Afrique Ameriques Europe Moyen-Orient Internet Nations unies
 
Birmanie


-  Superficie : 676 552 km2
-  Population : 48 364 000.
-  Langues : birman, anglais.
-  Nature de l’Etat : dictature militaire.
-  Chef de l’Etat : général Than Shwe.

Birmanie - Rapport annuel 2003

La libération d’Aung San Suu Kyi, leader de l’opposition à la junte militaire, le 5 mai 2002, a soulevé de nouveaux espoirs de libération pour les milliers de prisonniers politiques, et de transition vers la démocratie. Mais les militaires maintiennent toujours seize journalistes en prison et une censure très stricte sur l’information.

La levée de la résidence surveillée d’Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix, a été passée sous silence dans les journaux, les télévisions et les radios birmans. Les Birmans ont appris la libération d’Aung San Suu Kyi grâce aux quatre radios internationales (BBC, Radio Free Asia, Voice of America et Democratic Voice of Burma) qui émettent en birman. En effet, la junte militaire (SPDC, au pouvoir depuis 1989) contrôle tous les quotidiens, les télévisions et les radios du pays. Les dizaines de publications privées (hebdomadaires ou mensuels) subissent les foudres d’une censure avant publication.

Le ministre de l’Intérieur Tin Hlaing déclare, le 19 mai, qu’il "n’y a plus de prisonniers politiques en Birmanie" après la libération d’Aung San Suu Kyi. Selon lui, environ deux cents membres de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) sont en prison, mais pour des "crimes de droit commun". Or Reporters sans frontières a recensé les noms d’au moins seize journalistes emprisonnés et Amnesty International ceux d’au moins mille cinq cents prisonniers politiques dans le pays. En 2002, les changements concédés par les militaires n’ont pas été à la hauteur des espérances de la communauté internationale, dont les Nations unies directement impliquées dans ces négociations. Les sanctions européennes et américaines sont pour l’instant maintenues.

Le SPDC a, il est vrai, libéré plusieurs centaines de prisonniers politiques, notamment quatre professionnels de l’information. Mais, Win Tin, le plus connu d’entre eux, a entamé, en juillet, sa treizième année de détention. Par ailleurs, si les arrestations d’opposants sont de plus en plus rares, les écoutes téléphoniques et les pressions sur les familles sont monnaie courante. Celles des journalistes emprisonnés ont affirmé à Reporters sans frontières avoir constaté une amélioration des conditions de détention dans les prisons, notamment à Insein et à Tharrawaddy. Les prisonniers ont droit à plus de visites. Quand ils ne peuvent pas en recevoir, de proches trop éloignés par exemple, ils peuvent envoyer des lettres. Celles-ci sont, bien entendu, contrôlées par les autorités. Comme lors des visites, les informations ne doivent concerner que des sujets personnels. Par ailleurs, la nourriture est de meilleure qualité et les familles ont la possibilité de donner plus facilement de l’argent aux prisonniers. Le Comité international de la Croix-Rouge visite plus fréquemment les prisons et accorde des bourses aux familles pour qu’elles puissent voyager en province.

La Birmanie est l’un des rares pays au monde où s’applique la censure avant publication, exercée par le Comité de contrôle des œuvres littéraires. En 2002, elle ne s’est pas assouplie. La critique et les sujets qui fâchent les généraux (droits de l’homme, sida, drogue, corruption, etc.) restent bannis. Au moins sept publications ont été sanctionnées cette année par des fermetures temporaires, pour avoir imprimé des mots ou des articles jugés "incorrects". Le comité de censure, dirigé par le major Aye Tun (ancien officier des services secrets militaires [MIS]), décide chaque samedi des autorisations à donner aux publications. Tous les trimestres, le comité envoie au ministre de l’Intérieur (organisme de tutelle) et au chef du MIS un rapport sur les activités des médias. Régulièrement, le Comité exige des éditeurs et des rédacteurs en chef qu’ils soumettent leurs CV, faute de quoi les journaux sont sanctionnés. En août, les services secrets ordonnent à tous les médias privés qu’ils soumettent les biographies des membres de la rédaction. Ils suspectent des journalistes proches de l’opposition de publier des articles sous des pseudonymes.

Les rares journaux publiés dans les provinces subissent un double contrôle. Après avoir obtenu le feu vert du bureau de la censure à Rangoon, l’éditeur doit passer par le bureau local. Selon un éditeur originaire de l’Etat Mon, l’accord définitif peut être obtenu en moyenne un mois après l’envoi à Rangoon de la publication. "La censure locale va même jusqu’à contrôler les calendriers", témoigne ce journaliste.

Pourtant, certains magazines privés de Rangoon, notamment Sabaibhyu (Jasmin blanc) et Thought (Pensée), réussissent à publier des articles sur la politique, l’économie ou la culture qui tranchent avec les rengaines propagandistes et lénifiantes de la presse favorable à la junte militaire.

A l’étranger, les ambassades de Birmanie sont chargées d’empêcher les journalistes étrangers "dangereux" d’entrer dans le pays. Ainsi, elles refusent systématiquement des visas aux dizaines de journalistes étrangers mis sur une liste noire pour avoir, un jour, traité de la situation politique dans le pays. Lesquels sont, dès lors, obligés d’utiliser des visas de tourisme. Les rares à disposer de visas de presse sont étroitement surveillés dès leur arrivée. Cette aversion pour les reporters étrangers rend très difficile une couverture régulière de l’actualité en Birmanie. Ainsi, un correspondant d’un quotidien français à Bangkok affirme à Reporters sans frontières attendre un "grand événement" en Birmanie avant de demander un visa, de peur d’être ensuite interdit de visa. Sur place, il n’existe qu’un seul correspondant étranger, celui de l’agence de presse officielle chinoise. Les correspondants des agences de presse internationales sont forcément birmans, souvent âgés, et soumis à de fortes pressions de la part du pouvoir.

