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Liberia


-  Superficie : 111 370 km2.
-  Population : 3 108 000.
-  Langue : anglais (off.).
-  Nature de l’Etat : république unitaire.
-  Chef de l’Etat : Charles Taylor.

Liberia - Rapport annuel 2003

Un journaliste a été détenu au secret pendant plus de cinq mois et plusieurs autres ont été arrêtés en 2002. Le chef de l’Etat ne supporte pas la moindre critique et maintient la pression sur la presse indépendante, régulièrement censurée.

L’affaire Hassan Bility, directeur de publication de The Analyst, détenu au secret pendant plusieurs mois, illustre parfaitement la tension qui règne entre la presse et les autorités. Le président Charles Taylor et son ministre de l’Information, Reginald Goodridge, continuent de s’en prendre aux médias d’opposition ou indépendants. Les sujets tabous sont nombreux et les journalistes ne peuvent toujours pas faire leur travail en toute liberté et en toute sécurité. Chaque année, par peur des représailles, de nouveaux professionnels de la presse fuient leur pays et se réfugient à l’étranger.
La guerre avec les rebelles du Liberians United for Reconciliation and Democracy (LURD) est souvent utilisée comme prétexte par le pouvoir pour faire taire les voix les plus critiques. A plusieurs reprises, des médias ont été censurés pour avoir publié ou souhaité publier des articles abordant le conflit avec le LURD. Les sanctions prononcées par les Etats-Unis contre les dirigeants du pays en raison des nombreuses violations des droits de l’homme et de l’aide apportée par le Liberia à des mouvements armés en Afrique, sont également un sujet très sensible aux yeux du régime.
Les médias d’Etat restent sous le strict contrôle du gouvernement. En janvier, le ministre du Travail menace de poursuivre en justice une association d’employés de la radio-télévision publique, Liberia Broadcasting System (LBS). Plusieurs salariés des médias d’Etat s’étaient constitués en association pour faire pression sur la direction de la LBS afin qu’elle leur paie douze mois d’arriérés de salaires.
Le 18 mars, après de longues négociations, le ministère de l’Information autorise l’Union de la presse du Liberia (PUL) à créer sa propre imprimerie. Celle-ci devrait être opérationnelle en 2003 et permettra de réduire les coûts de fabrication des journaux. La seule imprimerie du pays est sous le contrôle du gouvernement et censure régulièrement des articles jugés trop critiques.

Cinq journalistes incarcérés
Le 24 mars 2002, cinq employés de la radio nationale LBS sont arrêtés par la police à Monrovia. On leur reproche d’avoir volontairement endommagé des émetteurs quelques jours auparavant. Cette interpellation intervient alors que les 250 employés de la LBS ont entamé une grève pour réclamer quatorze mois de salaires impayés. Le 28mars, Bockarie Musa, le président du syndicat des employés de la station, William Kesselle, un technicien, Dennis Samukai et Kota Dogba, deux journalistes, sont inculpés "de sabotage" et libérés sous caution. Alfred Tagar, un agent de la sécurité, reste en détention pendant quelques jours. Le 3septembre, le tribunal de Monrovia déclare un non-lieu. Le juge estime que cette affaire aurait dû être jugée bien avant et impute ce retard au gouvernement qui a fait traîner les choses. Selon lui, c’est un déni de justice.
Le 11 mai, Emmanuel Mondaye, journaliste à The Independent Inquirer, est arrêté par les forces de l’ordre à Suakoko (nord du pays). Le reporter enquêtait sur des allégations de massacres et de pillages dans la région par des rebelles du LURD. Emmanuel Mondaye est détenu pendant une semaine et maltraité.
Le 24 juin, Hassan Bility, directeur de publication de The Analyst, est interpellé par des agents de la sécurité à Monrovia. Le journaliste est accusé de collaboration avec les rebelles du LURD. Selon le ministère de l’Information, Hassan Bility est une "figure centrale parmi ceux qui dirigent des cellules à Monrovia en collaboration avec les terroristes du LURD et leurs supporters aux Etats-Unis". Les autorités annoncent qu’elles ont collecté plusieurs courriers électroniques, envoyés ou reçus par le journaliste, qui prouveraient ses liens avec les rebelles. Le porte-parole du LURD, à l’étranger, déclare que le journaliste n’est "ni un membre du mouvement, ni même un sympathisant". Selon lui, Hassan Bility est également très critique envers le mouvement rebelle. Début septembre, le chef de l’Etat annonce la mise en place d’un tribunal militaire pour juger les criminels de guerre, dont Hassan Bility. Le 29 octobre, Dempster Brown, président de la Coalition des défenseurs des droits de l’homme, est brièvement interpellé alors qu’il prépare une manifestation pour demander la libération du directeur de The Analyst. Finalement, le gouvernement accepte de remettre Hassan Bility à des diplomates américains, le 7 décembre. Le journaliste quitte aussitôt le pays.

