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Népal


-  Superficie : 140 797 km2.
-  Population : 23 593 000.
-  Langue : népali (off.).
-  Nature de l’Etat : monarchie.
-  Chef de l’Etat : roi Gyanendra.

Népal - Rapport annuel 2003

Les journalistes népalais ont été pris pour cibles, comme jamais, par les belligérants d’une guerre civile sanglante. Les forces de sécurité en ont arrêté et torturé plus d’une centaine dans le cadre de l’état d’urgence. Quant aux maoïstes, ils ont tué au moins un journaliste et en ont enlevé trois autres.

Dans tout le pays, la situation des droits de l’homme a connu une détérioration sans précédent depuis la fin de la monarchie absolue, en 1990. Les forces de sécurité ont arrêté plusieurs milliers de personnes suspectées d’être militantes ou sympathisantes maoïstes, arrestations et détentions très rarement officiellement signifiées aux suspects ou à leurs familles, et faites dans la plus grande illégalité. Le roi Gyanendra, couronné après l’assassinat de son frère, a pris le pouvoir et gouverne sans le soutien du Parlement. Les maoïstes, eux, imposent la terreur dans les régions qu’ils contrôlent ou tentent de contrôler : massacres de policiers, assassinats de leurs opposants et détruction des infrastructures du pays.

La liberté de la presse est l’une des grandes victimes de l’état d’urgence imposé par le roi Gyanendra de novembre 2001 à août 2002. "Nos prisons se sont remplies de journalistes. Mi-2002, ils étaient trente-cinq derrière des barreaux. Le gouvernement a refusé pendant longtemps de les juger ou de nous donner des informations sur leur situation", explique Tara Dahal, président de la Fédération des journalistes népalais (FNJ), qui a mené la mobilisation contre la politique de répression du gouvernement.

La FNJ lance en juillet une mobilisation nationale pour la liberté de la presse. Le 2août, pour protester contre le harcèlement de la presse et obtenir la création d’une commission d’enquête sur les journalistes emprisonnés et torturés, une page blanche remplace l’éditorial de la plupart des journaux népalais. Le gouvernement du Premier ministre de l’époque, Sher Bahadur Deuba, jusque-là resté sourd aux différents appels, accepte la création de cette commission. Le principal syndicat de journalistes peut négocier et obtenir des libérations.

Pour la première fois, le 4 septembre, le ministère de l’Intérieur reconnaît que seize journalistes sont détenus au Népal. Cet aveu tardif est partiel. A cette date, au moins vingt et un journalistes et collaborateurs des médias sont détenus au Népal. Et la plupart d’entre eux depuis plus de six mois sans qu’aucune forme de procédure judiciaire ait été entamée par l’Etat. Ainsi, les suspects n’ont pas été présentés devant un juge et les délais de détention (90 jours autorisés par la loi antiterroriste) n’ont pas été respectés.

Les actes de torture de la part des forces de sécurité et des maoïstes se sont multipliés tout au long de l’année. Le directeur de publication maoïste Krishna Sen en est mort, en mai, dans un commissariat de police de Katmandou. Selon des témoignages, dans les casernes et les postes de police, les suspects sont interrogés une fois par jour, de préférence individuellement. Ils sont obligés de se déshabiller et un officier, généralement un capitaine, est chargé de les frapper à coups de matraque et de barre de fer. Pour leur faire avouer leur appartenance au Parti maoïste, les suspects sont également aspergés d’eau froide. Enfin, ceux qui ont la chance d’être libérés sont menacés s’ils témoignent sur les mauvais traitements subis en prison. Les organisations népalaises de lutte contre la torture ont relevé différents types de sévices : brûlures sur les membres du corps ou traces de coups avec des objets métalliques. Selon un médecin interrogé par Reporters sans frontières, des traces évidentes de pratique du falanga (coups violents et répétés sur la plante des pieds), du submarino (immersion forcée de la victime dans une baignoire), de chocs électriques (essentiellement sur les organes génitaux) ou du teliphon (coups portés sur les deux côtés de la tête pour provoquer une surdité partielle et un désordre des sens) sont visibles sur les corps d’individus interrogés par les forces de sécurité.

En août, la levée de l’état d’urgence par le gouvernement est un signe encourageant. La presse profite de cette nouvelle donne. Ainsi, le quotidien Katmandu Post publie, le 5 septembre, une interview en première page d’un chef des maoïstes dans la vallée de Katmandou. L’auteur de cet article explique à Reporters sans frontières : "Il aurait été difficile de publier cet article pendant l’état d’urgence. Après cet article, nous n’avons reçu aucune menace des forces de sécurité." De manière paradoxale, la majorité des médias privés ont pu continuer à informer librement tout au long de l’année. Bien entendu, les rédactions des quotidiens et de la vingtaine de radios privées pratiquent l’autocensure pour ne pas provoquer les forces armées, mais les articles sur la corruption et la mauvaise gouvernance sont fréquents. Néanmoins, Subodh Raj Pyakurel, directeur de l’organisation de défense des droits de l’homme népalaise INSEC, relativise cette liberté de ton : "Les correspondants sont terrifiés et empêchés de confirmer les informations sur les atteintes aux droits de l’homme, et certaines rédactions à Katmandou censurent les informations qui mettent en cause les forces de sécurité."

Le coup d’Etat institutionnel du roi Gyanendra a bloqué toute avancée juridique du respect de la liberté de la presse. Ainsi, en l’absence de Parlement, la loi sur le droit à l’information et la révision de l’ordonnance de 1991 sur l’audiovisuel sombrent dans l’oubli.

Avant sa révocation, le gouvernement de Sher Bahadur Deuba avait accordé, en avril, les premières licences de diffusion à des télévisions privées et mis fin au monopole de l’Etat sur la télédiffusion. Image Channel, Kantipur Television Network et Shangri-La Television ont été autorisées à émettre.

Deux journalistes tués

Le 25 juin 2002, un journaliste de Katmandou informe Reporters sans frontières du décès sous la torture du directeur d’une publication promaoïste Krishna Sen. Cette nouvelle provoque un tollé national et international. Le gouvernement nie encore aujourd’hui, et malgré des preuves accablantes, son arrestation et sa mort. Ainsi, le 4 juillet, le ministère de l’Intérieur annonce que la police recherche activement le "chef maoïste" Krishna Sen et que sa tête a été mise à prix (plus de 30000 euros). Krishna Sen serait mort le 28 mai, soit huit jours après son arrestation, dans une salle d’interrogatoire du Mahendra Police Club à Katmandou. Son corps aurait été transféré à l’hôpital de la police de Bihendra à Maharajgunj (près de Katmandou) où la mort aurait été constatée. Ensuite, deux versions s’affrontent. La première veut que le corps ait été transféré à la morgue de l’hôpital de Katmandou, autopsié puis transféré à la municipalité pour crémation sur les rives du fleuve Bagmati. En revanche, certains pensent que la police n’a pas demandé d’autopsie mais s’est débarrassée du corps. Le 20mai, les services de sécurité népalais avaient annoncé triomphalement l’arrestation du directeur du journal promaoïste interdit Janadisha et ancien directeur de l’hebdomadaire Janadesh, Krishna Sen, et de deux autres journalistes. Les autorités présentent Krishna Sen comme un haut responsable politique des rebelles dans la vallée de Katmandou. Ensuite, la police et l’armée se rejettent la responsabilité de sa détention. Un officier de l’armée confie au quotidien Katmandou Post que Krishna Sen était détenu par la police. Le ministère de l’Intérieur essaie quant à lui de faire croire que le journaliste a été tué lors d’un accrochage entre les forces de sécurité et un groupe de rebelles maoïstes, alors qu’il est déjà détenu à cette époque. Les protestations nationales et internationales obligent le gouvernement à se défendre. Le 10juillet, une commission d’enquête sur la disparition de Krishna Sen est constituée. Elle est présidée par un haut responsable du ministère de l’Intérieur et ne compte aucune personnalité indépendante. Les organisations de défense des droits de l’homme contestent immédiatement sa légitimité. Celle-ci remet au roi, début septembre, un rapport qui ne fournit que des explications partielles sur la "disparition" de Krishna Sen. La commission affirme qu’elle n’a trouvé aucune trace de l’arrestation du journaliste promaoïste et laisse comme seule piste d’explication le cadavre d’un individu, autopsié le 30 mai, qui aurait été tué dans un affrontement et que la police a "oublié" de photographier et d’identifier. Le rapport d’autopsie correspond aux descriptions physiques de Krishan Sen, mais le médecin légiste a affirmé à Reporters sans frontières ne pas avoir reconnu le journaliste. Depuis, le gouvernement bloque toute avancée de l’enquête. En revanche, le prince Paras Bikram Shah a remis, le 16 octobre, l’un des dix prix du "meilleur policier de l’année" à Bikram Singh Thapa, chef de la police dans la capitale, impliqué dans la mort en détention du journaliste, en récompense de son "professionnalisme" et de son "courage".

