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Inde


-  Superficie : 3 287 590 km2.
-  Population : 1 025 096 000.
-  Langues : anglais, 15 langues officielles.
-  Nature de l’Etat : république fédérale.
-  Chef de l’Etat : Abdul Kalam.
-  Chef du gouvernement : Atal Bihari Vajpayee.

Inde - Rapport annuel 2003

Le gouvernement nationaliste s’est montré intolérant vis-à-vis des journalistes qui enquêtent sur les sujets sensibles, comme la corruption ou la situation au Cachemire. L’emprisonnement du reporter cachemiri Iftikhar Gilani ou le harcèlement à l’encontre de la rédaction du site d’information Tehelka.com sont autant de preuves de la dégradation de la situation de la liberté de la presse en 2002.

Le pluralisme de l’information est une réalité en Inde. La presse écrite, la plus riche en titres au monde, a gagné plus de dix-sept millions de nouveaux lecteurs depuis 1999. Avec quarante millions de foyers équipés du câble ou du satellite en 2002, contre vingt-neuf millions en 1999, et six millions de personnes connectées au web, les médias électroniques sont en pleine explosion. Mais le gouvernement nationaliste a tenté à plusieurs reprises de faire taire les journalistes d’investigation les plus gênants. La violence vient également de groupes privés : mouvements armés au Cachemire ou dans les Etats du Nord-Est, sectes ou partis extrémistes hindous dans l’Etat du Gujarat. La guerre au Cachemire et les émeutes religieuses dans l’Etat du Gujarat ont provoqué une augmentation importante du nombre d’atteintes à la liberté de la presse en 2002.
Face à cette dégradation, les directeurs des plus importantes publications du pays dénoncent, en août, les tentatives du gouvernement de "museler la presse". La détention du journaliste Aniruddha Bahal de Tehelka.com est à l’origine de cette protestation commune. Bahal estime que le BJP (parti au pouvoir) est "plus dangereux et retors" que les gouvernements dirigés par le parti du Congrès. "Le gouvernement ne cesse d’invoquer des conspirations fantômes ou tente de trouver des éléments douteux dans notre travail. Nous ne savons même pas par où commencer pour rejeter ces inventions kafkaïennes et il nous ruine peu à peu", déclare le journaliste. Le gouvernement a poursuivi en 2002 sa politique de harcèlement de la rédaction de Tehelka.com, site d’information à l’origine de plusieurs révélations retentissantes, notamment sur la corruption au sein de l’armée. Un mois plus tôt, le président du Club des correspondants étrangers d’Asie du Sud avait accusé le gouvernement de "ruiner la réputation du pays quant à la liberté des médias" en harcelant les journalistes.
Au Cachemire, la majorité des journalistes ont le sentiment d’être pris entre le marteau et l’enclume, soit le gouvernement et les militants indépendantistes opérant dans la vallée. Leur critique de la violence en ont fait des cibles. Le directeur d’un quotidien local déclare sous couvert de l’anonymat : "Si nous écrivons en faveur du gouvernement, une lettre ou une grenade des militants nous attend le lendemain, et si nous suivons les diktats des militants, le gouvernement prend des mesures de restriction, notamment sur la publicité". Les journalistes sont confrontés à la même situation périlleuse dans les Etats du Nord-Est où sévissent des mouvements séparatistes.
En 2002, le gouvernement a ouvert le secteur des médias aux investissements étrangers, à hauteur de 26 % dans la presse écrite. En vertu d’une loi datant de 1955, les journaux et magazines indiens étaient jusque-là détenus à 100 % par des Indiens. Par ailleurs, la multiplication des télévisions et des stations FM privées modifie le paysage audiovisuel, dominé pendant près de soixante-dix ans par le réseau public Doordarshan et All India Radio. Effets inattendus de la crise indo-pakistanaise, les téléspectateurs indiens augmentent très fortement leur consommation de programmes d’informations et délaissent les mélodrames.
Enfin, le 4 décembre, est adoptée la première loi sur le droit à l’accès à l’information, visant à lever le secret sur les activités du gouvernement indien, à l’exception notoire des informations relatives à la défense, à la sécurité nationale et à de nombreux aspects de politique étrangère. Reste que les dossiers jusqu’alors inaccessibles des autres ministères pourront être mis à la disposition des journalistes.
Deux journalistes assassinés
Le 13 octobre 2002, Yambem Meghajit Singh, journaliste de la compagnie de production audiovisuelle qui réalise le programme d’information hebdomadaire North East Vision, est assassiné à Imphal après avoir été torturé par des hommes armés. Le journaliste a les mains attachées et le corps recouvert d’hématomes. Ses proches soupçonnent l’un des groupes séparatistes qui sévissent dans la région d’être responsable de sa mort. Le président de l’Union des journalistes des médias électroniques du Manipur, M.Kuleswar, affirme à Reporters sans frontières que Yambem Meghajit Singh, vice-président de cette même organisation, a diffusé dans son programme des informations critiques sur des groupes séparatistes et des politiciens locaux. Yambem Meghajit Singh lui avait annoncé peu avant sa mort son intention d’enquêter sur des affaires de corruption dans cet Etat. La police n’a mené aucune enquête sérieuse. Le mobile professionnel de cet assassinat n’a jamais été démenti par aucun élément.