Dix journalistes interpellés
Le 12 février 2002, au moins quatre journalistes du journal The Analyst sont arrêtés par la police de Monrovia. Le directeur de la rédaction, Stanley Seakor, le rédacteur en chef, Ellis Togba, et un reporter, James Lloyd, figurent parmi les interpellés. Selon le chef de la police, Paul Mulbah, ils sont arrêtés en raison de plusieurs articles qui vont "contre la paix" et "empoisonnent l’esprit du peuple". L’officier cite quelques titres publiés par le journal ("Les Libériens sombrent dans l’horreur", "L’état d’urgence fait mal aux affaires", "Les droits et libertés que le Président peut suspendre") et ajoute qu’il poursuivra "tout journaliste qui cherche à miner la paix". Les quatre hommes sont détenus dans une cellule du commissariat de Monrovia. Les locaux de The Analyst sont également fermés par la police. Les journalistes sont relâchés le lendemain, après l’intervention du ministre de l’Information, Reginald Goodridge, auprès du directeur de la police.
Le 26 mars, le rédacteur en chef du journal privé The News, Jerome Dalieh, et un journaliste du quotidien, Bill K. Jarkloh, sont interpellés par la police. Le matin même, The News avait publié un article intitulé "New Deal déplore le savimbisme [du nom de Jonas Savimbi, l’ancien chef d’un mouvement rebelle en Angola]". Un responsable du New Democratic Alternative for Liberia (New Deal, parti d’opposition) y affirmait que ceux qui "adhèrent au savimbisme, pensant qu’ils doivent continuer la guerre, sont des idiots". Le journal faisait clairement référence au chef de l’Etat Charles Taylor. Les deux hommes sont libérés en fin de journée.
Le 4 juillet, Bobby Tapson et Sherrif Adams, journalistes de The News, sont arrêtés par la police pour leur rôle supposé dans l’édition du 4 juillet qui titrait en une "La terreur tombe sur Monrovia". Cet article faisait état de découverte de corps dans les rues de la capitale. Ils sont libérés après une heure de détention, quand les autorités réalisent qu’ils ne sont pas impliqués dans la publication de cet article. Quelques heures plus tard, le rédacteur en chef, Jerome Dalieh, et un journaliste, George Bardue, sont arrêtés à leur tour. Ils sont libérés après deux heures d’interrogatoire.
Le 13 août, Sam O. Dean, directeur de publication de The Independent, est interpellé pendant quelques heures par la police nationale à Monrovia. Officiellement, le journaliste doit témoigner à propos d’un cambriolage au domicile d’un haut fonctionnaire de l’Etat. Le jour même, The Independent qui a publié un article sur ce cambriolage, diffuse un communiqué affirmant que le journal n’est pas un agent de la police nationale, ni un indicateur de l’Etat, mais un média professionnel avec comme seule responsabilité d’informer le public. Plusieurs journalistes déclarent se sentir menacés depuis la publication d’informations sur ce cambriolage. L’Union de la presse du Liberia (PUL) estime que la police n’a pas à demander l’aide des journalistes pour enquêter sur une affaire.

Un journaliste agressé
Le 14 décembre 2002, Throble Suah, reporter de The Inquirer, est arrêté dans la rue par cinq membres de l’Unité antiterroriste. Ces derniers affirment qu’ils recherchent des journalistes de The Inquirer, de Radio Veritas et de The News. Ils frappent Throble Suah à coups de pied et de crosse. L’un d’eux pointe son fusil mitrailleur sur sa tête et menace de la "faire exploser". Le journaliste est soigné à l’hôpital Saint-Joseph.