Le 13 août, le corps mutilé de Nawaraj Sharma "Basant" est retrouvé à proximité du village de Suna (province de Karnali, ouest du Népal). Selon un journaliste local, des hommes armés ont kidnappé Nawaraj Sharma "Basant", le 3 août, à son domicile du district de Kalikot (province de Karnali). Les assassins, identifiés comme des rebelles maoïstes, lui ont sectionné des membres, arraché les yeux et l’ont achevé d’une balle dans la poitrine. Depuis ce meurtre, les rebelles maoïstes menacent la famille du journaliste et l’empêchent notamment de se rendre à Katmandou pour recevoir l’aide gouvernementale accordée aux proches des victimes des rebelles. Nawaraj Sharma "Basant" était le fondateur et directeur de publication de l’hebdomadaire Karnali Sandesh (Le Message du Karnali), le seul média indépendant publié, depuis 1999, dans l’extrême Ouest, la région la plus défavorisée du pays. Il était également président de la branche locale de la FNJ et directeur du collège de Kalikot. Le journaliste avait déjà été enlevé en février 2002 par un groupe maoïste et détenu près de trois mois. Après sa libération en mai, Nawaraj Sharma "Basant" avait été interrogé pendant cinq jours par les forces de sécurité qui le soupçonnaient d’être un "espion" des maoïstes.

Un autre journaliste a été assassiné en 2002. Mais, au 1er janvier 2003, il est impossible de dire si sa mort est liée à ses activités journalistiques.
Le 12 décembre, le corps sans vie de Ambika Timsina est retrouvé à proximité du village de Pathari proche de Biratnagar (province de Kosi, sud-est du Népal). Le journaliste a été tué de plusieurs balles et son corps porte des traces de coups. La veille, huit inconnus masqués se sont présentés à son domicile et l’ont emmené pour "régler certaines affaires avec lui", selon des témoins. Ancien journaliste des hebdomadaires promaoïstes Janadesh et Mahima, Ambika Timsina a décidé, après l’imposition par le gouvernement de l’état d’urgence en novembre 2001, de se rendre aux forces de sécurité. Ambika Timsina et son père ont profité d’une amnistie, et le journaliste souhaitait poursuivre son travail dans la région. Agé de 26 ans, Ambika Timsina devait se marier dans les prochains mois. Les assassins ne sont pas formellement identifiés, mais selon des proches, il pourrait s’agir de maoïstes qui, soupçonnant le journaliste d’être un informateur des forces de sécurité, l’auraient ainsi puni de sa "trahison".

Nouveaux éléments sur un journaliste tué avant 2002

Le 14 février 2002, Jaya Prakash Kausal, politicien, est maintenu en détention par la cour du district de Rautahat (sud du pays) dans l’affaire du meurtre de Shambhu Patel, journaliste de la station gouvernementale Radio Nepal. La cour n’a pas encore rendu son verdict dans le procès de cet homicide commis en janvier 2000. Le politicien est soupçonné d’avoir fait éliminer Shambhu Patel pour ses reportages.

Trois journalistes enlevés
Dans la nuit du 5 avril 2002, Demling Lama est kidnappé par un groupe d’une quinzaine de maoïstes, qui s’introduisent à son domicile de Dhuskot alors qu’il dort. Ils l’obligent à les suivre vers une destination inconnue. Demling Lama est correspondant du quotidien national Himalaya Times et de la station publique Radio Nepal dans le district de Sindhupalchok (nord-est de Katmandou). Le 9 avril, il réussit à s’échapper. Il affirme à un représentant de la FNJ avoir été battu par les maoïstes.
Le 1er août, Dhana Bahadur Rokka Magar, présentateur des bulletins d’information du programme Kham (émissions en langue magar de la station publique Radio Nepal), est kidnappé par des rebelles maoïstes sur la route allant de la région de Jaluke à la ville de Surkhet (ouest du pays). Il voyage dans un bus quand celui-ci est stoppé par des rebelles qui le font descendre et l’obligent à les suivre. Au moins cinq autres personnes, dont un salarié de l’ONG britannique Gorkha Welfare Trust, sont également kidnappées. Début septembre, les maoïstes confirment à des collègues du journaliste qu’il est toujours en vie et qu’il a été conduit dans l’un de leurs camps. Ils l’accusent d’être un espion du gouvernement. Selon certaines sources, le père du journaliste aurait été tué par les maoïstes.
Le 8 novembre, Rekhraj Dahal, correspondant du quotidien Prateek dans le district de Sindhuli (est de Katmandou), est enlevé à son domicile par des rebelles maoïstes. Il est frappé pendant près de huit heures, avant d’être libéré par ses ravisseurs. Il est aussitôt hospitalisé.

Soixante-trois journalistes incarcérés

"Mon mari n’est que journaliste. Il partait le matin et restait tard dans la soirée au journal. Il n’a jamais fait de politique", clame l’épouse d’Om Sharma, directeur du journal promaoïste Janadisha. Même s’il paraît évident que certains journalistes promaoïstes défendaient dans leurs colonnes la politique du Parti communiste népalais (maoïste), hors-la-loi depuis 1996, le gouvernement n’a jamais pu établir leur culpabilité dans des crimes ou dans des appels directs à la violence. Reporters sans frontières défend les journalistes des publications promaoïstes interdites dans la mesure où ils n’ont pas directement participé aux crimes commis par les disciples de Mao Zedong. Certains journalistes népalais estiment que les publications promaoïstes étaient de la "pure propagande". D’autres observateurs affirment que le soutien de ces journalistes à la cause des maoïstes n’impliquait pas forcément qu’ils soient membres du parti. "Certains critiquaient même en privé les décisions du Parti", explique un journaliste de Katmandou.

