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Bangladesh


-  Superficie : 143 998 km2.
-  Population : 140 369 000.
-  Langue : bengali, anglais (off.).
-  Nature de l’Etat : république.
-  Chef de l’Etat : Jamiruddin Sircar.
-  Chef du gouvernement : Begum Khaleda Zia.

Bangladesh - Rapport annuel 2003

Avec plus de 110 journalistes agressés, 130 journalistes menacés et 25 autres arrêtés, le bilan du gouvernement de Khaleda Zia est particulièrement lourd. L’alliance des conservateurs et des islamistes au pouvoir a conduit à une intolérance accrue vis-à-vis de la presse indépendante.

Les atteintes à la liberté de la presse ont culminé en 2002 avec une vague d’arrestations de journalistes liées au reportage d’une équipe de la chaîne britannique Channel 4 sur la situation politique dans le pays. Au moins cinq journalistes sont arrêtés, accusés d’activités contre l’Etat et de participation à une conspiration internationale. La police va jusqu’à torturer certains d’entre eux, notamment le correspondant de Reporters sans frontières, Saleem Samad, lors de leurs interrogatoires.
Le gouvernement de Dhaka a usé et abusé de la fibre patriotique pour faire croire à la population que certains journalistes bangladeshis et étrangers, soutenus par des organisations internationales telles que Reporters sans frontières, cherchaient à déstabiliser le pays en enquêtant sur la montée des mouvements islamistes. Selon les autorités, il n’existe aucun problème de violences religieuses et les mouvements radicaux ne sont pas implantés dans le pays. Ceux qui contredisent cette version sont l’objet de persécutions relayées par la presse islamiste et conservatrice, prête à tous les dérapages.
Cette paranoïa aiguë du gouvernement vient s’ajouter à la violence récurrente exercée contre les journalistes. Avec au moins 250 journalistes agressés ou menacés de mort, trois reporters assassinés, vingt rédactions ou clubs de la presse attaqués et 25journalistes arrêtés par les autorités en douze mois, le Bangladesh est de loin le pays du monde le plus violent envers la presse. "Il ne se passe pas un jour sans que la presse annonce une agression ou une menace de mort contre un journaliste", souligne Nayeemul Islam Khan, ancien responsable de la rédaction du quotidien Ajker Kagoj. Cette violence endémique contre les professionnels de l’information est une grave menace pour la liberté de la presse.
"La situation sécuritaire est dramatique en général", précise un diplomate européen en poste à Dhaka. Ainsi, la criminalisation de la vie politique aurait coûté la vie à 280personnes pour le seul mois de février. Rien ne semble donc pouvoir enrayer les exactions contre la presse. Or elles remettent en cause le traitement par la presse nationale et locale de sujets cruciaux pour le pays, notamment la corruption, la collusion entre les politiques et le crime organisé, ou les conflits interreligieux. Les auteurs de 90% des agressions sont identifiés : militants politiques, groupes mafieux, délinquants, forces de l’ordre. Selon Bulbul Monjurul-Ahsan, directeur de l’organisation de défense de la liberté de la presse bangladeshi Media Watch, cette violence est principalement due aux principes d’allégeance et de protection qui régissent les relations entre la classe politique et les milieux mafieux. "Dès lors que les petits mafieux bénéficient de la protection d’hommes politiques locaux ou de fonctionnaires, ils se permettent tout, notamment d’agresser les journalistes. Il est toujours difficile de dire si les attaques sont commanditées par les politiciens ou sont de l’initiative des délinquants", explique Bulbul Monjurul-Ahsan.
Le 2 octobre, près de mille journalistes défilent dans les rues de la capitale aux cris de "Arrêtez les violences contre les journalistes". Ils protestent contre les attaques et la fabrication de dossiers à charge montés de toutes pièces, pour avoir révélé des faits de corruption, de gangstérisme et d’intolérance religieuse. Pour certains, cette violence est paradoxalement un signe de maturation de la presse. Saleem Samad, correspondant de Reporters sans frontières, souligne : "Les journalistes sont mieux formés et plus courageux. Ils sont donc plus exposés quand ils traitent de sujets sensibles. La classe politique, surtout locale, est incapable d’accepter ces mutations positives."
Pourtant, le paysage médiatique du Bangladesh n’a jamais été aussi diversifié. Le pays compte, selon le ministère de l’Information, 294 quotidiens nationaux et locaux. Le plus important est le Jugantor avec un tirage de 270000 exemplaires. Suivent le Prothom Alo (plus de 220000 exemplaires), et le Ittefaq (près de 200000). Dans les dix plus grands tirages, on trouve Janakantha, Inqilab, Bhorer Kagoj et Ajker Kagoj, mais aucun quotidien en anglais. En revanche, la fermeture de la première télévision hertzienne privée, Ekushey TV, à la suite d’une décision controversée de la justice, a fortement réduit le pluralisme de l’information audiovisuelle. Il reste une seule chaîne avec une couverture nationale : BTV, étroitement contrôlée par le gouvernement. Deux autres chaînes à la diffusion et aux moyens limités tentent d’informer la population, bien qu’en décembre le gouvernement leur ait demandé d’utiliser dans chaque bulletin d’informations des dépêches de l’agence officielle.
Mis à part l’autocensure, due principalement aux pressions du gouvernement sur les éditeurs et aux violences exercées contre la presse, les médias du Bangladesh ne sont soumis à aucun contrôle. Mais les gouvernements successifs n’ont jamais libéralisé réellement le secteur des ondes radiophoniques. Il n’existe qu’une seule radio privée, Metro Wave, qui ne diffuse pas d’informations politiques. En 2002, les services en anglais et en bengalais de la radio nord-américaine VOA obtiennent enfin le droit de diffuser à Dhaka sur la fréquence FM de la radio d’Etat.
Dans le sud-ouest du pays, des mouvements d’extrême gauche, notamment le Purba Bangla Sharbahara Party (PBSP), sont devenus, après des années de lutte armée, de véritables organisations mafieuses. Les correspondants locaux qui rapportent cette dérive sont régulièrement les cibles d’agressions. Avec huit journalistes tués au cours des six dernières années, cette région du pays est sans aucun doute la plus dangereuse pour la presse.
En 2002, deux rapports de la Banque mondiale font couler beaucoup d’encre au Bangladesh. Le premier accuse les journalistes du pays d’être facilement "corruptibles" et de ne pas pratiquer suffisamment le journalisme d’investigation. Le second dénonce la "culture du secret" qui prévaut dans l’administration et qui représente un obstacle à la bonne gouvernance. Selon l’institution financière, les journalistes sont empêchés d’accéder à l’information en raison notamment des classifications sous les mentions "top secret", "secret", "confidentiel" et "restreint" et sont soumis à la loi sur les secrets officiels, selon laquelle la divulgation de "secrets" est une infraction criminelle. Le gouvernement dispose d’une vingtaine de lois pour emprisonner un journaliste. Ainsi, au Bangladesh, comme dans de nombreux pays asiatiques, ils peuvent être poursuivis pour "outrage à magistrat", un crime introduit par les Britanniques en 1926.

AVERTISSEMENT : en raison du nombre très important de cas, souvent plus de deux par jour, de journalistes agressés ou menacés, Reporters sans frontières ne peut présenter ci-dessous un compte rendu exhaustif des atteintes à la liberté de la presse. D’autant plus que l’arrestation, à la fin de l’année, de son correspondant, Saleem Samad, dont le rôle est de collecter ces informations, n’a pas facilité cette tâche.

Trois journalistes tués

Dans la nuit du 5 juillet 2002, Shukur Hossain, du quotidien régional Anirban, est kidnappé à son domicile de Dumuria, dans le district de Khulna (sud-ouest du pays), par sept hommes armés. Des témoins voient Shukur Hossain être abattu alors qu’il tente de s’enfuir d’un bateau sur lequel ses kidnappeurs l’ont fait embarquer de force, sur la rivière Ghangrail. Ses agresseurs lui tirent dessus, notamment à la tête, avant d’emporter son corps. En décembre, le directeur du quotidien déclare à Reporters sans frontières que Shukur Hossain est "perdu pour toujours, tué par ses ravisseurs", mais que son corps n’a jamais été retrouvé. Ses agresseurs ne sont pas formellement identifiés mais la police a déjà interrogé onze suspects, pour la plupart membres d’un groupe communiste interdit, le Biplobi Communist Party. Le journaliste, âgé de quarante ans, avait écrit plusieurs articles critiques à leur égard, ce qui lui avait valu des menaces de mort au cours des trois mois précédant sa mort.

Le 2mars, Harun-ur-Rashid, du quotidien local Purbanchal, est assassiné alors qu’il rentre à moto à son domicile de Khulna (sud-ouest de Dhaka). Ses poumons sont perforés par les balles. Harun-ur-Rashid, âgé de quarante-quatre ans, avait rejoint le quotidien dans les années 80 et enquêtait régulièrement sur l’extrême gauche et les affaires de crime organisé dans la région. Ses relations privilégiées avec le Parti communiste du Bangladesh (retiré de la lutte armée) et ses contacts réguliers avec la police faisaient du journaliste une cible privilégiée pour les membres du Purba Bangla Sharbahara Party (PBSP). En mars, une mission de Reporters sans frontières s’est rendue à Khulna, quelques jours après l’assassinat de Harun-ur-Rashid. Le responsable de la police de Khulna a affirmé à la mission que le meurtre du journaliste était lié à ses articles sur le crime organisé dans la région, et serait l’œuvre de membres du PBSP. Altaf Hossain Chowdhury, ministre de l’Intérieur, avait rencontré à Khulna la famille et les autorités locales. Il avait promis de faire "pendre les coupables" et d’aider financièrement la famille. Selon les informations de Reporters sans frontières, l’argent promis n’a jamais été versé. Sept suspects, pour la plupart membres du PBSP, ont été identifiés. Le 20 avril, la police a arrêté, dans la ville de Jessore, Moktar Hossain Baby, membre du PBSP et principal suspect dans le meurtre de Harun-ur-Rashid.

Un autre journaliste a été assassiné en 2002. Mais, au 1er janvier 2003, il est impossible de dire si sa mort est liée à ses activités journalistiques.
Le 3 août, la police retrouve le corps mutilé de Syed Farroque Ahmed, responsable de la publication locale Pubali Barta, à Srimangal (sud-est du pays). Agé de 50 ans, il avait disparu depuis plus de deux mois. La police ne détient alors aucune piste. Les proches du journaliste rappellent qu’il dirigeait cette publication régulière et qu’on ne lui connaissait pas d’ennemi.