Un journaliste menacé
Le 14 octobre 2002, le correspondant de l’agence Reuters, Alphonso Toweh, est menacé par deux inconnus, dont l’un prétend être un officier de l’Unité antiterroriste, qui lui font savoir que Chucky Taylor, le fils du chef de l’Etat, souhaite le rencontrer à son domicile. Les deux hommes lui demandent une copie du West Africa Magazine, dans lequel figure un article intitulé "Qui a tué le chauffeur de Chucky Taylor ?". Le correspondant de Reuters leur déclare que l’article a été écrit par un autre journaliste et refuse d’accompagner les deux hommes. Trois jours plus tard, Alphonso Toweh porte plainte auprès du PUL.

Pressions et entraves
Le 26 avril 2002, la police perquisitionne les locaux de The Analyst et ordonne la fermeture du journal. D’après le ministre de l’Information, Reginald Goodridge, The Analyst est soupçonné d’être "un agent à la solde des opposants politiques et d’inciter au chaos au moyen de publications explosives, dans un pays affecté par l’état d’urgence". Le directeur de la police déclare que le journal ne reparaîtra peut-être pas. Mais, fin mai, le journal refait son apparition dans les kiosques suite à une intervention personnelle du président Charles Taylor, soucieux de "s’assurer que la liberté de la presse au Liberia prospère".
Le 3 mai, à Monrovia, le gouvernement interdit une manifestation de journalistes qui souhaitaient commémorer la Journée internationale de la liberté de la presse. Déjà, en 2000, les forces de police étaient intervenues pour disperser une manifestation similaire.
Fin mai, le responsable de la station catholique Radio Veritas est convoqué par le ministre de la Justice. On lui demande de remettre la cassette de l’émission "The Morning show" à laquelle a participé Charles Walker Brumskine, l’un des principaux adversaires politiques du chef de l’Etat.
Le 7 mai, l’émission de débats "DC Talk" de la station DC 101.1 est interdite par les autorités. Déjà en 2001, les locaux de la radio avaient été investis par la police et l’animateur de l’émission avait été brièvement interpellé. Dans cette émission, les auditeurs pouvaient s’exprimer sur la politique du président Taylor et de son gouvernement. On reproche notamment à la radio d’avoir influencé la décision des Nations unies de maintenir ses sanctions contre le pays, lors d’une visite d’une commission dans le pays plus tôt dans l’année.
Le 8 juin, John Kollie, journaliste pour la radio Liberia Communications Network (LCN, propriété du président de la République), est démis de ses fonctions sur l’ordre de Charles Taylor. Le reporter avait diffusé un reportage faisant état de protestations au sein du parti au pouvoir après le limogeage de son président par le chef de l’Etat.
Le 10 août, le vice-président Moses Blah menace publiquement de prendre des sanctions contre la direction de The News si le journal continue de publier des "informations fausses et diffamatoires sans vérification préalable". Deux articles parus accusaient le vice-président d’être à l’origine de mauvais traitements ayant entraîné la mort de son ancien assistant.
Le 18 septembre, la seule imprimerie du Liberia, Sabannoh Printing Press (SPP), refuse de tirer l’édition de The News. Le journal comptait publier une enquête sur la mort du chauffeur du fils du Président. C’est le ministre de l’Information, Reginald Goodridge, qui a ordonné de ne pas publier le journal après avoir été averti par l’imprimerie de la teneur de cet article.
Deux semaines plus tard, le ministre de l’Information donne l’ordre à la SPP de ne pas imprimer The Analyst. Le journal devait publier un article intitulé "Le LURD pourrait gouverner le Liberia indéfiniment et déclencher un plan d’action".
Le 1er novembre, Reginald Goodridge ordonne la fermeture de toutes les stations de radio-amateurs du comté de Nimba (nord du pays). Selon le ministre, un grand nombre de radios "opèrent illégalement", sans autorisation ni licence, et menacent la "sécurité nationale". Les radios concernées sont Victory FM, Ganta Broadcasting System (GBS), YMCA-Royal FM et Ganta Power’GG FM. Le gouvernement demande à la police de veiller au respect de ces mesures.



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