Au 1er janvier 2003, au moins vingt journalistes et collaborateurs des médias sont emprisonnés au Népal.
Om Sharma, directeur du journal Janadisha, a été arrêté à Katmandou le 26 novembre 2001, le jour même de la proclamation de l’état d’urgence. Sa détention est confirmée le 4 septembre 2002 par le ministère de l’Intérieur.
Nim Bahadur Budhathoki, opérateur de saisie pour Janadisha, a été arrêté à Katmandou le 26 novembre 2001. Sa détention est confirmée le 4 septembre 2002 par le ministère de l’Intérieur.
Khil Bahadur Bhandari, directeur de l’hebdomadaire Janadesh, a été arrêté à Katmandou le 26 novembre 2001. Sa détention est confirmée le 4 septembre 2002 par le ministère de l’Intérieur.
Baikuntha Dahal
, journaliste free-lance et avocat, a été arrêté le 29 novembre 2001. Il est détenu dans le district d’Udaypur (est du pays).
Rajendra Karki
, correspondant de l’hebdomadaire Blast à Fattepur, est détenu depuis novembre 2001 dans la prison de Rajbiraj (sud-est du pays).
Komal Nath Baral
, directeur de l’hebdomadaire Swaviman, est emprisonné dans la prison de Kaski (centre du pays) depuis le 21 décembre 2001. Son arrestation par l’armée est confirmée le 4 septembre 2002 par le ministère de l’Intérieur.
Chitra Chaudhari
, directeur de l’hebdomadaire local Nawacharcha, a été arrêté le 6 décembre 2001 à Tikapur (district de Kailali, ouest du pays). Il est détenu dans le bâtiment de la police régionale.
Badri Prasad (or Nath) Sharma
, directeur de l’hebdomadaire local Baglung, est détenu depuis le 26 décembre 2001 dans la prison de Baglung (ouest du pays). Sa détention est confirmée le 4 septembre 2002 par le ministère de l’Intérieur.
Janardan Biyogi
, directeur adjoint de l’hebdomadaire Swaviman, est détenu depuis le 27 décembre 2001, après avoir été arrêté par l’armée.
Devram Yadav
, de l’hebdomadaire national Jana Astha et de l’hebdomadaire local Blast, est arrêté en décembre 2001 et placé en détention dans la prison de Rajbiraj (sud-est du pays). Son arrestation par l’armée est confirmée le 4 septembre 2002 par le ministère de l’Intérieur.
Posh (or Biswa) Raj Poudel
et Suresh Chandra Adhikari, de Chure Sandesh, sont détenus depuis le 23 janvier 2002 dans la prison de Chitwan (au sud-ouest de la capitale).
Ambika Niraula
, correspondant de l’hebdomadaire Jana Astha, arrêté en janvier dans le district de Saptari (est du pays), est détenu, selon le directeur de Jana Astha, pour avoir couvert les activités des maoïstes.
Arjun Thapaliya
, responsable de l’administration du mensuel Dishabodh, arrêté par l’armée au début de l’année, a disparu.
Mumaram Khanal
, du mensuel Dishabodh, est détenu dans le district de Saptari (est du pays) depuis le début de l’année.
Keshav Bhattal
, journaliste indépendant dans le district de Taplejung (est du pays), a été arrêté au début de l’année.
Bhim Sapkota
, quotidien Narayani Khabar Patrika (publié à Chitwan, au sud-ouest de Katmandou), est arrêté le 6 mai à son domicile. Il est détenu à Chitwan.
Atindra Neupane
, de Janadisha, est arrêté par la police le 20 mai dans le district de Katmandou.
Sangita Khadka, de Janadisha, est arrêté par la police le 20 mai dans le district de Katmandou. Sa détention est confirmée le 4septembre par le ministère de l’Intérieur.
Maheshwar Dahal, directeur de la revue promaoïste Nepali Awaj (La Voix du Népal, publiée en Inde), est arrêté, le 12juillet, par la police de Nepalgunj (sud du pays) après avoir été interpellé à New Delhi.

