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Indonésie


-  Superficie : 1 904 400 km2.
-  Population : 214 840000.
-  Langues : bahasa Indonesia (off.).
-  Nature de l’Etat : république.
-  Chef de l’Etat : Megawati Sukarnoputri.

Indonésie - Rapport annuel 2003

La presse indonésienne est l’une des plus libres de l’Asie du Sud-Est. Mais elle doit faire face aux pressions de notables locaux, de certains groupes religieux ou de secteurs des forces de sécurité. Les conditions de travail des journalistes dans des provinces telles que Aceh ou les Moluques sont particulièrement difficiles.

Depuis la chute de la dictature en 1998, le pluralisme de l’information ne cesse de se consolider. Le pays compte au moins sept cents publications. Les radios, notamment locales, sont au nombre de mille deux cents. En revanche, les dix télévisions indonésiennes, objet en 2002 d’une loi controversée, restent aux mains de l’Etat ou de proches de l’ancien dictateur Suharto.
Les journalistes étrangers ont de plus en plus de mal à travailler dans les régions agitées par des conflits ethniques ou religieux. Ainsi, l’universitaire et journaliste britannique Lesley McCulloch est condamnée à cinq mois de détention pour avoir collecté des informations dans la région d’Aceh. Les reporters étrangers sont également interdits pendant plusieurs mois dans la province des Moluques.
En 2002, les critiques à l’encontre de la corruption et du manque d’objectivité dans les médias se multiplient. Un responsable de la plus importante association de journalistes indonésiens, l’AJI, dénonce en février la "corruption rampante". Selon l’AJI, près de 80 % des journalistes reçoivent des pots-de-vin en échange de reportages favorables. Le gouvernement lui-même y aurait consacré plus de cent cinquante millions d’euros en 2001. L’association critique également le "sensationnalisme" des médias et l’habitude de reproduire les affirmations des autorités sans les mettre en perspective.
Ces dérives sont également dénoncées par la classe politique et l’armée qui ne cessent de demander une reprise en main. Certains hommes politiques accusent les médias d’être à l’origine de tous les maux qu’affronte le pays. Le gouvernement de Megawati Sukarnoputri n’a pas entravé la liberté de la presse comme on a pu le craindre en 2001, mais l’adoption, en novembre, d’une loi sur les médias audiovisuels montre la volonté du gouvernement de ne pas complètement abandonner son droit de regard sur l’information.
L’Indonésie dispose d’une des lois sur la presse les plus libérales d’Asie, mais le code pénal contient toujours quarante articles qui permettent d’emprisonner des journalistes pour des délits d’opinion. Le gouvernement ne s’est toujours pas engagé dans une réforme de ce texte.
Nouveaux éléments sur un journaliste assassiné avant 2002
Le 13 juin 2002, le porte-parole du bureau du procureur de Jakarta, Barman Zahir, annonce l’abandon des poursuites dans l’affaire Sander Thoenes, reporter néerlandais du quotidien Financial Times, assassiné au Timor oriental, en septembre 1999. Selon le procureur, les enquêteurs ne disposent pas de "preuves suffisantes" pour inculper le principal suspect, le lieutenant Camillo dos Santos, officier du 745e bataillon déployé à Dili (capitale) au moment des faits. Début 2002, le militaire indonésien a été formellement identifié par plusieurs témoins oculaires entendus par la police néerlandaise. La police de La Haye a en effet ouvert une enquête de son côté. Le lieutenant indonésien a quant à lui déclaré, en avril, qu’il n’a rien à voir avec la mort du journaliste. Pour justifier l’abandon des poursuites, l’accusation affirme que le témoin clef proposé par les enquêteurs néerlandais n’est pas "digne de confiance" et modifie régulièrement sa déposition. En outre, si les résultats de l’autopsie pratiquée par des légistes australiens faisaient état de blessures par balles sur le corps du journaliste, les conclusions de leurs homologues indonésiens décrivaient des blessures à l’arme blanche. L’annonce du classement de l’affaire intervient alors que l’enquête semblait sur le point d’être résolue. La famille et le gouvernement néerlandais attendaient un procès en Indonésie. Ainsi, Bart Jochem, porte-parole du ministre des Affaires étrangères néerlandais, a déclaré qu’il n’y avait "aucune raison de clore cette affaire". Selon lui, "il y a au contraire plus d’une raison pour porter cette affaire devant une cour". Par ailleurs, la famille du journaliste a lancé un appel à la communauté internationale pour que "le meurtre de Sander Thoenes et les autres crimes commis au Timor oriental soient jugés par une Cour internationale car le tribunal pour le Timor oriental mis en place par l’Indonésie ne progresse pas sérieusement". Le 17 juillet, le procureur annonce, suite à une réunion avec l’officier de police hollandais qui a enquêté sur l’affaire, la réouverture prochaine du dossier. "La police hollandaise nous a donné beaucoup d’informations (...) Nous allons les comparer avec les nôtres", précise le porte-parole du procureur.