La situation d’Internet en Birmanie n’est guère plus favorable. Les Birmans doivent se contenter d’un ersatz de Réseau, le Myanmar Wide Web, un Intranet national mis en place par la junte. Les quelques milliers de comptes e-mails autorisés sont contrôlés. Une loi sur Internet devrait être promulguée début 2003, selon le Dr Tun Shin, chef de cabinet du ministre de la Justice. La loi sur l’informatique, votée en 1996, sera intégrée dans cette nouvelle législation. Elle permet déjà d’emprisonner toute personne en possession d’un modem qui n’aurait pas d’autorisation officielle.

Quelques jours après sa libération, la Ligue nationale pour la démocratie annonce que Aung San Suu Kyi souhaite lancer un journal d’information. "C’est notre projet. Nous verrons si cela est autorisé", a-t-elle déclaré. Au 1er janvier 2003, la junte militaire n’a pas accordé de licence de publication à la "Dame de Rangoon".

Seize journalistes incarcérés

Au 1er janvier 2003, au moins seize journalistes sont emprisonnés en Birmanie : Aung Pwint, Kyi Tin Oo, Sein Ohn, Myint Thein, Yan Aung Soe, Thaung Tun, Win Tin, Monywa Aung-Shin, Ohn Kyaing, Sein Hla Oo, Khin Maung Win (Sunny), Tha Ban, Aung Zin Min, Thein Tan, Kyaw San et Aung Myint.

Aung Pwint a été condamné, quelques mois après son arrestation en septembre 1999, à huit ans de prison pour "possession illégale de fax" et pour avoir transmis des informations à des publications birmanes interdites. Il est détenu dans la prison d’Irrawaddy (centre du pays). Poète et producteur de programmes vidéo, Aung Pwint, âgé de cinquante-sept ans, est une personnalité reconnue dans le monde des médias birmans. En 1996, les autorités avaient interdit la diffusion de ses reportages vidéo jugés "trop négatifs" sur la situation en Birmanie. Aung Pwint est également un militant démocrate qui a déjà passé trois ans en prison dans les années 1970. Son épouse, institutrice, réside à Pathein, la capitale de la province d’Irrawaddy.

Le journaliste et poète Kyi Tin Oo a été arrêté le 1ermars 1994 et condamné, quelques semaines plus tard, à dix ans de prison par une cour spéciale, au sein de la prison d’Insein, en vertu des articles 5(j) de la loi sur la protection de l’Etat et 17(1) de la loi sur les associations illégales. Les autorités lui reprochent notamment ses articles politiques dans le mensuel Moe Wai (fermé en 1996 pour raisons financières) et le magazine Tha-bin, interdit en 1988. Kyi Tin Oo, âgé de soixante ans, a déjà été emprisonné trois ans dans les années 1960, puis pendant sept ans à partir de 1978, enfin durant quelques mois après le coup d’Etat de 1988. Il a ainsi passé dix-huit des quarante dernières années de sa vie en prison. Selon un journaliste aujourd’hui réfugié en Thaïlande, Kyin Tin Oo est "connu dans les milieux journalistiques et littéraires pour ses chroniques de la vie de tous les jours en Birmanie. Il a toujours été passionné par la culture de notre peuple. Il écrivait de très beaux articles pleins de compassion pour ceux qui souffrent." Le journaliste est marié depuis 1970 à Than Yi, connue sous son nom de plume Kyaw Zaw, écrivain et gérante d’une librairie. Il est père de quatre enfants, dont Aung Kyaw Hein qui purge une peine de quatorze ans de prison à Khaley pour appartenance à un mouvement étudiant interdit. En novembre 2002, Kyi Tin Oo souffre de problèmes cardiaques et d’hypertension artérielle.

Sein Ohn a été arrêté, en septembre 1996, et condamné à dix ans de prison pour avoir distribué des images non contrôlées par la censure et pour possession de "matériel d’importation non déclaré" (magnétoscope et caméra vidéo). Sein Ohn, cameraman attaché à la LND, a tourné des images d’Aung San Suu Kyi et réalisé des reportages critiques à l’encontre de la politique de la junte. Aujourd’hui âgé de cinquante ans, il a notamment interviewé, en juillet 1996, des paysans qui se plaignaient de l’incurie des autorités pour leur porter secours après de graves inondations dans le delta de l’Irrawaddy. Le reportage avait été transmis à l’étranger. Deux autres membres de la LND et deux paysans auraient également été arrêtés après ce reportage. Sein Ohn est détenu à la prison de Mandalay (centre du pays). En 2000, Sein Ohn est tombé malade et il a dû être soigné à l’hôpital de la prison, où il a passé plusieurs mois. Depuis, le cameraman souffre de troubles digestifs et de douleurs aiguës à l’estomac. Les autorités ne lui fournissent pas de médicaments. Pour en obtenir, il doit compter sur sa sœur, la photographe Khin Aye Kyu, qui lui rend visite une fois tous les deux mois.

Myint Thein, connu sous son nom de plume Myint Myat Thein, est professeur et journaliste, spécialiste des relations internationales pour plusieurs revues dont le mensuel Ah-twe-Ah-myin, fondé par Soe Thein, Shwe Wut Hmone, Nwe-ni et Thaung-pyaung-htway-la. Il a été arrêté, le 4 décembre 1996, au cours des manifestations d’étudiants qui ont eu lieu à Rangoon et sévèrement battu par des policiers au cours de son interrogatoire. Myint Thein a été condamné, quelques semaines plus tard, à sept ans de prison pour avoir soutenu, notamment dans ses articles, le mouvement étudiant. Il est actuellement détenu dans la prison de Thayet.

