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Chine


-  Superficie : 9 596 961 km2.
-  Population : 1 284 972 000.
-  Langue : mandarin (putonghua, langue commune off.).
-  Nature de l’Etat : "république socialiste unitaire et multinationale".
-  Chef de l’Etat : Hu Jintao.

Chine - Rapport annuel 2003

Les médias chinois ont été mobilisés en 2002 pour assurer l’entrée de Jiang Zemin dans le panthéon des grands leaders communistes chinois. La préparation du XVIe Congrès du Parti communiste a en effet donné lieu à d’intenses campagnes idéologiques et à une répression accrue à l’encontre des dissidents sur Internet. A Hong Kong, habitué à plus de libertés, l’autocensure augmente et le gouvernement projette une loi liberticide sur la "sécurité nationale".

La fin du mandat du président Jiang Zemin et l’arrivée de Hu Jintao à la tête de l’Etat ont donné lieu à une vaste campagne de propagande dans les médias chinois. Ainsi, le gouvernement adresse, en juin, aux principaux médias un document de trente-deux points qui défend la ligne du Parti communiste chinois (PCC) sur l’information. Les médias doivent créer une "atmosphère convenable" à l’approche du congrès et il leur est interdit d’aborder des sujets sensibles, comme la privatisation d’entreprises d’Etat ou des conflits entre classes sociales.

L’arrivée au pouvoir de la quatrième génération, dirigée par Hu Jintao, n’a pour l’instant conduit à aucune avancée en matière de liberté de la presse. Ainsi, en décembre, les autorités annoncent que les journalistes chinois devront désormais se soumettre à des tests, notamment sur l’idéologie du Parti communiste, afin de pouvoir obtenir l’autorisation d’exercer. La journaliste Gao Yu, emprisonnée pendant plusieurs années en Chine, décrit ainsi la situation de ses confrères : "Dans la Chine d’aujourd’hui, les journalistes qui comme moi choisissent de se battre pour la démocratie et la liberté de la presse risquent encore leur sécurité, leur carrière et leur confort personnel." Par ailleurs, la répression contre les cyberdissidents s’est intensifiée. Au moins trente-cinq d’entre eux sont emprisonnés pour avoir diffusé des écrits jugés "subversifs" sur Internet.

Pourtant, la presse, jalousement contrôlée par le Parti communiste, est un secteur dynamique. La presse féminine notamment est en pleine expansion et la censure ne s’attaque à elle que lorsqu’elle elle brise les tabous, notamment celui de l’homosexualité. Par ailleurs, les autorités accordent à de nouvelles chaînes de télévision étrangères le droit de diffuser leurs programmes en Chine populaire. Ainsi, ATV, chaîne privée basée à Hong Kong, obtient l’autorisation de s’adresser aux millions de téléspectateurs de la province septentrionale de Guangdong. Ces accords sont conditionnés au respect de la "législation en vigueur sur le contenu de l’information". De même, la nouvelle chaîne chinoise du groupe du magnat australien de la presse Rupert Murdoch se plie aux consignes du département de la propagande. En revanche, la diffusion par satellite vers la Chine de BBC News est suspendue, en juillet, après un reportage sur la rétrocession de Hong Kong et le mouvement Falungong.

La seule contestation au monopole du Parti sur les médias est venue du mouvement spirituel Falungong, persécuté comme un "culte diabolique" par les autorités et qui ne dispose d’aucun accès aux médias chinois. A au moins cinq reprises, des adeptes piratent des télévisions par câble ou par satellite afin de diffuser des images favorables au mouvement. Des dizaines d’adeptes sont arrêtés pour ces actions et condamnés à de lourdes peines de prison.
En 2002, l’inquiétude est venue de Hong Kong où le gouvernement veut faire adopter une loi sur la "sécurité nationale" qui met en péril les libertés fondamentales protégées par la Loi fondamentale négociée avant la rétrocession. L’accusation de "subversion", souvent utilisée en Chine pour emprisonner les dissidents, est présente dans cette loi qui pourrait entrer en vigueur en 2003. Les journalistes de Hong Kong, dont un tiers déclare penser changer de profession si la loi est adoptée, sont spécialement visés puisque la loi introduit des peines de prison pour la diffusion de "secrets d’Etat". Malgré la mobilisation contre le projet, le gouvernement ne l’a toujours pas retiré. Par ailleurs, l’autocensure et les pressions sur les médias sont de plus en plus fréquentes. Ainsi, le quotidien de référence en anglais South China Morning Post licencie le chef du bureau de Pékin, jugé trop indépendant par son rédacteur en chef à Hong Kong qui n’est autre qu’un ancien journaliste du très officiel China Daily.

Malgré ces menaces, Hong Kong reste un espace de liberté et de pluralisme où quarante-cinq quotidiens et hebdomadaires se disputent les 6,3 millions de lecteurs potentiels. Selon certains, cette compétition favorise le sensationnalisme au détriment de l’éthique professionnelle. Certains journalistes craignent que ces excès ne servent de prétexte pour limiter la liberté de la presse.

La bataille pour les ondes s’est intensifiée en 2002 entre le gouvernement chinois et les radios internationales qui émettent en mandarin, tibétain ou ouighour. Le gouvernement est allé jusqu’à brouiller les fréquences du service en ouzbek (une langue proche du ouighour) de la BBC World Service, de peur que la population du Xinjiang puisse avoir accès à cette information indépendante. Au Tibet, au Xinjiang ou en Mongolie intérieure, plusieurs campagnes sont lancées pour lutter contre le séparatisme qualifié de "terrorisme". En janvier, un responsable du Parti dans le Xinjiang affirme qu’il "faut empêcher les forces occidentales hostiles et les séparatistes ethniques d’infiltrer la province en utilisant la radio, les publications, le matériel audio et vidéo ou l’Internet". Des dizaines de publications sont fermées et les soldats de l’Armée rouge pratiquent des autodafés de "matériels subversifs". Au Tibet, malgré la libération de plusieurs prisonniers politiques, notamment le réalisateur de documentaire Ngawang Choephel, l’étau ne se desserre pas sur les médias.

Bien que le gouvernement de Pékin ait promis de laisser les journalistes étrangers travailler librement lors des Jeux olympiques de Pékin de 2008, les correspondants ou les envoyés spéciaux sont toujours soumis à un contrôle très strict. Le Parti communiste chinois dénie aux correspondants étrangers le droit d’enquêter librement sur la dissidence, les mouvements religieux clandestins, la corruption, le sida dans la province du Henan, les grèves ouvrières, la situation des réfugiés nord-coréens, les catastrophes naturelles ou les séparatismes tibétains et ouighours.

Onze journalistes incarcérés

Au 1er janvier 2003, au moins onze journalistes sont emprisonnés.