Nouveaux éléments sur des journalistes tués avant 2002

Début mars 2002, un officier de police de Khulna (sud-ouest du pays) informe la presse des avancées des enquêtes sur les journalistes tués dans la région au cours des dernières années. Selon lui, la police a transmis au juge les résultats de l’enquête sur le meurtre du journaliste Nahar Ali, tué en avril 2001 près de son domicile de Dumuria. Les noms de seize personnes figurent dans le dossier, et la majorité sont des membres de groupes armés interdits. Six d’entre eux ont été arrêtés par la police. Au 1er janvier 2003, le procès des suspects ne s’est toujours pas achevé. Par ailleurs, trois individus ont été condamnés à des peines de prison pour le meurtre d’Abdul Gaffar Chowdhury du journal Spulingah. Il avait été tué à Jessore (ouest du pays) en 1994. Quatre criminels ont été condamnés à la prison à vie pour l’assassinat de M. Faruk, journaliste du quotidien Runner, à Jessore en 1995. L’affaire de Saiful Alam Mukul, directeur du journal Runner, également tué à Jessore en 1998, serait en passe d’être jugée. Vingt-deux personnes sont suspectées par la police. Elle aurait également transmis à la justice un dossier comportant les noms de cinq suspects, dont deux ont été arrêtés, dans le meurtre de Mir Illias Hossain, directeur du quotidien local Bir Darpan. Il avait été tué en janvier 2000 par des militants d’extrême gauche. Le jugement des suspects dans l’affaire S.M. Allaudin, directeur de l’hebdomadaire local Ogrodoot, est pour l’instant bloqué, bien que la police affirme avoir transmis en 1996 les résultats de l’enquête identifiant dix personnes. Sept suspects de l’assassinat de Bazlur Rahman, journaliste à Chuadanga, devraient prochainement être déférés devant la justice. Enfin, le procès des meurtriers de Shamsur Rahman, correspondant à Jessore du journal Janakantha, serait également en cours. Mais selon les informations de Reporters sans frontières, la plupart des suspects, dont certains sont proches du BNP, ont été libérés sous caution et pressent la police et les autorités d’enlever leurs noms de l’acte d’accusation. Alors que la police avait clairement identifié les responsabilités, les autorités ont annulé tout ce travail d’investigation. L’épouse du journaliste, assassiné en juillet 2000, affirme que l’impunité résulte des blocages du gouvernement.

Quatorze journalistes incarcérés

Le 20 janvier 2002, le journaliste et militant des droits de l’homme Shahriar Kabir est libéré sous caution de la prison de Dhaka après deux mois de détention. Cette décision fait suite au jugement du 19 janvier de la Haute Cour qui a exigé sa libération. Des dizaines de personnes, dont sa famille, l’acclament à sa sortie de la prison centrale de Dhaka. Ses proches n’ont pas été autorisés à lui rendre visite au cours de sa détention. Les autorités ont tout fait pour retarder sa libération, prétextant par exemple l’absence d’un haut fonctionnaire pour la repousser de plusieurs heures. Le journaliste, accusé de "sédition", n’a obtenu qu’une liberté sous caution de six mois, alors que sa date de procès n’a pas encore été fixée. La police ayant porté plainte contre lui aux termes des articles 123 A (qui sanctionne la condamnation de la création de l’Etat et l’apologie de l’abolition de sa souveraineté), 124 A (concernant la sédition) et 505 A du code pénal, il risque toujours la peine de mort ou la prison à vie. Quelques heures après être sorti de prison, Shahriar Kabir confirme avoir comme projet de produire un documentaire sur les récentes violences contre les minorités religieuses au Bangladesh, ce qui lui avait valu son arrestation le 22novembre 2001 à l’aéroport international de Dhaka, alors qu’il revenait de Calcutta (Inde). La police avait saisi son passeport et des dizaines de cassettes vidéo et audio. Shahriar Kabir a enfin affirmé qu’il "continuerait à se battre contre les forces fondamentalistes" et a remercié "de tout cœur ceux qui ont fait campagne pour ma libération". Lors de sa détention, la presse islamiste, notamment le quotidien Inqilab, a lancé une campagne de calomnie, voire un appel au meurtre, à l’encontre de Shahriar Kabir. Des éditorialistes du journal se sont tout d’abord félicités de son arrestation, puis ils l’ont accusé d’être un "traître", un "vendu à l’Inde" et ont invité leurs lecteurs à manifester contre sa libération sous caution. Plus grave, le journal dirigé par Maulana Abdul Mannan, ancien collaborateur de l’armée pakistanaise et identifié par plusieurs organisations de défense des droits de l’homme comme un criminel de guerre, a publié des courriers électroniques privés de Shahriar Kabir, visiblement interceptés par les services de sécurité bangladeshis et transmis au journal. Shahriar Kabir dénonce quant à lui cet "organe de presse taliban" qui l’a déclaré "murtad" (contraire à l’Islam). "Si je suis tué par l’un de ces islamistes, le journal Inqilab en aura la responsabilité", a déclaré M. Kabir à Reporters sans frontières.

Le 30 janvier, Aminul Islam Chowdhury, correspondant du quotidien Ittefaq à Sirajganj (nord-ouest du pays), est arrêté par des policiers qui font irruption chez lui durant la nuit avec un mandat d’arrêt, accusant le journaliste de ne pas avoir payé sa facture d’électricité. Bien qu’il proteste et montre aux policiers les reçus de ses paiements, Aminul Islam Chowdhury est conduit au poste de police. Le 31 janvier, le journaliste comparaît devant une cour et ses avocats demandent sa libération sous caution. Mais celle-ci est rejetée le lendemain. Le quotidien Ittefaq avait publié en septembre 2001, pendant la campagne électorale, des articles qui avaient mécontenté Iqbal Hassan Mahmud, le candidat du BNP dans cette circonscription, devenu depuis ministre de l’Energie. Le journaliste est libéré quinze jours plus tard.

Le 2 avril, Shakawat Hossain Ibne Moin, rédacteur en chef du journal local Sheekal publié à Kushtia (ouest), est arrêté par la police après le dépôt d’une plainte pour "diffamation" déposée par un fonctionnaire de l’administration locale. Le journal l’avait accusé de corruption. Malade, le journaliste est transféré, menotté, de la prison à l’hôpital. Il est libéré sous caution le 7 avril.

Le 8 mai, Shamim Ahmed, du journal local Tetulia publié à Mirzaganj (sud), est arrêté par la police après avoir écrit des articles sur la situation sécuritaire dans cette ville dont est originaire le ministre de l’Intérieur, Altaf Hossain Chowdhury. Le journaliste est libéré sous caution le 20mai. Le directeur du journal avait refusé de confirmer cette arrestation de peur de nouvelles représailles contre sa publication.

Le 23 septembre, Ashokesh Roy et son frère Amaresh Roy, respectivement correspondant des quotidiens Bhorer Kagoj et Ajker Kagoj à Faridpur dans l’ouest du pays, sont incarcérés à la prison de la ville. Officiellement, ils sont détenus afin de pouvoir assurer leur sécurité suite aux appels des islamistes et des conservateurs à tuer toute personne en lien avec une troupe de théâtre dont la pièce "Katha Krishnakali" est jugée "blasphématoire". Ces groupes accusent les frères Rai d’être en fait les auteurs de cette pièce de théâtre. Le 22 septembre, la police avait fait parvenir aux deux journalistes une assignation à comparaître devant le magistrat de Faridpur, et les avait escortés devant la cour. Plus tard, on découvre que le magistrat dispose d’un document spécifiant que Ashokesh et Amaresh Rai sont en fait arrêtés en vertu de l’article 54 du code pénal qui permet de détenir un suspect. Le magistrat a également intégré des articles des frères Rai dans le dossier à charge contre les auteurs de la pièce de théâtre. Ils sont libérés le 15 décembre 2002.

Le 21 octobre, Helal Uddin, correspondant du quotidien Bhorer Kagoj à Sirajganj (nord-ouest du pays), est arrêté lors d’une opération nationale de police contre la criminalité. Le 28 octobre, il est conduit devant un magistrat, mais sa demande de libération sous caution est rejetée sans que l’on sache les charges qui pèsent contre lui.
Le 23 octobre, Moniruzzaman Monir, correspondant du journal Jugantor à Nalchity (sud du pays), est arrêté par un inspecteur de police suite à une plainte pour "agression" et "extorsion" déposée par le frère d’Abu Baker Siddique, dirigeant du parti fondamentaliste Jamaat-e-Islami. Le Jugantor avait publié auparavant un article de M. Monir sur la corruption du dirigeant local du Jamaat-e-Islami. Le journaliste est détenu dans la prison de Nalchity et l’enquête a été confiée à la police.

Le 25novembre, Zaiba Malik et Bruno Sorrentino, journaliste et cameraman de la chaîne de télévision britannique Channel-4, ainsi que leur traducteur, Priscilla Raj, et leur chauffeur, Mujib, sont arrêtés par la police alors qu’ils sont sur le point de traverser la frontière avec l’Inde, près de Benapole (est du pays). Ils sont transférés à Dhaka pour interrogatoire. Cette interpellation fait suite à une plainte pour "activités contre l’Etat" et "sédition". L’équipe vient de passer plusieurs jours au Bangladesh pour préparer un reportage sur la situation politique et religieuse dans le pays. Les deux journalistes étrangers voyagent avec un visa de tourisme pour éviter la surveillance des autorités. Au même moment, Saleem Samad, journaliste et correspondant de Reporters sans frontières, est recherché par la police, pour avoir travaillé comme fixeur des deux journalistes. Le domicile de Saleem Samad est surveillé par les services secrets, sa famille est harcelée et son téléphone est coupé. Par ailleurs, des responsables du BCDJC (organisation de défense de la liberté de la presse et membre du Réseau Reporters sans frontières), notamment Mainul Islam Khan, font l’objet d’une surveillance et de menaces pour avoir aidé les reporters étrangers. Ce harcèlement est soutenu par les journaux conservateurs et islamistes. Un article du journal Dinkal (progouvernemental), publié le 16novembre, dénonce les journalistes étrangers comme des "conspirateurs". Le 29novembre, à trois heures du matin, des policiers en civil arrêtent Saleem Samad au domicile de Dhaka de l’un de ses amis. Il est transféré dans un commissariat de la ville et torturé au cours de ses interrogatoires. Peu après, Mainul Islam Khan est obligé de quitter le pays de peur d’être arrêté. Le 11 décembre, les autorités de Dhaka procèdent à l’expulsion de Zaiba Malik et Bruno Sorrentino. Quelques heures auparavant, ils ont été libérés de la prison de Dhaka. Lors d’une conférence de presse, Reaz Rahman, ministre des Affaires étrangères, déclare que les deux journalistes ont profité d’un "geste extraordinaire" de la part du gouvernement après qu’ils ont accepté de signer une lettre dans laquelle ils expriment leurs regrets d’avoir enquêté sans visa de presse sur la présence d’Al-Qaida dans le pays et qu’ils se sont engagés à n’utiliser aucune des vidéos tournées dans le pays. Reaz Rahman explique que la situation de Priscilla Raj et de Saleem Samad sera examinée plus tard en application des "lois du pays." Le 13 décembre, Zaiba Malik lance un appel au gouvernement : "Nous demandons aux autorités du Bangladesh de les libérer et de tout mettre en œuvre pour assurer leur sécurité et celle de leurs familles." Le 18décembre, la Haute Cour se prononce en faveur de la libération sous caution de Priscilla Raj. Le 22 décembre, elle sort libre de la prison de Dhaka. Elle confirme à la presse avoir été torturée moralement et physiquement, notamment avec des décharges électriques. Le 23 décembre, la Haute Cour ordonne la libération sous caution de Saleem Samad après une demande de son avocat Amir ul-Islam. Mais, le 24 décembre, le gouvernement obtient en vertu d’une loi d’urgence (Special Powers Act), la prolongation de sa détention d’un mois. Le gouvernement ne fournit aucun détail sur les raisons de cette décision. Au cours de la dernière semaine de l’année 2002, ses proches et son avocat ne sont pas autorisés à le voir en prison. En revanche, les journaux islamistes Inqilab et Sangram mettent en cause, le 31 décembre, Saleem Samad, d’autres journalistes et les services secrets indiens dans un "complot international" contre le Bangladesh.
Le 8 décembre, Muntasir Mamun et Shahriar Kabir, journalistes et militants des droits de l’homme, sont arrêtés par la police à Dhaka. Le premier est accusé d’avoir publié des articles critiques sur le gouvernement et de participer à la "conspiration" contre son pays. Le second, suspecté d’avoir témoigné auprès de l’équipe de Channel-4 sur la situation politique dans le pays, est torturé lors d’un interrogatoire et victime d’une attaque cardiaque.