Le 23 novembre, Ram Chander Chaterpatti, directeur de publication du quotidien en langue hindi Poora Sach [Toute la vérité] de Sirsa (Etat d’Haryana, au nord-ouest de New Delhi), décède à l’hôpital Apollo de New Delhi des suites des blessures infligées par un adepte de la secte Dera Sacha Sauda. Le journaliste, âgé de cinquante-deux ans, a été atteint de quatre balles devant son domicile à Sirsa le 24 octobre. Son agression est liée à ses articles rapportant les activités illégales, notamment des abus sexuels, dont se seraient rendus coupables les membres de la secte et leur gourou, Sant Gurmeet Ram Rahim Singh Ji. Selon ses proches, le journaliste écrivait depuis longtemps sur la Dera Sacha Sauda et avait déjà été plusieurs fois menacé. Aditya Arora, un responsable de la secte, a également confirmé que le journaliste avait été "averti plusieurs fois d’arrêter ses attaques contre notre secte car il enrageait les personnes de notre congrégation". Au moins quatre personnes, dont l’un des directeurs de la secte, Krishan, sont arrêtées dans le cadre de l’enquête.
Un autre journaliste a été assassiné en 2002. Mais, au 1er janvier 2003, il est impossible de dire si sa mort est liée à ses activités journalistiques.
Dans la soirée du 14 avril, Paritosh Pandey, journaliste pour le quotidien local Jansatta Express, est assassiné alors qu’il regarde la télévision à son domicile de Lucknow (Etat de l’Uttar Pradesh). Le journaliste, âgé de trente-deux ans, est abattu de cinq balles de revolver à bout portant par plusieurs individus. Touché à la tête, il meurt sur le coup. Les assassins réussissent à s’enfuir. Un groupe de journalistes, choqués par le meurtre de leur collègue, se rend quelques heures plus tard au siège de la police de Lucknow. Ils exigent une action rapide et énergique des services de police, accusés de ne pas prendre cette affaire au sérieux. Une bousculade a lieu au siège de la police et un journaliste est blessé à la tête d’un coup de crosse de pistolet par un policier. Le lendemain, le gouverneur Vishnu Kant Shastri promet que les premiers résultats de l’enquête seront connus dans les trois jours. Plusieurs sources policières confirment que la piste de la mafia locale n’est pas à écarter. Paritosh Pandey était spécialisé dans les affaires criminelles. Plus d’un mois après le meurtre, la police arrête l’épouse du journaliste et deux de ses amis. L’officier en charge de l’enquête conclut à une dispute familiale. Certains journalistes de Lucknow continuent à penser que la mafia pourrait être impliquée.
Nouveaux éléments sur un journaliste tué avant 2002
Le 5 mai 2002, neufs accusés, dont deux inspecteurs et quatre agents de police, sont reconnus coupables du meurtre de Siddaramesh, rédacteur en chef et fondateur du quotidien Kranthi, par la cour du district de Gulbarga (Etat du Karnataka, sud-ouest du pays). Chacun est condamné à trois ans de prison ferme et à une amende de 150 euros. Ils ont été jugés en vertu des articles 120 (b) et 201 du code pénal indien, pour "conspiration criminelle" et pour "destruction délibérée de preuves". Les condamnés sont Maruthi Devappa Gaonkar, inspecteur à Bangalore, Mallakajappa C Totad, inspecteur à Bagalkot, l’agent de police Siddaram, l’agent Yoginath, l’agent Babu Shivrayappa, l’agent Mallinath, Syed Rafiq Ahmed, Ambu, et Bheemrao Tegaltippi, employé à l’université de Gulbarga. Deux autres accusés, Doddappa et l’agent de police Tulja Singh, sont décédés. Le journaliste Siddaramesh avait été tué le 14 février 1984 alors qu’il rentrait chez lui en voiture. Une quinzaine de personnes l’avaient traîné hors de son véhicule avant de le poignarder à mort. Les policiers auraient tué le journaliste pour le punir de ses articles sur la corruption au sein de leur corporation.
Quatre journalistes incarcérés
Le 10 avril 2002, Soe Myint, journaliste birman, directeur de l’agence de presse Mizzima et secrétaire adjoint de l’organisation Burma Media Association (BMA, affiliée au Réseau Reporters sans frontières), est arrêté à son domicile de New Delhi. Le journaliste est placé en garde à vue pour cinq jours. Selon les autorités, le journaliste doit comparaître pour le détournement d’un avion de la compagnie Thai Airways sur la ligne Calcutta - Rangoon, le 19 novembre 1990. Ce détournement sans armes avait pour but d’attirer l’attention de l’opinion publique internationale sur les violations des droits de l’homme perpétrées par la junte birmane. En 1998, Soe Myint, âgé de 35 ans, avait fondé Mizzima, une agence de presse spécialisée sur la Birmanie, très critique à l’égard du gouvernement militaire. Selon des sources birmanes et indiennes, la junte de Rangoon pourrait avoir fait pression sur le gouvernement indien afin que le dissident soit arrêté. Ainsi, l’avocate de Soe Myint, Nandita Haksar, affirme à Reporters sans frontières que le journaliste a été interrogé sur ses activités journalistiques, notamment par deux hommes présents dans les locaux du Central Bureau of Investigation (CBI), qui ont refusé de s’identifier. Soe Myint est libéré sous caution le 17 avril par une cour de Calcutta. Dans une lettre adressée à Reporters sans frontières, le gouvernement indien nie toute relation entre l’arrestation du journaliste et ses activités professionnelles.