Une journaliste incarcérée
Le 11 septembre 2002, la journaliste et universitaire Lesley McCulloch est arrêtée par un groupe de militaires alors qu’elle quitte, en compagnie d’une infirmière américaine, Joy Lee Sadler, et de leur interprète indonésienne, un village du sud de la province d’Aceh (nord de l’île de Sumatra). Universitaire britannique résidant en Australie, Lesley McCulloch travaille régulièrement pour la radiotélévision australienne ABC et l’hebdomadaire Green Left Weekly. Elle est également connue pour ses contributions fréquentes dans des magazines asiatiques sur la question du séparatisme en Aceh. Depuis plusieurs années, Lesley McCulloch visite la province pour collecter des informations sur le conflit, et notamment les violations des droits de l’homme perpétrées par des militaires indonésiens. Lors de son interrogatoire, elle est menacée, son ordinateur et sa caméra sont examinés. La police l’accuse d’avoir visité une base du mouvement rebelle GAM et d’avoir violé les articles 40 et 52 de la loi sur l’immigration. En effet, elle voyageait avec un visa de tourisme pour éviter les contrôles des forces de sécurité. Après son arrestation, la police ne respecte pas le code pénal qui prévoit que les raisons de sa détention sont notifiées à un détenu dans les vingt-quatre heures. Lesley McCulloch et sa collègue n’en sont informées qu’au bout de six jours. Elles sont détenues dans des conditions de détention difficiles et se plaignent d’avoir été harcelées sexuellement et menacées de mort. Le 3 octobre, le magistrat de Banda Aceh (capitale de la province) en charge de l’affaire annonce sa décision de prolonger leur détention pour complément d’enquête. Début novembre, l’état de santé des deux femmes se dégrade, à tel point que l’un de leurs avocats introduit une requête auprès du magistrat afin de les faire libérer pour raison médicale en attendant la tenue du procès. Le 25 novembre, le procès de Lesley McCulloch et Joy Lee Sadler commence à Banda Aceh. Elles sont accusées de ne pas avoir respecté les obligations de leur visa de touriste et d’avoir collecté des documents relatifs au GAM.Elles encourent une peine maximale de cinq ans de prison ou une amende de plus de deux millions d’euros. Le procès est ajourné jusqu’au 19 décembre. Le 27 novembre, Joy Lee Sadler entame une grève de la faim pour protester contre la lenteur de leur procès.
Le 30 décembre, Lesley McCulloch est condamnée à cinq mois de prison pour avoir enfreint les lois sur l’immigration et avoir mis en "danger la sécurité et l’unité de l’Indonésie". Sa compagne de voyage Joy Sadler écope d’une peine de quatre mois de réclusion. Les procureurs avaient requis une détention de neuf mois de prison à l’encontre des deux femmes. Lesley McCulloch déclare à la presse que sa condamnation est liée à ses articles de presse dénonçant la corruption des militaires à Aceh.