Le 13 décembre, Enamul Huque Chowdhury, de l’agence de presse officielle BSS et collaborateur de l’agence Reuters, est arrêté pour avoir diffusé des informations, ensuite démenties, sur les attentats du 7 décembre dans des cinémas de la ville de Mymensingh, au nord du pays. Reuters avait publié des informations émanant du journaliste qui citaient le ministre de l’Intérieur Altaf Hossain Chowdhury déclarant que l’organisation terroriste Al-Qaida pouvait être à l’origine de ces attentats. Le ministre dément avoir fait ces déclarations. L’agence britannique, expliquant qu’elle ne peut plus en garantir l’exactitude, retire les articles en question. Le journaliste est mis en examen et placé en détention pour sept jours à la demande du Département d’enquête criminelle (CID). Il est interrogé sans avoir la possibilité de voir sa famille ou son avocat. Il reconnaît sous la torture avoir préparé ce "faux rapport" pour nuire au ministre de l’Intérieur, à la demande d’un leader de l’opposition, Saber Chowdhury. Dans les heures qui avaient suivi son arrestation, Enamul Huque Chowdhury avait été licencié de l’agence BSS. Par ailleurs, le ministre de l’Information, Tariqul Islam, a demandé à Reuters de présenter des "excuses publiques au peuple du Bangladesh" car, selon le ministre, il n’existe "ni réseau Al-Qaida ni taliban au Bangladesh".

Neuf journalistes interpellés

Le 5 février 2002, Sakhawat Hossain, du journal Matribhumi, est interpellé dans une rue de Dhaka alors qu’il observe la manière dont un policier gère le trafic de voitures et soutire des bakchichs à certains conducteurs. Il faut l’intervention de ses collègues pour qu’il soit libéré dans la journée.

Le 15 février, Farid Ahmed et Kabir Ahmed Khan, respectivement correspondant à l’université de Dhaka pour l’agence de presse UNB et le quotidien Ajker Kagoj, sont arrêtés par les forces paramilitaires lors d’une opération coup-de-poing dans les dortoirs de la faculté. A la recherche de "terroristes", les forces armées menacent les journalistes de leur jeter de l’acide au visage s’il ne se rendent pas à leur quartier général afin d’y subir un interrogatoire. Ils sont détenus pendant dix-huit heures dans une cellule, yeux bandés et mains attachées.

Le 8 septembre, Al Amin Shahriar, correspondant à Bhola (sud du pays) du quotidien Manavzamin et du journal régional Dakinanchal de Barisal, est arrêté par la police. Il est présenté devant un magistrat et libéré sous caution le lendemain, mais il reste inculpé en vertu des articles 385 et 387 du code pénal, pour avoir publié une série d’articles sur un parrain de la pègre de Bhola qui a réussi à porte plainte contre le journaliste. Déjà, en 2000, des individus avaient lancé des bombes artisanales dans le domicile d’Al Amin Shahriar.

Le 30 octobre, Saiful Islam, correspondant du journal Jugantor, Omar Ali Sani, correspondant du quotidien Ittefaq, et Babu, correspondant du quotidien local Gono Jagaron, sont arrêtés à Agailjhara (sud du pays). Officiellement poursuivis pour "extorsion", ils dénoncent une accusation montée de toutes pièces. Leur arrestation serait en effet liée à la publication de plusieurs articles au sujet de l’abattage illégal d’arbres. L’officier en charge du poste de police d’Agailjara aurait fabriqué de faux témoignages contre eux. Ils sont libérés sous caution, le lendemain, après que leurs confrères de Barisal (capitale du district) se sont mobilisés en leur faveur.
Le 28novembre, Sumi Khan, correspondante de l’hebdomadaire Shaptahik 2000 à Chittagong (sud-est du pays), est interpellée par la police qui lui reproche d’avoir rencontré les deux journalistes de Channel-4, ce qui s’avère être faux. Elle est libérée le lendemain.

Le 19novembre, Foyizur Rahman, correspondant dans la province de Chittagong (sud-est du pays) pour le quotidien Ajker Kagoj, est harcelé et détenu par la police dans un commissariat du district de Chandanish alors qu’il enquête dans cette région. Il est accusé de vouloir publier des articles hostiles à la police.

Quatre journalistes enlevés

Le 3 janvier 2002, Mamunur Rashid, journaliste du quotidien Korotoa publié à Bogra, est enlevé pendant quelques heures par des militants du BNP de Naldanga, district de Natore (ouest du pays), dirigés par un responsable local, M. Jahangir. Selon le quotidien Prothom Alo, il est frappé et menacé de mort et doit être hospitalisé.

Le 8 janvier, Shawkat Hossain, directeur du quotidien local Bholakantha publié à Bhola (sud du pays), est enlevé par des membres du BNP, qui le menacent de mort et demandent une rançon à sa famille. Selon le quotidien Bhorer Kagoj, le journaliste est libéré une semaine plus tard.

Le 9 juillet, Mohammad Iqbal Hossain Ratan, correspondant du Prothom Alo à Keraniganj (au sud de Dhaka), est kidnappé près de chez lui, par six membres de la branche jeunesse du BNP, conduits par Eklal Hossain. Son journal vient de publier un article sur des membres du BNP qui s’approprient des terres. Il est torturé pendant plusieurs heures. Ses agresseurs lui brisent notamment les deux mains, avant de tenter de le tuer, puis de l’abandonner, inconscient, au bord d’une route. Ses parents portent plainte en accusant nommément trois jeunes militants du mouvement. Ses proches sont alors menacés de mort s’ils ne retirent pas leur plainte. Aucune arrestation n’a lieu. Selon des journalistes locaux, le gang d’Eklal Hossain entretient des liens avec certains policiers de Keraniganj.
Le 29 septembre, Shibly Al Sadeq, correspondant du journal local Purbakone, est enlevé par des hommes armés à Raozan, près de Chittagong (sud-est du pays). Cet enlèvement intervient alors que Giasuddin Qader Chowdhury, dirigeant local du BNP, vient de lui adresser des réprimandes suite à un de ses articles. Le journaliste est poussé dans un van et conduit en un lieu isolé. Après avoir été frappé, il réussit à échapper à ses ravisseurs.