En mai, la police de l’Etat du Karnataka (sud du pays) obtient le maintien en détention de Sivasubramanian, du magazine en tamoul Nakkeeran, détenu depuis novembre 2001 pour sa complicité supposée avec la bande du célèbre bandit Veerappan. En 2002, la police ajoute à son dossier l’accusation de soutien au mouvement des Tigres tamouls. Le journaliste, dont le directeur de publication de Nakkeeran, R. R. Gopal, défend l’innocence, est inculpé en vertu de la loi sur les armes (Arms Act). Mais, selon R. R. Gopal, son arrestation est liée à une série d’articles consacrés aux exactions, notamment contre des femmes, commises par les forces spéciales de la police de l’Etat du Karnataka durant la traque de Veerappan.
Le 9 juin, une équipe de policiers et d’agents des services fiscaux interpellent Iftikhar Ali Gilani, correspondant des quotidiens indien Kashmir Times et pakistanais Daily Times et The Nation, à son domicile de New Delhi. Le même jour, son beau-père, Syed Ali Shah Gilani, leader séparatiste cachemiri, est arrêté au Cachemire en vertu de la loi antiterroriste. Le 10juin, le journaliste est formellement arrêté en vertu de la Loi sur les secrets officiels. La police l’accuse de détenir sur son ordinateur portable des plans de la présence militaire indienne au Cachemire. Iftikhar Gilani affirme que ces documents sont tirés d’un rapport de 1997 du Département d’Etat américain et qu’ils ont déjà été publiés dans le quotidien indien The Hindu et sont consultables sur Internet. Des dizaines de journalistes manifestent au Cachemire pour sa libération et les associations de journalistes indiens exigent des autorités un procès juste et équitable. Le 22juin, le journaliste est transféré à la prison de Tehar près de New Delhi. Lors d’une audience, V. K. Ohri, l’avocat de M.Gilani, démontre que ces documents sont disponibles librement sur un site Internet. En juillet, la police de New Delhi accuse le journaliste d’avoir également violé l’article 292 du code pénal en projetant des films pornographiques à son domicile. Cette nouvelle inculpation, imputée sans l’accord de la cour, est contestée, le 18juillet, par la juge Sangita Dhingra Sehgal. Cette dernière refuse néanmoins la demande de libération sous caution déposée par les avocats du journaliste. Au même moment, Iftikhar Gilani est malmené par ses codétenus, en majorité des criminels. Les autorités de la prison lui refusent par ailleurs le libre accès à la bibliothèque de la prison. Le 29 juillet, le Conseil de la presse indien adopte une résolution qui dénonce la détention arbitraire d’Iftikhar Gilani. En juillet et août, sa détention provisoire est prolongée huit fois.
Le 7 septembre, la police inculpe le journaliste pour ses activités d’espionnage et de pornographie. Le document transmis à la cour reprend les accusations sur l’envoi au Pakistan de documents secrets. L’acte d’accusation présenté à la juge Sangita Dhingra Sehgal repose sur plusieurs articles de la Loi sur les secrets officiels, sur l’article 120-B (relatif à la conspiration criminelle) et sur l’article 292 (relatif à la pornographie) du code pénal indien. Cette inculpation est intervenue deux jours avant l’expiration du délai légal de 90 jours après lequel Iftikhar Gilani devait être remis en liberté sous caution. Lors d’une audience, la juge en charge de l’affaire affirme alors ne "pas avoir eu le temps de consulter" le site Internet sur lequel sont accessibles les documents relatifs à la position des troupes indiennes. En septembre, le journaliste affirme à Reporters sans frontières être "très déprimé". Le 9 octobre, son audience pour l’examen de sa mise en liberté sous caution est ajournée en l’absence du procureur. Le 13 novembre, sa demande de mise en liberté sous caution est refusée alors que la police a reconnu la veille que les documents qualifiés de secrets sont les mêmes que ceux disponibles sur le site Internet. Iftikhar Gilani précise qu’il les a téléchargés à partir d’une publication de l’Institut d’études stratégiques d’Islamabad datant de janvier 1996. Le 16 novembre, le pourvoi en appel, déposé par l’avocat d’Iftikhar Gilani, est rejeté. Le dossier de demande de mise en liberté sous caution retourne donc au juge Sangita Dhingra Sehgal. La police tente alors par diverses procédures de retarder l’étude du dossier par la justice. Le 23 décembre, O. S. Lochab, directeur général des services secrets militaires indiens, est entendu par la juge Sangita Dhingra Sehgal de la cour métropolitaine de New Delhi à propos des documents trouvés dans l’ordinateur de Iftikhar Gilani. L’officier confirme que ses services ont transmis le 12 décembre une lettre au ministère de l’Intérieur affirmant que les documents en possession du journaliste étaient disponibles librement sur Internet. Selon O. S. Lochab, le journaliste n’est pas un espion. La police affirme ne pas avoir reçu cette lettre. La juge demande au gouvernement de clarifier sa position sur cette affaire, lors de la prochaine audience du 3janvier 2003.