Yan Aung Soe a été arrêté en octobre 1998 par des membres des services secrets militaires (Military Intelligence Service [MIS]), et condamné, quelques semaines plus tard, par un tribunal spécial à cinquante-neuf ans de prison pour avoir été "en contact avec des organisations à l’étranger". Yan Aung Soe est connu pour ses articles sur l’éducation publiés, entre 1994 et 1997, dans des revues universitaires semi-légales (Unité, Nouveau siècle...) puis dans des magazines privés tels que La Pensée ou Votre Vie, sous le pseudonyme de Thu-rein-htet-linn. Militant au sein d’associations de lycéens, d’étudiants et à la LND depuis l’âge de quinze ans, il était en charge de la rédaction et de la distribution de tracts pour ces organisations. Au cours de son interrogatoire dans un centre du MIS, il a été torturé. Il est actuellement détenu dans la prison de Myaungmya, dans le sud du pays.

Thaung Tun, né en 1959, plus connu sous son nom de plume Nyein Thit, est journaliste et poète. Il a travaillé pour le magazine Padaut Pwint Thit, interdit en 1995. Il a également collaboré au magazine de la ville de Rangoon et réalisé des reportages vidéo pour des sociétés de production privées. Egalement militant politique, il a été contraint de vivre caché pendant plusieurs années. Arrêté le 4 octobre 1999, le journaliste a été torturé lors de son interrogatoire qui a duré plus de trois semaines. Deux mois plus tard, il a été condamné par une cour spéciale à huit ans de prison en vertu de l’article 5(j) de la loi d’urgence sur la protection de l’Etat pour avoir collecté et envoyé à l’étranger des informations sur les violations des droits de l’homme en Birmanie. D’abord détenu dans la prison d’Insein, il a été transféré, en avril 2001, dans la prison de Moulmein (capitale de l’Etat Mon). Originaire de Mandalay, ce journaliste est également connu pour ses poèmes. Il avait déjà passé trois ans en prison à la fin des années 1970. Son état de santé serait correct, mais il ne reçoit la visite de son épouse et de sa mère, qui résident à Mandalay (à plus de sept cent kilomètres de son lieu de détention), qu’une fois tous les deux mois.

Win Tin a été arrêté le 4 juillet 1989 et placé en détention à la prison d’Insein. Condamné successivement à trois (en octobre 1989), dix (en juin 1992) et sept ans (en mars 1996) de prison, il purge une peine totale de vingt ans de détention. Le procès-verbal de sa troisième condamnation précise que Win Tin a "secrètement publié de la propagande antigouvernementale" en prison. Il est actuellement détenu dans le quartier spécial, cellule 10, de la prison d’Insein. Mais son état de santé très précaire oblige les autorités à le transférer régulièrement à l’hôpital de la prison. Au cours de ces douze années de détention, le journaliste a souffert notamment de deux attaques cardiaques, d’une hernie discale et a dû subir une intervention chirurgicale. En raison des mauvaises conditions de détention, il a également perdu la plupart de ses dents et, pendant plusieurs mois, les autorités ont refusé de lui fournir un dentier. Ancien rédacteur en chef du journal Hanthawathi, auteur de nombreux articles contre le régime et proche conseiller d’Aung San Suu Kyi, Win Tin, aujourd’hui âgé de soixante-douze ans, a refusé à plusieurs reprises de signer une lettre de démission de la LND en échange de sa liberté. Admiré par les prisonniers politiques, il est surnommé Saya (Le Sage) par Aung San Suu Kyi et les militants de la LND. Selon un ancien prisonnier politique, il n’a jamais cessé de résister pacifiquement aux ordres des autorités et entretient de nombreuses discussions politiques avec ses compagnons de cellule. C’est lui qui a achevé la rédaction du document sur les conditions de détention à Insein adressé secrètement au rapporteur spécial des Nations unies. Alors qu’il était enfermé, en 1995, dans l’un des chenils de la prison, Win Tin a prononcé un discours pour célébrer la fête nationale birmane. En mars 2002, Win Tin reçoit la visite à l’hôpital de M.Pinheiro, rapporteur spécial des Nations unies pour la Birmanie. Le 20 mai, après avoir passé plusieurs mois à l’hôpital général de Rangoon, Win Tin réintègre sa cellule spéciale de la prison d’Insein. Il était en convalescence après l’opération d’une hernie. Mais la santé du journaliste se dégrade de nouveau au début juillet. Il commence alors à souffrir de douleurs hémorroïdales et d’une ancienne infection urinaire, à l’origine de troubles de la prostate. Lorsqu’un médecin l’examine au cours de la deuxième semaine de juillet, il est déjà affaibli. Il demande pourtant au médecin de le soigner avec les médicaments les moins chers, ne voulant pas inquiéter l’ami qui lui rend visite depuis dix ans et dont il sait qu’il n’a pas les moyens de payer un traitement coûteux. Un gardien de prison, qui a sympathisé avec Win Tin et a assisté à la scène, avertit néanmoins l’ami du journaliste. "C’est un homme de fer et il ne montre jamais aucun signe de dépression. Mais cette fois, je suis très inquiet pour sa santé", a déclaré le gardien. Win Tin est transféré à l’hôpital.
Le 11 août, quatre prisonniers d’opinion, dont Win Tin, entament une "grève d’hôpital". Ils demandent aux autorités de les ramener en prison s’ils ne sont pas traités comme des "patients normaux" de l’hôpital de Rangoon. Win Tin, Aye Thar Aung, Htwe Myint et le docteur Than Nyein reprochent aux autorités de les avoir transférés de leur cellule à l’hôpital mais sans leur fournir les traitements ou les opérations dont ils ont besoin. Le 6 septembre, Win Tin est réincarcéré dans sa cellule de la prison d’Insein après un mois et demi à l’hôpital général de Rangoon. Le 28octobre, il reçoit la visite, pendant près d’une heure, de M.Pinheiro, rapporteur spécial des Nations unies pour la Birmanie. Win Tin lui déclare notamment qu’il souhaite que "tous les prisonniers soient traités avec les mêmes égards" que lui, qu’il juge que "son état de santé est bon" et qu’il "regrette de ne pas pouvoir lire de journaux autres que la presse gouvernementale". Au 1er janvier 2003, Win Tin est détenu dans la cellule 5 du pavillon spécial de la prison d’Insein réservé aux "prisonniers importants".
De nombreux appels ont été lancés dans le monde pour sa libération. Le président Vaclav Havel, le directeur de l’UNESCO et au moins soixante-dix maires ont déjà signé la pétition lancée par Reporters sans frontières et le mensuel Maires de France. Dans cette pétition, les maires affirment "leur soutien à Win Tin et demandent instamment aux autorités birmanes de le libérer".