Au moins 108 journalistes agressés

Le 1er janvier 2002, Kamal Uddin, journaliste pour le quotidien Ittefaq, est agressé par des membres du parti au pouvoir à Chagalnaiya (province de Feni, sud-est du pays). Il a signé la veille un article accusant des supporters du Premier ministre d’être impliqués dans la contrebande de marchandises indiennes.
Le 1er janvier, Litu Anam, photographe pour le quotidien Prothom Alo, Altaf Hossain Dulal, correspondant pour le quotidien régional Korotua, et Khaled Ahmed, journaliste pour le quotidien Manavzamin, sont agressés par des forains à Badarganj (nord du pays) lors d’une fête populaire. Ils arrachent l’appareil photo de Litu Anam. Les deux autres journalistes tentent de s’interposer, mais sont maîtrisés, battus et enfermés dans un local sans lumière. Leurs agresseurs menacent de leur "éclater la tête" si l’incident est rapporté dans la presse.
Le 1er janvier, Tariqul Islam, du quotidien Purbanchal, est agressé à Khulna (sud-ouest du pays) alors qu’il rentre chez lui, par un dénommé Tariq, membre de la jeunesse du BNP. Le journaliste se défend et le jeune homme tire deux coups en l’air avant de s’enfuir.
Le 1er janvier, Humayun Kabir, du quotidien Ittefaq, a une côte cassée et de nombreux hématomes après avoir été passé à tabac par de jeunes supporters du BNP à Muladi (province de Barisal, sud du pays). Ils accusent le journaliste d’avoir écrit un article sur des jeux clandestins.
Le 2 janvier, Quamrun Nahar Shapla, journaliste indépendant basé à Natore (ouest du pays), est frappé par des délinquants dans la rue.
Le 5 janvier, Masum Sharif, du quotidien Dainik Shahnama, publié à Barisal (sud), est agressé dans la rue par des activistes de Juba Dal (jeunesse du BNP) alors qu’il couvre une rixe entre bandes locales. Selon le journal Bhorer Kagoj, le journaliste est assailli par l’un des frères du leader du mouvement qui le pousse à l’écart et le frappe alors qu’il est à terre. Il est hospitalisé.
Le 6 janvier, Kapil Gosh, correspondant à Chitalmari (district de Bagerhat, au sud-est du pays) pour les quotidiens Dainik Jugantor et Aparadh Chitr, est agressé par des membres de la jeunesse de la ligue Awami (principal parti d’opposition) conduits par Modhusudan, secrétaire général du mouvement, alors qu’il enquête sur des violences dans la ville. Ses agresseurs le menacent de représailles s’il rapporte l’incident à la police. Le journaliste doit être hospitalisé.
Le 8 janvier, Reazzudin Jami, correspondant du Janakantha à Brahmanbaria (est du pays), est agressé par des activistes armés de la jeunesse du BNP. Les individus vandalisent son bureau et tentent de l’enlever. Face aux protestations des employés du journal, les militants quittent finalement les lieux en menaçant Reazzudin Jami de représailles s’il ne fait pas son travail "objectivement". Ils n’ont pas apprécié la publication d’une série d’articles sur leur mouvement. Reazzudin Jami dépose une plainte auprès de la police de Brahmanbaria.
Le 11 janvier, Hossain Chisti Shiplu, correspondant du quotidien Jugantor à Siddirganj (banlieue de Dhaka), est agressé et menacé de poursuites par un officier de police devant la station de police de Siddirganj. Le policier n’avait pas apprécié la publication la veille d’un article sur une affaire d’enlèvement, dont il contestait les sources.
Le 12 janvier, une dizaine de journalistes sont agressés et malmenés devant les locaux de la police judiciaire à Dhaka. Les journalistes viennent d’apprendre l’arrestation de l’ancien avocat Haji Mohammed Selim à l’aéroport, alors qu’il attendait Sheikh Hasina, chef de la Ligue Awami (opposition), quand ils décident de se rendre dans les locaux de la police. Ils y sont reçus par des policiers armés de matraques, qui leur en interdisent l’accès. Les journalistes sont refoulés. Quelques-uns sont sérieusement blessés.
Le 14 janvier, Kabir Uddin Hannu, un élu affilié à la coalition au pouvoir, et ses hommes de main frappent violemment Shawkat Milton, correspondant du journal Janakantha à Barisal (sud du pays). Le matin de l’agression, le journaliste, également militant de la liberté de la presse, avait signé un article sur l’implication de M. Hannu dans la prise de contrôle frauduleuse d’une banque locale. Deux autres reporters sont agressés lors de l’incident. La police a arrêté l’élu, mais il est libéré sous caution le 23 janvier. En revanche, le 16 janvier, la sœur de M. Hannu porte plainte contre le journaliste.
Le 27 janvier, Abu Saleh Musa, du mensuel Anandalikhon à Barisal (sud du pays), est frappé et menacé de nouvelles représailles par une dizaine de membres du BNP qui lui reprochent ses articles critiques envers le gouvernement.
Le 2 février, Abu Zafar, directeur de l’hebdomadaire local Faisala publié à Noakhali (sud du pays), est frappé par un groupe de militants du BNP, qui saccagent son domicile avant de s’enfuir. Ils semblent lui reprocher des articles sur la politique locale.
Le 4 février, Al Main Miraj, correspondant du journal Jugantor à Bakerganj (sud du pays), est frappé par un membre du BNP.
Le 13 février, deux journalistes et un cameraman de la chaîne privée Channel i sont séquestrés et frappés par des employés d’un hôpital de Chittagong (sud-est du pays) aidés par de jeunes militants du BNP. Ces derniers reprochent aux journalistes de préparer un reportage critique sur l’état du système de santé dans cet établissement de la seconde ville du pays.
Le 2mars, Shamyol Sarker, correspondant du journal Ajker Kagoj dans le district de Jhalkathi (sud du pays), est passé à tabac par des délinquants qui lui reprochent sa couverture de la situation dans la région.
Le 9mars, Jasim Chowdhury Sabuj, responsable du bureau du journal Jugantor à Chittagong (sud-est du pays), est frappé par un fonctionnaire qui lui reproche des articles sur la corruption au sein de l’administration. Le fonctionnaire est interpellé par la police.
Le 17mars, Barun Majumber, correspondant du journal Korotua à Mahadevpur (nord du pays), est agressé par des jeunes militants du parti au pouvoir, après la parution d’un article sur l’arrestation de l’un d’entre eux.
Le 9 avril, Kusmat Ali, journaliste indépendant à Ranisankayl (nord du pays), est frappé à coups de barres de fer par des proches de la Ligue Awami (opposition). Le même jour, un groupe de mafieux agressent Faisal, correspondant du quotidien Runner à Satkhira (Ouest), et lui brisent la jambe gauche. Il avait écrit un article sur les méfaits de délinquants locaux. Enfin, Saiful Islam Jahangir, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Rangpur Barta, est agressé par des délinquants aux ordres d’une fonctionnaire de Rangpur (nord du pays).
Le 20 avril, Neaz Mohammad Khan Bitu, correspondant à Brahmanbaria (est du pays) pour le quotidien Dinkal, est attaqué par des membres de la Jatiyatabadi Chattra Dal (JCD, branche étudiante du BNP). Le quotidien avait publié un article qui avait irrité Haji Syed Emran Reza, secrétaire général de la section locale du BNP. Dans la journée, le responsable local de la JCD assaille et menace le journaliste en l’agrippant par le col de sa veste. Neaz Mohammad Bitu se rend au poste de police afin d’y porter plainte. L’officier décide de ne pas l’enregistrer et téléphone à M. Reza. Le soir même, des individus armés, envoyés par ce dernier, font irruption dans les locaux d’un quotidien local et traînent le journaliste à l’extérieur. Il est battu à coups de poing et de pied, et blessé au couteau. Le journaliste, laissé pour mort devant les locaux du quotidien, est hospitalisé. Les jours suivants, la police arrête plusieurs suspects, mais le secrétaire général de la section locale du BNP n’est pas inquiété.
Le 20 avril, Nasir Uddin, correspondant du journal Prothom Alo à Comilla (est de la capitale), et M. Sadeq, photojournaliste free-lance, sont séquestrés et frappés par des partisans du BNP alors qu’ils enquêtent sur la destruction par ces mêmes individus de maisons dans un village accusé de soutenir le parti d’opposition.
Le 30 avril, Jahangir Alam Akash, correspondant à Rajshahi (nord-ouest du pays) pour le quotidien Sangbad, est agressé par des activistes du BNP. Le journaliste se rendait dans un village voisin afin de couvrir la visite d’une organisation de défense des droits de l’homme, venue enquêter sur les violences orchestrées par le BNP dans cette région. Il est victime de jets de pierres et de briques. Blessé, il réussit à se mettre à l’abri et à regagner la ville. La police refuse d’enregistrer sa plainte, dans laquelle il met nommément en cause des activistes du parti au pouvoir. Le journaliste avait à plusieurs reprises témoigné dans ses articles de la répression opérée par le BNP sur la minorité hindoue dans la région de Rajshahi.
Le 28 mai, cinq délinquants masqués attaquent violemment Nazmul Imam, correspondant du journal Manavzamin à Kushtia (sud-est du pays), à coup de bâton et de couteau. Ils lui coupent le pouce droit. Le médecin relèvera onze coups de couteau. Les journalistes de Kushtia se mobilisent pour demander l’arrestation des coupables. Quelques jours plus tard, la police interpelle quatre individus dont l’un passe aux aveux. Il reconnaît avoir participé à l’agression du journaliste pour le punir de ses articles sur les activités délictueuses d’un groupe auquel il appartient. L’instigateur de l’agression a même été nommé. Mais la police ne l’a toujours pas arrêté. Les agresseurs ont quant à eux menacé de mort la famille du journaliste, si elle essaie de faire progresser l’enquête.
Le 29 mai, Syed Mobin Bin Asad Zillu, photographe du quotidien Prothom Alo et du journal local Dainik Chandnibazar de Bogra (nord du pays), échappe à une tentative d’enlèvement orchestrée par Zahirul Islam Bedha, homme d’affaires et vice-président de la section locale du BNP. Alors que le photographe sort du commissariat du centre-ville, deux hommes armés tentent de le faire monter sur une motocyclette. M. Zillu se débat et réussit à alerter des passants qui maîtrisent le responsable du BNP. Conduit au commissariat, ce dernier frappe et menace de mort le photographe. Après l’avoir menotté, les policiers découvrent un pistolet sur le politicien. Ce dernier est placé en garde à vue suite à une plainte du journaliste, mais il est libéré quelques jours plus tard.