Kumar Badal, journaliste du site d’information Tehelka.com, est arrêté le 3 juillet par des policiers à New Delhi. Il est conduit devant la cour de Saharanpur (Etat de l’Uttar Pradesh, nord du pays) qui ordonne son placement en détention. Une plainte déposée le 31 mai affirme que le journaliste a engagé des braconniers pour tuer et filmer des léopards, une espèce protégée dans la jungle de Saharanpur. Il est détenu en vertu de la Loi sur la protection de la nature. Le 5 août, le journaliste adresse une lettre à la presse pour annoncer sa décision d’entamer une grève de la faim : "Toutes ces souffrances que je dois endurer sont tout simplement dues au fait que je suis journaliste de Tehelka.com qui a pris fait et cause pour rendre compte de la corruption qui règne au plus haut niveau de l’Etat". Le reporter, âgé de 29 ans, marié et père d’un bébé de quatre mois, reçoit le soutien de sa rédaction qui dénonce une nouvelle étape dans le "harcèlement de la police au service du gouvernement". Kumar Badal clame son innocence depuis le début de la procédure. En prison, il est l’objet de multiples brimades. Ainsi, le premier jour, le journaliste est obligé de se déshabiller pour une fouille corporelle, devant des gardiens et des prisonniers. Le journaliste est placé dans un pavillon insalubre prévu pour soixante personnes, mais qui accueille plus de deux cent cinquante détenus. La cour de l’Uttar Pradesh rejette à plusieurs reprises, les 2 et 21 août, puis en octobre, les demandes de libération sous caution déposées par l’avocat de Kumar Badal. Ce dernier met un terme à sa grève de la faim au cours du mois d’août.
Trois journalistes interpellés
Le 10 juin 2002, Mohammad Yusuf Dar, journaliste du quotidien régional en anglais Daily Excelsior au bureau de Srinagar (province du Cachemire), est frappé, insulté et détenu pendant deux heures par des policiers, notamment l’inspecteur adjoint Javed. Selon le quotidien Kashmir Images, le journaliste est interpellé, sans motif, alors qu’il rentre à son domicile.
Le 7 août, Anil Nambiar, journaliste de la chaîne de télévision locale Surya TV, est arrêté à Kerala (sud de l’Inde) après avoir préparé un reportage sur une affaire de transfert d’argent sale impliquant un ministre local du Parti du Congrès. L’information vient d’un document des services secrets, apparemment faux, que l’un des leaders du même parti a donné au journaliste. Après avoir été obligé de révéler ces sources aux policiers, le journaliste est libéré sous caution vingt-quatre heures plus tard.
Le 7 août, Aniruddha Bahal, responsable de l’équipe d’investigation de Tehelka.com, est arrêté suite à une plainte d’un officier du Central Bureau of Investigation (CBI) qui affirme avoir été "menacé" par le reporter. Aniruddha Bahal est libéré sous caution le même jour. Par ailleurs, les autorités confisquent son passeport.
47 journalistes agressés
Les émeutes religieuses d’avril et de mars 2002 dans l’Etat du Gujarat (ouest du pays) sont à l’origine de nombreuses violences à l’encontre de la presse.
En mars, Rajul Chiniwala, journaliste de Sandesh à Surat, est arrosé d’essence par des inconnus qui sont sur le point de le faire brûler vif, quand il est sauvé par l’intervention de la police. Bhargav Parikh, responsable local des informations pour la chaîne de télévision Zee News, et son cameraman, Tejas Gondalia sont battus par plusieurs individus et leur caméra est détruite. Parish Joshi, photographe du journal Indian Express à Rajkot, est bousculé par plusieurs inconnus, son appareil photo et ses pellicules sont détruits. Sudhir Vyas, correspondant du journal Times of India à Rajkot, est frappé par la police. Tanvir Siddiqui et Javed Raja, journaliste et photographe du quotidien Indian Express, sont empêchés de partir en reportage par un regroupement antimusulman dans les rues. Rajdeep Sardesai, journaliste pour la chaîne de télévision NDTV et plusieurs de ses collègues, sont contraints de crier "Jai Sri Ram" ["Vive Lord Ram", slogan hindouiste] par des extrémistes hindous avant d’être autorisés à monter dans leur véhicule.
Début avril, Sonal Kellog, journaliste pour le quotidien The Asian Age, est frappée par des policiers alors qu’elle interviewe des femmes musulmanes gujaraties victimes de violences policières.
Le 7avril, à Ahmedabad (capitale du Gujarat), les forces de police attaquent une vingtaine de journalistes et de collaborateurs des médias qui couvraient deux rassemblements pour la paix, perturbés par des membres de la Gujarat Yuva Morcha [jeunesse du BJP, le parti au pouvoir]. Au début des incidents, le commissaire de police adjoint, V.M.Parghi, ordonne à Pranav Joshi, cameraman pour la chaîne de télévision privée NDTV, d’arrêter de filmer. Après avoir demandé les raisons de cette interdiction, le journaliste reçoit un coup à la tête et s’écroule au sol. Selon des témoins, la police charge les journalistes et les menace de leurs armes à feu. L’incident prend fin après l’intervention du commissaire Shivanand Jha. Harsh Shah, Harshyal Pandya, respectivement photographe pour le quotidien Indian Express et journaliste pour la chaîne de télévision privée ETV, ainsi que Pranav Joshi, sont gravement blessés durant l’agression. Ce dernier est hospitalisé et placé sous soins médicaux intensifs. Un photographe du Times of India est frappé aux côtes et brutalisé à coups de pied. Dhimant Purohit, correspondant pour la chaîne de télévision Aaj Tak, Sanjeev Singh, journaliste pour la chaîne NDTV, Ashish Amin, journaliste indépendant, Amit Dave, photographe pour le quotidien Jansatta, Gautam Mehta et Ketan Trivedi, respectivement photographe et journaliste pour le quotidien Gujarat Samachar, sont également blessés. Une plainte est déposée par des journalistes à l’encontre du commissaire adjoint. Le ministère de l’Intérieur de l’Etat du Gujarat rend public dans la nuit du 7 avril un communiqué niant toute agression contre la presse. Quelques heures plus tard, un autre communiqué précise que le ministre a ordonné la création d’une commission d’enquête, dirigée par un juge de la Haute Cour à la retraite. Le 8 avril, le gouvernement du Gujarat annonce la mutation des commissaires Shivanand Zha et V.M. Parghi, ainsi que l’ouverture d’une enquête judiciaire.