Aung Myint a été condamné à vingt et un ans de prison, le 20 décembre 2000, pour avoir diffusé des informations sur la LND à des agences de presse étrangères et des ambassades occidentales à Rangoon. Il avait été arrêté le 14 septembre de la même année par des hommes de l’Unité 14 du MIS. Il est détenu dans la prison d’Insein. Plus connu sous son nom de plume, "Phyapon" Ni Loan Oo, cet ancien journaliste du magazine Cherry et de la revue Mahaythi, a vu nombre de ses articles et poèmes refusés par les magazines privés ou interdits par la censure. Son épouse, Ma Tha-bye, écrivain reconnu, est rédactrice en chef du magazine Cherry.

Aung Zin Min est emprisonné à Thayet (centre du pays). Il a été arrêté en décembre 1996, en compagnie du journaliste Cho Seint, et condamné à sept ans de prison pour avoir soutenu dans ses articles et ses poèmes, publiés notamment dans le magazine New style dont il était membre de la rédaction, les manifestations étudiantes de 1996. En 1998, il avait tenté de faire sortir de prison une cinquantaine de petits poèmes écrits sur des morceaux de plastique. Un gardien l’avait surpris au moment où il les remettait à son épouse pendant une visite. Les poèmes ont été confisqués et le journaliste a été privé de visites pendant plus d’un mois. En novembre 2002, Reporters sans frontières apprend qu’Aung Zin Min souffre de dépression et de graves troubles de la mémoire. Sa famille lui rend très rarement visite (deux à trois fois par an). De ce fait, le journaliste ne peut améliorer son régime alimentaire. Ses problèmes intestinaux se sont aggravés au cours des derniers mois. Ses compagnons de cellule s’inquiètent de l’aggravation de son état de santé et surtout de l’absence de soutien de la part de sa famille.

Kyaw San, connu sous son nom de plume Cho Seint, a été transféré à Tharrawaddy en mai 1997. Il a été condamné à sept ans de prison pour avoir soutenu dans ses articles et ses poèmes, publiés dans des magazines d’opposition, les manifestations étudiantes de 1996. Au cours de son interrogatoire, au début de l’année 1997, il avait été sévèrement battu. Il souffre depuis d’une surdité partielle. Petit-fils de Thakin Kotaw Hmime, l’un des pères de l’indépendance avec le général Aung San, sa famille a été délibérément privée de ressources par les militaires. Il ne reçoit pratiquement pas de visites et d’aides de l’extérieur. Selon l’un de ses anciens compagnons de détention, il n’a jamais perdu son esprit combatif et a même participé, en juin 1998, à une grève de la faim pour demander plus d’eau et l’ouverture des portes des cellules pendant la journée. Les prisonniers ont obtenu gain de cause.

Ohn Kyaing, plus connu sous son nom de plume Aung Wint, a été condamné à une peine de prison de sept ans en octobre 1990 et de dix ans en mai 1991, qu’il purge à la prison de Toungoo après avoir été transféré d’Insein fin 1993. Il avait été élu député de la LND pour la ville de Mandalay. Successivement journaliste pour Kyemon, Botahtaung et le magazine Youqshin Aunglan, Ohn Kyaing est connu pour ses écrits en faveur de la démocratie. La justice militaire lui reproche notamment la publication d’un article intitulé "Les trois voies pour arriver au pouvoir" dans une publication d’opposition. Né en 1944, le journaliste souffre d’hypertension artérielle et d’hémorroïdes. Il est marié et père de quatre enfants. Son épouse a dû vendre la moitié de leur maison pour subvenir aux besoins de Ohn Kyaing. En septembre 2002, l’une de ses filles a pu lui rendre visite à la prison de Toungoo. Malgré son mauvais état de santé, son moral est bon.