Le 3 janvier 2002, des membres des forces de sécurité interpellent Hari Baral de l’hebdomadaire Bijayapur, publié à Dharan (est du pays). Le journaliste passe plusieurs mois en prison. Bhawani Baral, également collaborateur de Bijayapur, entre dans la clandestinité pour échapper à l’arrestation.
Le 5 janvier, Kamal Mishra, collaborateur de l’hebdomadaire Dristi, est arrêté par la police indienne de Siliguri, à quarante kilomètres de la frontière, alors qu’il sort de l’hôpital. Il est remis dans les jours qui suivent à la police népalaise qui le détient. Il est libéré plusieurs semaines plus tard.
Le 9 janvier, Bijay Raj Acharya, directeur du magazine Srijanashil Prakashan (Les publications créatives), est arrêté à son domicile par des policiers et des militaires, avant d’être conduit au commissariat de Singha Durbar de Katmandou, puis transféré le lendemain dans le camp militaire de Balaju. Selon Amnesty international, le journaliste est torturé pendant sa détention. Lors de son interrogatoire, Raj Acharya a les pieds et les mains liés et le visage recouvert. Il reçoit des décharges électriques pour lui faire avouer ses relations avec le parti maoïste. Après deux jours d’interrogatoire, il est reconduit dans un commissariat où ses proches peuvent lui rendre visite. Le 19mars, Raj Acharya est remis en liberté, mais il reste sous le contrôle de la police, auprès de laquelle il doit se présenter une fois par semaine.
En janvier, l’administration locale du district de Lamjung (ouest du pays) relâche sans condition Nava Raj Prahadi, reporter local du quotidien Kantipur et président de la section locale de la FNJ, après cinq jours de garde à vue. L’armée lui reprochait un article sur la libération pour manque de preuve d’une femme accusée de soutenir les maoïstes.
Le 3 février, Harihar "Sabita" est libéré sous caution à la demande de l’administration du district de Lamjung (à l’ouest de Katmandou). Il avait été arrêté pour son soutien supposé aux maoïstes.
Dans la soirée du 3 mars, Gopal Budhatokhi, directeur de l’hebdomadaire Sanghu (Pont), sort de son bureau dans le centre de Katmandou. Il vient de boucler le dernier numéro de son hebdomadaire et rentre chez lui à moto. Le journaliste se sait surveillé depuis une semaine. A une centaine de mètres de son bureau, son véhicule est bloqué par une camionnette et trois motos. Une dizaine d’individus l’entourent et lui demandent de les suivre : "Nous sommes de l’armée. Notre officier veut vous parler." Gopal Budhatokhi est placé à l’arrière du véhicule, le visage couvert et les mains attachées dans le dos. Il va rester ainsi pendant vingt-quatre jours. Ses gardiens ne lui permettent d’enlever sa cagoule que pour manger et aller aux toilettes. Près d’une heure après son arrestation, Gopal Budhatokhi est placé dans une cellule sans air et sans lumière. Isolé pendant vingt-quatre jours, le journaliste traverse une "grande dépression". Il explique les angoisses qu’il a vécues pendant cette détention : "J’ai eu peur à chaque instant de devenir fou (...) Chaque jour était rempli de frustrations. Je n’étais plus rien. Plus de téléphone. Plus de contact avec mon épouse et mes amis. Plus rien (...) Tous les bruits me terrifiaient. Les bottes des militaires ou les cris d’autres détenus." Gopal Budhatokhi n’est pas frappé pendant les interrogatoires, mais il estime que le traitement qu’il a subi est la "pire des tortures". Lors des interrogatoires, au début quotidiens, les officiers lui reprochent un article du 23 février critique à l’encontre du chef d’état-major. Selon le directeur de Sanghu, les officiers lui demandent : "Pourquoi les journalistes comme vous ne soutiennent-ils pas l’armée ?" Le 6 mars, le Premier ministre annonce que le journaliste a été arrêté en raison de la publication répétitive d’articles "inventés" sur les forces de sécurité, dans la seule intention de répandre des rumeurs. Suite aux pressions nationales et internationales, Gopal Budhatokhi est libéré le 25mars. Il souffre depuis de douleurs dorso-lombaires et de troubles de la mémoire. "J’ai échappé à la folie, mais j’ai l’impression que mon cerveau tourne au ralenti", affirme-t-il. Gopal Budhatokhi avait déjà été arrêté en décembre 2001. Près de cent cinquante policiers avaient entouré son domicile de Katmandou. Il avait été détenu pendant plusieurs heures pour avoir publié une caricature critique de l’armée et des extraits d’un communiqué du chef des rebelles maoïstes.
Le 3 mars, les forces de sécurité libèrent Shankar Khanal, correspondant du quotidien Space Time et de la station gouvernementale Radio Nepal, après trois mois de détention à Sankhuwasabha (est du pays). Il avait été arrêté le 2 décembre 2001 pour avoir couvert les activités des rebelles maoïstes dans son district.
Le 16 mars, Shyam Shrestha, directeur du mensuel d’extrême gauche Mulyankan, est arrêté à l’aéroport international de Katmandou alors qu’il tente de se rendre à New Delhi pour participer à un séminaire. Le journaliste est interpellé par les forces de sécurité, en compagnie de deux défenseurs des droits de l’homme. Selon le journal Kantipur, le journaliste est détenu au secret avec ses compagnons dans le camp militaire de Bhadrakali, dans la capitale. Le mensuel Mulyankan, connu pour ses articles critiques envers le gouvernement, est visé depuis plusieurs mois par les services de sécurité. L’épouse de Shyam Shrestha dénonce cet "enlèvement" par l’Etat. Selon elle, les trois hommes sont détenus dans des conditions difficiles et traités par l’armée comme des criminels. Le 24mars, elle s’associe à l’épouse du journaliste Gopal Budhathoki, également emprisonné, pour lancer un appel au gouvernement réclamant leur libération immédiate. Le 26mars, les trois hommes sont relâchés.
Le 24 mars, les forces de sécurité arrêtent Kumar Rawat, éditeur du mensuel d’extrême gauche Mul Prabaha et de l’hebdomadaire Mahima, à son domicile de Kalanki, près de Katmandou. Le directeur de ces publications en népali est également conseiller de la FNJ. Pendant plusieurs jours, sa famille n’a aucune nouvelle de lui. M.Rawat est resté avec les yeux bandés et les menottes au poing pendant huit jours. Le 10 avril, il est relâché à la condition de se présenter régulièrement à la police.
Le 26 mars, Sudarsan Raj Pandey, directeur de l’hebdomadaire Utthan et du quotidien Terai Today à Birgunj dans le district de Parsa (sud de Katmandou), est arrêté par des policiers alors qu’il est en reportage dans la région de Bhaktapur (vallée de Katmandou). Il est détenu dans le camp militaire de Suryabinayak (près de Bhaktapur). Les proches du journaliste déposent une requête auprès de la Commission nationale des droits de l’homme, après s’être vu refuser tout droit de visite. Il est libéré après plus d’un mois de détention.
Le 31 mars, les forces de sécurité arrêtent Bishwa Mani Dhital, directeur de l’hebdomadaire Rastra Chakra, à Banepa (près de Katmandou). Il est libéré le 8 avril.
Le 6 avril, Sama Thapa, directeur de l’hebdomadaire local Yugyaan, est libéré par les forces de sécurité après plus de quatre mois de détention. Il était détenu dans le camp militaire de Tikapur (district de Kailali, ouest du pays).
Le 27 avril, Youbraj Pandey, du quotidien local Naya Disha, est arrêté par des policiers en civil à son bureau de Butwal, dans le district de Rupendehi (sud-ouest de Katmandou). Il est libéré après plusieurs semaines de détention.
Le 28 avril, l’administration du district de Sunrasi (est du pays) libère Prem Bahadur Diyali, directeur adjoint de l’hebdomadaire local Blast Times, publié à Itahari. Détenu depuis plus de quatre mois par la police locale, P. B. Diyali signe, avant sa libération, un document où il reconnaît ne soutenir d’aucune manière les maoïstes.
Le 6 mai, Prem Bastola, du Blast Times Daily, est arrêté à son domicile de Haraicha (un petit village dans l’est du pays). Il est incarcéré dans la prison de Biratnagar (plus de quatre cents kilomètres au sud-est de Katmandou). Selon l’hebdomadaire Jana Astha qui a rapporté cette information, Prem Bastola a écrit de nombreux articles sur les combats entre les maoïstes et les forces de sécurité, notamment dans une publication locale dont il est le directeur. Mais selon ses collègues, il n’a jamais soutenu le mouvement maoïste. Prem Bastola a été obligé de signer, sous la menace d’une arme, une lettre dans laquelle il reconnaissait avoir pris des photographies lors de meetings maoïstes. Le journaliste a été violemment frappé par les forces de sécurité lors des interrogatoires. Prem Bastola est libéré après plus de trois mois de détention.
Le 20 mai, les forces de sécurité arrêtent Krishna Sen, rédacteur en chef du journal promaoïste Janadisha et ancien directeur de l’hebdomadaire Janadesh, Atindra Neupane, journaliste du quotidien Janadisha, et Sangita Khadka, correspondante de l’hebdomadaire Jana Aahawhan, dans une maison de la banlieue de Katmandou. Les trois journalistes étaient activement recherchés par la police pour leur implication dans le mouvement maoïste. Leurs photographies et leurs noms avaient été diffusés, deux semaines auparavant, lors d’une émission des forces armées, diffusée par la télévision publique népalaise. Krishna Sen était notamment présenté comme le responsable du Parti communiste népalais (maoïste) pour la région de Katmandou. Krishna Sen avait été libéré le 15 mars 2001 sur décision de la Cour suprême après plus de deux ans de détention. Les autorités lui reprochaient notamment d’avoir publié, dans son journal favorable aux maoïstes, une interview du leader du mouvement rebelle, Baburam Bhattarai. Atindra Neupane et Sangita Khadka sont connus pour leurs reportages favorables aux maoïstes écrits depuis les zones contrôlées par les partisans de la guerre populaire. Krishan Sen meurt sous la torture à la fin du mois de mai (voir plus haut).