A partir du 31mars, un comité constitué par l’Association des directeurs de presse de l’Inde (Editors’Guild of India) mène une enquête dans le Gujarat sur les violences survenues dans cet Etat et sur les allégations de "couverture médiatique biaisée". Le comité conclut en mai que la couverture des médias locaux et nationaux a été, dans l’ensemble, exemplaire et impartiale. Ils dénoncent cependant deux grands quotidiens locaux, Sandesh et Gujarat Samachar, pour leur couverture "provocante, irresponsable et en violation flagrante de toutes les normes en matière d’éthique journalistique" et demandent des sanctions contre ces publications. Enfin, le comité dénonce les dizaines d’agressions de journalistes de la part d’émeutiers hindous et musulmans et de policiers lors de ces événements qui ont provoqué la mort de milliers de personnes.
Le 26mars, Franco Ernesto Pagetti, photographe indépendant en mission pour le magazine italien Expresso, est blessé lors d’une manifestation à Srinagar (capitale de l’Etat du Jammu-et-Cachemire, nord-ouest du pays). Le journaliste couvre un rassemblement de soutien à un dirigeant séparatiste emprisonné lorsque la police indienne charge les manifestants à coups de bâton et envoie des grenades lacrymogènes. Atteint par une grenade lacrymogène, Franco Ernesto Pagetti est transféré à l’hôpital où son état nécessite vingt points de suture à la tête.
Le 29 mai, Zafar Iqbal, journaliste pour le quotidien anglophone indépendant Kashmir Images, est grièvement blessé par balles à son bureau de Srinagar (Cachemire). Le jeune journaliste écrit un article quand trois individus font irruption dans son bureau en se présentant comme des postiers. Ils ouvrent le feu à trois reprises sur le journaliste. Zafar Iqbal, touché aux jambes et au visage, est transporté au principal hôpital de Srinagar, où les médecins déclarent que le journaliste n’a que cinquante pour cent de chances de survivre. Le lendemain, un médecin annonce que le journaliste est hors de danger, mais Zafar Iqbal doit subir plusieurs opérations aux cordes vocales, touchées par une balle. Les agresseurs, dont les armes étaient munies de silencieux, ont également endommagé le mobilier et sectionné les lignes téléphoniques du bureau du journaliste. Le matin de l’agression est paru en une du Kashmir Images un article faisant état du secours apporté par des soldats indiens à une famille cachemirie en détresse. La police et le directeur de publication se refusent à tout commentaire sur les motifs de cette tentative d’homicide. Toutefois, la nature de l’article peut laisser à penser que des groupes armés séparatistes auraient pu le percevoir comme une information "pro-indienne". Quelques jours après l’attaque, le rédacteur en chef de Kashmir Images explique à Reporters sans frontières que la police indienne a posé quelques questions aux témoins mais n’a pas mené de véritable enquête.
Le 3 juin, B. Meera et Shakeel Ahmed Wani, respectivement correspondant et cameraman pour la chaîne de télévision publique Doordarshan, sont légèrement blessés par des tirs pakistanais alors qu’ils visitent la ligne de contrôle au Cachemire.
Le 10 juillet, Shahid Rashid, rédacteur en chef du quotidien en langue ourdou Reporter de la province, est blessé par deux balles au cou et au bras dans une rue de Srinagar (Cachemire). Ses agresseurs réussissent à prendre la fuite. L’attaque n’est pas revendiquée mais la police suspecte des militants séparatistes, qui auraient tenté de tuer le journaliste en raison de sa proximité supposée avec le gouvernement indien. Shahid Rashid est un ancien militant séparatiste reconverti dans le journalisme après sa libération de prison dans les années 1990.
Le 30 juillet, six hommes armés de bâtons font irruption dans le bureau du journal en langue tamoul Dinamalar à Thanjavur (Etat du Tamil Nadu, sud du pays), détruisent du matériel et s’en prennent aux employés qui tentent de les arrêter. Saravana Kumar, secrétaire de rédaction, Raja, un journaliste, et Murugan, directeur du bureau, sont blessés puis hospitalisés. D’après le directeur de la publication, l’attaque serait motivée par un dessin humoristique publié le 26 juillet, représentant Veeramani, le leader d’une organisation nationaliste des Dravidiens (population originelle du sud de l’Inde), sous la forme d’un rat chassé d’une maison par le chef du gouvernement du Tamil Nadu. Selon le Comité de protection des journalistes, la police a arrêté cinq suspects.
Le 31 août, Muzamil Jaleel, chef du bureau du quotidien The Indian Express à Srinagar (Cachemire), est agressé par plusieurs officiers de police alors qu’il s’approche du lieu d’un accident de voiture impliquant le véhicule d’un haut responsable de la police. Sans s’assurer de l’identité de Muzamil Jaleel, les policiers l’empoignent et commencent à le frapper à coups de crosse jusqu’à ce que le journaliste tombe au sol, inconscient. Les policiers menacent également de le tuer, avant de le laisser repartir. Muzamil Jaleel est conduit à l’hôpital pour soigner ses blessures, notamment à la tête. Suite au dépôt d’une plainte, les autorités annoncent que des mesures vont être prises à l’encontre des policiers impliqués.