Quinze journalistes agressés
Le 3 janvier 2002, Rudianto Pangaribuan et Gani Kurniawan, journaliste et photographe pour le journal Metro Bandung, sont frappés par des policiers à Bandung (ouest de Java). Les deux hommes couvrent des affrontements communautaires quand des policiers les apostrophent et tentent de s’emparer de leur appareil photo. Alors que les deux journalistes présentent leurs cartes de presse, un policier frappe le dos de Kurniawan avec la crosse de son arme tandis que Pangaribuan, qui tente de lui porter secours, est plaqué au sol. Ce dernier souffre de déficience auditive depuis l’accident.
Le 1er février, Tantowi, cameraman pour la chaîne de télévision RCTI, est frappé par la police à Banjarmasin (sud de Kalimantan). Le journaliste, accompagné de photographes de presse, couvre une émeute entre policiers et manifestants hostiles à la présidente Megawati Sukarnoputri quand les forces de l’ordre se retournent contre eux, confisquent les appareils photo ainsi que la cassette du cameraman.
Le 26 juin, Wisnu Dewabrata, journaliste du quotidien Kompas, est frappé par des policiers alors qu’il prend des photos d’une manifestation ouvrière réprimée par la police à Surabaya, à l’est de Java. Les policiers saisissent également sa pellicule. Le lendemain, les journalistes de Surabaya appellent au boycott de toute information concernant la police de la région jusqu’à ce qu’une enquête sur l’agression soit menée. Le chef de la police nationale ordonne que des sanctions fermes soient prises contre les policiers impliqués.
Le 1er juillet, quatre photographes, Indra Shalihin, du journal en ligne Detik.com, Cahyo Paksi Priambodo, du quotidien Sinar Harapan, Saptono, de l’agence Antara et M.Sholeh, du quotidien Media Indonesia, sont blessés lors d’affrontements entre étudiants et policiers devant la Chambre des représentants à Jakarta. Quelques jours plus tard, la police annonce qu’elle va convoquer les photographes pour qu’ils identifient leurs agresseurs qui seront sanctionnés. Mais aucune sanction n’a été prise contre les policiers.
Le 12 juillet, un groupe de policiers de la brigade mobile agresse deux journalistes du quotidien régional Serambi Indonesia à Bireun, au nord de la province d’Aceh. Ils leur reprochent un article citant un chef du mouvement séparatiste et leur couverture "biaisée" du conflit dans la province. Les journalistes sont légèrement blessés. Suite à une plainte de la rédaction, le colonel Sunardi, chef de la police dans cette région, déclare ne pas avoir connaissance de l’incident, mais qu’il s’engage à diligenter une enquête.
Le 3 août, Rizky Hasibuan, journaliste de la radio 68-H, est agressé par un membre de la garde personnelle de la présidente Megawati Sukarnoputri, au siège du Parlement à Jakarta. Après être passé sous un portique électronique, où son matériel est contrôlé, Rizky Hasibuan est sur le point d’entrer dans le hall du Parlement quand un garde du corps de la présidente tente de le contrôler une seconde fois. Après avoir protesté, le journaliste est frappé à la tête et à la jambe. D’autres journalistes présents interviennent et protestent contre cette agression. Pour calmer leur colère, le garde du corps et ses deux supérieurs présentent leurs excuses dans une conférence de presse improvisée.
Fin août, un journaliste est agressé par la police à Sidoarjo (est de l’île de Java) alors qu’il couvre une manifestation d’ouvriers pour le journal Kompas, basé à Jakarta. Les officiers saisissent sa carte d’identité et son appareil photo.
Le 7 novembre, Anton Perdana, reporter au quotidien Equator, et Rizal Ardiansyah, journaliste à Radio Volare, sont agressés par un parlementaire du Parti du développement unifié de l’Assemblée provinciale du Kalimantan Barat, à Pontianak. Selon les journalistes, cette agression fait suite à un article sur la corruption de certains élus de la province.
Le 11 novembre, Syaefullah, photographe du quotidien Lampung Post, est frappé par des officiers de la police anti-émeutes à Bandar Lampung (sud de Sumatra) alors qu’il prend des clichés d’une bagarre entre des forces de l’ordre et un camionneur entré en collision avec un véhicule blindé de la police. Plus de dix policiers s’emparent du photographe et le conduisent dans un bâtiment isolé, où il est interrogé, battu à coups de pied et de poing. Son appareil et la pellicule lui sont confisqués.