Yu Dongyue, critique d’art aux Nouvelles de Liuyang, a été arrêté le 23 mai 1989 et condamné à vingt ans de prison. Le journaliste est détenu à la prison N°1 de la province du Hunan. Il souffrirait de troubles psychologiques graves suite à des périodes d’isolement prolongées.
Hu Liping, du Quotidien de Pékin, a été arrêté le 7 avril 1990 et condamné à dix ans de prison. Accusé de "propagande et incitation contre-révolutionnaire", le dissident serait incarcéré à la prison N° 2 de Pékin.
Chen Yanbin, codirecteur du magazine clandestin Tielu, a été arrêté fin 1990 et condamné à une double peine : huit ans pour "incitation à la rébellion" et huit autres années pour "diffusion de propagande contre-révolutionnaire". Les deux peines ont été ramenées à quinze ans de prison. En 1998, sa condamnation a été réduite de trois mois pour "bon comportement" par les autorités de la prison N° 2 de Pékin.
Zhang Yafei, codirecteur du magazine clandestin Tielu, a été arrêté en septembre 1990 et condamné à onze ans de prison pour "diffusion de propagande contre-révolutionnaire". Le journaliste est détenu dans une "prison usine" de réparation de véhicules à Jinan, capitale de la province du Shandong.
Liu Jingsheng, syndicaliste et cofondateur des revues clandestines Enquêtes (Tansuo) et Forum de la liberté, a été arrêté le 28 mai 1992 et condamné à quinze ans de prison pour "propagande contre-révolutionnaire". En 2000, sa peine a été réduite d’un an et un mois pour "bon comportement" et pour avoir "exprimé des regrets". Le journaliste est emprisonné au centre de détention de Banbuqiao, à Pékin, et souffre de problèmes gastriques et d’hypertension.
Wu Shishen, de l’agence de presse Xinhua, a été arrêté en octobre 1992 et condamné à la prison à vie sur ordre direct du président Jiang Zemin. Le journaliste est accusé d’avoir "divulgué illégalement des secrets d’Etat". Wu Shishen avait transmis à un journaliste de Hong Kong un discours que le chef de l’Etat devait prononcer devant le Congrès du Parti communiste.
Gao Qinrong, de l’agence de presse Xinhua dans la province du Shanxi, a été arrêté le 4 décembre 1998 et condamné à treize ans de prison pour "corruption", "détournement de fonds et "proxénétisme", grâce à des faux témoignages. Les autorités locales lui reprochent en fait d’avoir révélé l’échec d’un grand projet d’irrigation imputable au dirigeant provincial du Parti communiste. Selon le témoignage de l’épouse de Gao Qinrong, Duan Maoying, en novembre 2001, le journaliste emprisonné "s’est beaucoup affaibli. Il a perdu ses cheveux. Il ne peut plus écrire, ses mains tremblent trop". Duan n’est autorisée à lui rendre visite qu’une fois par mois.
Jiang Weiping, responsable du bureau du quotidien Wen Wei Po (publié à Hong Kong) à Dalian (province de Liaoning), a été jugé dans le plus grand secret, le 5 septembre 2001, par la Cour intermédiaire de la ville. La sentence n’a été prononcée qu’au début du mois de novembre : Jiang Weiping est condamné à une peine de neuf ans de prison pour "divulgation de secrets d’Etat", "tentative de renversement du pouvoir d’Etat" et "détention illégale de documents confidentiels". Il a été arrêté le 5 décembre 2000. La justice reproche au journaliste d’avoir publié une série de quatre articles, dans le magazine de Hong Kong Qianshao, sur la corruption de hauts fonctionnaires dans le nord-est de la Chine. Ces articles mettaient notamment en cause le gouverneur de la province du Liaoning, Bo Xilai, fils du vétéran du Parti communiste chinois Bo Yibo.
Lu Wanbin, du Quotidien du textile, a été arrêté le 22 décembre 2001 à Yangcheng (province du Jiangsu) alors qu’il enquêtait sur une grève dans une usine de confection. Des ouvriers de l’usine Huainan s’opposaient à la privatisation de leur entreprise et aux baisses de leurs salaires. Le journaliste n’a pas eu le temps de publier son article avant d’être interpellé. Lu Wanbin, âgé d’une vingtaine d’années, est, selon un responsable de son journal, un journaliste "prometteur".
Ma Linhai
, de l’hebdomadaire Zhengquan Shichang Zhoukan, a été arrêté après avoir écrit, le 24novembre 2001, un article sur la plus grande compagnie indépendante d’électricité du pays, la Huaneng Power Shichang Zhoukan, dont il affirmait qu’elle était en fait devenue une "entreprise familiale appartenant aux Li", la famille de l’ancien Premier ministre Li Peng. Tous les exemplaires de ce numéro avaient également été retirés de la vente.
Wang Daqi, directeur du magazine Ecologie, est arrêté le 24 janvier 2002 par la police à son domicile de Hefei (capitale de la province de Anhui). Les policiers ont confisqué de nombreux documents personnels et affirmé que Wang Daqi, âgé de 70ans, est accusé de porter "atteinte à la sécurité nationale". Selon plusieurs sources, les autorités reprochent au journaliste la ligne éditoriale de son magazine, publié depuis 1987, et qui défend l’idée d’une démocratisation progressive de la Chine pour préserver l’environnement. Les autorités lui avaient déjà demandé de cesser la publication de son magazine.
Xu Zerong, historien spécialisé dans l’histoire du Parti communiste chinois, reconnu coupable de diffusion de "secrets d’Etat" et de "publications illicites", est condamné en janvier 2002 à treize ans de prison. Il est accusé d’avoir diffusé à l’étranger des textes historiques d’importance concernant le rôle de l’armée chinoise dans la guerre de Corée. Il avait également signé un article dans le magazine Yazhou Zhoukan sur le soutien des autorités chinoises aux communistes malais. Cette révélation aurait été à l’origine de son arrestation. Cet universitaire est actuellement détenu au secret.

Les journalistes Hu Liping, Tenpa Kelsang et Ma Tao devraient avoir été libérés après avoir purgé leur peine, mais les autorités n’ont jamais confirmé leur sortie de prison. On est par ailleurs sans nouvelles de deux journalistes qui pourraient toujours être détenus par les autorités. Li Jian, rédacteur en chef du Journal du commerce du Xinjiang (nord-ouest du pays), aurait été arrêté en novembre 1999 pour avoir publié la lettre d’un lecteur dénonçant la corruption des autorités locales. Feng Daxun, ancien journaliste et militant du Parti démocratique chinois (interdit), a été inculpé "d’actes de subversion" en juin 2001. Il est accusé d’avoir réalisé des interviews de travailleurs qui manifestaient contre des retards de salaires et des licenciements dans la ville de Neijiang.
Après six ans de détention - et douze ans avant la fin de sa peine - Ngawang Choephel, ethnomusicologue tibétain et réalisateur de documentaires, est libéré le 20 janvier de la prison de Chengdu (Chine). Accompagné d’un diplomate de l’ambassade des Etats-Unis à Pékin, Ngawang Choephel part pour les Etats-Unis. Selon John Kamm, directeur de la fondation Din Hua (organisation de défense des prisonniers politiques chinois), Ngawang Choephel est libéré pour des "raisons médicales", en vertu d’une réglementation chinoise de 1990 permettant d’accorder leur libération à des prisonniers malades ayant purgé au moins un tiers de leur peine. Ngawang Choephel avait été arrêté à la fin du mois d’août 1995 sur un marché de Shigatsé (au sud-est de Lhassa) alors qu’il prenait des images pour son documentaire sur les danses et les chants tibétains. Il avait été condamné, en novembre 1996, à dix-huit ans de prison pour "subversion", "espionnage" et "activités contre-révolutionnaires".