Le 24 mai, Rewati Sapkota, du quotidien en langue népalaise Rajhdhani Daily, est arrêté à son domicile de Katmandou par les forces de sécurité et un inspecteur de police, Kamal Manandhar. Pendant quatre nuits et cinq jours, il est interrogé par des policiers sur d’autres journalistes et des activistes des droits de l’homme. Il est régulièrement torturé. Reporters sans frontières a recueilli son témoignage : "Mes mains étaient serrées par une corde. Mes pieds également. Mes yeux étaient bandés pour que je ne voie pas mes tortionnaires. Ils me frappaient avec des bâtons de bambou, très fort. Souvent, ils me couchaient au sol. Deux policiers montaient avec leurs bottes sur mes genoux, et un autre frappait mes jambes ou mes pieds. Je ne pouvais même pas crier car ma bouche était bâillonnée (...) Ils n’ont arrêté de me torturer qu’après que je me suis évanoui." Le journaliste a partagé une cellule petite et insalubre avec une dizaine de personnes. "Tous les détenus portaient des traces de coups", a déclaré Rewati Sapkota. Il est finalement relâché grâce aux pressions internationales et à celles de la FNJ. Alité chez lui, il ne peut remarcher qu’une semaine plus tard. Après sa libération, le journaliste doit se rendre deux fois par semaine au poste de police. Il doit répondre chaque fois à une série de questions sur ses activités. Depuis, Rewati Sapkota doit se rendre une fois par mois au commissariat. "Quatre mois après mon arrestation, il me reste des douleurs aux pieds, des cauchemars et la peur d’être de nouveau arrêté et de mourir. Le pire est que je n’ai aucun papier pour affirmer que j’ai été arrêté", a expliqué le jeune journaliste, spécialiste des sujets scientifiques.
Dans la matinée du 24 mai, les forces de sécurité arrêtent Mina Sharma, directrice du mensuel Aikyabaddata (Solidarité), à son domicile de la banlieue de Katmandou. Elle est conduite dans un centre de détention pour les "suspects maoïstes". "J’ai été interrogée par des militaires. Ils m’ont torturée notamment avec des décharges électriques et des coups. Les soldats m’insultaient en permanence (...) Toute la journée, nous entendions le bruit des tortures et des coups de feu. Après cinq jours, ils ont amené mon neveu Binod Tiwari, le codirecteur de ma revue, arrêté le 29 mai à Katmandou, dans le même centre de détention. J’entendais ses cris quand ils l’ont torturé." Quinze jours plus tard, Mina Sharma est transférée dans une caserne de l’armée royale du Népal. Les interrogatoires sur ses activités de journaliste reprennent. "Ils m’ont demandé ce qu’est Solidarité. Je leur ai répondu : Un magazine." "Pourquoi vous travaillez dans cette revue ?" "J’ai un diplôme de journalisme et je veux exercer ma profession." "C’est un journal maoïste ?" "Non, c’est une publication indépendante." "Alors ils m’ont frappée avec une barre de fer et ont reposé les mêmes questions." "Ce magazine est soutenu par les terroristes maoïstes. Pourquoi mentez-vous ?" "Non, je ne mens pas. Vous devez mieux vous renseigner." Ils m’ont de nouveau frappée, notamment au visage, avec leurs bottes militaires. "Vous pouvez me tuer. Je n’ai rien d’autre à dire." Ils m’ont montré de nouveau la liste des abonnés et des courriers du journal. "Ils sont tous maoïstes." "Certains sont peut-être sympathisants, mais la plupart ne le sont pas." Les soldats l’interrogent pendant plusieurs jours sur les activités de son mari, réfugié en Inde, et sur les articles publiés dans Solidarité. Pendant tout ce temps, elle a les yeux bandés et les mains attachées. Après deux semaines, Mina Sharma est transférée dans un commissariat de Katmandou puis dans la prison pour femmes de la capitale. Quelques jours plus tard, elle reçoit la visite de sa famille, notamment ses deux enfants, âgés de 7 et 9 ans. "Mais je n’avais aucune possibilité de protester contre ma détention. La police renouvelait ma détention sur simple décision administrative. "J’ai été libérée, le 5novembre, suite aux pressions des organisations de journalistes népalaises et internationales. Je veux remercier le Comité de protection des journalistes, Reporters sans frontières, la Fédération internationale des journalistes, Amnesty international et toutes les organisations népalaises de défense des droits de l’homme", conclut Mina Sharma. La journaliste souligne qu’elle doit maintenant mener un nouveau combat car les autorités ont fermé ses bureaux et confisqué ses ordinateurs et son fax.
Le 2 juin, des policiers arrêtent Krishna Prasad Gautam, directeur de la maison d’édition Chandeswari qui publie Sandhyakalin et Prabhatkalin, l’hebdomadaire Janasatta et plusieurs mensuels à Katmandou. Il est interrogé au commissariat de Hanumandhoka. Le journaliste est relâché plus d’un mois après son arrestation.
Le 13 juin, des policiers arrêtent Ramhari Paudyal, reporter du quotidien Samacharpatra à Pharping, une dizaine de kilomètres au sud de la capitale. Dans les heures qui suivent, la direction du journal exige la libération de son employé soupçonné d’avoir couvert des activités des maoïstes. Le journaliste est libéré plus d’une semaine plus tard.
Le 23 juin, les forces de sécurité libèrent Bishnu Khanal, Liladhar Gautam et Khadananda Lamichanne, respectivement directeur, gérant et journaliste de l’hebdomadaire Surkhet Post publié à Surkhet (ouest du pays). Arrêtés en novembre 2001 après la proclamation de l’état d’urgence, ils étaient accusés d’avoir publié des informations sur les activités des maoïstes très présents dans cette région.
Le 12 juillet, la police de Nepalgunj (sud du pays) arrête Maheshwar Dahal, directeur et collaborateur de la revue promaoïste Nepali Awaj [La Voix du Népal, publié en Inde], et trois autres Népalais, qui, interpellés la veille à New Delhi, viennent d’être expulsés d’Inde. Résidant en Inde, ils sont accusés d’être des membres de l’organisation promaoïste interdite Akhil Bharatiya Nepali Ekta Samaj et d’avoir assisté à une réunion sur les violations des droits de l’homme par les forces de sécurité népalaises. Maheshwar Dahal a travaillé successivement pour les publications promaoïstes Janadesh et Yojana. Ils sont incarcérés à la prison de Bhadragol à Katmandou.
Le 19 juillet, Dhana Bahadur Gurung, photojournaliste de l’hebdomadaire promaoïste interdit Janadesh, est arrêté par des hommes en civil dans son magasin de Katmandou. Il aurait été libéré plusieurs semaines après son arrestation.
Après la levée de l’état d’urgence, en août, le gouvernement libère une dizaine de journalistes et collaborateurs des médias. C’est le cas de Dipak Mainali, opérateur de saisie de Janadisha, arrêté fin novembre 2001 à Katmandou ; Ganga Bista, correspondant de la chaîne de télévision publique népalaise et du journal local Chautari Times, arrêté le 2 décembre 2001 dans le district de Sankhuwasabha (est du pays) ; Dil Sahani, journaliste dans le district de Rupandehi (sud du pays), arrêté le 13 décembre 2001.
Le 4 août, Kishor Shrestha, directeur de l’hebdomadaire d’extrême gauche Jana Astha [La foi du peuple], est arrêté par des policiers à son bureau de Katmandou et conduit au poste de police de Hanumandhoka. Après avoir annoncé que le directeur de publication pourrait être inculpé de "diffamation", la police libère M.Shrestha après vingt-quatre heures de détention. Son journal avait publié un article accusant Ram Chandra Khanal, un responsable de la police criminelle, de corruption. Le journaliste est également menacé de représailles s’il continue d’écrire des articles sur la mort en détention du journaliste Krishna Sen. Huit officiers dont le superintendant Khanal et l’inspecteur Mainali ont interrogé le journaliste pendant près de deux heures. Il n’a pas été frappé, mais un officier a simulé de le faire, et un autre lui a craché dessus. Ensuite, le journaliste a été placé dans une cellule de quatre mètres sur trois, sans électricité et où était entassées une vingtaine de personnes. Les gardiens sont sévères et le journaliste a été changé trois fois de cellule pour avoir parlé avec d’autres prisonniers.
Le 5 septembre, Binod Tiwari, collaborateur du magazine Aikyabaddata, est libéré après avoir été arrêté et torturé par l’armée qui lui reproche d’avoir travaillé avec la journaliste Mina Sharma.
Le 6 octobre, Indra Giri, correspondant du quotidien Nepal Samacharpatra dans le district de Sankhuwasabha (nord-est du pays), est arrêté par l’armée. Il avait été déjà arrêté en décembre 2001. Matrika Timsina, journaliste dans plusieurs hebdomadaires du district de Sankhuwasabha, est également arrêté. Les deux journalistes sont libérés plus d’une semaine après leur arrestation.
Le 1er novembre, la police libère Ram Bhakta Maharjan, opérateur de saisie pour l’hebdomadaire Janadesh, de la prison de Katmandou, après un an de détention.
Le 5 novembre, Ishwor Chandra Gyawali et Manarishi Dhital, respectivement directeur et employé du mensuel promaoïste Dishabodh, Deepak Sapkota, Dipendra Rokaya, Dhana Bahadur Thapa Magar, respectivement reporter, assistant de la rédaction, photo reporter de l’hebdomadaire promaoïste Janadesh, et Mina Sharma (épouse Tiwari), directrice du mensuel Aikyabaddata, quittent libres la prison centrale de Katmandou. Certains y étaient détenus depuis près d’un an.
Le 15 décembre, Taranath Dahal, le président de la FNJ, rend visite à Devram Yadhav, journaliste de l’hebdomadaire Blast à Dharan (sud-est du pays) dans la prison de Rajbiraj. Il avait été arrêté le 13 décembre 2001 par l’administration locale qui l’accuse d’être un sympathisant maoïste.
Le 16 décembre, Govinda Acharya, directeur de l’hebdomadaire promaoïste Janadesh, et Chandra Man Shrestha, directeur commercial de l’hebdomadaire promaoïste Janadisha, sont libérés de la prison centrale de Katmandou. Gopal Budhathoki, vice-président de la FNJ, les reçoit à l’extérieur du centre de détention. Govinda Acharya avait été arrêté le 26 novembre 2001, le jour même de l’instauration de l’état d’urgence au Népal. Le journaliste souffre de sévères traumatismes psychologiques. Son épouse, Sabitree Acharya, avait également été arrêtée par l’armée, en février 2002, après avoir déposé une plainte contre la détention sans jugement de son mari. Selon l’avocat Bishwa Mainali, Sabitree Acharya faisait preuve de "beaucoup trop d’énergie, aux yeux des autorités, pour défendre le cas de son mari". Elle est restée en prison pendant plus de deux mois. Chandra Man Shrestha avait été arrêté en décembre 2001. A au moins trois reprises, la justice avait demandé aux forces de sécurité de les libérer.
Le 28 novembre, dix-sept journalistes libérés de prison, soutenus par l’organisation de défense de la liberté de la presse népalaise CEHURDES, déposent une demande de dédommagements devant la cour du district de Katmandou pour "détention abusive" et "mauvais traitements". Il s’agit notamment de Gopal Budhathoki, directeur du quotidien Sanghu, Shyam Shrestha, rédacteur en chef du mensuel Mulyankan, Anuradha Poudyal, reporter du Space Time Daily, Rewati Saptoka, du quotidien Rajdhani, P. B. Diyali, codirecteur du Blast Time, Dipak Prasad Sapkota et Dipendra Rokaya de Janadesh, Iswor Chandra Gyawali et Mana Rishi Dhital du mensuel Disha Bodh, et Bahadur Magar, secrétaire de la branche de Katmandou de la FNJ. Ils réclament une compensation de 200000roupies (près de 2500euros) et la restitution du matériel qui leur a été confisqué.