Dix journalistes menacés
Le 4 avril 2002, Yudi Sotomo et Kiswanto, journaliste et cameraman pour la chaîne de télévision SCTV, et Triyogo et Umarudin, journaliste et cameraman pour la chaîne de télévision publique TVRI, sont pris en otages pendant plus de sept heures par des villageois de Guwo, dans la région de Boyolali (île de Java). Ces derniers s’en prennent aux journalistes invités sur les lieux par l’avocat d’une des parties impliquées dans un différend foncier. Ils crèvent les pneus de leurs véhicules et saisissent leurs enregistrements. Ils menacent de tuer et de brûler les reporters s’ils continuent à enquêter sur ce conflit. Les journalistes sont finalement relâchés durant la nuit, après avoir promis de ne pas rapporter cet incident. La police, arrivée sur les lieux une heure avant leur libération, ne procède à aucune arrestation.
Le 3 juin, près de cent cinquante journalistes manifestent devant l’Assemblée provinciale de Lampung (île de Sumatra) pour exiger que soient prises des mesures disciplinaires contre Fauzi Makki, un élu provincial. Ce dernier a ouvertement insulté et menacé des journalistes lors d’une réunion, après que la presse avait révélé les nombreuses demandes en logements et voitures de fonction de certains élus. Fauzi Makki a notamment menacé de mort un journaliste du quotidien Trans Sumatra et bousculé un reporter du quotidien Lampung Post.
Le 29 août, Effi Wijono Putro et Jayadi Kastari, journalistes au quotidien Kedaulatan Rakyat, et Y Suroso et I Gede Nyoman Wiryadinatha, photographes au quotidien Bernas, sont retenus en otages pendant trois heures par des étudiants alors qu’ils couvrent une manifestation sur le campus de Yogyakarta (île de Java). Les pellicules des deux photographes sont saisies.
Pressions et entraves
Le 2 janvier 2002, plus de deux cents membres du Young Ox of Indonesia (BMI, groupe paramilitaire de la jeunesse du parti au pouvoir) organise une marche de protestation jusqu’au bureau du quotidien Jawa Pos à Jakarta, auquel ils reprochent ses critiques contre la présidente Megawati Sukarnoputri. Un article paru dans l’édition du 30 décembre 2001 portait sur le coût, assumé par l’Etat, des vacances de Megawati Sukarnoputri et de quarante de ses proches sur l’île de Bali, au moment même où son administration annonçait des mesures d’austérité. Après avoir protesté devant le journal, une quinzaine de représentants du BMI s’entretiennent avec des responsables du quotidien. Les jeunes militants exigent un rectificatif du quotidien suite à cet article qui "dégrade l’image de la Présidente aux yeux de son peuple". Rohman Budiyanto, responsable de la rédaction du Jawa Pos, s’engage à prendre en compte les critiques des manifestants et les remercie de ne pas avoir usé de violence dans cette affaire.
Le 10 janvier, les locaux de l’Association des journalistes d’Indonésie sont la cible d’une attaque à la bombe, à Lhokseumawe (nord de la province d’Aceh). L’attentat ne fait aucune victime.
Le 27 janvier, des responsables du Muhammadiyah, le second mouvement fondamentaliste en Indonésie, affirment, lors de leur congrès annuel, que les médias sont responsables de la "décadence nationale". Selon un participant, les médias nationaux sont la source de l’instabilité économique et sociale du pays, par leur traitement superficiel de l’actualité.
Le 6 février, les locaux du quotidien local Radar Madura sont attaqués par une dizaine d’individus à Madura (est de Java). Du matériel informatique est détruit. Selon certains membres de la rédaction, cette attaque fait suite à la publication d’un article sur une liaison amoureuse entre deux enfants de chefs religieux de la région.