Le 30 janvier, au terme de sa peine de deux ans de rééducation par le travail, Wang Yiliang, journaliste et dissident, est libéré du camp de rééducation par le travail de Shanghai (Chine). Selon un ami du journaliste réfugié aux Etats-Unis, Wang a regagné son domicile de Shanghai, mais sa mère a refusé de confirmer la libération de son fils, de peur de nouvelles représailles. Wang Yiliang, fondateur du Bulletin de la renaissance culturelle chinoise, avait été arrêté le 31 janvier 2000 et condamné à deux ans de rééducation par le travail pour "diffusion de matériel pornographique." Selon la justice, Wang Yiliang aurait, en juillet 1999, diffusé le film L’amant de Lady Chatterley à trois de ses amis. Un mois plus tard, il aurait fait des copies DVD de ce film et de La leçon de Piano. Les autorités reprochent en fait au journaliste d’avoir participé à la création de la revue clandestine Bulletin de la renaissance culturelle chinoise.

Le 10 octobre, le journaliste dissident Chen Ziming n’est officiellement plus en résidence surveillée. Agé de cinquante ans, il achève ainsi une peine de treize ans de détention pour son implication dans le mouvement démocratique de 1989. Il est autorisé à se déplacer librement, mais il demeure encore étroitement surveillé. Des agents du ministère de la Sécurité publique le filent dès qu’il quitte son domicile. Chen Ziming était l’un des éditeurs de l’Hebdomadaire économique, jugé trop réformateur par les autorités. Le 12 février 1991, il avait été condamné à treize ans de prison pour "activités contre-révolutionnaires". Il avait été libéré en 1994 pour "raisons médicales" suite aux pressions nord-américaines. Le journaliste était en résidence surveillée depuis 1996.

Dix-neuf journalistes interpellés

Le 28 janvier 2002, trois journalistes de Hong Kong, dont un photographe du quotidien South China Morning Post, sont interpellés par la police chinoise pendant plusieurs heures devant le tribunal où se tient le procès de Lin Junhua, membre d’une Eglise protestante interdite et accusé de "vente illégale" de bibles. Les trois journalistes sont emmenés au bureau de la Sécurité publique et au département de la propagande de la ville de Fuqing (province du Fujian, sud-est du pays). Avant de les relâcher, deux journalistes chinois sont chargés de détruire les clichés pris par les journalistes de Hong Kong devant le tribunal.

Le 14 février, des policiers interpellent pendant deux heures au moins sept reporters de la presse étrangère à Pékin, les intimident et saisissent leur matériel. Alors qu’ils couvrent une manifestation d’une quarantaine de membres de Falungong sur la place Tiananmen, deux reporters de l’agence Associated Press, une photographe de l’Agence France-Presse, deux reporters de l’agence Reuters et un journaliste de la BBC sont arrêtés et conduits au poste de police le plus proche de la place. Certains journalistes ont été témoins des violences policières contre des adeptes de Falungong. Par ailleurs, un journaliste de l’Australian Broadcasting Corporation (ABC), qui se trouve sur la place pour des raisons privées, est également interpellé. Les agents du ministère de la Sécurité publique saisissent les pellicules photo et les bandes vidéo des reporters. Lors de la courte garde à vue, un policier les menace à plusieurs reprises. Depuis l’interdiction de Falungong en juillet 1999, les autorités chinoises harcèlent les journalistes étrangers qui enquêtent à ce sujet. Selon les estimations de Reporters sans frontières, au moins cinquante représentants de la presse internationale ont été interpellés depuis juillet 1999. Certains ont été frappés par des policiers.

Le 16 février, deux journalistes de la chaîne de télévision TVB Network basée à Hong Kong sont frappés puis interpellés pendant quelques heures par des policiers au terminal des ferries de Macao (sud de la Chine). Les deux reporters tentent de couvrir l’expulsion du militant prodémocratique Leung Kwok-hung venu manifester contre la présence à Macao du président de l’Assemblée nationale chinoise, Li Peng. Le lendemain, la police de Macao dément l’accusation et affirme avoir seulement empêché les deux journalistes de franchir une barrière.

Début avril, le responsable des pages économiques du Journal de Guangzhou (sud du pays) est arrêté et interrogé par la police pendant plusieurs heures après la publication involontaire de deux poèmes attribués au leader du Falungong, Li Hongzhi. Selon le journal de Hong Kong Wen Wei Po, ces deux textes ont été publiés dans l’édition du 30mars, sous la forme de métaphores économiques qui parlent de souffrance et de salut spirituel.
Le 14 avril, un étudiant américain brandit une banderole en faveur du Falungong sur la place Tiananmen (Pékin). Ng Han Guan, photographe de l’agence Associated Press, présent sur les lieux, est arrêté par la police en même temps que l’étudiant. Il est placé en garde à vue et interrogé pendant trois heures avec ce dernier avant d’être relâché.

Le 25 avril, quatre journalistes sont brièvement détenus par la police en marge de l’expulsion d’un parc à Hong Kong de sans domicile fixe originaires de Chine continentale. Ricky Chung et Bobby Tsui, respectivement photographes pour les quotidiens South China Morning Post et Sing Tao, sont plaqués à terre par les forces de police avant d’être conduits dans le périmètre réservé aux médias. Ricky Chung déclare avoir été malmené par les policiers. Alors qu’il tente de photographier la scène, Chan Chi-wai, journaliste pour le quotidien Ming Pao, est assailli par quatre ou cinq policiers, qui le traînent de force avant de le menotter. Il reste les poings liés pendant quinze minutes. Un officier de police l’accuse de faire "obstruction". Putt Kwong-lai, cameraman pour la chaîne de télévision Cable TV, est lui aussi menotté puis hospitalisé pour des blessures aux mains. Le commandant du district central de Hong Kong déclare peu après l’incident : "Quand le climat devient très tendu, il peut y avoir des bousculades susceptibles d’être dangereuses. Nous ne voulions aucun blessé. Nous les avons menottés, et quand ils se sont calmés, nous les avons libérés". Suite à cet incident, quatre associations de presse de Hong Kong demandent au gouvernement de ne plus confiner la presse dans des zones durant les opérations de police, sauf circonstances exceptionnelles, estimant que de telles restrictions pourraient nuire à la liberté de la presse.