Cinquante-sept journalistes interpellés

Le 5 janvier 2002, K. C. Sharad, correspondant de la BBC à Nepalgunj (sud du pays), est interpellé et interrogé pendant deux heures par les forces de sécurité. Le journaliste, qui travaille également pour la radio d’état Radio Nepal, est enlevé au siège de celle-ci par des officiers de l’armée et conduit les yeux bandés dans une caserne.
Le 9 janvier, la police arrête pendant quelques heures Lal Prasad Sharma, correspondant du Kantipur Daily à Kusma (district de Parbat, ouest du pays) pour avoir écrit un article sur l’implication de l’armée dans la mort d’enfants handicapés lors d’opérations militaires.
Le 19 janvier, Anuradha Paudyal, spécialiste des questions de santé et d’environnement au journal privé Space Time Daily, est arrêtée à son domicile de Katmandou. Un groupe de policiers et de militaires perquisitionnent sa maison pendant plus de deux heures, sans présenter aucun mandat. Les forces de sécurité confisquent des livres et deux paires de jumelles utilisées par le mari de Anuradha Paudyal, lui-même journaliste, pour observer les oiseaux. Celui-ci déclare que les policiers ont bandé les yeux de sa femme avant de la placer dans un fourgon. Les autorités ne fournissent aucune information sur le lieu et les motifs de sa détention. Elle est emmenée, les yeux bandés, dans la caserne de l’armée de Balaju où elle est interrogée. Le 21 janvier, elle est relâchée, mais reste à disposition de l’armée. "Je n’ai pas été maltraitée, mais j’ai subi une torture psychologique", confesse Paudyal après sa libération.
Le 29 janvier, Kishor Shrestha, directeur de l’hebdomadaire Jana Astha, est interpellé par des policiers en civil à son bureau de Katmandou. Selon le directeur adjoint, les policiers, qui n’ont pas présenté de mandat d’arrêt, refuse de fournir des explications sur l’arrestation de Kishor Shrestha, connu pour être proche du Parti marxiste léniniste (MLP, opposition). Le journaliste est libéré le 30 janvier.
Le 16 mars, Narayan Prasad Sharma, un journaliste expérimenté et directeur du quotidien régional Naya Yugbodh, est interpellé et interrogé pendant une heure dans une caserne de l’armée du district de Dang (ouest du pays). La rédaction vient d’être investie par les forces de sécurité.
Le 21 mars, les forces de sécurité relâchent Chet Bahadur Sinjali, journaliste et membre de la FNJ, après une détention de douze heures dans la ville de Butwal (ouest du pays).
Le 10 avril, les forces de sécurité arrêtent Yubaraj Puri, de l’hebdomadaire Khabar Patrika dans le district de Sindhupalchok (nord de Katmandou). Il est également membre de la FNJ. Il est relâché le 11avril.
Le 29 avril, des policiers en civil font irruption dans l’imprimerie Shrinkala, qui abrite les locaux des hebdomadaires Nawa Yougabni et Nepali Awaj, à Thapagaon, un quartier de Katmandou. Ils arrêtent deux journalistes et six de leurs collaborateurs, et saisissent des coupures de presse de l’édition du jour ainsi qu’un cliché de l’épouse de Prachanda, dirigeant suprême des maoïstes. Kedar Bhattarai et Prakash Thapa, les deux journalistes, accompagnés de Sita Adhikari, opérateur de saisie du Nepali Awaj, Balram Dhamala, correcteur d’imprimerie, Prahlad Basnet, assistant, Rajkumar Karki, cameraman et Bel Bahadur Ale, employé, sont libérés après trois heures d’interrogatoire. Suite à l’intervention de Tej Prakash Pandit, directeur de publication du Nawa Yougbani et président de l’Union nationale des journalistes (NUJ), les policiers présentent leurs excuses pour ces interpellations. Les forces de sécurité ont déclaré avoir obéi à des ordres venus "d’en haut" et ne rien savoir de plus. Tej Prakash Pandit affirme toutefois que cette descente de police pourrait avoir été ordonnée par le Premier ministre Sher Bahadur Deuba, irrité par la publication d’articles critiques à l’égard de son gouvernement et de sa gestion de l’état d’urgence.
Le 23 mai, Tara Neupane, éditorialiste de l’hebdomadaire Sanghu, est interpellé pendant trois heures par des hommes en civil dans les locaux de la FNJ.
Le 4 août, le directeur du quotidien Janapraha, Bishnu Ghimire, est interpellé sous l’accusation d’extorsion de fonds contre le propriétaire d’un restaurant. Il est libéré le lendemain.
Le 9 août, plus de deux cent cinquante personnes, en majorité des journalistes, manifestent en silence dans les rues de la capitale. Les manifestants portent des lanternes pour dénoncer l’aveuglement du gouvernement dans sa façon d’attaquer la presse. Dans tout le pays, les journalistes mobilisés par la FNJ dénoncent la répression. A Chitwan, au sud de Katmandou, vingt-deux journalistes sont interpellés par la police alors qu’ils manifestent. A Ithari, au sud-est de la capitale, ce sont seize journalistes qui sont arrêtés à l’issue de la manifestation et d’un meeting. A Birganj, également au sud de Katmandou, les forces de sécurité empêchent les journalistes de manifester. Les lanternes préparées par la FNJ sont confisquées. A Ilam, cette fois dans l’est du pays, la manifestation est interdite. Tous les journalistes sont libérés après une garde à vue d’au moins deux heures.
Le 9 novembre, Harihar Singh Rathaur, correspondant du quotidien Kantipur dans le district de Dailekh (extrême ouest du pays), est placé en garde à vue pendant onze heures par les forces de sécurité. L’armée affirme que son interpellation est liée à une enquête sur une explosion intervenue non loin de son domicile. Il est libéré suite à l’intervention d’un membre de la FNJ.
Le 12 novembre, la police arrête Tikaram Rai, rédacteur en chef du journal Aparanha, à son bureau de Katmandou. Trois jours auparavant, le quotidien avait publié un article sur l’officier de police Basanta Kunwar, accusé de vendre des permis de conduire. Ce dernier enregistre une plainte contre le journaliste en vertu du Public Offense Act. Tikaram Rai est libéré sous caution le 14 novembre.
Le 13 novembre, Dinesh Chaudhari, collaborateur du journal Space Time Daily basé à Jajarkot (ouest du pays), est arrêté pendant quelques heures par les forces de sécurité. Il est accusé de "sédition".