Le 29 mai, A. Q. M. Shakawat Hossain du Banglabazar Patrika, Halim Mohammad de l’Ajker Kagoj et Mumtaz Uddin du Matribhumi, sont frappés par des policiers alors qu’ils se rendent sur les lieux d’un crime. Les journalistes les ont en effet surpris en train de recevoir un bakchich d’un chauffeur de bus. Les trois journalistes blessés portent plainte avec les responsables de l’Association des journalistes spécialistes des affaires criminelles de Dhaka au commissariat de Khilgaon. Les supérieurs hiérarchiques des fonctionnaires incriminés annoncent que ces derniers seront sanctionnés.
Le 15 juin, Rafiqul Islam Tuhin, correspondant du quotidien Janakantha à Habiganj (nord-est du pays), est agressé alors qu’il tente de quitter la ville après avoir été menacé de mort. Il avait accusé Syed Mohammad Kaiser, un politicien local, d’avoir commis des crimes de guerre durant la guerre d’indépendance du Bangladesh.
Le 18 juin, une équipe de la chaîne de télévision privée ATN Bangla est malmenée par un policier à Dhamrai (banlieue de Dhaka). L’équipe, qui s’était rendue dans un commissariat pour enquêter sur le meurtre d’un camionneur, est refoulée par le policier. Sa caméra est endommagée. Après que l’agression a été rapportée au journal télévisé du soir, la police porte plainte contre la chaîne. Le policier nie l’incident.
Le 21 juin, une dizaine de journalistes et de photographes de presse sont frappés par des policiers alors qu’ils couvrent le départ du président A.Q.M. Chowdhury, qui vient d’être déchu de ses fonctions, du palais présidentiel. Parmi eux, Imran Ahmed, photographe du journal Daily Star, et Sukla Haroon, de la chaîne ETV, sont blessés et leur matériel endommagé.
Le 6 juillet, Sheikh Abdul Kashem, correspondant du Inqilab à Khulna (sud-ouest), est agressé par des inconnus. Il est conduit à l’hôpital dans un état critique. Ses attaquants seraient des militants de la branche étudiante du BNP.
Le 8 juillet, des militants du Jatiyatabadi Juba Dal (proche du BNP), et leur secrétaire général, AKM Mominul Haq, agressent Jahangir Alam Shahin, correspondant du Janakantha à Lalmonirhat, au nord du Bangladesh. Ils le blessent avant que des passants interviennent et le conduisent à l’hôpital.
Le 13 juillet, Mainuddin Hasan Shahed et Zahirul Islam, respectivement correspondant des quotidiens Prothom Alo et du Jugantor à Chakoria (sud-est du pays), sont attaqués par un groupe de délinquants conduits par Jashim Uddin Kishore, un proche de M. Zafar, un des dirigeants du BNP, en face du commissariat de police de la ville. Le soir, les agresseurs se rendent au domicile de Mainuddin Hasan Shahed et menacent sa femme, en évoquant des articles publiés sur le BNP. La police nie que Kishore soit un délinquant, tout en affirmant qu’une enquête sera menée et les coupables arrêtés si une plainte est déposée. Les deux journalistes quittent Chakoria et se réfugient au sud du pays, à Cox’s Bazar.
Le 29 juillet, la police anti-émeutes agresse dix journalistes sur le campus de l’université de Dhaka où les étudiants protestent contre la fermeture de la faculté par les autorités. Borhanul Haque Samrat, du Prothom Alo, Mahabul Haque Sabu, du Ittefaq, Shakil Islam, du New Nation et Nurun Nabi, du Financial Express, sont frappés à coups de crosse et de casque, et reçoivent des coups de pied. Blessés, ils sont conduits à l’hôpital par des étudiants. La police s’en est également prise à Dipak Acharya, du Dainik Probhat, Jahurul Islam, du Daily Star, Rafiqur Rahman, cameraman pour Reuters TV, et Haji Zahirul Haque, photographe free-lance. Les policiers ont tenté également de s’emparer de l’appareil photo de ce dernier. Deux autres journalistes, Abdul Bashar Salim, du Dainik Janata, et Khademul Islam Hridoy, de The Independent, sont brièvement détenus après avoir été frappés. Le ministère de l’Intérieur promet des sanctions contre les responsables de ces agressions. Trois policiers sont suspendus.
Le 7 août, Mamunul Islam, correspondant de The Independent, et Tapan Kumar Khan, correspondant du journal Janakantha, sont attaqués et détenus par des délinquants au poste frontière de Joypurhat (nord-ouest du Bangladesh), alors qu’ils prennent des photos du port fluvial indo-bangladeshi. Ils sont libérés par des dockers, qui négocient la restitution de leurs appareils photo, mais leurs pellicules sont endommagées. Les journalistes ont demandé de l’aide auprès des policiers et des autorités locales, qui ont refusé d’intervenir.
Le 15 août, des policiers anti-émeutes agressent trois photographes, Sanaul Haque du Janakantha, Shamsul Haq Tinku du quotidien Bhorer Kagoj et Shiekh Hasan du journal Ajker Kagoj, alors qu’ils couvrent la répression d’une manifestation à Dhaka contre la décision du gouvernement d’annuler les cérémonies de commémoration de la mort du fondateur du Bangladesh, Shiekh Mujibur Rahman.
Le 24 août, Belal Chowdhury, reporter du journal local Thikana, est agressé par cinq individus armés de machettes et de haches dans un marché de la ville de Faridpur (ouest de Dhaka). Alors qu’il a perdu connaissance et beaucoup de sang, il est conduit à l’hôpital de Faridpur où le médecin relève quinze blessures graves, avant d’ordonner son transfert vers un hôpital de Dhaka. Le frère du journaliste dépose une plainte auprès de la police, dans laquelle il dénonce trois délinquants locaux. Un mois après les événements, la police n’a procédé à aucune arrestation. Cette attaque faisait suite aux menaces de mort lancées par un groupe islamiste, Touhidi Janata, contre les journalistes qui soutenaient une troupe de théâtre locale persécutée par les intégristes musulmans et les autorités locales. En effet, les groupes islamistes avaient obtenu de l’administration locale l’interdiction de la représentation de la pièce Khatha Krishnakhali. Ils avaient jugé l’œuvre "blasphématoire". Suite aux manifestations de rue des islamistes, la police avait arrêté l’auteur et le metteur en scène de la pièce.
Le 29 août, un groupe appelé "Human Command" attaque le Club de la presse de Char Fashion, au sud du Bangladesh, et agresse le journaliste Golam Dastagir. Plusieurs journaux viennent de publier des articles dénonçant les activités clandestines de ce groupe. Suite à ces violences, un dénommé Mahmud, qui serait membre du Jamaat-e-Islami, est arrêté, mais libéré suite à l’intervention de représentants du BNP.
Le 30 août, l’équipe de presse suivant la leader de l’opposition Sheikh Hasina lors de sa tournée dans le sud-ouest du pays est attaquée à Kolarua. Des activistes du BNP ont érigé des barrages routiers afin de stopper le convoi. Lorsque le véhicule de Sheikh Hasina ralentit, une centaine d’individus, armés de bâtons et de barres de fer, attaquent le cortège, en lançant des morceaux de briques et des bombes artisanales. L’escorte policière réussit à libérer la chaussée et à protéger le véhicule transportant Shiekh Hasina. Les journalistes Kalidas Rai, Yearob Hossein, Hibrahim Hossein et Habibur Rahman, qui circulent en queue de convoi, sont pourchassés et blessés par les activistes du BNP. Ils trouvent abri au Club de la presse de Kolarua, où, en dépit de la présence de la police, les activistes continuent à les frapper et à les insulter. Après trente minutes de siège, la police escorte les quatre hommes au commissariat de Kolarua. Les activistes, appartenant à la branche estudiantine du BNP, font irruption dans le commissariat et menacent de ne pas "laisser repartir vivants" les journalistes. Deux heures plus tard, alors qu’ils s’apprêtent à quitter le commissariat sous escorte policière, Habibur Rahman, reporter du journal Runner, est agressé par Abdul Kader Bacchu, secrétaire général local de la jeunesse du BNP. Le 2 septembre, les journalistes du district organisent une marche de protestation. Quant à Habibur Rahman, il enregistre une plainte contre six militants proches du BNP.
Le 7 septembre, lors d’un meeting de protestation contre la fermeture de la chaîne de télévision ETV à Barisal (sud du pays), des activistes du BNP agressent une dizaine de journalistes dont Mintu Basu, Shamin Ahmed, correspondant du Bhorer Dak, Monir Hossain, correspondant de la chaîne nationale Bangladesh Television. Shawkat Milton, correspondant du journal Janakantha, est quant à lui pris en chasse, jeté à terre et passé à tabac par les délinquants. Sérieusement blessé, souffrant notamment de multiples fractures, il doit être hospitalisé. Blessé à la tête, l’état de Belayet Hossein Bablu, reporter du quotidien local Shahnama, est jugé critique. Masum Nizam, photographe pour le journal Dakinanchal, un quotidien local, est également frappé. Il est secouru par des passants. Shamsuddin Haider Dalim, Kauser Mahmud, J.E. Mamoon et Badal Mustafiz de la chaîne ETV sont pris à partie par un autre groupe de contre-manifestants qui les somment de quitter la ville sous peine de représailles.
Le 10 septembre, la police anti-émeutes s’en prend à une dizaine de photographes de presse de différents quotidiens nationaux pour avoir publié des clichés d’étudiants de l’Ecole d’ingénieurs blessés par des policiers lors de manifestations. Le matin, des policiers agressent Mamun Abedin, photographe pour Ajker Kagoj, et l’interpellent. Certains de ses collègues viennent exiger sa libération. Les policiers les frappent à coups de pied et de matraque, et les insultent. Un policier prend à la gorge Abdus Samad Jewel, photographe de l’Agence France-Presse.
Le 27 octobre, Mujib Masud et Mamoon Abdullah, journalistes du programme "Roving Eye" diffusé par la chaîne de télévision privée Channel i, sont agressés et séquestrés par des fonctionnaires du ministère de l’Education alors qu’ils se trouvent dans un bâtiment officiel. Ils sont secourus par des membres de l’organisation de journalistes Dhaka Reporters Unity. Les fonctionnaires reprochaient aux journalistes un reportage sur l’état du système éducatif.

