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Malaisie


-  Superficie : 329 750 km2.
-  Population : 22 633 000.
-  Langues : malais, chinois, anglais, tamoul.
-  Nature de l’Etat : monarchie fédérale.
-  Chef de l’Etat : sultan Salahuddin Abdul Aziz Shah.
-  Chef du gouvernement : Datuk seri Mahathir bin Mohamad.

Malaisie - Rapport annuel 2003

Le Premier ministre Mahathir Mohamad, au pouvoir depuis 1981, annonce en 2002 son retrait au profit de son vice-Premier ministre, ce qui ne devrait provoquer aucun changement pour la liberté de la presse. Les principaux médias sont contrôlés par le parti au pouvoir et leurs proches. Un journaliste dissident est emprisonné pour ses articles diffusés sur un site d’information.

Le régime du docteur Mahathir Mohamad continue de pratiquer un mélange subtil de censure, de pressions et d’emprisonnements pour s’assurer le contrôle de l’information. La plupart des médias malais sont sous le contrôle de groupes de presse proches du parti au pouvoir, l’Umno. Les critiques sont rares et l’autocensure règne. Les publications doivent se méfier de la très restrictive loi sur la presse (Printing Presses and Publications Act) et les journalistes sont menacés par des demandes de dommages et intérêts aux montants astronomiques. Enfin, l’emprisonnement, depuis avril 2001, du journaliste dissident Hishamuddin Rais, en vertu de la loi sur la sécurité intérieure, rappelle aux journalistes indépendants les risques qu’ils encourent à trop critiquer le pouvoir.
La loi sur la presse prévoit notamment le renouvellement annuel des licences de publication auprès du ministère de l’Intérieur, qui peut également suspendre un média sur simple décision administrative. Certains magazines, liés notamment aux partis d’opposition, apparaissent et disparaissent assez rapidement après s’être vu refuser des licences de publication. En mars, un journaliste, proche du parti islamiste, jette l’éponge après avoir publié au cours des deux dernières années une demi-douzaine de magazines, tous interdits.
Le gouvernement n’hésite pas à utiliser les médias pour attaquer les partis d’opposition. En janvier, la principale chaîne de télévision diffuse un spot gouvernemental qui mélange des images de leaders du Parti islamiste malais (PAS) avec des images de femmes afghanes tuées par des taliban.
Malgré les pressions et les entraves, le journal en ligne Malaysiakini.com informe sans autocensure. Dans un éditorial publié en 2002, le site prévoit des pressions accrues des autorités sur la presse à la veille des élections générales de 2004.

Un journaliste incarcéré
Le 10 avril 2002, Hishamuddin Rais, collaborateur du journal en ligne Malaysiakini.com et réalisateur de documentaires, détenu dans la prison de Kamunting à Taiping, dans l’Etat de Perak (nord du pays), entame une grève de la faim en compagnie de cinq autres dissidents détenus depuis un an en vertu de la loi sur la sécurité intérieure (Internal Security Act). Il est accusé avec ses cinq compagnons, membres de mouvements d’opposition, d’avoir "tenté de renverser" le gouvernement. Ils ont été condamnés, sans procès, à deux ans de prison. Selon leurs proches, leur santé se détériore rapidement. Hishamuddin Rais et Badrulamin Bahron sont admis le 16 avril à l’hôpital de la prison. Placés sous perfusion, ils refusent toujours de s’alimenter. Après huit jours de grève de la faim, ils reçoivent le soutien de militants des droits de l’homme, d’opposants et de l’ancien vice-Premier ministre, Anwar Ibrahim, lui aussi emprisonné, qui a cessé de s’alimenter pendant quelques jours, en signe de solidarité. En revanche, aucun média public ou proche du pouvoir n’évoque cette grève de la faim. Les six détenus y mettent fin après onze jours.

Quatre journalistes interpellés
Le 20 juin 2002, les journalistes Rosmida Abdul Rahman, Mohd Nor Abdul Samad, Haris Zulkapli et le photographe Rozani Mohamad, du quotidien populaire Cabaran sont arrêtés par la police alors qu’ils couvrent l’assemblée générale du parti au pouvoir Umno, à Kuala Lumpur. Ils sont interrogés sur leurs activités journalistiques dans un commissariat avant d’être relâchés au bout de quelques heures.