Le 3 juin, le journaliste indépendant Jiang Xueqin est interpellé alors qu’il filme secrètement une importante manifestation d’ouvriers dans la ville de Daqing, au nord du pays, pour la télévision américaine Public Broadcasting Service. D’origine chinoise et naturalisé Canadien, il travaille à Pékin depuis deux ans, notamment pour le magazine américain Christian Science Monitor ou l’hebdomadaire de Hong Kong Far Eastern Economic Review, comme spécialiste sur les problèmes sociaux. Le journaliste est accusé par la police d’avoir "illégalement tourné des images vidéo" et d’être un espion à la solde de la CIA. Privé de sommeil et de nourriture, il est détenu pendant quarante-huit heures dans un hôtel de campagne, la police ne voulant pas le relâcher avant qu’il n’ait enregistré la confession de ses "fautes" sur vidéo. Ce qu’il accepte après avoir appris que l’un des ouvriers qui lui a livré son témoignage a lui aussi été arrêté. Jiang Xueqin est libéré le 5 juin et immédiatement conduit à l’aéroport d’Harbin afin d’être expulsé vers le Canada.

Deux journalistes agressés

Le 24 mars 2002, Yang Wei, photographe pour le quotidien chinois Jinghua Shibao (Les Temps de Pékin), est agressé par des employés de la compagnie de placements immobiliers Zhongchuang, à Fengtai (province de Pékin). Il est hospitalisé pendant plusieurs jours. Selon le Comité de protection des journalistes, Yang Wei enquêtait en secret sur un dossier de mauvaise gestion et de politique de prix déloyale. Quand ils découvrent qu’il est journaliste, un groupe d’employés le passent à tabac. Quatre d’entre eux sont arrêtés peu après, mais relâchés trois jours plus tard sans qu’aucune charge soit retenue contre eux.

Le 13 juin, Lee Sang-Min, correspondant de l’agence de presse sud-coréenne Yonhap à Pékin, est frappé par des policiers chinois devant le consulat de Corée du Sud dans la capitale chinoise. Le journaliste tente de couvrir la bagarre qui oppose les forces de sécurité chinoises et des employés du consulat. Les premiers, dont l’un est ivre, ont kidnappé un Nord-Coréen qui vient, avec son fils, de pénétrer dans les locaux diplomatiques pour demander l’asile. Les employés du consulat tentent d’intervenir, mais les policiers les agressent brutalement. Trois diplomates sont blessés. Lee Sang-Min qui couvre l’événement est frappé et blessé à la jambe droite. Suite à cet incident, la Corée du Sud convoque l’ambassadeur de Chine à Séoul pour protester contre cette violation d’un bâtiment diplomatique et la violence des policiers chinois.