Le 7 septembre, trois journalistes de journaux locaux basés à Guwahati (Etat d’Assam, nord-est de l’Inde) sont battus par des employés du ministère de la Justice sociale dans un bâtiment officiel. Un des trois journalistes affirme avoir été empêché de rencontrer le ministre, puis insulté et frappé. L’Association des journalistes de la province décide de boycotter toutes les activités gouvernementales tant que les agresseurs ne sont pas sanctionnés.
Le 17 septembre, deux jeunes hommes pénètrent dans le bureau de Ghulam Mohammad Sofi, journaliste du Srinagar Times à Srinagar (Cachemire), et ouvrent le feu sur lui. Le journaliste est blessé à la main droite et son garde du corps reçoit une balle dans la cuisse alors qu’il tente de s’interposer. Les agresseurs ne sont pas identifiés. Le Srinagar Times soutient le processus électoral en cours dans la province. Des élections contestées par nombre de militants indépendantistes propakistanais. Quelques heures avant l’agression, l’organisation pakistanaise Conseil unifié du Jihad avait reproché à plusieurs médias cachemiris de donner une couverture pro-indienne des élections. "Les moudjahidin connaissent les moutons noirs dans la presse et ils leur conseillent de changer d’attitude", affirme le communiqué.
Le 22 octobre, Mohainraj Lahade, du quotidien en hindi Loksatta, est kidnappé àson bureau d’Ahmednagar, près de Bombay (ouest du pays). Trois collègues qui tentent de s’interposer sont blessés par les assaillants. Le journaliste est conduit de force au bureau puis au domicile d’Anil Rathod, membre de l’Assemblée législative locale pour le Shiv Sena (parti ultranationaliste hindou). Le député et quatre complices, également membres du Shiv Sena, le rouent de coups de bâton. Cette agression fait suite à un article du journaliste sur un procès entamé par une banque contre le député Anil Rathod. Les cinq agresseurs sont arrêtés le lendemain, avant d’être libérés sous caution.
Le 23 novembre, le journaliste Kuldip Nayar est attaqué à Delhi par un groupe d’activistes du Vishwa Hindu Parishad (un mouvement extrémiste hindou) qui lui reprochent d’avoir écrit un article sur la liquidation par la police de deux individus suspectés de terrorisme.
Le 3 décembre, Somashekar, reporter de la chaîne ETV, et son cameraman, sont agressés par un groupe d’avocats à Bangalore dans le hall de la Haute Cour de l’Etat de Karnataka (sud du pays), alors qu’ils couvrent une réunion de l’Association des avocats. A. M.Suresh, journaliste du quotidien de Kannada Udayavani, est également malmené lorsqu’il tente de porter secours aux deux hommes. Les avocats reprochent aux médias d’avoir publié des informations controversées sur des juges de la Haute Cour impliqués dans une affaire de mœurs. Deux jours plus tard, les journalistes de Bangalore organisent une marche en signe de protestation.
Le 12 novembre, une quarantaine de membres du Majlis Bachao Tehreek (MBT, une association d’indiens musulmans) dirigés par Amjadullah Khan Khalid, le fils du président du MBT décédé deux jours plus tôt, prennent d’assaut et saccagent les locaux du quotidien en langue ourdou Munsif à Hyderabad (sud du pays). M.Khalid frappe le rédacteur en chef du journal, Nassem Arifi. Selon ce dernier, l’agression vient en représailles après la publication d’un article sur les funérailles de son père, dont certains détails l’ont irrité. Le 13 novembre, Amjadullah Khan Khalid et trois de ses complices sont arrêtés par la police.
Trois journalistes menacés
Le 18 avril 2002, R. R. Gopal, directeur du bihebdomadaire en tamoul Nakkeeran, adresse une demande de protection policière pour ses journalistes, leurs familles et lui-même, à la Haute Cour de Madras (sud du pays). Celle-ci l’accepte et demande au gouvernement du Tamil Nadu de prendre les dispositions nécessaires. Gopal rappelle dans sa requête que les gouvernements successifs du Tamil Nadu s’en sont pris à sa rédaction. Le journaliste profitait d’une protection policière jusqu’au 6 avril. Elle lui est retirée sans explication. Le 28 mai, la police du Tamil Nadu convoque Gopal pour l’interroger sur le kidnapping, en 2000, de l’acteur de cinéma Rajkumar par le bandit Veerappan. Le directeur de Nakkeeran dépose quelques jours plus tard une demande de libération sous caution anticipée devant la Cour suprême. Il craint d’être arrêté par la police. Le 18 juin, la Cour suprême refuse d’examiner sa demande et le renvoie vers la Haute Cour du Tamil Nadu. Quelques jours plus tard, Gopal est à nouveau interrogé par la police. Il ressort libre. En revanche, l’un de ses journalistes, R. Prakash est arrêté, le 3 octobre, pour tentative d’extorsion. Selon le quotidien Asian Age, le reporter de Nakkeeran aurait essayé de faire chanter une femme en la menaçant de publier dans le bihebdomadaire des photos d’elle dénudée. En décembre, R. R. Gopal affirme que les pressions sur la rédaction de Nakkeeran se sont intensifiées après la publication par l’ancien directeur général de la police de l’Etat de Karnataka d’un livre qui met largement en cause le journaliste. Il lui reproche notamment ses contacts avec le plus célèbre bandit indien, Veerappan.