Cinq journalistes agressés

Le 30 mars 2002, Puskar Thapa, journaliste du quotidien Space Time Daily, est agressé par Ram Krishna Nirala, un ancien responsable de la compagnie d’aviation Royal Nepal Corporation (RNAC) lors d’un rassemblement de l’Association des avocats de Katmandou. Le même jour, le journaliste a publié un article sur certains agissements de Ram Krishna Nirala qui aurait soustrait des documents juridiques de la RNAC.
Le 5 mai, Ujir Magar, journaliste pour le quotidien Kathmandu Post, est malmené par des membres de l’Association des anciens Gurkhas (GAESO) lors d’une conférence de presse à Katmandou. La GAESO a organisé cette rencontre avec la presse pour annoncer le dépôt d’une plainte à l’encontre du gouvernement britannique. Certains de ses membres sont irrités par une question du journaliste.
Le 25 juin, Taranath Dahal, président de la Fédération des journalistes népalais, est malmené par trois inconnus, à son domicile de Bhaktapur. Ivres, les trois individus le menacent avant de s’enfuir.
Le 3 août, Kamal Panthi, correspondant du quotidien Kantipur dans le district de Bardiya (ouest du pays), est frappé et menacé de mort par un soldat à Gulariya. Il est hospitalisé et reçoit plusieurs points de suture. Le journaliste enquêtait sur un trafic de bois. L’armée promet une enquête.
Dans la soirée du 8 octobre, Deepak Pandey, du quotidien Space Time Daily, est violemment passé à tabac par Sukdev Neupane et Amrit Shrestha, respectivement inspecteur et sous-inspecteur au commissariat de police de Kamalpokhari (centre de Katmandou), alors qu’il couvre l’incendie d’un magasin de meubles au centre de la ville. Selon la FNJ, deux officiers de police, en civil et ivres, battent le journaliste à coups de poing et de pied, et lui subtilisent l’équivalent de cent euros et une chaîne en or. Le journaliste, ignorant que ses agresseurs sont des officiers de police, demande l’aide d’autres policiers témoins de la scène. Mais ces derniers l’interpellent et le placent dans un véhicule de police. Les agents ne cessent de le frapper jusqu’à ce qu’ils arrivent à l’hôpital où ils essaient de le faire passer pour un ivrogne. Le médecin en chef refuse de signer le document l’incriminant. Les policiers sont obligés de relâcher le journaliste suite à l’intervention d’un haut responsable de la police. Deepak Pandey est, selon les médecins, dans un état préoccupant. Le journaliste a le corps entièrement contusionné et vomit du sang. Il souffre de blessures internes dues aux coups.

Huit journalistes menacés

Le 20 septembre 2002, Tanka Panta et Dipak Rijal, deux journalistes du groupe Kamana Publications, reçoivent des coups de téléphone d’un certain Shobhit Banset qui déclare être affilié au Parti communiste népalais (maoïste). Ce dernier menace de "les éliminer physiquement" s’ils continuent de rédiger des articles critiques envers le parti maoïste.
Le 22 septembre, un engin explosif est désamorcé devant le domicile de Mahendra Sherchan à Kopundole (vallée de Katmandou). Il est président de la maison d’édition Utsarga qui publie Rajdhani, l’un des quotidiens népalais les plus lus dans le pays. La tentative d’attentat est attribuée par la police aux rebelles maoïstes.
En octobre, Kishor Shrestha, directeur de l’hebdomadaire Jana Astha, échappe à plusieurs tentatives d’arrestation après avoir été inculpé de "meurtre". Les locaux de son journal sont perquisitionnés plusieurs fois et tout le matériel est saisi. La police reproche au journaliste d’avoir publié, le 9 octobre, une photo en noir et blanc d’une actrice népalaise, Shrisha Karki, entièrement nue. L’article qui accompagne la photo affirme qu’il s’agit d’une prostituée qui compte parmi ses clients de hauts politiciens népalais et des officiers de police. Cinq jours plus tard, le corps de Shrisha Karki est retrouvé inanimé à son domicile. Toute la presse lie son suicide à la photo du Jana Astha. Kishor Shrestha et trois reporters sont alors considérés comme les coupables dans cette affaire. La police lance des poursuites contre eux sur la base de deux chefs d’accusation "trouble à l’ordre public" et "meurtre". Mais les journalistes continuent à publier leur journal dans la clandestinité et malgré les critiques des autres médias qui dénoncent les dérapages de l’hebdomadaire. Kishor Shrestha affirme à Reporters sans frontières que le suicide de l’actrice est utilisé comme un prétexte par les autorités népalaises afin de faire taire un journal qui dénonce régulièrement la corruption et les atteintes aux droits de l’homme. En décembre, la FNJ dépose une plainte devant la Cour suprême pour protester contre le double chef d’inculpation dans cette affaire, et cela en contradiction avec la loi népalaise.
Le 8 novembre, les locaux du quotidien Aankush à Birgunj (sud-ouest de Katmandou) sont saccagés par six individus impliqués dans un trafic de fausse monnaie révélé par le journal. Ils menacent alors de mort Dipendra Chauhan, directeur du journal.