Sein Hla Oo est emprisonné à Myitkyina depuis février 1997. Il était auparavant détenu à Insein après avoir été arrêté en août 1994. Il purge un peine de sept ans qui devait prendre fin en août 2001, mais les autorités militaires ne l’ont pas libéré, sans fournir aucune explication. Le journaliste et député est notamment accusé d’avoir distribué certains de ses articles, jugés "antigouvernementaux", à des ambassades et des médias étrangers. Diplômé d’une université de journalisme nord-américaine, cet ancien journaliste de Botahtaung est un critique de cinéma reconnu. Les conditions de détention dans la prison de Myitkyina (nord du pays) sont beaucoup plus dures qu’à Insein. Les prisonniers souffrent du froid, de la malaria et d’une nourriture encore plus pauvre que dans les centres de détention du sud du pays. Par ailleurs, les visites des familles sont considérablement espacées. Il faut plus de deux jours et l’équivalent d’un salaire mensuel moyen pour atteindre cette région. En mai 2002, les responsables de la prison de Myitkyina (nord du pays) refusent de fournir toute information sur le sort de Sein Hla Oo. Selon certaines sources, le ministère de l’Intérieur aurait donné l’ordre de suspendre toutes les visites aux quinze prisonniers politiques de cet établissement. La dernière visite de l’épouse de Sein Hla Oo remonte à la fin de février 2002. Ensuite, les responsables de la prison refusent de lui laisser voir son mari. Ils lèvent les sanctions un mois plus tard. Malgré le prix très élevé et la longueur du voyage entre Rangoon et Myitkyina, cette dernière décide de se rendre le plus tôt possible à la prison. Quelques jours avant d’apprendre cette nouvelle, elle avait été invitée au domicile d’Aung San Suu Kyi qui s’inquiétait de la situation de Sein Hla Oo. La lauréate du prix Nobel de la paix 1991 s’était engagée à intervenir auprès des autorités militaires en faveur du journaliste. Les visites pour Sein Hla Oo sont extrêmement rares, mais son épouse a pu lui envoyer de l’argent pour sa nourriture et ses médicaments. Ses proches ont exprimé leur inquiétude face à l’augmentation du nombre de cas de malaria dans la prison de Myitkyina (nord du pays).
Selon certaines sources, Sein Hla Oo n’a pas été libéré, car les autorités ont décidé de lui faire purger une peine de dix ans de prison à laquelle il avait été condamné en 1990. Il avait été accusé alors de "détention d’informations relevant de la haute trahison", en vertu de l’article 124 du code pénal. A cette époque, le journaliste avait été libéré par anticipation, en mai 1992, avant d’être arrêté de nouveau en août 1994.

Khin Maung Win, photographe et cameraman, connu sous le pseudonyme de Sunny, est détenu dans la prison de Loi-Kaw (plus de trois cents kilomètres au nord-est de Rangoon). Il a été condamné à sept ans de prison pour avoir participé à la réalisation d’une interview d’Aung San Suu Kyi avant un sommet de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) en 1997. Selon les autorités, Sunny faisait partie d’un groupe engagé dans des activités antigouvernementales. Quelques semaines après son arrestation, en juin 1997, le lieutenant général Khin Nyunt en a qualifié les membres de "pantins du gouvernement américain". Son épouse a récemment fait parvenir au siège de la LND un texte faisant état des difficultés qu’elle rencontre pour voir son mari. Ce dernier a été transféré, le 21 mai 2002, vers un lieu inconnu après avoir été sanctionné par les autorités de la prison de Kalay (nord-ouest du pays). Sunny et Khun Myint Tun, député de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), ont été reconnus coupables par leurs geôliers d’avoir initié une grève de la faim pour demander la libération de tous les prisonniers politiques birmans. En effet, le 16 mai, un mouvement de protestation était apparu dans cette prison où Sunny est détenu depuis plus de trois ans. Déjà, début mars, des détenus du centre de détention de Kalay avaient entamé une grève de la faim pour exiger la libération d’Aung San Suu Kyi et des prisonniers politiques. Depuis le transfert de Sunny, sa famille et ses amis étaient sans nouvelles de lui. Le 1er octobre, Khin Maung Win a pu recevoir, pour la première fois depuis son transfert de prison, la visite de son père. En juillet, celui-ci avait été reçu par Aung San Suu Kyi en compagnie d’autres familles de prisonniers politiques.

Thein Tan a été condamné à dix ans de prison et incarcéré à la prison de Thayet après six ans passés à Insein. Propriétaire d’une librairie à Mandalay, dont il est originaire, il a écrit dans le journal officiel Kyemon avant de collaborer à de nombreuses revues privées dans les années 1980. La justice militaire lui reproche d’avoir rédigé un article sur l’assassinat, en août 1990, de quatre personnes à Mandalay. Il a été arrêté à la fin de l’année 1990. Il aurait dû être libéré en 2000, mais les autorités lui ont infligé une peine supplémentaire dont on ignore la durée. Sa santé se serait fortement dégradée au cours des derniers mois. Il est aujourd’hui âgé de soixante-douze ans.

Monywa Aung-Shin a été arrêté en septembre 2000. Ancien responsable de la rédaction du magazine Sar-maw-khung (Le monde littéraire) interdit en 1990, il est devenu, dans les années 1990, l’un des responsables de l’information de la LND. Il a été condamné à sept ans de prison en vertu de l’article 17 (20) de la loi d’urgence.

Tha Ban a été arrêté en mars 1997 et condamné à sept ans de prison pour ses articles en faveur de la démocratie. Les autorités lui reprochent également d’avoir aidé un étudiant qui collectait de l’information sur l’histoire d’une association d’étudiants. Il aurait été transféré de la prison d’Insein à celle de l’Etat de l’Arakan (ouest du pays) dont il est originaire. Agé de soixante-cinq ans, Tha Ban souffre de dysenterie depuis plusieurs années et ne peut compter que sur son épouse, institutrice à la retraite, pour lui apporter des médicaments. En 1995, le journaliste a vu sa santé se dégrader mais les autorités ont refusé de le transférer à l’hôpital. Plus récemment, sa vision s’est considérablement réduite et, selon sa famille, il risque de devenir aveugle s’il n’est pas soigné par un spécialiste. Jusqu’à présent, les autorités ont refusé d’accéder à cette demande.