Pressions et entraves
Le 3 janvier 2002, on apprend que le magazine en chinois Les nouvelles fortes réorganise son supplément L’opinion forte, tandis que son rédacteur, Wong Chin Huat, quitte la rédaction. Lancé en octobre 2001, ce supplément est une nouvelle tribune pour les quatre-vingt-dix éditorialistes d’origine chinoise qui ont cessé, en 2001, d’écrire pour les principaux quotidiens en chinois après que ces derniers sont passés sous le contrôle d’un parti proche du régime. L’opinion forte est désormais réduite à deux pages. Selon plusieurs journalistes, cette réorganisation est liée à la nécessité pour Les nouvelles fortes de faire renouveler, fin janvier, sa licence de publication par le ministère de l’Intérieur.
Le 16 janvier, les journalistes du quotidien populaire The Sun manifestent contre le renvoi de quarante membres de la rédaction quatre jours auparavant. Le groupe de presse Sun Media Sdn Bhd, dirigé par Vincent Tan, un proche du Premier ministre, a invoqué des difficultés économiques. Mais, selon plusieurs sources, il pourrait s’agir d’une sanction collective après la publication, vingt jours plus tôt, d’un article sur un complot déjoué contre le Premier ministre Mahathir Mohamad et son adjoint Abdullah Ahmad Badawi. L’information s’est révélée fausse. Le Premier ministre a estimé que l’article nuisait à l’image de la Malaisie. Le Sun s’était excusé pour l’article et avait licencié le rédacteur en chef Robert Ho, le journaliste R. Manirajan et la photographe Anita Nasir.
Le 11 février, le gouvernement interdit de circulation le dernier numéro du magazine nord-américain Newsweek publiant une image du Prophète Mahomet. L’islam interdit en effet toute représentation visuelle des prophètes. En réponse à une lettre de Reporters sans frontières, le vice-Premier ministre affirme qu’il "ne s’agit pas d’une entrave à la libre circulation de l’information mais d’une application des lois du pays". Deux jours plus tard, Rais Yatim, ministre en charge des Affaires légales, annonce qu’il étudie la possibilité de poursuivre en justice le magazine Newsweek, à propos d’un article présentant la Malaisie comme une base de lancement des attentats du 11 septembre 2001. Le ministre demande également que soient examinés d’autres magazines internationaux développant le même sujet.
Fin février, Chor Chee Heung, vice-ministre de l’Intérieur, affirme que le gouvernement a décidé de bloquer ou de retarder la distribution des quatre derniers numéros des magazines internationaux Newsweek, Far Eastern Economic Review, The Economist et Time. Selon le vice-ministre, cette mesure fait suite à la publication, dans ces magazines, d’informations "erronées sur la situation du pays", notamment sur la présence de membres d’Al-Qaida en Malaisie. The Economist est quant à lui sanctionné pour avoir publié un article sur la situation des travailleurs immigrés en Malaisie. Dans les faits, les numéros du 11mars et du 8avril des hebdomadaires Time et Newsweek ne sont distribués que le 17 avril. Par ailleurs, les quatre derniers numéros de The Economist sont retenus par les autorités pendant deux semaines à partir du 30mars.
Le 12 mars, Ahmad Lutfi Othman, successivement rédacteur en chef des magazines d’opposition Adil, Haraki, Memo 14, Memo 15 (publiés sans avoir obtenu de licences du ministère de l’Intérieur) et des quotidiens Detik et al-Wasilah (respectivement interdits en décembre 1999 et en mars 2001), annonce au journal en ligne Malaysiakini.com la cessation de toutes ses activités en raison de problèmes financiers imputables, selon lui, au harcèlement des autorités. Les saisies répétées de certains de ses magazines par la police ont engendré des pertes importantes pour ce journaliste proche du parti d’opposition PAS.
Le 13 mars, le Time présente ses excuses aux autorités malaises pour avoir publié une illustration mélangeant la photo d’Oussama Ben Laden et le drapeau malais en une de l’édition datée du 11 février 2002. Une publicité pour le tourisme en Malaisie figurait à la dernière page du même numéro. La porte-parole de l’hebdomadaire précise que les excuses ne portent que sur la publication de la publicité. Le 14 mars, le gouvernement annonce qu’il s’estime satisfait des excuses présentées par le Time et qu’il ne prendra pas de sanctions légales contre la publication.
Le 3 avril, les journalistes du journal en ligne Malaysiakini.com sont autorisés par la sécurité du Parlement à assister à la séance de l’Assemblée mais à la condition de ne pas poser de questions pendant les conférences de presse, ni de s’approcher des élus du parti au pouvoir. Selon l’officier de la sécurité, le statut professionnel des journalistes de la publication Internet indépendante n’est pas clair. Depuis deux ans, le ministère de l’Information refuse une accréditation de presse aux journalistes du Malaysiakini.com. Deux autres sites d’information, Radiqradio et Agendadaily, se sont également vu refuser ces accréditations.