Le 7 février, PT Indoprom, une société de distribution indonésienne, décide de suspendre la circulation dans le pays du numéro du 11 février du magazine nord-américain Newsweek qui contient une représentation de Mahomet. Selon l’un des responsables de la société PT Indoprom, interrogé par le quotidien Jakarta Post, cette décision a été prise après consultation du Conseil indonésien des oulémas (docteurs de la foi). Les dix mille abonnés de Newsweek reçoivent donc une note leur indiquant que le magazine ne sera pas distribué tant que le contenu de l’article n’aura pas été examiné par les oulémas et le conseil de la presse. Un responsable du Conseil indonésien des oulémas affirme au Jakarta Post qu’il "a le pouvoir d’interdire la publication s’il constate que l’article insulte les musulmans".
Le 5mars, la police ouvre le feu sur quatre cents manifestants réunis devant le siège de la radio La Voix pour la lutte des musulmans à Ambon (archipel des Moluques), pour protester contre l’annonce d’une possible fermeture de cette station, proche du groupe islamiste Laskar Jihad. Ce mouvement est impliqué dans certaines violences religieuses aux Moluques et s’oppose aux accords de paix.
Le 13mars, Syamsul Mu’arif, ministre de l’Information et de la Communication, annonce que le gouvernement envisage des mesures restrictives contre la diffusion ou la publication d’images "suggestives". Les programmes Dansa yo Dansa de la télévision publique TVRI, Majalah X de la chaîne privée SCTV et Life and Love de la chaîne privée Metro TV, sont cités par le ministre. Syamsul Mu’arif explique à la presse que son ministère est également en train de débattre, en collaboration avec le Conseil des oulémas, de la définition de la pornographie dans les médias.
Le 17mars, les quotidiens australiens The Age et Sydney Morning Herald annoncent que le visa de leur correspondant à Jakarta, Lindsay Murdoch, n’est pas renouvelé par les autorités indonésiennes. De fait, le journaliste ne peut plus exercer son métier depuis le 10mars, date de fin de validité de son visa. Selon un officiel du ministère indonésien des Affaires étrangères cité par l’Agence France-Presse, les deux journaux ont été informés, trois mois auparavant, qu’ils devaient nommer un nouveau correspondant car Lindsay Murdoch n’obtiendrait plus de visa de presse. "Nous lui avons accordé un visa business avec lequel il peut entrer dans le pays mais ne peut pas pratiquer le journalisme", a expliqué le porte-parole indonésien qui a ensuite refusé de commenter les raisons de cette décision. Le journaliste quitte le pays une semaine plus tard. Selon Lindsay Murdoch, le refus de visa est lié à deux articles dénonçant des atteintes aux droits de l’homme qui auraient irrité des hauts responsables de l’armée indonésienne. Le premier article concernait le refus des autorités indonésiennes de permettre à des parents timorais de retrouver leurs enfants placés dans des orphelinats de l’île de Java. Le second article était une enquête sur la mort d’un bébé de quatre mois originaire d’Aceh, après que des soldats l’avaient aspergé d’eau bouillante. Lindsay Murdoch, âgé de 48 ans, est correspondant à Jakarta depuis trois ans. Il est connu pour ses reportages sur le Timor oriental et a obtenu plusieurs récompenses pour la qualité de son travail.
Le 20mars, les parlementaires annoncent qu’ils vont examiner en priorité une loi sur les secrets d’Etat. Cette annonce remet en cause l’adoption rapide d’une nouvelle loi sur le droit à l’information qui garantit l’accès des médias aux informations publiques. En revanche, le texte sur les secrets d’Etat permet aux autorités, aux entreprises et aux militaires de décider quelles informations doivent être classées "secret d’Etat", et prévoit jusqu’à neuf ans d’emprisonnement pour tout individu impliqué dans la diffusion de secrets d’Etat. Lukas Luwarso, membre du Conseil de la presse, estime qu’il est ironique que "dans cette période de réformes, la mentalité du gouvernement soit la même que celle de l’ancien régime." Selon certains observateurs, les parlementaires assument le rôle joué par le gouvernement lors de la période dictatoriale.