Enfin, sept membres du réseau clandestin de distribution de la publication interdite Mojo sont également incarcérés. Il s’agit de Mg Hla Soe, arrêté en août 1999 à MyaWaDee (Etat Karen) ; Ko Win Naing, arrêté en septembre 1999 à Pegu (est de Rangoon) ; Mg Kyaw Wae Soe, arrêté en septembre 1999 à Tha-Ka-Ta (près de Rangoon) ; Joseph, arrêté en septembre 1999 à Pa-an (Etat Karen) ; Tint Wae, arrêté en mai 2000 à KaMarYut (près de Rangoon) ; Ko Myo et Ma Htay Htay, tous deux arrêtés en mai 2000 à Belinn (Etat Mon). La plupart d’entre eux ont été condamnés à sept ans de prison pour avoir distribué ce mensuel d’opposition, imprimé à Mae Sot (Thaïlande).

Au cours de l’année 2002, quatre journalistes ont été libérés.
Le 13 février, Myo Myint Nyein est libéré de la prison de Tharrawaddy (cent kilomètres au nord de Rangoon)aprèsdouze ans de détention - et deux ans avant la fin de sa peine. Transféré à Rangoon, il est interrogé pendant quelques heures par le MIS avant de pouvoir regagner son domicile. Sa libération serait liée à la visite du rapporteur spécial des Nations unies pour la Birmanie, Sergio Pinheiro. Codirecteur du magazine Yin-Kyae-Hmu (Culturel) et éditeur de la revue Shwe Amyu-te, Myo Myint Nyein avait été arrêté en septembre 1990 et condamné à quatorze ans de prison en vertu de la loi d’urgence de 1950 pour avoir publié un poème satirique sur la junte militaire. Dans une interview exclusive donnée à la radio Democratic Voice of Burma, Myo Myint Nyein déclare que son "esprit est toujours vigoureux et que son engagement en faveur de la démocratie est toujours aussi fort". Il raconte les circonstances de sa libération : "Des hommes du MIS sont venus dans ma cellule à 15 heures pour me dire que j’allais être libéré. A 16heures, je suis sorti de prison." Le journaliste a également raconté à la DVB les tortures qu’il a subies en prison, et notamment les mois qu’il a passés dans une niche du chenil de la prison d’Insein. "Les autorités ont assoupli les conditions de détention des prisonniers politiques avant la visite du rapporteur spécial des Nations unies. Mais cela n’a duré que le temps de son séjour", a expliqué le journaliste. Enfin, Myo Myint Nyein, âgé de 50 ans, a affirmé avoir "foi dans le dialogue" entre le régime militaire et l’opposition.

Début mars, Ma Chaw Chaw (plus connue sous son nom de plume Nyi Nyi Yin) est libérée de la prison d’Insein. Elle et son mari avaient été arrêtés en 1997 et condamnés à dix ans de prison en vertu du Printing Act, pour possession illégale de livres et de journaux. Elle souffre de graves problèmes cardiaques. Son mari est toujours emprisonné. Un autre dissident, Yin Htwe, a quant à lui été libéré le 2 décembre de la prison de Tharrawaddy. Il avait été accusé d’avoir participé à la publication d’un magazine clandestin dans la prison d’Insein.

Le 14 mai, Sein Hlaing, codirecteur du magazine Yin-Kyae-Hmu (Culturel), est libéré de la prison de Tharrawaddy (cent kilomètres au nord de Rangoon), après douze ans de détention et deux ans avant la fin de sa peine. Le correspondant de Reporters sans frontières s’est entretenu par téléphone avec le journaliste, qui lui a affirmé être en bonne santé mais avoir besoin de temps pour se réadapter à la liberté. Sein Hlaing remercie les organisations des droits de l’homme qui se sont mobilisées en faveur de sa libération. Il a bénéficié d’une amnistie spéciale avec neuf autres opposants à la junte militaire. Sein Hlaing avait été arrêté en même temps que le journaliste Myo Myint Nyein et le poète Nyan Paw par des membres du MIS, le 9 septembre 1990. Il avait été condamné, en novembre 1990, à sept ans de prison pour avoir publié, dans le magazine qu’il codirigeait avec Myo Myint Nyein, un article intitulé "Que se passe-t-il ?" qui critiquait l’attitude de l’armée birmane. Le 28mars 1996, Sein Hlaing a été condamné à sept années de prison supplémentaires pour avoir participé à la rédaction d’un document adressé au rapporteur spécial des Nations unies pour la Birmanie, contenant des informations sur les conditions de détention et les mauvais traitements infligés aux détenus de la prison d’Insein, et pour avoir participé à la rédaction d’un magazine clandestin au sein de la prison.

En juillet, la photographe Khin Aye Kyu a confirmé lors d’un entretien téléphonique avec Reporters sans frontières qu’elle avait été libérée, cinq mois plus tôt, après quatre années passées en prison. "Je suis libre et j’essaie de reprendre mes activités de photographe, mais mon frère Ko Sein Ohn et son ami photographe Sunny sont toujours emprisonnés dans des conditions difficiles", a déclaré Khin Aye Kyu depuis Rangoon. La photographe a précisé qu’elle avait été condamnée à quatre ans de prison et non pas à dix ans comme il avait été indiqué dans tous les rapports la concernant. "Mon frère a été condamné à dix ans de prison pour ses activités de cameraman. Moi, j’ai eu plus de chance. Maintenant, je dois m’occuper de lui car son épouse, sans travail, ne peut pas l’aider." Pour survivre et aider son frère, auquel elle rend visite une fois tous les deux mois, Khin Aye Kyu vend des billets de loterie dans la rue. Par ailleurs, elle a couvert la visite du prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, libérée de résidence surveillée en mai dernier, dans une banlieue de Rangoon. "Je veux recommencer mon travail de photographe et cameraman, mais cela coûte très cher et je n’ai pas encore d’acheteur ", a expliqué Khin Aye Kyu.