Le 8 octobre, Iboyama Laithangbam et Ymnam Arun, respectivement stringers du quotidien The Hindu et du mensuel Eastern Panorama à Imphal (Nord-Est du pays), sont kidnappés par des membres du Front de libération uni Kuki (séparatiste) alors qu’ils se rendent à Moreh (Etat du Manipur). Des responsables de ce groupe armé se sont plaints de ne pas recevoir assez d’attention des médias. Les deux journalistes sont libérés deux jours après.
Le 5 décembre, Ashok Singhal, dirigeant du Vishwa Hindu Parishad (un mouvement extrémiste hindou), décrit les publications indiennes The Hindu, The Times of India et The Indian Express comme des "traîtres à la nation" et prévient que la population indienne doit cesser de les lire. A l’inverse, il fait les louanges de la presse en hindi qui, contrairement à celle en anglais, rapporte les "vrais faits". Lors de la même conférence de presse, le trésorier du mouvement s’en prend verbalement à un journaliste du quotidien Telugu.
Pressions et entraves
Le2mars 2002, une demi-douzaine de chaînes de télévision, dont Cable News Network, Star News, Zee News et CNN, sont interdites de diffusion dans l’Etat du Gujarat (ouest du pays) sur ordre du préfet de police, P.C. Pandey, qui ordonne aux opérateurs de câble de suspendre les programmes "susceptibles d’attiser les troubles entre hindous et musulmans". Peu de temps auparavant, le chef du gouvernement du Gujarat, Narendra Modi, avait reproché aux chaînes le caractère "sanglant" et "provocateur" des reportages consacrés aux violences qui ont éclaté entre les deux communautés.
Le 4mars, Rajinder Paul, assistant du directeur des programmes de la station publique All India Radio, est muté dans une autre unité de la radio. Le directeur général de la rédaction, Harish Awashti, a demandé l’ouverture d’une enquête sur ordre du cabinet du Premier ministre. Ce dernier aurait été irrité par la diffusion, la veille, d’un débat critique à l’égard du gouvernement de l’Etat du Gujarat.
Le 19mars, le ministre indien de la Défense, George Fernandes, déclare que les médias doivent favoriser la "sauvegarde des intérêts nationaux". Le ministre ajoute que les informations publiées par les médias ne doivent pas être considérées comme "plus fiables que celles délivrées par le gouvernement". Le gouvernement indien a récemment critiqué les médias, coupables selon lui d’avoir exagéré l’importance de la vague de violences qui a frappé l’Etat du Gujarat.
Le 30 avril, la chaîne de télévision publique Doordarshan suspend sa diffusion pendant une journée lors du débat d’une motion de censure au Parlement déposée par l’opposition, qui porte sur les violences religieuses dans l’Etat du Gujarat. Justifiant cette mesure, le ministre de l’Intérieur Pramod Bahajan déclare que la retransmission en direct de ce débat aurait "déchaîné les passions dans le pays". L’opposition parle d’une "attaque contre la démocratie".
Début mai, le quotidien national The Statesman est contraint de s’excuser publiquement pour avoir publié, le 15 janvier 2002, un article d’A. G. Noorani, illustré par une caricature de Debbrata. Le dessin de presse représentait un jeune homme vêtu d’un tee-shirt portant les initiales du RSS (parti extrémiste hindou), en train de tirer avec un pistolet sur l’effigie de Gandhi. Le journaliste, qui ne s’est jamais présenté devant la Haute Cour de Delhi, a fait l’objet d’un mandat d’arrêt. Les avocats du journal regrettent "cette publication sans aucune malice et sans volonté délibérée de diffamer des individus ou le RSS ". Le parti extrémiste retire finalement sa plainte contre le quotidien et contre A. G. Noorani.
Début juin, le gouvernement de l’Etat du Gujarat déclare dans une réponse écrite à la Commission nationale des droits de l’homme que les journalistes qui décident de couvrir les violences religieuses le font à leurs "risques et périls". Selon les autorités, ils s’exposent au même sort que le journaliste américain Daniel Pearl au Pakistan. Dans son rapport, la Commission a rapporté "des dizaines d’agressions physiques sur des représentants des médias, particulièrement les gens de télévision, ainsi que des dommages causés à leur matériel".
Le 10 juin, le chef du gouvernement du Gujarat, Narendra Modi, adresse une demande de démenti et d’excuses à l’hebdomadaire Outlook. Le très controversé politicien nationaliste s’estime diffamé par un article du 3 juin affirmant qu’il aurait ordonné à des officiers de police du Gujarat de ne pas stopper les hindous qui s’attaquaient aux musulmans.
Le 17 juin, jour de la parution dans le magazine nord-américain Time d’un article mettant en doute les capacités physiques du Premier ministre indien, Atal Bihari Vajpayee, à diriger le pays, la une du quotidien indien The Pioneer, connu pour ses positions favorables au BJP, attaque violemment le Time, le qualifiant de "dédaigneux, condescendant, irrévérencieux, grossièrement mal élevé". Le 18 juin, des activistes du BJP brûlent des exemplaires du magazine à Mumbai. Tout au long de la semaine, The Pioneer s’interroge sur les motivations d’Alex Perry, correspondant du Time à New Delhi, et accuse le reporter de posséder plusieurs passeports. Le 21 juin, les services indiens de l’immigration interrogent Alex Perry au sujet de supposées irrégularités sur son passeport. Le journaliste doit démontrer qu’il ne possède qu’un seul passeport. Le 24 juin, les services d’immigration annoncent qu’Alex Perry est libre de ses mouvements mais qu’il devra les informer "par courtoisie" chaque fois qu’il quittera le pays. Le 27juin, le Time exprime ses "regrets" au ministre indien des Affaires étrangères quant à la façon dont certaines phrases de l’article d’Alex Perry étaient formulées.