Pressions et entraves

Le 17 janvier 2002, la presse officielle annonce que le gouvernement ne compte pas autoriser les investisseurs étrangers à prendre le contrôle des médias chinois. Seuls les capitaux provenant de Hong Kong bénéficient d’un régime spécial. Quelques jours plus tôt, l’agence officielle Xinhua a expliqué que la Chine compte autoriser progressivement l’entrée d’investissements étrangers dans ce secteur jugé stratégique par le pouvoir central. Si des entreprises privées et notamment étrangères ont réussi à pénétrer le marché des magazines en profitant de failles du système, empruntant notamment les canaux de la publicité ou de la distribution, l’accès aux médias d’information demeure bloqué.
Le 18 janvier, Abdulahat Abdurixit, haut responsable de la province du Xinjiang (ouest du pays), lance une campagne idéologique visant à éradiquer le "séparatisme" ouighour. Selon ce prochinois, il "faut empêcher les forces occidentales hostiles et les séparatistes ethniques d’infiltrer le Xinjiang en utilisant la radio, les publications, le matériel audio et vidéo ou l’Internet". Les autorités de la région de Yili (ouest du Xinjiang) décident peu après d’"ériger un rempart contre l’infiltration de la culture occidentale" en s’attaquant aux ventes et aux installations illégales d’antennes paraboliques. La campagne prévoit un nouveau mode d’enregistrement des foyers autorisés à recevoir des programmes télévisés étrangers ainsi que "des mesures drastiques, en particulier contre les quartiers résidentiels qui reçoivent la télévision satellitaire sans autorisation". A la fin du mois, c’est au tour de Wang Lequen, représentant officiel du régime communiste chinois au Xinjiang, de relancer la campagne idéologique en accusant certains médias de propager les idées séparatistes.
En janvier, les autorités de Shanghai (sud-est du pays) prennent des mesures contre la réception de chaînes étrangères via des équipements satellites installés illégalement. Selon Hu Zhanfan, directeur de l’administration d’Etat pour la radio, le cinéma et la télévision (SARFT), il s’agit "de garantir l’ordre social et la bonne orientation du progrès culturel et idéologique" et "d’aider au développement des médias locaux". Selon les autorités, il y aurait vingt mille antennes satellites clandestines à Shanghai. Des sources officieuses les estiment à deux cent mille.
Fin février, le ministère de la Communication établit et distribue aux responsables des médias une liste des dix défauts de la presse chinoise, notamment celui de "porter atteinte aux Comités du Parti communiste", d’être "trop indépendante", de "reproduire librement des articles publiés sur Internet", de "valoriser le journalisme à l’occidentale" ou de "diffuser des secrets d’Etat". A l’approche du Congrès du Parti communiste, en octobre, les départements de la propagande et de la sécurité publique sont chargés de corriger ces défauts en exerçant un contrôle plus strict sur la presse.
Le 22 février, des journalistes étrangers, principalement nord-américains, sont pris en filature par des agents de police en civil pendant la visite du président George W. Bush à Pékin. Une dizaine de dissidents sont placés de facto en résidence surveillée pour les empêcher de rencontrer les journalistes qui couvrent la visite.
Enmars, la presse chinoise et étrangère est empêchée de couvrir les grandes grèves ouvrières dans la ville de Liaoyang (nord du pays). Ainsi, Pierre Haski, correspondant en Chine du quotidien français Libération, est expulsé, mi-mars, par la police de la ville. En revanche, les journaux et la télévision locale dénoncent dans leurs articles et reportages le mouvement et les leaders ouvriers qualifiés de "criminels". Le 21mars, les médias officiels accusent des syndicalistes qui manifestent pour la libération de leurs collègues interpellés dans le nord-est du pays d’agir "contre l’Etat avec le concours des médias étrangers". Selon le quotidien officiel régional Liaoyang Daily, les organisateurs du rassemblement ont violé la loi en "collaborant avec des journalistes étrangers afin de mettre en péril l’ordre social."
Le 20mars, le département de la propagande de Canton (sud du pays) interrompt l’impression de l’édition du 26mars de l’hebdomadaire Nanfang Zhoumo. La rédaction doit retirer un dossier de quatre pages sur le Project Hope, une organisation caritative contrôlée par la Ligue de la jeunesse communiste. Trois cent mille copies du journal sont déjà imprimées. Le journal doit refaire sa une. L’article incriminé reprend des informations révélées par des médias de Hong Kong sur cette organisation caritative d’aide aux enfants analphabètes, qui a perdu des sommes colossales dans des emprunts et des placements financiers. Le quotidien officiel China Daily a, quant à lui, cité les responsables de l’organisation insistant sur la nature "légale, saine et efficace" de leurs investissements. Ce scandalearelancé les critiques à l’égard de l’absence de contrôle financier des organisations non gouvernementales proches du gouvernement. Le Nanfang Zhoumo est connu pour ses enquêtes et ses éditoriaux traitant de sujets rarement abordés dans la presse chinoise.
En mars, les autorités de la province du Xinjiang intensifient la campagne d’épuration de la presse locale. Selon une organisation dissidente ouighour basée à l’étranger, un quart des publications ont cessé de paraître dans cette région musulmane. Les autorités de Pékin lancent cette campagne "afin d’empêcher les séparatistes de se servir" des médias. Trente des cent dix-huit titres édités à Urumqi sont fermés sur ordre de Pékin, ainsi que le quart des quatre-vingts bulletins d’entreprises que compte la ville. Encore selon l’organisation ouighour, les publications internes, souvent réservées aux cadres du parti, contiennent des informations sensibles aux yeux des autorités.
Le 18 avril, neuf adeptes du mouvement spirituel Falungong sont inculpés par une cour de Changchun (nord-est du pays) pour avoir "favorisé une secte diabolique afin de nuire au respect de la loi". Six autres personnes sont arrêtées dans les semaines qui suivent. Les autorités leur reprochent d’avoir diffusé illégalement, début mars, sur un réseau de chaînes de télévision par câble des villes de Changchun et Songyuan, deux documentaires sur les persécutions à l’encontre de ce mouvement interdit depuis juillet 1999. Cette diffusion, rendue possible par un piratage des ondes des télévisions, provoque la colère des autorités. La police chinoise, notamment le "Bureau 610", traque pendant plusieurs semaines les adeptes de Falungong à Changchun. Après avoir arrêté une vingtaine de suspects, les autorités affirment qu’il s’agit "d’un crime organisé et prémédité avec un objet clairement diabolique". Le 21 avril, Falungong annonce avoir de nouveau piraté un réseau de télévision câblée à Harbin (Nord-Est) pour diffuser un film sur les persécutions subies par les pratiquants. Les autorités rétorquent que Falungong a échoué dans cette tentative et que ses auteurs ont été arrêtés. Encore selon Falungong, Luo Gan, responsable national de la Sécurité publique, s’est rendu à Harbin et a exigé l’arrestation de six mille membres de Falungong avant le mois de juin. Le 18 septembre, débute le procès de quinze membres de la secte interdite. Le 20 septembre, les onze hommes et quatre femmes sont condamnés par le tribunal de Changchung à des peines allant de quatre à vingt ans de détention. Ils sont reconnus coupables d’avoir endommagé la propriété de la radio et télévision nationale, et de conspiration contre la sécurité publique.
Le 29 avril, Jasper Becker, directeur du bureau du quotidien de Hong Kong South China Morning Post à Pékin, est limogé à la suite d’un "différend rédactionnel". Selon le journal, le journaliste est renvoyé pour "insubordination" vis-à-vis de son rédacteur en chef, Wang Xiangwei, ancien journaliste du quotidien officiel China Daily. Jasper Becker, journaliste respecté et auteur d’ouvrages de référence, attribue son licenciement à son opposition face à l’alignement du journal sur les positions de Pékin : "Les reportages sur le Tibet, le Falungong ou les mouvements sociaux sont de plus en plus laissés aux agences officielles, dont les comptes rendus sont publiés pour que l’information soit édulcorée le plus possible. Tout reportage personnel sur les leaders chinois a été supprimé."