Le 23 août, Thaw Thaw Myo Han et dix-neuf autres étudiants ont été libérés par la police secrète militaire. Dans la nuit du 17 août, Thaw Thaw Myo Han avait été arrêté à son domicile de Rangoon par les services secrets militaires. L’étudiant, qui écrivait des articles en faveur de la démocratie et d’Aung San Suu Kyi, avait déjà été placé en garde à vue en juillet 2002, après avoir publié sans autorisation le Journal des universités littéraires, dans le cadre de l’Association littéraire des étudiants. Selon le magazine Irrawaddy, Thaw Thaw Myo Han aurait été arrêté car les militaires le soupçonnaient d’être impliqué dans un projet de manifestation prodémocratique. Au moins vingt et un étudiants ont été arrêtés depuis le 17 août. Des dizaines d’autres sont entrés dans la clandestinité. A sa libération, le jeune journaliste a expliqué à Radio Free Asia que lui et ses camarades avaient été interpellés et interrogés pour "publications illégales". Ils n’ont pas été maltraités.

Un journalistes menacé

Début 2002, les autorités, notamment le Bureau de la guerre à Rangoon, tentent de convaincre leurs homologues thais de leur remettre Myint Maung Maung, correspondant de la radio DVB à Ranong (sud de la Thaïlande). Déjà en novembre 2001, les représentants de Rangoon au sein du Comité de frontière thai-birman avaient transmis un dossier à leurs interlocuteurs thais dans lequel était contenu le nom du journaliste. Les Birmans proposent de l’échanger contre des prisonniers thais. Grâce à certaines protections, Myint Maung Maung n’est pas extradé, mais il a dû cesser d’écrire des reportages dans l’attente de sa régularisation. Ce n’est qu’en avril que le journaliste obtient un permis de travail grâce au soutien de deux officiers de police thais. Mais ces derniers sont mutés peu après la décision. La direction de la DVB décide de mettre Myint Maung Maung quelque temps "au vert" en Norvège.

Pressions et entraves

Le 12 février 2002, Ko Tin Saw, alias Tharkhan, est arrêté sur le marché de Kawthaung (sud du pays), alors qu’il revient de Ranong (Thaïlande). Pris en possession d’un téléphone mobile et d’un exemplaire du numéro de février de Khit Pyaing (Nouvelle ère, publié en Thaïlande), il est accusé par les services secrets d’envoyer des informations aux radios étrangères émettant en birman. Les autorités affirment rechercher d’autres informateurs des radios internationales. Le jour même, Ko Tin Saw est emmené à la base n°3 des services secrets à Kawthaung, où il aurait été torturé lors de son interrogatoire. Ko Tin Saw aurait donné les noms de trois autres informateurs des radios internationales.
En avril, la rubrique "Discussion" du mensuel Dana (Bien-être) disparaît suite aux pressions du Comité de censure. Cette rubrique proposait des entretiens croisés entre des intellectuels et des experts des problèmes socio-économiques. Mu Thu, l’éditeur du magazine, a dû se plier aux ordres de la censure qui trouvait le ton trop critique sur la situation économique du pays.

Le Comité de contrôle des œuvres littéraires annonce, le 22 mai, aux responsables des publications privées de Rangoon qu’il est interdit de publier des articles et des publicités relatives à la Thaïlande. Les éditeurs ont été obligés de signer une lettre dans laquelle ils s’engagent à respecter cet ordre. Selon les informations de la radio Democratic Voice of Burma (DVB), les directeurs de publications ont également reçu l’ordre de ne plus utiliser les mots Thaïlande et Yodaya (nom ancien du Royaume de Siam). Selon un journaliste de Rangoon, interrogé par DVB, l’interdiction de publier des publicités faisant référence à la Thaïlande pourrait contraindre certains titres à cesser de paraître. En effet, les entreprises thaïes sont les plus gros annonceurs de nombreuses publications. Cette décision est liée à la crise diplomatique et militaire entre la Birmanie et la Thaïlande. Suite à des accrochages à la frontière entre les troupes de Rangoon et des groupes armés rebelles, le SPDC a décidé de fermer les postes frontières entre les deux pays. Au même moment, le magazine Irrawaddy (publié en Thaïlande) a rapporté sur son site Internet que la junte militaire a interdit, le 24 mai, à l’hebdomadaire économique Market Journal de publier des publicités d’entreprises privées de services. Cette décision fait suite à des arrestations d’hommes d’affaires accusés de ne pas respecter les règles de comptabilité du pays.