Le 10 avril, le gouverneur de la province des Moluques interdit, pendant vingt jours, toute information sur l’anniversaire du mouvement sécessionniste de la République des Moluques du Sud. L’accès à la province pour les médias étrangers est par ailleurs interdit. Selon Paula Renyaan, vice-gouverneur de la province des Moluques du Nord, cette interdiction doit permettre de "créer un climat de sécurité parmi la population aussi bien que restaurer l’ordre dans la province". Le couvre-feu et l’état d’urgence sont également en vigueur dans la province. En juillet, l’accès aux Moluques est toujours interdit aux journalistes étrangers. Seul un groupe de correspondants étrangers basés à Jakarta a pu accompagner le vice-président Hamzah Haz lors d’une visite sur le terrain.
Le 15 avril, Dahono Fitrianto du Kompas Daily, Rohlani Mawardi du Pos Kota Daily et Ridwan Pamungas de la chaîne de télévision privée SCTV sont empêchés de couvrir une conférence de presse d’une entreprise de ciment. Un responsable confisque les pellicules et les cassettes des journalistes et les menace. Les journalistes portent plainte contre l’entreprise dont le directeur présente des excuses quelques jours plus tard.
Le 8 mai, le gouvernement appelle les organisations de journalistes à participer à la rédaction de projets de loi visant à rendre les médias plus "responsables". En préambule à un séminaire intitulé "La responsabilité des médias dans la création d’une culture nationale", le ministre de la Communication et de l’Information, Syamsul Mu’arif, déclare que certains actes "irresponsables" des médias incitent l’opinion publique à faire justice elle-même. Selon lui, les journalistes diffusent et publient des informations à caractère "raciste et pornographique" et devraient être punis en vertu de l’article 282 du code pénal.
Le 8 juillet, le ministre de la Communication et de l’Information exprime ses craintes face au développement des radios et des chaînes communautaires. "Les chaînes communautaires peuvent provoquer des conflits raciaux, ethniques et religieux dans une nation aussi diverse que la nôtre", a-t-il déclaré. L’existence de médias audiovisuels communautaires est pourtant garantie par l’article 18 de la loi sur l’audiovisuel en discussion au Parlement.
Le 24 juillet, le général Wiranto, ancien chef d’état-major de l’armée indonésienne, et les généraux Djadja Suparman, Suadi Marasabesy et Sudi Silalahi, déposent une nouvelle plainte pour "diffamation" contre les quotidiens Jawa Pos et Siwa Lima, pour avoir publié un article du sociologue Thamrin Amal Tomagola. Ce dernier accusait les quatre généraux d’être impliqués dans le déclenchement du conflit religieux aux Moluques. Une cour avait déjà rejeté cette plainte en novembre 2001.
Le 1er août, le major général Sudrajat, directeur de la stratégie au ministère de la Défense, estime au cours d’une conférence de presse que la presse abuse de sa liberté nouvellement acquise. Cette liberté "n’est pas suivie du degré de responsabilité qui doit accompagner la liberté d’expression", a-t-il déclaré, accusant les journaux nouvellement créés d’entretenir les tensions au sein du pays. Il reproche également à la presse étrangère sa couverture "biaisée" de l’actualité indonésienne.
Le 8 août, les télévisions privées SCTV et RTCI retirent un message publicitaire d’une organisation musulmane libérale en faveur de la tolérance entre musulmans, après que le Conseil des moudjahidin indonésiens (MMI) a menacé de porter plainte contre ces chaînes pour avoir "insulté l’islam". Le MMI condamne l’expression "Islam warna-warni" (l’Islam est multicolore) contenu dans le spot. "L’islam est partout le même", affirme le chef du service d’information du MMI, qui fait campagne pour l’adoption de la Charia dans le pays. La directrice de la campagne publicitaire explique à la presse que le mot "Islam" faisait référence à la communauté musulmane et non à la foi, regrettant la décision des chaînes de télévision. Budi Darmawan, le directeur des relations publiques de SCTV, affirme que ce retrait a été décidé car le MMI a raison, et que la chaîne n’a subi aucune menace.