En avril, on apprend que Wang Kun, rédacteur en chef du magazine Huaxia Yingcai (Le Chinois brillant), va être jugé par une cour de Pékin pour avoir "publié illégalement" ce magazine d’information et "entravé l’ordre social et le marché". Selon le quotidien South China Morning Post, l’arrestation du journaliste fait suite à l’interdiction de ce magazine à Hong Kong et non pas en Chine populaire comme l’oblige la loi. Créé en 1996 à Pékin, le mensuel Huaxia Yingcai affirmait vendre plus de cent mille exemplaires en Chine populaire, notamment parmi les cadres du Parti communiste. Peu critique à l’égard du régime communiste, le magazine avait publié en février 2001 une interview du prix Nobel de littérature Gao Xingjian considéré par Pékin comme un "proscrit". Mais selon un officiel en charge de la répression des "publications illégales", cité par le South China Morning Post, le Huaxia Yingcai n’a jamais été autorisé à être publié et diffusé.
En mai, l’ancien maire d’Hancheng (province du Shanxi, centre du pays) poursuit pour diffamation l’hebdomadaire Nanfang Zhoumo, basé à Canton. Il exige des excuses publiques et 60000 yuans de dommages et intérêts. Xing Jianmin accuse le journal d’avoir porté atteinte à sa réputation, en publiant en novembre 2001, un article critiquant un tribunal du Shanxi pour l’incompétence de ses juges. La rédaction affirme avoir les preuves de ces accusations.
Le 18 mai, la cour de Chongqing (Sud-Ouest) condamne à des peines allant de sept à seize ans de prison quatre adeptes de Falungong pour avoir diffusé en janvier un programme de leur mouvement en piratant une chaîne de télévision locale. Ils sont reconnus coupables de "sabotage de réseau de télévision".
Début juin, la télévision d’Etat China Central Television (CCTV) se voit ordonnée de ne plus diffuser de publicités mettant en scène des célébrités étrangères. Selon un journal de Pékin, aucune explication n’est avancée par les autorités. CCTV fait appel.
Le 4 juin, le magazine de Pékin Caijing, considéré comme le journal financier le plus connu de Chine, perd son procès en diffamation contre la compagnie Fountain Corporation. Il est condamné par la cour du district de Luohu, ville de Shenzhen, à payer 300000 yuans (plus de 30000 euros) de dommages et intérêts. Le journal doit également publier des excuses à la Fountain Corporation. Le 5mars, le magazine avait publié un article du journaliste et analyste financier Pu Shaoping, révélant des irrégularités dans les comptes de résultats de la compagnie. Au vu du déroulement de la procédure, des observateurs craignent que la justice n’ait subi des pressions, témoignant ainsi de la difficulté de couvrir la situation financière des entreprises chinoises. La transparence économique dépend encore du bon vouloir des entrepreneurs. Les journalistes se voient régulièrement interdire l’accès aux réunions des actionnaires de compagnies en difficultés financières. Ainsi, le constructeur de motos Jinan Qingqi a refusé, au début de l’année, la présence de reporters lors de réunions de l’entreprise.
Le 5 juin, le département de la propagande interdit aux principaux journaux de critiquer l’équipe de football chinoise après son match de Coupe du monde perdu face au Costa Rica 2-0. "Nous avons reçu une note du département central de publicité avertissant les journaux sportifs de ne pas critiquer l’équipe chinoise", déclare un reporter du Sports du Sud, basé à Canton.
Le 13 juin, Liu Chang-le, directeur de l’entreprise de télécommunication Phoenix Satellite Television Holdings, annonce son intention d’acquérir 46 % des parts de l’une des deux principales chaînes de télévision indépendante de Hong Kong, Asia Television (ATV). Cette annonce fait redouter une perte d’indépendance de la télévision, en raison des liens que Liu, ancien responsable de la propagande dans l’armée de libération du peuple, entretient avec les autorités de Pékin.
Le 13 juin, la télévision publique chinoise, qui possède le monopole sur la transmission d’images par satellite depuis la Chine, empêche les télévisions sud-coréennes, notamment la Korean Broadcasting Service (KBS), de transmettre par satellite en Corée du Sud les images des incidents entre des policiers chinois et des diplomates devant le consulat sud-coréen à Pékin. Alors qu’elles commencent à envoyer leurs images à Séoul, la connexion est brutalement coupée. Une autre télévision sud-coréenne MBC demande de nouveau aux services de la télévision d’Etat chinoise CCTV d’envoyer des images, affirmant qu’il ne s’agit pas de l’incident devant le consulat. Mais après quinze secondes de diffusion, la connexion est interrompue.
Le 20 juin, les autorités chinoises interdisent la distribution de l’édition datée du 15 juin du magazine britannique The Economist. Ce numéro, dont l’éditorial est intitulé "Libérez la politique en Chine", comporte un dossier spécial sur la Chine, signé par le correspondant du magazine à Pékin, James Miles. Cette enquête, qui insiste sur la nécessité de réformes politiques pour réaliser les objectifs de croissance du pays, fait référence à des sujets sensibles tels que le mouvement spirituel Falungong, les mouvements prodémocratiques de 1989 ou les nouveaux marchés financiers chinois. Selon James Miles, cité par le quotidien South China Morning Post, si les articles relatifs à la Chine sont fréquemment retirés des exemplaires de The Economist avant de paraître en kiosques, c’est "la première fois qu’une édition entière" est interdite de distribution. Pete Bakker, directeur du département de diffusion du magazine pour la zone Asie-Pacifique, déclare que le magazine a anticipé cette interdiction en vérifiant auprès de la société nationale de distribution que son numéro serait bien distribué. Cette dernière leur avait annoncé, cinq jours plus tard, que cette édition n’était pas "légale". Alors que les mille copies réservées aux hôtels internationaux ne sont pas livrées, les abonnés reçoivent toutefois cette édition.
Le 23 juin, les autorités affirment que des membres du Falungong ont piraté le satellite Sinosat et ont perturbé les programmes de neuf chaînes nationales et dix chaînes régionales, les remplaçant par des écrans noirs et des images de rassemblements de ses membres. Liu Lihua, le directeur général du département de la diffusion radiophonique du ministère de l’Information, estime qu’il s’agit d’un "acte méprisable qui devrait être condamné par l’ensemble de la communauté internationale". Selon l’agence officielle Xinhua, les signaux pirates proviennent de Taïwan. Des officiels à Taipei et des membres taïwanais de Falungong démentent toute implication dans l’incident. Les accusations de Pékin sont répétées, fin octobre, après une nouvelle tentative de piratage attribuée à Falungong. Dans la semaine du 23juin également, des membres du Falungong piratent et diffusent un bandeau en faveur de leur mouvement sur les ondes de la télévision de Laiyang, dans la province orientale de Shandong. Selon les autorités, le bandeau est resté une minute à l’antenne, quinze selon une organisation de défense des droits de l’homme basée à Hong Kong. D’après cette dernière, un piratage similaire a également eu lieu le 27 juin dans la ville côtière du Yantai.
Fin juin, des responsables du ministère des Chemins de fer refusent de répondre aux questions des journalistes et demandent à un photographe étranger de quitter les lieux d’une manifestation d’ouvriers licenciés devant le ministère à Pékin.
Le 1er juillet, la chaîne publique chinoise et la chaîne de Hong Kong Phoenix annulent la retransmission en direct du discours du président chinois Jiang Zemin pour le cinquième anniversaire de la rétrocession de Hong Kong à la Chine. Les autorités craignent que les membres du Falungong n’interrompent l’émission pour diffuser des images du mouvement.