Au moins 130 journalistes menacés

Le 1er janvier 2002, Shakir Ahmed, du journal Ittefaq, reçoit des menaces de mort par téléphone à Dhaka. Son interlocuteur lui reproche ses articles sur des irrégularités du service de bus de la ville. Une plainte est déposée auprès de la police.
Le 2 janvier, Deep Azad, chef du bureau du quotidien Jugantor à Khulna (sud-ouest du pays), est menacé de mort au téléphone et par lettres. Ces menaces pourraient être liées à la publication, le 24 décembre 2001, d’un article sur les activités d’extorsion auxquelles se livrent des membres du BNP.
Le 3 janvier, Abdus Sabur, correspondant à Rajshahi (nord-ouest du pays) pour le quotidien Dinkal, est menacé d’avoir les "jambes et les bras cassés" s’il continue d’écrire sur un notable de la ville, le docteur Ajhar Uddin. Selon le journal Prothom Alo, le journaliste est également prié de quitter la ville. Le quotidien avait publié quelques jours auparavant une série d’articles faisant état de la corruption au sein de l’hôpital de Rajshahi, et des liens supposés entre certains membres du corps médical et une mafia locale.
Le 7 janvier, Abdullah Al Jaber, frère de Mamun Abdullah, correspondant pour le quotidien Prothom Alo, est agressé par des inconnus emmenés par Jahurul Alam, ancien leader de la jeunesse du BNP, à Chittagong (sud-est du pays). Le jeune homme est battu à coups de crosse et de barre de fer, mais réussit finalement à s’échapper. Ses assaillants n’ont pas apprécié la publication en une du quotidien, le 10novembre 2001, d’un article sur les activités de leur organisation, signé par son frère. Depuis la parution de l’article, la famille est régulièrement menacée par les activistes.
Le 8 janvier, Tapan Basu, correspondant à Agailjhara (près de Barisal, sud du pays) pour le quotidien Ajker Kagoj, est menacé de mort par des activistes armés du BNP, dont Minhaj Fakir qui aurait été irrité par la publication d’un article le concernant. Il ordonne une chasse à l’homme à l’encontre du journaliste afin de lui "donner une bonne leçon". Selon le journal Bhorer Kagoj, Tapan Basu reste cloîtré chez lui pendant plusieurs jours, craignant pour sa vie.
Le 11 janvier, un officier du commissariat de police de Siddhirganj (district de Narayanganj, au sud de la capitale), insulte et menace un journaliste du journal Jugantor, Hossain Chisti Shiplu.
Le 16 janvier, des militants de la jeunesse du BNP menacent Kartik Das, correspondant du journal Prothom Alo à Narail (sud-ouest du pays). L’avocat Mokbul Hossain, l’un des responsables locaux du parti au pouvoir, interpelle le journaliste dans le centre de la ville et le menace de représailles s’il continue à rapporter leurs activités. Kartik Das demande une protection à la police.
Le 21 janvier, Saidur Rahman, frère d’un proche collaborateur d’un ministre, menace de mort au téléphone Mushin Ali Angur, correspondant du quotidien Janakantha à Meherpur (ouest du pays).
Le 26 janvier, Sushanta Kanu, président du Club de la presse et correspondant du journal Prothom Alo à Jamalpur (nord du Bangladesh), est menacé de mort par Mahbubur Rahman Ansari, un responsable local du BNP. Lors d’une réunion avec les autorités locales, le ministre adjoint des Finances, Anwaruk Kabir Talukder, accuse les journalistes locaux d’être corrompus. Sushanta Kanu s’indigne de ces propos. A la fin de la réunion, des responsables du BNP apostrophent le journaliste et lui affirment qu’il "paiera de sa vie" pour avoir insulté le ministre. Le Club de la presse demande des excuses au politicien. En réponse, ce dernier renouvelle ses menaces de mort, en rappelant au journaliste, de confession hindou, qu’il pourrait également "être victime des violences interreligieuses". Par ailleurs, Sushanta Kanu reçoit des dizaines de messages de menaces de mort sur son téléphone portable. La police de Jamapur refuse de recevoir la plainte du journaliste contre le responsable du BNP.
Le 31 janvier, Abul Kalam Azad, correspondant du journal Manavzamin, est malmené et menacé par un trafiquant de drogue de Mongla, dans le district de Khulna (sud-ouest du pays).
Le 4 février, Shahina Ajmeen, chef du bureau du quotidien Jugantor à Barisal (sud du pays), est menacé par des jeunes partisans du BNP et des délinquants, qui tentent de mettre le feu à son bureau.
Le 4 février, Shahidul Islam Biswas, député du BNP pour la circonscription de Chuadanga (ouest du pays), menace de mort Rajib Ahmed, éditorialiste du journal régional Matabangha. Le journaliste reçoit des appels téléphoniques qui lui conseillent de ne pas se rendre à Chuadanga s’il "veut rester en vie". Rajib Ahmed, résidant à Dhaka, venait d’écrire une série d’articles sur la corruption et le népotisme du maire de Chuadanga, le frère du député du parti au pouvoir.
Le 5 février, Habibur Rahman Badal, correspondant de Ittefaq à Narayanganj (est de la capitale), est menacé de représailles au téléphone suite à un article.
Le 9 février, Mahahub Rahman Biplob, reporter du journal local Dabanol publié à Badarganj (nord du pays), est menacé d’arrestation par un officier de police.
Le 27 février, A. Musharraf Hussain, correspondant du quotidien Ittefaq à Jamalpur (nord du pays), est menacé de mort par des activistes du BNP. La veille, le journal avait publié deux articles sur les activités "terroristes" de Milon Ansari et Ajmeri Alam Sohan, membres du BNP. Musharraf Hussain travaille au bureau de l’Association locale de journalistes quand il reçoit la visite du frère aîné d’Ajmedi Alam Sohan, qui le menace de mort s’il publie à nouveau des articles sur son frère.
Le 27 février également, Abu Sawood Masud, journaliste pour le quotidien Manavzamin à Dhaka, reçoit des menaces téléphoniques. Un inconnu lui conseille d’arrêter de publier des articles sur le meurtre d’un militant politique.
Le 4mars, Rafiqul Bahar, journaliste du Prothom Alo basé à Chittagong (sud-est du pays), reçoit un paquet contenant un linceul. "Une menace de mort directe, confirmée par des coups de téléphone sur le portable du journaliste et par un document écrit", explique le rédacteur en chef du quotidien. Le 26 février, Prothom Alo avait publié en première page une photo du vice-ministre de l’Intérieur lors d’un meeting public à Chittagong. Derrière le politicien, figuraient deux militants, recherchés pour meurtres, qui profitent de la protection des autorités locales. Leurs visages étaient encerclés d’un trait rouge. Sans se soucier de la sécurité du journaliste, le vice-ministre de l’Intérieur met alors en cause le "professionnalisme" des reporters, mais ne dit mot sur la présence de criminels à ses côtés. De même, un responsable local du BNP met en garde les journalistes qui diffusent des "fausses nouvelles". Enfin, le 28 février, Muhammad Abdur Razzak, dirigeant local de la jeunesse du BNP, porte plainte en diffamation contre le directeur de publication et contre le correspondant du Prothom Alo. Il est l’un des militants dont le visage est entouré d’un cercle rouge sur la une.
Le 5mars, Shafiqul Islam, correspondant du quotidien Ittefaq à Sharishabrai (centre du pays), est menacé par un fonctionnaire de police après un article sur un conflit qui l’oppose à des responsables du BNP.
Le 7mars, Mohammed Abu Taleb, correspondant du quotidien Ittefaq et président du Club de la presse de Keraniganj (près de Dhaka), est menacé de mort par des délinquants qui lui reprochent un article sur un responsable du parti au pouvoir.
Le 9mars, Moktar Hossain, correspondant du quotidien Bhorer Kagoj à Khulna (Sud-Ouest), reçoit des menaces de mort par téléphone après des articles sur le crime organisé.
Le 10mars, Mahfuzzaman Rubel, correspondant de l’hebdomadaire régional Sona Masjid, est menacé de mort à Mahadevpur (Nord) après la parution d’un article sur des trafics dans la région.
Le 11mars, des délinquants de Barisal (Sud) vandalisent le domicile de Nazrul Islam, l’un des correspondants du quotidien Prothom Alo. Le journaliste et sa famille se cachent pendant plusieurs jours de peur de nouvelles représailles.
En mars, le rédacteur en chef du Prothom Alo décide d’envoyer un journaliste du siège à Maniganj. Le correspondant local se sent trop en danger pour écrire lui-même un article sur les activités du président du Parlement et de son fils, originaire de ce district. Malgré ces précautions, le correspondant local est obligé de se cacher pendant plusieurs jours. Les partisans du président du Parlement confisquent les exemplaires du journal à Maniganj.
Le 14mars, Jamaluddin et Bakhtiar Islam Munna, correspondants du quotidien Manavzamin et du journal Prothom Alo, sont menacés de mort par des partisans du BNP à Feni (Sud-Est). L’auteur des menaces, Mushfiqur Rahman, figure sur une liste de criminels recherchés dans le district, mais la police n’a jamais tenté de l’arrêter.
Après la publication le 15mars d’un article dans le journal Prothom Alo sur les complicités entre des membres du parti au pouvoir et des groupes armés interdits, Tuhin Aryanak, correspondant du quotidien à Meherpur (Sud-Ouest), est menacé de mort par des appels anonymes.
Le 20mars, 56 journalistes de Gaibandha (nord du pays) demandent la protection de la police après avoir reçu des menaces de mort de délinquants qui ont déjà frappé un employé du Club de la presse local.
Le 23mars, Maulana Delwar Hossain Sayeedi, député du Jamaat-e-Islami (au pouvoir), dénonce lors d’un meeting public les journalistes qui "confondent les musulmans et les islamistes". Le député demande que "l’on vérifie le sang des journalistes pour voir s’ils sont musulmans ou pas".
Le 28mars, Tanvir Hassan, correspondant du journal Prothom Alo à Munshiganj (sud de la capitale), est menacé de mort après un article sur la situation sécuritaire dans la région.
Le 4 avril, Delwar Hossain Khokon, directeur du journal local Lokesamaj publié à Jessore (Ouest), est menacé de voir son "corps sans vie dans les rues de la ville" par des jeunes proches d’un responsable du BNP. Le journaliste, lui-même proche d’un autre dirigeant du BNP, avait publié des photos de délinquants en une de son journal. La police avait interpellé l’un d’entre eux.
Le 4 avril, des hommes de main d’un dirigeant du BNP à Boalmari (sud) menacent de briser les mains et les jambes de Russel Ahmed, correspondant du journal Prothom Alo, qui vient de publier des reportages sur le crime organisé.
Le 5 avril, des délinquants menacent de tuer M. A. Feroz et Latif Siddiqi, journalistes de Gazipur (au nord de Dhaka), et de faire sauter le Club de la presse de la ville. Ces journalistes avaient récemment publié un article sur l’implication d’un mafieux local dans des jeux clandestins.
Le 13 avril, des jeunes du BNP menacent de couper les mains et les jambes des journalistes de Nawabganj (près de Dhaka) qui ont rapporté dans leurs journaux qu’un délinquant récemment arrêté par la police était membre de leur organisation. La police conseille aux journalistes de ne pas porter plainte.
Le 15 avril, Zahurul Islam Thandu, correspondant du journal Jugantor à Sarishabari (Nord), demande la protection de la police après que des délinquants se sont introduits pour la troisième fois en un mois à son domicile pour le menacer de mort.
Le 2 mai, Delwar Hossain, Sheikh Ahsanul Karim, Rezaul Karim, Babul Sardar, S. M. Tajjudin et Azadul, respectivement correspondants pour les quotidiens Purbanchal, Manavzamin, Ittefaq, Janakantha, Prabartan et Runner, sont menacés de mort par Sheikh Wahiduzzaman Dipu, secrétaire de la section locale du BNP, à Bagerhat (sud-ouest du pays). Il menace de les tuer pour leur couverture de ses actions dans le district et de plastiquer les bureaux du quotidien local Purbanchal. Quelques-uns de ses supporters armés se rendent aux domiciles des journalistes et harcèlent leurs familles. Ces derniers portent plainte collectivement.
Le 21 mai, le député du BNP, Abdul Gafur Bhuiya, affirme à Salim Zahid, du journal Ajker Kagoj à Dhaka, que "sa vie de journaliste est finie" après la publication d’un article sur l’implication de l’élu dans une affaire de corruption.
Le 22 mai, six journalistes de Lalmonirhat (Nord) demandent au Premier ministre d’assurer leur sécurité après avoir reçu des menaces de mort de la mafia locale qui a déjà vandalisé les bureaux locaux de l’agence de presse UNB.
Le 2 juillet, des religieux musulmans de Raiganj (Nord), soutenus par des leaders du BNP, menacent au moins cinq reporters après que leurs journaux ont fait mention d’une sentence religieuse pour le viol d’une femme. La victime du viol avait été condamnée à 101 coups de fouet et le violeur à une amende d’une valeur de 155 euros.
Le 15 juillet, Arifur Rahman, du quotidien Prothom Alo, reçoit des menaces de mort sur son téléphone portable et à son bureau, d’un dénommé Pabani, qui prétend être le fils du président du BNP, Khandaker Delwar Hossain. Le journal venait de publier en première page un article sur une vaste entreprise d’extorsions de fonds, réalisée par des routiers sur l’autoroute Dhaka-Aricha (à l’ouest de la capitale).
Dans la nuit du 2 août, Manzur Ahsan Elahi, directeur du quotidien local Andoloner Bazar, est menacé de représailles s’il continue à publier son journal à Kushtia (Ouest). L’exemplaire de la veille présentait en une un article sur la montée en puissance d’un trafiquant de drogue local. Le directeur contacte alors la police, qui ne tient pas compte de son appel urgent. Au crépuscule, des hommes armés se rendent au bureau du journal. Après en avoir cadenassé l’entrée, ils font irruption dans l’entreprise Quality Printing Press, qui imprime le quotidien et trois autres journaux Bajropath, Ajker Alo et Bangladesh Barta. Ils saccagent le matériel d’imprimerie et menacent les ouvriers. Andonoler Bazar, ainsi que les trois autres quotidiens, victimes indirectes du raid, ne peuvent paraître le lendemain.
Le 10 août, le responsable de la sécurité de l’université de Rajshahi (ouest du pays) menace de "briser les jambes" de tout journaliste qui tenterait de pénétrer sur le campus. Le lendemain, l’entrée du campus est interdite aux journalistes. Le fonctionnaire avait déjà déposé plusieurs plaintes contre des correspondants sur le campus, désirant leur interdire d’avoir la double identité d’étudiants et de journalistes. Mahboob Alam Lablu, correspondant du Prothom Alo, se réfugie au poste de police local après avoir été menacé au téléphone par le responsable de la sécurité.
Le 14 août, des responsables de la branche locale du parti islamiste Jamaat-e-Islami barrent la route au correspondant du Janakhanta à Parbatipur (Nord), l’insultent et le menacent de mort. Ils lui reprochent la teneur d’un article paru dans le journal du matin.
Le 14 août, l’imam de la mosquée de Mymensingh (Nord) et ses disciples menacent de poursuites judiciaires et de mort le correspondant local du journal Janakantha, Babul Hossain. Le quotidien avait publié un article sur une affaire de corruption impliquant l’imam, et le comité de la mosquée avait mis au jour des irrégularités dans la gestion des finances.
Au début du mois de septembre, Shawkat Milton, correspondant du journal Janakantha à Barisal (sud du pays), fuit la ville pour Dhaka, craignant pour sa sécurité. Des activistes du BNP viennent d’organiser des rassemblements pour protester contre le "terrorisme des médias".
Le 1er septembre, la municipalité de Derai, petite ville du district de Sunamganj (nord-est du pays), dépose une plainte contre Tipu Sultan, correspondant du Jugantor, pour "chantage et extorsion", suite à la publication le 28 août d’une série d’articles sur la corruption au sein de la municipalité. Le 2 septembre, la police refuse d’enregistrer la plainte du journaliste contre la municipalité pour harcèlement. Il décide de se cacher alors que le juge émet un mandat d’arrêt. Le 8 septembre, Tipu Sultan se voit accorder la liberté sous caution avant même son interpellation. Le maire de Derai continue à le menacer. Lors d’une conférence de presse, il dénonce les "pratiques immorales" du journaliste qui est qualifié de "honte pour le corps journalistique".
Le 23 septembre, Shubrata Bappi, correspondant du journal Prothom Alo à Gopalganj (sud du pays), est menacé de mort par M. Hussein, leader de la jeunesse du BNP. Suite à un article paru la veille décrivant un incident au cours duquel des délinquants avaient tiré des rafales en l’air alors que passaient de jeunes étudiantes, M. Hussein exige du journaliste la publication d’un rectificatif, sous peine de voir "son corps criblé de balles".

