information avait suscité un grand émoi à Nairobi et de nombreuses personnes s’étaient rendues sur les lieux du supposé événement. Le 11 juillet, lors de son procès, l’éditeur avait plaidé coupable et reconnu qu’il s’agissait d’une rumeur non fondée.

Trois autres professionnels des médias ont été incarcérés et libérés en 2002.
Le 9 août, Njehu Gatabaki, éditeur du magazine Finance et député, est condamné à six mois de prison pour "publication d’informations fausses et alarmantes", suite à un article paru en décembre 1997, intitulé "Moi donne l’ordre du massacre de Molo". A cette époque, des affrontements avaient opposé des membres de l’ethnie du président Daniel Arap Moi à la communauté kikuyu, faisant de nombreux morts au sein de cette dernière. Le journaliste affirmait dans son article que le Président était à l’initiative de ces violences. Le tribunal a jugé que cet article pouvait alarmer la population et menacer la paix civile. Le 16août, Njehu Gatabaki est finalement gracié par le chef de l’Etat.
Le 16 août, Safani Asena Muyoma et Andrew David Matende, journalistes au Kenyan Monitor Weekly, sont condamnés à verser une amende de 55 000 shillings (environ 750 euros) ou à purger une peine de dix-huit mois de prison chacun.
Ils sont reconnus coupables d’avoir publié une "information alarmante" dans un article intitulé "Le ministre Abongo à la tête d’une conspiration pour éliminer ses rivaux". Faute de pouvoir payer, les deux journalistes sont incarcérés à Nairobi. Ils sont finalement libérés début septembre après avoir versé la somme demandée. Peu de temps après, David Matende est à nouveau détenu pendant une semaine dans les locaux de la police avant d’être relâché sous caution.

Quatre journalistes interpellés
Le 15 mars 2002, Mukalo wa Kwayera, reporter du People Daily, est arrêté dans la rue et conduit dans les bureaux du Département d’investigations criminelles (CID). Le journaliste venait juste de quitter le tribunal où il était accusé d’avoir publié des informations provenant des forces armées. Il est libéré quelques heures plus tard.
Le 6 avril, Jared Obuya, journaliste du People Daily et correspondant local de Reporters sans frontières, est arrêté, en compagnie de deux autres personnes, par des policiers du commissariat de Jogoo Road. Les trois hommes sont libérés sans explications au bout de sept heures après avoir payé 1500shillings (environ 22euros).
Le 30 novembre, deux journalistes sud-africains, Beauregard Tromp, free-lance, et Mujahid Safodien, photographe du Star, sont brièvement interpellés par la police de Mombasa (sud-est du pays). Les deux journalistes sont interrogés sur les raisons de leur présence au Kenya et Mujahid Safodien est molesté quand il tente de prendre des clichés de l’arrestation de son confrère. Ces interpellations interviennent quelques jours après un double attentat ayant visé des ressortissants israéliens.

Quinze journalistes agressés
Le 20 février 2002, Jeremiah Ratunaka Ole Kikua, un agent administratif d’un district de Nairobi accusé de corruption, agresse deux photographes - Robert Gicheru de l’East African Standard et Kaniaru Ndirangu du Kenya Times - alors qu’ils tentent de prendre des clichés lors de sa comparution devant la Cour. Des policiers viennent en aide au prévenu et menacent de frapper les reporters s’ils persistent.
Le 15 mars, des jeunes militants du National Development Party (NDP, allié au parti au pouvoir) agressent un reporter du Daily Nation. Odhiambo Orlale est accusé de publier des articles critiques envers leur parti. Le journaliste souffre de contusions au dos et à la tête. Aussitôt après l’agression, le responsable du parti présente ses excuses au journaliste.
Le 3 novembre, Moses Baya, cameraman de Nation Television, est agressé par des sympathisants de Uhuru Kenyatta, à Mombasa, sur la côte kenyane. Le journaliste est attaqué par des jeunes à l’aéroport international Daniel Arap Moi alors qu’il se prépare à filmer l’arrivée du candidat à l’élection présidentielle.
Le 12 novembre, six journalistes du Nation, de l’East African Standard et de la Kenya News Agency sont agressés par des gardes du corps d’un ancien parlementaire. Les assaillants accusent les journalistes d’écrire des articles négatifs sur leur employeur.
Le 3 décembre, Felix Masi photographe de l’East African Standard, et John Muchene, photographe du People Daily, sont agressés par des gardes du corps de Mwai Kibaki, candidat de l’opposition à l’élection présidentielle. Les deux journalistes souhaitaient prendre des clichés du responsable politique soigné dans un hôpital de Nairobi après un accident.
Le 31 décembre, Evans Akenga, de la Kenya News Agency, Rocken Asinza, de l’East African Standard, et Kabatasi Asula, de Newsweek, sont agressés par des partisans de l’ancien vice-président Musalia Mudavadi. Les trois journalistes sont accusés de soutenir le nouveau Président.