Le 1er juillet également, Pékin interdit aux stations de télévision des comtés (équivalent administratif des départements) de diffuser leurs propres programmes. Cette interdiction intervient à quelques mois du Congrès du Parti mais également à la suite du piratage réussi de programmes locaux par le Falungong. Les stations doivent désormais utiliser exclusivement les programmes des chaînes contrôlées par les autorités nationales, provinciales ou municipales.
Début juillet, l’édition du week-end de l’émission féminine "La moitié du Ciel", diffusée par la télévision d’Etat CCTV, est temporairement interdite d’antenne. Selon un journaliste de la chaîne, l’émission qui aborde notamment les relations amoureuses, déplaît aux autorités. CCTV doit "réviser" son programme sur ordre de l’Administration d’Etat de la radio, du film et de la télévision.
Le 4 juillet, la BBC World confirme la suspension de la transmission de ses programmes par le satellite chinois Sinosat 1. "Nous cherchons à comprendre les raisons de cette décision", indique un porte-parole de la BBC, tout en ajoutant que cette interdiction est vraisemblablement motivée par la diffusion, le 1er juillet, d’une émission sur l’anniversaire de la rétrocession de Hong Kong à la Chine, incluant des références et des images sur le mouvement Falungong. Le 5 juillet, un responsable de la télévision chinoise confirme la suspension, intervenue pour punir la radio d’avoir enfreint une réglementation. La BBC World disposait d’une autorisation d’émettre vers le territoire chinois depuis janvier 2001, sa réception étant autorisée uniquement dans les hôtels de luxe et les résidences habitées par des étrangers. Il s’agit de sa première suspension depuis cette date. Au 1er janvier 2003, la BBC n’est toujours pas accessible depuis la Chine malgré de timides négociations entre la chaîne publique britannique et les autorités de Pékin.
Le 25 juillet, l’Association des artistes de Hong Kong (Hong Kong Performing Artists Guild, représentant plus de 800 artistes) envisage de demander au gouvernement de prendre des mesures contre le harcèlement croissant des paparazzi à leur égard. "Nous voulons voir si certains actes, comme s’introduire dans la maison d’un artiste, peuvent être interdits" déclare le président de l’Association, Eric Tsang. La présidente de l’Association des journalistes de Hong Kong, Mak Yin-Ting, suggère quant à elle que les artistes et les journalistes trouvent ensemble un compromis au lieu de faire appel au gouvernement. En 2002, les tensions entre les deux groupes s’accroissent. La dernière affaire en date concerne un célèbre chanteur pop, Nicholas Tse, accusé d’avoir frappé un photographe de Hong Kong, lors d’un voyage à Taïwan.
Le 31 juillet, le juge d’un tribunal de Hong Kong ordonne à la presse de quitter l’audience publique d’une affaire opposant la mère d’un top model à sa femme de chambre, accusée de la destruction d’une robe de soirée. Le juge se serait senti "oppressé" par la présence des journalistes. Un ordre jugé "inapproprié" par un porte-parole du tribunal. Le président du tribunal décide de mener une enquête interne.
Fin juillet, les autorités de Shanghaï font parvenir aux journalistes locaux un document leur interdisant de parler du projet d’établissement d’un parc Disney dans la ville, sauf permission spéciale du bureau de l’information, alors que les négociations entre Shanghai et Disney sont en cours.
Dans la perspective du XVIe Congrès du Parti communiste, Pékin se lance en août dans une campagne massive de célébration de Jiang Zemin, insistant sur les efforts du Président sortant en faveur de la stabilité et de l’unité. Le 26 août, au cours d’une conférence réunissant les responsables de la propagande des différentes provinces et les patrons des grands médias, Jiang Zemin ordonne à ces derniers de ne pas rapporter les conflits existant à l’intérieur du parti. Quand ils traitent de sujets sensibles, les médias doivent utiliser uniquement les articles de l’agence officielle Xinhua, du quotidien ou du magazine du PCC. Les responsables de la propagande les menacent de fermeture s’ils publient des articles contraires aux intérêts du parti. Ding Guangen, le directeur du Département central de la publicité, appelle quant à lui les journalistes à "faire davantage pour stabiliser le moral du peuple, en particulier en prêtant attention aux masses appauvries et en reflétant leurs difficultés". Les médias sont incités à ne pas couvrir les manifestations ouvrières et l’agitation causée par des paysans déplacés.
Le 17 août, des membres de Falungong piratent une chaîne de télévision locale Channel 5 à Baiyin, dans la province du Gansu (centre du pays). Selon des habitants de la ville, les programmes sont interrompus dix à vingt minutes par des images de membres du mouvement persécutés par les forces de sécurité. Les journaux locaux ne rapportent pas l’incident.
Le 19 août, la rédaction de la radiotélévision publique de Hong Kong RTHK abandonne l’idée d’interviewer la vice-présidente de Taïwan, Annette Lu Hsiu-lien, après qu’un officiel de Pékin a affirmé qu’interviewer la vice-présidente créerait de "gros problèmes" et équivaudrait à promouvoir l’idée qu’il existe "deux Chine".
Le 19 août, une douzaine de militants pour la démocratie organisent une manifestation devant la radio privée Metro Broadcast à Hong Kong, pour protester contre le renvoi de son rédacteur en chef, Paul Cheung. Celui-ci affirme avoir été renvoyé pour sa couverture critique sur le dirigeant du territoire Tung Chee-hwa et sur le magnat des affaires et propriétaire de la station, Li Ka-shing. Les militants brisent symboliquement un poste de radio devant le bâtiment pour protester contre ce qu’ils considèrent être un acte de censure. La radio rejette quant à elle ces accusations et invoque des raisons financières.
Dans la nuit du 31 août, sept policiers pénètrent au domicile et bureau de Yeo Shi-Dong, correspondant du quotidien sud-coréen Chosun Ilbo à Pékin. Les policiers, qui n’ont aucun mandat, fouillent les lieux sans explication et questionnent le journaliste pendant deux heures sur ses déplacements, sa famille et son récent changement de domicile. Ils saisissent également des documents relatifs à une enquête du journaliste sur les réfugiés nord-coréens, son passeport et ceux des autres membres de sa famille, son attestation de résidence en Chine et sa carte de journaliste. Avant de quitter son domicile, ils déclarent à Yeo Shi-Dong qu’il a violé la loi en ne signalant pas son déménagement au bureau de police local. Violation qui lui vaut le lendemain une amende du Bureau de l’Immigration. L’invocation de cette loi est une première : jusqu’à présent, les correspondants étrangers étaient seulement tenus d’avertir le ministère des Affaires étrangères de leurs changements de domicile, obligation dont le journaliste s’était acquitté. Le 26 août, Yeo Shi-Dong avait écrit un article sur l’arrestation de plusieurs dissidents nord-coréens qui avaient tenté de pénétrer dans une ambassade pour demander le statut de réfugiés. Le Chosun Ilbo a quant à lui critiqué à plusieurs reprises la position de la Chine à leur égard, appelant les autorités à leur accorder le statut de réfugiés politiques au nom des droits de l’homme, au lieu de les renvoyer en Corée du Nord.
En septembre, les grands médias du pays reçoivent du gouvernement un document contenant trente-deux clauses qui leur ordonne de suivre la ligne du PCC de façon à "créer une atmosphère convenable" pour le congrès et leur interdit d’aborder des sujets sensibles, comme l’entrée d’entrepreneurs dans le parti, la privatisation d’entreprises d’Etat ou la division des classes. En effet, le document insiste sur la promotion de la théorie des "Trois représentativités" développées par le président Jiang Zemin, et rejette l’idée de conflits de classes au sein de la société chinoise. Un an auparavant, l’Académie chinoise de sciences sociales avait rendu un rapport sur l’existence de classes sociales très différenciées dans le pays. Les médias avaient alors eu l’interdiction de parler du rapport, accusé de "créer des conflits" à l’intérieur du parti. La question de la division des classes a depuis lors fait l’objet de l’attention renforcée de la censure.