Pressions et entraves

Début janvier 2002, le gouvernement modifie les envois de publications aux ambassades du Bangladesh dans le monde. Le Dinkal, journal du BNP, le Sangram et le Inqilab, deux quotidiens proches du Jamaat-e-Islami, sont de nouveau envoyés aux administrations. Le gouvernement précédent de Sheihk Hasina les avait supprimés de la liste. En revanche, la quantité d’exemplaires des journaux Janakantha, Prothom Alo, Jugantor et Sangbad envoyés par le ministère des Affaires étrangères est sensiblement réduite. Ces quotidiens sont tous critiques du gouvernement. Un chargé des relations publiques du ministère des Affaires étrangères reconnaît que le gouvernement compte modifier largement la politique de distribution de la presse aux représentations à l’étranger.
Le 11 janvier, la police de Nikly dans le district de Kishoreganj (nord-est de Dhaka) enregistre une plainte déposée par un responsable local du BNP, Abdur Rashid, contre Abu Zaman Khokon, correspondant de Ittefaq dans la ville. Le journaliste, qui risque d’être arrêté, affirme qu’il s’agit d’accusations montées de toutes pièces pour le faire taire.
Le 16 janvier, la compagnie de distribution de l’électricité à Dhaka (DESA) coupe le courant électrique de l’imprimerie du journal Janakantha à Dhaka. Selon un employé de la DESA, l’ordre de couper le courant "vient d’en haut". Le journal affirme quant à lui ne pas avoir été averti et avoir réglé les dernières factures. La direction dénonce une nouvelle sanction des autorités contre ce journal critique de la politique du gouvernement dirigé par Khaleda Zia. Suite à une plainte du journal, une cour de Dhaka ordonne au gouvernement, le 20 janvier, de rétablir l’électricité.
Le 21 janvier, les équipes de télévision et de radio sont interdites d’accès au Congrès annuel mondial des imams à Tongi (près de Dhaka).
En janvier, la direction de l’unique radio FM privée, Metro Wave, décide d’arrêter de diffuser des informations politiques. Elle évoque des problèmes matériels, mais un ancien membre de la rédaction affirme que la station a pu recevoir des pressions. A sa création, en 2000, Metro Wave avait été autorisée à diffuser des "informations positives". Mais la politique était bannie des ondes. De juillet 2001 à janvier 2002, les autorités avaient autorisé Metro Wave à diffuser des programmes d’information.
Le 7 février, le gouvernement interdit la parution de l’édition datée du 11 février du magazine américain Newsweek. Selon un communiqué du Département de la presse et de l’information, cette décision fait suite à la publication dans ledit numéro d’un portrait du prophète Mahomet susceptible de "choquer les gens pratiquants". En septembre 2000, un numéro de l’hebdomadaire comportant un article sur l’islam avait déjà fait l’objet d’une interdiction semblable.
Le 19 février, un juge de Chittagong demande à la police d’enregistrer la plainte déposée le 26 janvier par Mahbubul Alam, un mafieux local, contre Mahmudul Haque, Didar Hossain Tutul, et Mohammed Hedayet, respectivement correspondant pour les quotidiens Sangram, Jugantor et Karnaphuli à Sitakundu (sud-est du pays). La plainte fait suite à la parution d’une série d’articles sur l’implication de Mahbubul Alam dans des affaires de recyclage illégal d’épaves de bateaux, d’extorsion de fonds et d’enlèvements. Dans une affaire similaire, le mafieux a porté plainte le 6 février contre Ekramul Haque Bulbul, correspondant pour le quotidien Prothom Alo.
Le 9mars, des délinquants vandalisent les bureaux du journal local Ajker Alo à Kushtia (Ouest) et menacent de nouvelles représailles si le quotidien ne cesse pas de publier des articles sur des pratiques d’extorsion dans le district.
Le 9mars, la police enregistre une plainte contre cinq journalistes de Keraniganj (au sud de Dhaka) qui ont récemment dénoncé dans leurs quotidiens respectifs les pratiques frauduleuses de certains responsables du BNP.
Le 13mars, Tariqul Islam, nouveau ministre de l’Information, menace de poursuivre en justice les médias qui incitent au "désordre social". Il invite à la pratique d’un "journalisme responsable".
Le 22mars, des policiers anti-émeutes et des vigiles disposés autour du Parlement de Dhaka repoussent des journalistes alors que se tient une discussion sur une nouvelle loi sur la "sécurité publique". Il faut l’intervention du responsable des relations avec la presse du Parlement pour que la plupart des reporters soient autorisés à pénétrer dans le bâtiment. Les équipes des télévisions privées ETV, ATN Bangla et Channel i News n’ont cependant pas accès à la session.
Le 29mars, le mouvement islamiste Bangladesh Khelafat Andolon organise une manifestation devant le siège du quotidien Jugantor à Dhaka. Les manifestants protestent contre la publication d’un texte de l’écrivain Shelina Hossain. Les dirigeants du mouvement, qui militent pour l’instauration d’une République islamique, affirment que le texte a "blessé" les musulmans et que les journaux doivent empêcher la publication de tels écrits. Pour sa part, la direction du Jugantor explique qu’il s’agit d’un texte de fiction et non pas d’un article de la rédaction. Les responsables s’excusent également de ce que le texte a pu "heurter les sentiments des croyants". L’écrivain précise que son intention n’était en aucun cas de blesser les musulmans. Son récit décrivait le viol d’une jeune fille dans un village.
Début avril, le Parlement examine une loi, déposée par un député du parti au pouvoir, Mohammad Abu Hena, qui permettrait de condamner à de lourdes peines de prison un journaliste qui aurait diffamé un parlementaire. Sur le modèle du délit d’outrage au magistrat, la majorité gouvernementale souhaite créer un "outrage à parlementaire". Les journalistes risqueraient alors des peines allant de deux à sept ans de prison, et des amendes d’une valeur de 1500 à 8000euros. Cette proposition de loi, baptisée Special Privileges and Powers Act 2002, provoque une levée de boucliers de la presse privée. Shafiqur Rahman, président de l’Association des journalistes parlementaires, déclare qu’avec cette loi, les journalistes "n’auront plus rien à rapporter et il sera inutile d’aller au Parlement". Ainsi, la loi prévoit également que ceux qui ne sont pas parlementaires ou fonctionnaires du Parlement sont des "étrangers" et ne doivent en aucun cas faire état des sujets "sensibles" discutés dans l’enceinte du Parlement. Un chef de file de l’opposition la qualifie de nouvelle "loi noire". Au 1er janvier 2003, le Special Privileges and Powers Act 2002 n’a pas été adopté.
En avril, le journaliste de télévision français Joy Banerjee, assisté d’un cameraman et d’un preneur de son, font un reportage sur les microcrédits au Bangladesh. Conformément à la loi en vigueur, l’équipe est accompagnée en permanence par un cameraman désigné par le Département du film et de la publication. Chaque jour, ils doivent indiquer les heures et les lieux de tournage. Leurs interviews sont enregistrées, les personnes interviewées et le personnel de leur hôtel sont questionnés par la police et les services secrets. Selon le journaliste, le gouvernement n’a jamais cru qu’ils travaillaient sur les microcrédits mais les soupçonnait d’enquêter sur la répression contre les communautés hindoues et chrétiennes.
Le 3 avril, le gouvernement du Bangladesh interdit la parution de l’édition datée du 4 avril de la revue de Hong Kong Far Eastern Economic Review. Le ministère de l’Intérieur annonce que tous les exemplaires du magazine asiatique ont été saisis et que sa "publication, vente, distribution et détention" sont interdites. Selon les autorités, l’article de Bertil Lintner intitulé "A Cocoon of Terror" (Un cocon de terreur) est "sans fondement". Le journaliste, basé en Thaïlande, décrivait la montée en puissance de groupes islamistes au Bangladesh. Il écrivait notamment qu’au Bangladesh "agissent des groupes radicaux liés à des organisations terroristes internationales." Lors d’une session du Parlement, le Premier ministre Khaleda Zia dénonce ceux qui "tentent, à l’intérieur comme à l’extérieur, de salir l’image du pays en diffusant des informations fausses et malicieuses". Pour leur part, les principaux quotidiens du pays font référence en une à l’article de la Far Eastern Economic Review. Certains éditorialistes bangladeshis confirment l’émergence d’une tendance islamiste tout en révélant certaines erreurs dans le reportage de Bertil Lintner. Le 5 avril, des dizaines de manifestants brûlent des exemplaires du magazine devant les locaux de la publication à Hong Kong. La plupart d’entre eux, des hommes d’affaires d’origine bangladeshi, brandissent des pancartes, sur lesquelles est notamment inscrit : "Les articles de la FEER sont sans fondement et faux", ou encore "Far Eastern Error Reporting". Le magazine décide de publier un droit de réponse du gouvernement du Bangladesh dans son édition du 11 avril.
Suite à cet article, le gouvernement demande le renforcement des contrôles pour l’octroi des visas de presse. Ainsi, une source au ministère de l’Information confirme au quotidien Bhorer Kagoj que le gouvernement a décidé, le 18 avril, de limiter à un mois les visas attribués à l’aéroport. Les services secrets sont priés de mieux contrôler l’arrivée de journalistes étrangers munis de visas de tourisme. Enfin, les ambassades du Bangladesh devront soumettre au ministère de l’Intérieur toutes les demandes de visa de journalistes étrangers. Salahuddin Akbar, responsable de la presse étrangère au ministère des Affaires étrangères, explique à Reporters sans frontières que toute équipe de télévision étrangère doit être accompagnée d’un officiel du ministère de l’Information lors de son séjour dans le pays. M.Akbar critique très vivement les journalistes étrangers qui abusent d’un visa de presse pour enquêter sur des sujets différents de ceux mentionnés dans leur demande officielle.
Le 9 avril, dix journalistes de l’agence de presse officielle BSS sont licenciés : ils avaient été nommés pendant l’administration précédente de la Ligue Awami. Près de vingt journalistes ont été victimes de cette "chasse aux sorcières" dénoncée par l’opposition.
Début mai, le Club de la presse de Motbaria (sud du pays) est assailli par des membres du BNP, qui s’enfuient à l’arrivée de la police. Un militant du BNP venait de déposer une plainte pour diffamation à l’encontre de Salam Azadi et Mizanur Rahman Mizu, respectivement président et secrétaire général du Club de la presse. Les deux hommes sont mis en cause pour avoir distribué des photocopies d’articles parus dans les journaux de la capitale, dont le contenu diffamerait le député de Motbaria, Dr Rustam Ali Farazi, ainsi que le Premier ministre. Certains quotidiens de la capitale se sont fait l’écho du viol présumé d’une fillette par le frère du député. Plusieurs kiosques à journaux sont pris d’assaut par des supporters du gouvernement, qui interdisent aux détaillants de vendre les quotidiens Janakantha, Ittefaq et Prothom Alo, sous peine de voir leurs domiciles incendiés. Des exemplaires de ces quotidiens sont saisis et brûlés.
Le 19 mai, le ministère de l’Information annonce, suite à un "accord" avec des opérateurs du câble, l’interdiction de diffuser treize chaînes étrangères (dont HBO, Star Movies, MTV, AXN) pour lutter contre une "invasion de la culture étrangère". ATN Bangla, chaîne bangladeshi diffusée sur le satellite, doit exclure de sa programmation les films étrangers qui pourraient "choquer" le public. "Dans un pays aussi pauvre que le Bangladesh, la plupart des maisons ne disposent que d’un seul poste de télévision. En conséquence, seuls les programmes qui peuvent être regardés par l’ensemble d’une famille devraient être diffusés", explique le ministre de l’Information. Devant la levée de boucliers du public et d’autres opérateurs, les autorités décident le lendemain de suspendre cette interdiction sauf pour les deux chaînes musicales, MTV et Channel V.