Le 15 avril, le gouvernement annonce une application plus stricte de la loi interdisant la publication d’articles irrespectueux envers l’islam ou le Prophète Mahomet. Les textes en vigueur, rarement appliqués, permettent de condamner à trois ans de prison ou à 1 000 euros d’amende une personne ayant blasphémé. Cette décision fait suite à une campagne de lobbying menée par l’Association des érudits musulmans, qui, en février, s’est plainte de six éditorialistes libéraux accusés d’avoir "insulté" la religion majoritaire dans le pays. "Les articles de certains journalistes pouvaient être mal interprétés et entretenir la confusion chez les musulmans", a expliqué Abdul Hamid Othman, le conseiller religieux du Premier ministre. Le 19 avril, le quotidien The Star annonce que les rédacteurs en chef des quotidiens nationaux vont être convoqués par le Département du développement de l’islam (Jakim) en Malaisie pour se voir expliquer comment ne pas répandre une "fausse vision" de l’islam. Par ailleurs, les écrivains et les éditorialistes qui écrivent sur l’Islam devront désormais soumettre leurs curriculum vitae à cet organisme.
Le 2 mai, le secrétaire d’Etat à l’Information, Zainuddin Maidin, souligne, lors d’une réunion de l’Union nationale des journalistes (NUJ), que les représentants des médias devraient redéfinir la liberté de la presse en "fonction des données culturelles et économiques de leur pays", plutôt que de se comporter en "chiens de l’impérialisme des médias occidentaux". Selon lui, il n’est pas nécessaire pour la nation malaise d’accepter le "concept occidental de liberté de la presse" qui n’est viable que pour les pays développés européens. "Ce n’est pas parce qu’un journal accorde son soutien au gouvernement qu’il n’y a pas de liberté de la presse", déclare-t-il. "Certains journalistes de Thaïlande et des Philippines" seraient, toujours selon lui, des "agents de propagande des médias occidentaux impérialistes". En réponse, l’Association des journalistes thaïs dénonce ces déclarations qui ne font que creuser les différences entre les journalistes de la région et inciter aux discriminations au nom des valeurs asiatiques.
Le 3 mai, Journée internationale de la liberté de la presse, le ministère de l’Intérieur suspend pour trois mois le journal populaire Perdana Sari. Le ministre Abdullah Ahmad Badawi explique que la publication a enfreint la loi sur la presse en versant dans le "sensationnalisme" et en risquant de "heurter les valeurs morales" du pays. Le journal avait récemment fait scandale en publiant un article sur l’homosexualité d’une dirigeante d’une organisation féminine proche du gouvernement.
Le même jour, lors d’une conférence intitulée "Les journalistes, la liberté de la presse et la loi", Balan Moses, rédacteur en chef du quotidien New Straits Times, exprime sa vive inquiétude face à l’autocensure pratiquée par les journalistes. Il s’agit, selon lui, du principal obstacle à la liberté de la presse dans le pays. Le journaliste ajoute que, si les professionnels des médias ne se retenaient pas de poser des questions sensibles, alors "ceux qui sont concernés, y compris les ministres, ne pourraient se réfugier nulle part". Selon Balan Moses, les journalistes et les fonctionnaires souffrent du syndrome des "lèvres cousues".
Le 1er juin, TV2, seconde chaîne de Radio Television Malaysia, annule la diffusion d’une émission spéciale consacrée à la prise de contrôle par un parti gouvernemental de la communauté chinoise (MCA) de deux quotidiens en langue chinoise, en 2001. Aucune explication officielle n’est fournie par la chaîne, mais selon plusieurs sources, des hauts responsables du parti favorable au gouvernement ont fait pression sur la direction de TV2. Le documentaire traitait de l’impact de cette mainmise de la MCA sur les médias locaux, et contenait entre autres les interviews de deux anciens journalistes du quotidien Nanyang Siang Pau.
Le 2 juin, le Premier ministre Mahathir Mohamad déclare, lors de la remise des Prix de la presse malaise à Kuala Lumpur, que les médias devraient accorder plus d’importance à la "vérité" qu’à la "popularité". Il affirme également que la Malaisie a une "presse libre", en distinguant les médias qui soutiennent le gouvernement et les autres. Parmi ces derniers, il dénonce ceux qui ont "dénigré le gouvernement" et ont "fabriqué d’horribles histoires sur lui".
Le 23 août, la Commission de censure annonce l’interdiction d’un épisode de la série nord-américaine "Friends" en raison de ses scènes de sexe et de "promiscuité entre jeunes". Selon le quotidien New Straits Times, au moins trente-sept films, spectacles télévisés ou publicités ont été censurés entre avril et juin 2002.



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