A l’approche du congrès, plusieurs officiels chinois, notamment le Premier ministre Zhu Rongji, évoquent le rôle des médias comme "porte-parole" du parti communiste. Dans le même temps, certains leaders évoquent la nécessité de la critique dans les médias envers les dirigeants. Ce débat feutré serait une traduction des conflits existants au sein du Comité central sur cette question.
En septembre, le journal officiel Quotidien du peuple dénonce dans un éditorial les journalistes qui "fabriquent des informations" pour répondre à la compétition entre les publications chinoises et le manque de contrôle des journalistes indépendants par l’appareil d’Etat. "Certains journalistes indépendants sont des menteurs professionnels", affirme le journal. Au même moment, le département de la propagande appelle les journalistes à une plus grande autodiscipline.
Le 24 septembre, le gouvernement de Hong Kong rend public un projet de loi sur la sécurité nationale qui prévoit de lourdes peines, notamment de prison, pour punir les actes de trahison, sécession, sédition, subversion et vol de secrets d’Etat. De nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer ce texte qui menace les libertés individuelles, et notamment la liberté de la presse. En effet, la notion de secret d’Etat est définie dans des termes très vagues. Elle pourrait permettre d’arrêter des journalistes pour diffusion d’informations qualifiées de secrets d’Etat. Ce texte d’application de l’article 23 de la Loi fondamentale, qui aurait été préparé sous la pression des autorités de Pékin, pourrait également avoir comme effet de renforcer l’autocensure des journalistes de Hong Kong sur des sujets sensibles pour le gouvernement central de la Chine populaire. Toute personne reconnue coupable de publication d’informations incitant à la trahison, à la sécession ou à la subversion s’exposerait à des peines allant jusqu’à sept ans de prison. Depuis la publication de cette proposition de loi, des hauts responsables de Hong Kong ont mis en garde les journalistes sur la manière dont ils utilisent la liberté de la presse. Ainsi, le 17octobre, Elsie Leung, ministre de la Justice, déclare que toute information confidentielle publiée sans la source dont elle est tirée sera désormais considérée comme un "secret d’Etat". Le 24 novembre, l’Association des journalistes de Hong Kong et l’Association des photographes de presse de Hong Kong adressent aux autorités un texte signé par 879 professionnels locaux, soutenus par vingt-six organisations étrangères des médias et de défense des droits de l’homme, réclamant la suppression des mesures les plus restrictives du projet de loi.
Le 15 octobre, la BBC World Service proteste auprès du gouvernement chinois contre le brouillage de ses programmes en ouzbek qui affecte les auditeurs en Ouzbékistan (sauf à Tachkent) et dans la province chinoise du Xinjiang. Depuis début 2002, le service ouzbek reçoit des plaintes de ses auditeurs suite à l’apparition d’interférences lors de la diffusion des programmes d’information en ondes courtes. Un technicien de la BBC a vérifié en Ouzbékistan la nature et l’origine de ces parasites. Selon la BBC interrogée par Reporters sans frontières, les autorités chinoises brouillent systématiquement, depuis le 1er septembre, les trois fréquences utilisées par la radio. Au 1er janvier 2003, les fréquences sont toujours brouillées par le gouvernement chinois qui n’a pas pris la peine de répondre à la radio britannique. Il s’agirait de prévenir la réception de ces émissions par les habitants de la province du Xinjiang, majoritairement peuplée de Ouighours musulmans dont la langue est très proche de l’ouzbek. Récemment, ce service de la BBC avait interviewé des dissidents ouighours en exil. Selon les informations de Reporters sans frontières, au moins sept programmes de radio en tibétain, en mandarin et en ouighour réalisés et diffusés depuis l’étranger, sont actuellement brouillés par le gouvernement chinois. Les rédactions des services en tibétain de Radio Free Asia, de Voice of America et de Voice of Tibet ainsi que le service en ouighour de Radio Free Asia, ont confirmé à Reporters sans frontières être victimes de brouillage depuis au moins le début de l’année 2000. Ainsi, l’organisation Tibet Information Network avait révélé, dans un rapport publié en mai 2000, l’acharnement des autorités de Pékin contre les radios en tibétain, très populaires dans la province himalayenne. Des plaintes ont été déposées auprès de l’organisation internationale de régulation des ondes. Mais le gouvernement chinois n’a jamais respecté ses engagements en la matière. De même, les interventions du gouvernement des Etats-Unis auprès des autorités de Pékin n’ont pas débouché sur des résultats concrets.
Depuis le 1er octobre, date à laquelle le service en mandarin de Radio Free Asia commence à diffuser des extraits de l’ouvrage "Disidai" sur le fonctionnement interne du PCC, le gouvernement chinois augmente le brouillage des émissions de la radio. Par ailleurs, le 18 octobre, les autorités chinoises arrêtent un membre du Parti communiste suspecté d’avoir divulgué des informations sur le Parti et des secrets d’Etat à Zong Hairen, auteur de cet ouvrage.
Le 8 novembre, le XVIe Congrès du Parti communiste chinois s’ouvre à Pékin, quadrillé par la police. Selon les déclarations des officiels, il s’agit de l’une des réunions les plus ouvertes du PCC. Dans les faits, les délégués sont mis en garde contre toute indiscrétion à la presse. Une interview nécessite une demande préalable au centre de presse et les délégués ne sont pas supposés s’entretenir avec les journalistes lorsque se tiennent les réunions. Seul un nombre restreint de réunions de délégations provinciales est ouvert aux médias. Selon l’agence de presse Reuters, ses correspondants se sont faits rabrouer à plusieurs reprises par des officiels du centre de presse et les journalistes chinois sont menacés de peines de prison en cas de fuite d’informations. La veille de l’inauguration, Ji Bingxuan, porte-parole du congrès, déclare lors d’un briefing à la presse, que les médias du pays continueront à être la "bouche" du Parti, mettant ainsi un terme aux espoirs de voir les nouveaux dirigeants alléger leur contrôle sur les médias.
Le 10 novembre, les autorités brouillent brièvement les diffusions par satellite de CNN, censurant ainsi une interview du dissident Fang Jue par la chaîne nord-américaine, et la mention du nom de Falungong au cours d’un film sur la quête du réconfort spirituel chez les Chinois face aux valeurs matérialistes.
Le 25 novembre, on apprend que Jin Minhua, chef de rubrique de l’hebdomadaire Shenzhen Zhoukan, publié dans la province de Shenzen (sud du pays), est licencié sur décision du département de la propagande, à la suite de la publication d’un article satirique décrivant Hu Jintao, nouveau secrétaire général du parti communiste, comme une "marionnette" de son prédécesseur Jiang Zemin. L’article publié le 10novembre, en plein Congrès du Parti communiste, vaut également à l’hebdomadaire une "rectification interne", selon un responsable provincial de la propagande.
Le 28 novembre, Patrick Ho Chi-ping, secrétaire aux Affaires Intérieures de Hong Kong, avertit les journalistes que la liberté de la presse pourrait "mourir si les médias violent les standards éthiques et s’autorisent une vulgarité excessive" devant les membres de l’Institut de la presse en langue chinoise. En réaction, l’Association des journalistes de Hong Kong l’accuse de tenter de discréditer et d’intimider les médias.
Fin novembre, Ma Ling et Li Ming, respectivement directeur adjoint et reporter du journal hongkongais pro-Pékin Ta Kung Pao, reçoivent des pressions de la part de leur direction afin de stopper la publication de leur biographie du nouveau président Hu Jintao.
Le 7 décembre, le gouvernement annonce que les journalistes chinois devront se soumettre à des tests afin de pouvoir obtenir ou conserver l’autorisation d’exercer. Les tests porteront sur les lois sur la presse et l’idéologie du Parti communiste chinois. Selon les officiels, ce système est censé encourager la compétition au sein de la profession, améliorant ainsi les standards. Dans les faits, ces tests pourraient permettre de passer au crible les journalistes idéologiquement indépendants.



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