Quatre journalistes menacés
Début août 2002, David Ochami, correspondant du quotidien The Nation à Garissa (est du pays), est menacé par Mohamud Saleh, préfet de la province du Nord-Est. Dans un article publié le 21 juin, le reporter avait cité ce dernier déclarant que, depuis plusieurs années, les administrateurs successifs de cette province avaient tous fermé les yeux sur l’insécurité de la région pour en tirer parti. Après la parution de l’article, le journaliste se réfugie à Nairobi pour échapper à son arrestation. Dans le même temps, le préfet approche, en vain, d’autres journalistes pour leur demander de contredire la version du Nation. Il demande également à l’agence de presse officielle Kenya News Agency de ne plus coopérer avec David Ochami et ordonne à ses agents, ainsi qu’au maire de Garissa, de ne plus laisser travailler le journaliste dans la région.
Le 24 août, Evans Nyakundi de l’East African Standard, Francis Nyaru du People Daily et Henry Nyarora du Nation sont menacés par des responsables du parti au pouvoir dans la région de Nyamira (ouest du pays). Selon les hommes politiques, les trois journalistes n’assurent pas une bonne couverture de la campagne d’Uhuru Kenyatta.

Pressions et entraves
Le 24 février 2002, le chef de la police de Taveta (sud du pays) ordonne aux journalistes du Nation de quitter l’enceinte du commissariat et expulse un photographe. L’un des reporters présents avait enregistré une discussion entre l’officier de police et deux parlementaires à propos de l’évacuation des participants d’une réunion de l’opposition par des policiers.
Le 22 mars, le quotidien The People Daily et son ancien rédacteur en chef, George Mbugguss, sont condamnés à verser 20 millions de shillings kenyans (environ 300 000 euros), à Nicholas Biwott, ministre du Commerce et de l’Industrie, pour "diffamation". "L’histoire secrète de Moi-Nyache", un article publié en mars 1999, impliquait Nicholas Biwott dans l’attribution controversée d’un marché pour la construction d’un barrage hydroélectrique. Selon le journal, le projet "Turkwell Gorge" avait été accordé de façon irrégulière à une firme française.
Fin avril, Victor Obure, correspondant à Garissa de l’East African Standard, décide d’entrer dans la clandestinité, craignant pour sa sécurité. De sources policières, le journaliste est recherché depuis une semaine par le Département d’investigation criminelle (CID) pour répondre d’un article faisant état de l’extorsion de milliers de shillings aux habitants de Garissa par les forces de l’ordre lors d’un raid contre des immigrants clandestins.
Le 8 mai, le Parlement adopte un projet de loi très répressif sur la presse, introduit par le procureur général Amos Wako. Ce texte modifie la loi sur les livres et les journaux (Books and Newspapers Act), et prévoit notamment de faire passer le montant de la licence permettant d’éditer une publication de 10 000 à un million de shilling (de 150 à 15 000 euros). Tout contrevenant s’expose à une contravention d’un million de shillings et à une peine de trois ans de prison. Par ailleurs, ce projet permet de poursuivre tous ceux qui vendraient ou distribueraient des journaux sans s’être acquittés de ces frais. Le Président souhaite ainsi mettre un terme au "journalisme irresponsable". Le 14 mai, le président Daniel Arap Moi promulgue la loi qui entre en vigueur.
Le 5 juin, la Haute Cour interdit la vente de l’édition du 3 au 9 juin de l’hebdomadaire Citizen jusqu’à la fin du procès pour "diffamation" intenté par l’homme d’affaires Sunil Behal contre la publication.
Le 7 juillet, Wallace Gichere, photographe du Kenya Times, paralysé depuis sa défenestration par la police en 1991, entame une grève de la faim pour protester contre le non-versement des indemnités qui lui sont dues. Le 15 juillet, il est transporté, inconscient, à l’hôpital. La police avait reconnu que les articles que le journaliste avait rédigés pour la presse étrangère, les renseignements qu’il avait communiqués à Amnesty International et son association de lutte pour la démocratie étaient les raisons de sa défenestration. En 2000, le chef de l’Etat avait accepté de dédommager M.Gichere, mais l’argent n’a jamais été versé. Mi-juillet 2002, le journaliste met un terme à sa grève de la faim et des négociations sont entamées avec le ministre de la Justice afin de convenir du montant des indemnités.
Le 6 août, l’Assemblée nationale annonce aux journalistes accrédités qu’ils ne pourront plus accéder librement à son enceinte pour cause de harcèlement envers les députés et de gêne dans l’application de certaines mesures de sécurité. Ils sont désormais consignés dans un endroit précis du Parlement, peu fréquenté par les députés. Plus tôt dans l’année, le porte-parole du Parlement avait affirmé aux journalistes qu’ils pourraient exercer leur métier sans aucune restriction tant qu’ils étaient accrédités.
Le 23 décembre, la KBC refuse de diffuser les spots de campagne du candidat de l’opposition à l’élection présidentielle, Mwai Kibaki. La direction des médias publics affirme qu’elle a reçu des instructions de la présidence.



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