Le 26 juin, une dizaine d’officiers du Bureau central d’investigation (CBI) perquisitionnent au siège du site Internet Tehelka.com à New Delhi, ainsi qu’au domicile d’un de ses journalistes, Kumar Badal. Ce dernier est accusé par le CBI de braconnage (cf. supra). Pourtant, selon des témoins, le CBI s’est révélé incapable de produire des documents, saisis dans les locaux du site, relatifs à cette affaire. Lors de leur perquisition, les officiers ont en revanche confisqué des documents concernant la fondation du site, notamment des e-mails de Shankar Sharma, propriétaire de la compagnie First Global et financier initial du site, emprisonné sans jugement. En outre, la perquisition est opérée quelques heures avant la déposition du rédacteur en chef du site, Tarun Tejpal, devant la Commission Venkataswami. Créée par le gouvernement, cette instance a pour mission d’enquêter sur une affaire de corruption révélée par le site en mars 2001. L’audience du journaliste est finalement reportée. Selon l’avocat du site Internet, Kavin Gulati, l’enquête en est à un "moment crucial de l’interrogatoire croisé" des témoins, d’où il conclut que le choix de la date de perquisition était "absolument motivé". Le porte-parole du CBI rétorque qu’il s’agit "d’une pure coïncidence".
Dans la soirée du 1er août, la résidence et le bureau de Altaf Hussein, correspondant de la BBC à Srinagar (Cachemire), sont perquisitionnés par des soldats. Selon le journaliste, la perquisition a lieu après que l’armée a intercepté une conversation entre des militants séparatistes qui mentionnaient son numéro de téléphone. Le lendemain, un responsable de la radio britannique en Asie du Sud demande à l’armée d’enquêter sur les circonstances de cette perquisition.
Le 20 août, la Haute Cour de Lucknow (Etat de l’Uttar Pradesh, nord du pays) interdit la publication de toute prise de position d’une des parties dans le conflit qui oppose musulmans et hindous sur la propriété du terrain Ayodhya. Les nationalistes hindous, qui ont détruit en 2000 la mosquée d’Ayodhya, affirment qu’il s’agit du lieu de naissance du Seigneur Rama. Les juges menacent de poursuivre pour "outrage à la cour" et de punir par des peines de prison les médias qui retranscriraient les opinions de l’une des deux communautés, ou de leurs avocats.
Le 1er septembre, Lachit Bordoloi, journaliste et militant des droits de l’homme, publie un article dans le quotidien régional Somiya Protidin, révélant la corruption qui sévit au sein de la police du district de Nagaon (Etat d’Assam, nord-est du pays). Le 4 septembre, le journaliste reçoit la visite d’un officier de police qui le menace d’une poursuite en diffamation s’il ne revient pas sur ses propos. Il refuse. Commence alors une campagne d’intimidation et de harcèlement, avec par exemple la tentative de fabrication de fausses preuves établissant des liens entre Lachit Bordoloi et un groupe armé interdit, les Forces unies de libération de l’Assam (ULFA).
Le 28 novembre, Al-Badr, un groupe séparatiste cachemiri basé au Pakistan, revendique un attentat à la roquette contre l’immeuble de la radiotélévision gouvernementale au cœur de la ville de Srinagar (Cachemire). Aucun blessé n’est à déplorer dans cette attaque, seulement des dégâts matériels.
Le 3 décembre, la Haute Cour de l’Etat du Karnataka (sud-ouest du pays) entame l’instruction d’une plainte pour "outrage à la cour" déposée par un groupe de juges contre quatorze publications indiennes. Les journaux et magazines accusés ont en commun d’avoir publié des articles sur une affaire de mœurs dans laquelle trois juges de l’Etat du Karnataka seraient impliqués. Cinquante-six personnes (rédacteurs en chef, imprimeurs, journalistes et directeurs de publication) de quatorze publications dont The Times of India, The New Indian Express, Kannada Prabha, Vijaya Karnataka, Udayavani, Nota, The Week, et Outlook, sont poursuivis pour avoir "terni l’image de la justice". Suite à ces révélations, les trois juges mis en cause ont été transférés vers la Haute Cour de trois autres Etats. En Inde, l’"outrage à la cour" est un crime puni par des peines de prison. Le 7 décembre, le président de l’Association des directeurs de presse d’Inde (Editors’Guild of India) demande à la Cour suprême d’intervenir pour "protéger la liberté de la presse".
Mi-décembre, lors d’une séance du procès pour "outrage à la cour" à l’encontre du journaliste Maneesh Chhibber du quotidien Hindustan Times, les juges de la Haute Cour du Punjab ordonnent à un autre journaliste du quotidien, Manish Tiwari, de révéler ses sources. Manish Tiwari a écrit que la police avait perquisitionné le domicile d’un juge. Il s’est refusé à révéler ses sources et risque d’être également poursuivi pour "outrage à la cour".



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