Pressions et entraves

De janvier à août 2002, le gouvernement et le roi suspendent les sept articles de la Constitution qui garantissent les libertés fondamentales : droit aux libertés fondamentales, droit de la presse et de publication, droit contre la détention abusive, droit à la propriété, droit à la vie privée et droit au recours constitutionnel. Dans le cadre de l’état d’urgence, les citoyens népalais se voient ainsi privés, pour une période encore incertaine, de l’article 12.2 (a) qui garantit la liberté d’opinion et d’expression, et de l’article 13.1 qui interdit la censure d’une information, d’un article ou d’un document écrit. De même, la proclamation de l’état d’urgence, et son renouvellement en février par le Parlement, a mis entre parenthèses l’article 15 qui régit les interpellations, les maintiens en détention et prévoit des compensations en cas de détention abusive. Dans le même temps, le roi a décrété, en vertu de l’article 118 de la Constitution, le déploiement de l’armée sur tout le territoire, et annoncé, sur proposition du gouvernement, la promulgation de l’Ordonnance relative aux activités terroristes et déstabilisatrices (TADO) qui, au 20 mars 2002, n’a pas encore été adoptée par le Parlement. La loi sur les activités terroristes inclut la "publication ou la distribution d’informations concernant un individu ou un groupe impliqué dans des activités terroristes ou subversives". De manière plus générale, cette loi donne tous pouvoirs aux forces de sécurité pour lutter contre les "terroristes". Les procédures de police sont simplifiées à l’extrême et les délais de détention sont prolongés. De même, une cour spéciale a été créée pour juger les "terroristes". Mais comme le remarque le directeur d’INSEC, le gouvernement n’a mis en place qu’une seule cour spéciale, à Katmandou, et le sort des suspects maoïstes arrêtés en dehors de la capitale n’est pas du tout réglé. En effet, dans les districts touchés par la guerre, les officiers de police et de l’armée, de véritables "ministres de l’Intérieur et de la Justice", ont tous les pouvoirs.
Pour illustrer les pressions et les entraves que subissent au quotidien les journalistes de province dans leur couverture de la guerre civile, Reporters sans frontières a interrogé les journalistes de la ville de Nepalgunj (sud-ouest du pays) qui est la seconde garnison militaire du pays. Depuis novembre 2001, l’armée royale du Népal, dont le numéro 2 est basé dans cette ville, n’a organisé aucune conférence de presse pour les journalistes locaux. L’armée ne compte dans cette région, la plus touchée par la guerre, aucun service de presse. Seul le général en charge des opérations militaires dans le district de Surkhet s’est montré ouvert aux questions des journalistes. Le major Ajit Thapa s’est illustré par de nombreuses menaces à l’encontre des reporters et des militants des droits de l’homme de Nepalgunj. Un enquêteur de l’INSEC, Vijaya Chand, s’est vu menacé de mort par l’officier. "Si tu continues à publier des rapports contre l’armée, je vais te couper les mains et les jambes", a lancé l’officier au jeune militant des droits de l’homme en présence de représentants du gouvernement. Les journalistes de Nepalgunj interrogés par Reporters sans frontières ont expliqué être incapables de confirmer la plupart des informations données par les forces de sécurité et les organisations de défense des droits de l’homme. "Notre accès au terrain est très limité. Les menaces des militaires font craindre le pire si nous allons enquêter sur des exactions. On en est arrivé à pratiquer très largement l’autocensure", explique Sharad K. C., stringer de la radio BBC. Ainsi, le major Ajit Thapa téléphone régulièrement aux journalistes pour les menacer suite à des articles publiés dans leurs journaux respectifs et qui ne lui plaisent pas. "Il nous menace ou nous convoque. Il est agressif", expose le correspondant d’un quotidien de Katmandou. "Bien entendu, c’est la guerre, et nous sommes prêts à dénoncer le terrorisme maoïste, mais la coopération avec l’armée est quasiment impossible", explique le correspondant de l’agence de presse publique RSS. Ainsi, en juillet 2002, un village proche de Nepalgunj est attaqué par les maoïstes. Les journalistes se rendent sur place et constatent que l’armée, qui compte plusieurs bases à proximité, n’est intervenue que trois heures après l’attaque. Cette information est reprise dans la plupart des quotidiens nationaux, notamment le Space Time Daily. Le même jour, le major Thapa convoque Krishna Adhikari, correspondant de ce quotidien de Katmandou et l’oblige à publier un rectificatif. De peur d’être arrêté, le reporter du Space Time Daily obtempère. Les journalistes de Nepalgunj sont "frustrés" par les limitesquileur sont imposées. "L’armée et le gouvernement n’ont que du mépris pour les journalistes de province et pourtant, nous sommes les seuls à être proches des événements (...) A quoi bon faire des reportages sur le terrain, si nos rédactions à Katmandou ne font que reprendre les communiqués du ministère de la Défense dans la capitale ?" s’interroge le stringer de la BBC. Les journalistes dénoncent cette stratégie de non-communication de l’armée népalaise. "Les gens s’interrogent : si l’armée ne dit rien sur les opérations, c’est qu’ils ont quelque chose à cacher", explique le correspondant de la Nepal Television. Enfin, les journalistes se méfient des réactions de rebelles de plus en plus aux abois. "Depuis qu’ils ont enlevé deux journalistes et en ont assassiné un autre, nous devons être plus méfiants", explique le correspondant de l’agence de presse RSS. Pour sa part, le correspondant du journal Nepal Samatapatra Daily a été menacé au téléphone par un dirigeant maoïste de la région. "Sur la base d’une information donnée par l’armée, j’avais annoncé sa mort dans mon quotidien. Il m’a menacé de représailles si je continuais à annoncer la mort de chefs rebelles", explique le jeune reporter.
Le 9 janvier, la police empêche des journalistes de plusieurs journaux nationaux de couvrir l’inauguration d’une usine de lait par le ministre de l’Agriculture à Kohalpur (près de Nepalgunj, sud du pays).
En février, le gouvernement réunit les principaux propriétaires de la presse privée pour leur demander de ne pas faillir dans leur soutien et de ne pas défendre dans leurs colonnes les journalistes, notamment ceux de leurs rédactions, arrêtés par les forces de sécurité. Pour expliquer l’alignement de la presse derrière le pouvoir, un journaliste proche de l’opposition rappelle que l’Etat est à l’origine de près de 80 % de la publicité dans la presse écrite.
Le 14 mars, Ramnath Mainali, avocat de l’hebdomadaire Janadesh, est arrêté à son domicile de Katmandou, par une douzaine de membres des forces de sécurité en civil. Selon Amnesty international, cet avocat proche des maoïstes est connu pour avoir défendu successivement Krishna Sen et Govinda Acharya, directeurs successifs de Janadesh. Ramnath Mainali avait obtenu en 2001 la libération de Krishna Sen, grâce à un jugement de la Cour suprême. Quelque temps auparavant, l’avocat avait déposé une demande d’habeas corpus en faveur de Govinda Acharya. Les militaires informent les proches de l’avocat qu’il est détenu dans la caserne Singha Durbar à Katmandou. Il tombe gravement malade lors de sa détention. Le 10 juillet, les autorités libèrent sous caution Ramnath Mainali, mais il doit se rendre à la police une fois par semaine.
Le 25 mars, une bombe explose devant les locaux de l’entreprise publique Gorakhapatra Corporation qui publie les quotidiens Gorakhapatra et The Rising Nepal à Katmandou. L’attentat, qui n’est pas revendiqué mais attribué aux maoïstes, ne provoque que des dégâts matériels.
Le 11 mai, des journalistes sont autorisés pour la première fois par l’armée à se rendre dans une zone de combats dans l’ouest du pays. Les images et les reportages sur les opérations militaires sont rares. L’accès difficile aux zones d’affrontements est l’une des raisons de cette "guerre invisible". Par ailleurs, les forces armées népalaises ne montrent aucun enthousiasme à amener des journalistes sur les champs d’opérations. "Nous savons que nos demandes d’accès aux zones de combats seront systématiquement refusées. On peut se rendre dans une localité où un accrochage vient d’avoir lieu, pour compter les morts et prendre des photos des bâtiments détruits. Mais l’armée ne nous autorisera pas à la suivre sur le terrain. Peut-être de peur que nous ne soyons témoins de leur faiblesse ou des dommages collatéraux pour les populations civiles", explique un reporter d’un grand quotidien de Katmandou.
Le 14 mai, l’inspecteur de police Govinda Thapoliya interdit aux journalistes l’accès du bâtiment de la compagnie aérienne Royal Nepal Airlines à Nepalgunj (sud-ouest du pays), lors d’une cérémonie.
Le 14 septembre, des rebelles maoïstes font exploser un relais radio et télévision dans le village de Parwanipur (district de Bara), interrompant ainsi la radiodiffusion dans trois districts. Selon le témoignage d’un ancien membre de la guérilla maoïste, il est interdit aux combattants et aux civils d’écouter les radios privées de Katmandou dans les zones sous leur contrôle.
Le 4 octobre, Chandra Prasad Baniya, ancien parlementaire du district de Myagdi (ouest du pays), est placé en résidence surveillée pour avoir contribué à un article "supportant le terrorisme" publié dans le journal local Myagdi Sandesh. Cette décision de l’administration du district fait également suite à l’interpellation de Tika Ram Sapkota, rédacteur en chef et éditeur du journal, qui a depuis été libéré sous caution.
Le 19 décembre, on apprend que Lain Bahadur Thapa, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Panchthar Sandesh, emprisonné pendant près de neuf mois dans le district reculé de Panchthar (nord-est du pays), a été forcé, suite à des menaces verbales de la part des forces de sécurité et des agents gouvernementaux, de retirer sa demande de compensation pour détention abusive. Il doit par ailleurs se présenter quotidiennement au poste de police.



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