Le 30 août, le général Endriartono Sutarto critique les informations diffusées par les médias locaux sur la rébellion dans la province d’Aceh, leur reprochant de présenter les séparatistes comme des "héros" et non des "traîtres". Il demande aux médias de se montrer "justes dans la couverture des événements déchirant la région".
En octobre, on apprend que les organisations musulmanes radicales exercent des pressions sur la direction de plusieurs chaînes de télévision afin de faire cesser la diffusion des messages de sensibilisation sur le sida et l’usage des préservatifs. Seule la télévision nationale TVRI maintient sa position en diffusant le spot jusqu’à expiration du contrat avec les associations de lutte contre le sida.
Les 22 et 24 octobre, deux véhicules de livraison du quotidien régional Serambi Indonesia sont stoppés par des hommes armés dans la province d’Aceh. Après en avoir fait descendre les occupants, les individus incendient les véhicules et détruisent les milliers d’exemplaires du quotidien. Les employés de livraison sont ligotés et libérés un peu plus tard. Aucune de ces deux attaques n’est revendiquée.
Le 21 novembre, un avocat de l’armée indonésienne menace de demander un milliard d’euros de dommages et intérêts si des excuses ne sont pas publiées par le quotidien nord-américain Washington Post. Cette demande fait suite à la parution, dans l’édition du 3 novembre, d’un article d’Alan Sipress et Ellen Nakashima, mettant en cause l’armée indonésienne dans une attaque en Papouasie occidentale qui a coûté la vie à deux Américains et à un Indonésien travaillant pour une entreprise minière. Le journal dispose de quatorze jours pour répondre à la requête de l’armée indonésienne, faute de quoi une action en justice sera lancée. Le 3 décembre, le journal fait connaître son refus de présenter des excuses.
Le 27 novembre, le Parlement adopte une nouvelle loi sur la radio et télédiffusion pour remplacer un texte en vigueur depuis 1997. Cette loi instaure une Commission nationale pour la radio et télédiffusion, Komisi Penyiaran Indonesia (KPI), qui a le pouvoir de révoquer les licences, de censurer les télévisions et les stations radio, et de distribuer les fréquences hertziennes, même si le gouvernement conserve un droit de veto. Cet organisme créé au niveau national et régional est chargé d’établir un code de conduite pour les médias. Par ailleurs, un article de la loi limite à environ 40 % la retransmission par les radios et les télévisions indonésiennes de programmes d’information étrangers. Plusieurs chaînes et réseaux câblés indonésiens retransmettent des programmes de la BBC ou de CNN. Mais cet article est confus quant à la manière dont vont être imposées ces restrictions aux dizaines de stations qui retransmettent régulièrement des programmes étrangers. Depuis l’annonce de la présentation de cette loi par le gouvernement, les opérateurs de médias audiovisuels et les organisations de défense de la liberté de la presse se sont mobilisés. En mai, les opérateurs menacent de suspendre la diffusion des programmes. Les organisations de journalistes AJI et Article 19 affirment que la loi ne garantit pas un processus indépendant d’attribution des licences et qu’elle remet en cause l’accès du public aux informations des médias étrangers. Le jour de son adoption par le Parlement, des centaines de manifestants hostiles à la loi sont empêchés par les forces de sécurité de s’approcher du bâtiment.
Le 14 décembre, les autorités de Samarinda (province du Kalimantan oriental) retirent des kiosques et détruisent les copies de la dernière édition du magazine local Dayak Pos pour avoir publié un article insultant le prophète Mahomet. Un officiel annonce que le gouvernement local envisage également d’interdire le magazine et qu’une plainte est déposée contre Minhayuddin MH, auteur de l’article et rédacteur en chef.
Le 14 décembre, la pièce de théâtre "Alia, Luka Serambi Mekah" est déprogrammée de l’antenne de la télévision nationale TVRI. L’auteur, Ratna Sarumpaet, accuse l’armée indonésienne d’avoir exercé des pressions sur la direction de la chaîne pour rompre le contrat de diffusion. L’œuvre est consacrée à Alia, une militante de la cause d’Aceh.



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