Le 20 mai, le directeur du journal Manavzamin, Matiur Rahman Chowdhury, est condamné pour "outrage à la cour" à un mois de prison et deux mille takas (40euros) d’amende par la Haute Cour. L’épouse du journaliste et éditrice du journal, Mahbuba Chowdhury, est condamnée à une amende du même montant. L’ancien président Hussain Mohammad Ershad est quant à lui condamné à six mois de prison pour le même motif. Les trois accusés font appel, ce qui suspend la peine. Les magistrats reprochent au journaliste d’avoir publié des extraits d’une conversation téléphonique entre l’ancien Président et le président de la Cour suprême, Mohammad Latifur Rahman. Celui-ci l’avait enregistrée à l’insu de l’ancien dictateur qui tentait d’obtenir un jugement en sa faveur dans une affaire de corruption. La Haute Cour considère que le directeur du quotidien a outragé la cour en publiant une conversation, alors secrète, entre un homme politique et un magistrat. La cour dénonce une couverture sensationnaliste d’une affaire impliquant un magistrat de haut rang.
Le 4 juin, trois chaînes privées, Ekushey TV, Channel i et ATN Bangla, se voient interdire l’entrée du Parlement par des responsables de la sécurité, alors que s’ouvre la session consacrée au budget. Asaduzzaman Samrat, correspondant au Parlement du quotidien Ajker Kagoj, se voit également refuser l’accréditation pour assister à la séance. Selon le reporter, des articles qu’il a écrits sur des irrégularités dans la gestion du secrétariat du Parlement seraient à l’origine de cette sanction.
Le 18 juin, la Ligue Awami (opposition) menace la chaîne BTV de poursuites en justice et adresse un avertissement aux trois chaînes privées Ekushey TV, Channel i et ATN après leur avoir reproché leur parti pris dans le traitement de l’information. Selon un officiel du parti, le rapport de la couverture des activités de l’opposition et de celle du parti conservateur au pouvoir serait de 0,41 % contre 99,59 % sur BTV et un peu plus élevé, mais loin d’être satisfaisant sur les autres chaînes.
Le 26 juin, Chowdhury Ataur Rahman, rédacteur en chef du quotidien local Aranyabarta et correspondant du Manavzamin, et Tarun Chakrabarty, rédacteur en chef du quotidien local Protidin Khagrachari et correspondant de Ittefaq, sont convoqués pour "outrage à la cour" par le tribunal de Khagrachari (sud-est du pays). Les journaux avaient publié un communiqué de presse du Comité des citoyens accusant l’administration de Khagrachari de "népotisme, favoritisme et mauvaise gestion". Lors d’un meeting de protestation au Club de la presse, les journalistes demandent l’intervention du gouvernement pour empêcher l’administration locale de les harceler.
En juin, Monjurul Azim Palash, éditeur du magazine Linkbangla, décide de s’exiler en Grande-Bretagne suite aux menaces dont il fait l’objet. Les bureaux de Dhaka de ce magazine destiné aux Bangladeshis vivant en Europe viennent d’être perquisitionnés par la police. Les exemplaires du numéro de mai-juin 2002 sont saisis par les policiers, qui ont également interrogé la famille du journaliste.
Le 5 juillet, le gouvernement retire sa licence au journal local Uttarabanga Barta publié à Natore (nord du pays). Les autorités lui reprochent la publication d’un article, le 26mars, jour de l’indépendance, dans lequel le Premier ministre, Khaleda Zia, est présentée comme leader de l’opposition, et la dirigeante de l’opposition, Sheikh Hasina, qualifiée de Premier ministre. Hanif Ali Sheikh, directeur de publication et responsable local de la Ligue Awami (opposition), affirme qu’il s’agit d’une erreur due à une mauvaise manipulation informatique. Il a présenté des excuses et a publié, le lendemain, un "erratum" en une du journal. Suite aux explications fournies par Hanif Ali Sheikh, il avait été décidé, dans un premier temps, de ne pas retirer la licence au journal. Trois mois plus tard, sur injonction du gouvernement de Dhaka, l’administration locale retire sa licence au journal, en vertu de l’article 20 (D) de la loi sur la presse de 1973. L’éditeur dénonce une "décision politique" et annonce qu’il va faire appel.
Suite à la publication le 8 juillet dans le quotidien Janakantha d’un article sur une affaire de corruption liée à la nomination d’officiers de police, le ministère de l’Intérieur adresse à la direction du journal une lettre de menaces accompagnée d’un ultimatum. Les autorités reprochent au quotidien d’avoir tenté de "démoraliser les policiers" et exigent dans les deux jours les sources de cette information. Quatre jours après l’expiration de l’ultimatum, le ministère de l’Intérieur réitère par écrit sa demande. Avant d’envoyer, le 21 juillet, une troisième lettre qui menace le journal de poursuites judiciaires en vertu des articles 131 et 132 du code pénal, qui prévoient de très lourdes peines pour "sédition".Danscettedernière lettre, le ministère de l’Intérieur reproche également au journal d’avoir de nouveau tenté de démoraliser la police en publiant un article sur le limogeage de trente-six officiers de police qui sont des anciens combattants de la guerre de libération de 1971. La rédaction du Janakantha affirme quant à elle que des articles sur des affaires de corruption peuvent "aider le gouvernement à sanctionner les coupables".
Le 11 juillet, Haroon Habib est limogé de son poste de correspondant spécial de l’agence de presse nationale BSS. D’après le journaliste, ses écrits contre le fondamentalisme religieux et sa proximité avec certains dirigeants de l’opposition, ont motivé son renvoi. Selon les dirigeants de BSS, depuis qu’il a été limogé par le gouvernement de son poste de rédacteur en chef, il n’y a plus aucune raison de le garder comme journaliste. Haroon Habib avait été nommé par le gouvernement de la Ligue Awami. Le nouveau gouvernement a également placé le poste de rédacteur en chef sous la dépendance directe du ministère de l’Information.
Le 15 juillet, A.K.M.Obaedur Rahman, député du BNP, accuse devant le Parlement le quotidien Janakantha de répandre la "haine et les mensonges contre les politiciens", pour créer un vide politique dans le pays. Il demande au ministre de l’Intérieur et au ministre de l’Information de prendre des mesures contre le journal.
Le 8 août, Hassanuzaman Tarun du Janakantha, Feroz du Prothom Alo, et Nasim Shikder, photographe d’Inqilab, sont empêchés par des médecins d’un hôpital de la capitale de photographier des victimes de l’épidémie de dingue qui sévit dans le pays et une journaliste du quotidien Manavzamin qui interviewe d’autres victimes est mise à la porte de l’hôpital. Deux jours plus tôt, un autre photographe du Janakantha avait été insulté par un médecin.
Le 12 août, le ministre de l’Information attire l’attention des directeurs de presse des grands quotidiens nationaux sur l’influence "néfaste" des reportages sur la violence et plus particulièrement sur les crimes commis dans le pays. Le ministre accuse les médias d’inciter la population à la violence.
Le 14 août, Ismail Hossain Litton, du Prothom Alo, et Babul Das, du Jugantor, sont menacés de poursuites judiciaires par Tajuddin Manik, un jeune officier de police de Bagherhat (sud-ouest du Bangladesh). Les correspondants de plusieurs quotidiens avaient publié des articles sur la corruption et l’extorsion de fonds auxquelles se livrait le policier, qui affirme être un proche du ministre de l’Intérieur.
Le 29 août, la Cour suprême du Bangladesh annule la licence d’émission d’Ekushey Television (ETV). La Cour suprême a en effet rejeté l’appel de la première et la plus populaire des chaînes de télévision privées du pays. Des centaines de personnes, parmi lesquelles des artistes et des militants des droits de l’homme, sont venues manifester leur soutien à la chaîne à l’extérieur du tribunal. Suite à cette décision, les techniciens de la chaîne d’Etat BTV mettent fin à la diffusion des programmes d’ETV par voie hertzienne. Ce jugement est la confirmation de la décision du 27mars 2002, de la Haute Cour de Dhaka qui avait prononcé l’interdiction d’ETV, jugeant que la chaîne avait obtenu sa licence dans des "conditions illégales" de la part du gouvernement de la Ligue Awami (aujourd’hui dans l’opposition). Le jugement fait suite à une plainte déposée par deux universitaires et un journaliste proches du BNP, au pouvoir. L’application de cette première décision avait été suspendue après qu’un appel avait été déposé par les avocats d’ETV devant la Cour suprême. Celle-ci ayant rejeté l’appel, la chaîne avait alors formé un recours contre cette décision. Avec ce nouveau rejet, les avocats d’ETV ont épuisé tous les moyens juridiques à leur disposition. La chaîne s’était vu accorder une licence en 1998, devenant ainsi la première chaîne d’information privée du pays. Elle avait attiré un large public grâce à une variété de programmes qui rompait avec le style monotone et officiel de BTV. Des dizaines de milliers de personnes manifestent dans tout le pays contre cette interdiction. Le 1erseptembre, le ministère de l’Intérieur ouvre une enquête sur la validité du permis de travail de Simon Dring, directeur de nationalité britannique d’Ekushey TV et ancien correspondant de la BBC dans la région. Au même moment, des techniciens démontent l’antenne satellitaire installée sur le toit du bâtiment d’ETV pour l’empêcher de diffuser ses émissions. Le 1er octobre, le gouvernement décide d’annuler le visa de Simon Dring et son permis de travail. Le journaliste britannique quitte le pays le jour même.
Le 10 septembre, le personnel de sécurité refuse d’autoriser les journalistes accrédités de pénétrer dans le Parlement. Les journalistes doivent se procurer un nouveau passe fourni par le secrétariat du Parlement pour assister aux séances.
Le 23 septembre, des correspondants des quotidiens Janakantha, Jugantor, Sangbad, Ajker Kagoj, Daily Life, Purbakone et Karnaphuli se voient refuser l’entrée de la base aérienne de Chittagong (sud-est du pays), où sont prévus des exercices conjoints entre des avions de combat nord-américains et les forces armées du Bangladesh.
Le 11 octobre, le Premier ministre Khaleda Zia appelle les médias à ne pas publier de photographies de "corps battus". Selon elle, la publication de photos sanglantes "encourage les terroristes à répandre la terreur à travers le pays". Pour sa part, Sheikh Hasina, leader de l’opposition, accuse les médias de trop fléchir face aux pressions du gouvernement.
Le 17 octobre, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères dénonce la campagne internationale orchestrée par certains médias étrangers contre le Bangladesh. Le magazine international Time vient de publier un article sur la présence de membres d’Al-Qaida au Bangladesh. "Nous sommes un pays ouvert, mais les journalistes étrangers abusent de notre hospitalité", affirme le diplomate. Le gouvernement refuse de confirmer si le visa d’Alex Perry, auteur de l’article, a été annulé ou non.
Les 4 et 5novembre, le rédacteur en chef du journal Janakantha reçoit des appels téléphoniques d’un officier de l’armée, le major Javed, qui lui demande de se présenter à son bureau. Le journaliste refuse.
Le 6novembre, Mirza Abbas, ministre du Logement et des Travaux publics, annonce son intention de poursuivre en justice le journal Jugantor pour avoir publié de "fausses informations" sur lui. Un article sur les liens entre le ministre et le parrain de la mafia Kala Farook est paru le même jour dans le quotidien. Au même moment, un membre du comité central du BNP enregistre à Feni (sud-est du pays) une plainte pour "diffamation" à l’encontre du Jugantor pour le même article. Le magistrat convoque l’éditeur et le journaliste. Le 10novembre, le magistrat en charge de la plainte déposée à Dhaka lance un mandat d’arrêt contre Golam Sarwar et Salma Islam, respectivement rédacteur en chef et éditeur du Jugantor, ainsi que Nurul Islam Babul, président du groupe Jamunan, propriétaire du journal. Les trois hommes sont poursuivis pour "diffamation" en vertu des articles 500 et 501 du code pénal. Le 12novembre, la Haute Cour somme le gouvernement de ne pas arrêter ou harceler Golam Sarwar, Salma Islam et Nurul Islam Babul. La Cour accorde également la libération sous caution aux trois hommes, avant même qu’ils ne soient arrêtés.
Dans l’après-midi du 13novembre, des militaires perquisitionnent les locaux du quotidien local Prabartan à Khulna, au sud du pays, à la recherche du rédacteur en chef, Mostafa Sarwar. Ce dernier étant absent de la rédaction, ils se rendent à son domicile, ainsi qu’à celui de sa sœur, sans le trouver. Les motifs de cette tentative d’arrestation ne sont pas exposés par l’armée.
Fin décembre, le gouvernement ordonne aux deux chaînes privées Channel i et ATN de diffuser lors de leurs journaux d’information au moins deux nouvelles de l’agence de presse officielle BSS.



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