Le Comité de contrôle des œuvres littéraires interdit la publication des magazines Living Color, Mhyar Nat Maung Mingalar et Kyi pwar yee au cours du mois de juin 2002. Selon le mensuel indépendant Irrawaddy, le magazine économique Living Color a été sanctionné pour avoir publié une publicité de l’entreprise MK Billiard Company. Cette dernière serait en conflit avec le ministère des Sports de la junte militaire pour avoir refusé de donner des équipements à l’Association officielle de billard. Fondé en 1995, Living Color, dont l’éditeur est un fils du lieutenant général Khin Nyunt, n’avait jamais été sanctionné auparavant. Par ailleurs, le Comité de contrôle des œuvres littéraires a interdit Kyi pwar yee pour avoir utilisé le mot Yodaya (nom ancien de la Thaïlande) dans son dernier numéro. Enfin, le magazine Mhyar Nat Maung Mingalar est interdit à la vente pour avoir placé une publicité à la place de la page obligatoire accordée à la propagande du SPDC. Ce magazine, publié depuis 1991, se consacre essentiellement à des informations féminines et à des nouvelles littéraires.

En juillet, deux membres de la jeunesse de la LND sont arrêtés en possession d’exemplaires de Khit Pyaing (Nouvelle ère) par des policiers dans un marché de Rangoon. Selon le magazine Irrawaddy (publié en Thaïlande), Aung Thein et Kyaw Naing Oo sont frappés par la police. L’un d’eux doit recevoir cinq points de suture à la tête. A la fin du mois d’août, les deux membres de la LND sont jugés par un tribunal qui siège au sein de la prison d’Insein après avoir été inculpés en vertu de l’article 5(j) de la loi sur l’état d’urgence. Ils sont condamnés à trois ans de prison chacun. Déjà en 1993, au moins vingt-trois membres de l’opposition avaient été arrêtés en possession de Khit Pyaing et condamnés à des peines allant de sept à vingt de prison.

Le 12 juillet, la Birmanie place sur une liste noire les noms de quinze journalistes thaïlandais accusés de propagande contre la junte militaire birmane et donc interdits de pénétrer sur le territoire birman. Ces reporters n’ont pas été nommément désignés mais Kyaw Win, le député chef du renseignement militaire, a indiqué qu’ils appartenaient aux journaux The Nation, Bangkok Post, Thai Rath, Thai News, Daily News, Siam Rath, Matichon, Khao Sod et à une station de radio. Cette mesure ferait vraisemblablement suite à l’interdiction de séjour dont ont été victimes au mois de mai les deux journalistes birmans Ma Tin Win et Maung Maung, respectivement éditorialiste et éditeur du journal d’Etat La Nouvelle Lumière du Myanmar. Le 29 juillet, le gouvernement militaire birman a précisé le nom des quinze journalistes thais interdits de séjour dans le pays. L’ordre, transmis aux ambassades birmanes dans le monde, précise que les journalistes devront être arrêtés s’ils tentent d’entrer en Birmanie sous une fausse identité. Il s’agit de Suvit Wat, Supalak Kanchana Khundee, Supaluk Kanchana Khundee, Ubon Rittular Anfong, Kavi Chongkittavorn, Thepchai Yong, Tairai Sunthon Prahart, Anchalee Phatrak, Fonkhon Adonyanon, le docteur Chanvit Kasit, Lomoliam Ynic, Lomta Larynhit, Nainmaha Saitthai et Sailop Phubua.

Le 25 septembre, une trentaine d’activistes, pour la majorité d’anciens prisonniers politiques, sont arrêtés et interrogés par les services de sécurité pour possession de publications d’opposition, notamment le journal Khit Pyaing (Nouvelle Ere, publié en Thaïlande). Selon le magazine Irrawaddy (basé en Thaïlande), il s’agit d’une stratégie d’intimidation des services secrets militaires (MIS) pour empêcher les opposants d’accéder aux publications interdites. A ce jour, plus d’une douzaine de personnes sont toujours détenues au secret.

Le 10 octobre, le bureau de la censure interdit de publication pendant un mois les magazines Han Thit et Beauty Magazine. Selon la radio Democratic Voice of Burma, le mensuel Han Thit (New Style) s’est vu infliger cette sanction pour avoir cité, dans son numéro d’octobre, un texte du poète Maung Chaw Nwe, décédé en septembre, faisant référence à un autre homme de lettres, Ko Lay. Les travaux littéraires de ce dernier sont interdits par le Comité de la censure depuis 1997 en raison de sa participation à une réunion littéraire organisée par la Ligue nationale pour la démocratie (LND). Depuis lors, il est formellement prohibé de mentionner son nom dans les journaux. Pour sa part, Beauty Magazine est interdit de publication pour avoir fait paraître une publicité relative à une société thaïlandaise.

Début décembre, le bureau de la censure interdit la publication d’articles de l’écrivain Maung Swan Yi. Il venait d’en écrire un, à paraître dans l’édition de décembre du magazine Mahethi.

Le 19 décembre, on apprend que le bureau de la censure a interdit aux médias d’évoquer le vol dont a été victime, en novembre, une célèbre actrice birmane dans l’Etat Mon (sud du pays). La police n’a pas réussi à identifier et arrêter les auteurs de ce cambriolage au cours duquel plusieurs dizaines de milliers d’euros ont été dérobés.



liste pays asie
Introduction Asie et Pacifique
Actualisation Asie
Afghanistan
Australie
Bangladesh
Bhoutan
Brunéi
Cambodge
Chine
Corée du Nord
Corée du Sud
Fidji
Iles Salomon
Inde
Indonésie
Japon
Kiribati
Laos
Malaisie
Maldives
Mongolie
Népal
Nouvelle-Zélande
Pakistan
Papouasie-Nouvelle-Guinée
Philippines
Singapour
Sri Lanka
Taïwan
Thaïlande
Timor oriental
Tonga
Viêt-nam

voir aussi
Rapport annuel 2003 Maghreb / Moyen-Orient
Rapport Annuel 2003 Amériques
Rapport annuel 2003 Europe
Rapport annuel 2003 Afrique