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Pakistan


-  Superficie : 803 943 km2.
-  Population : 141 971 000.
-  Langue : ourdou, anglais (off.).
-  Nature de l’Etat : république fédérale islamique.
-  Chef de l’Etat : général Pervez Musharraf.

Pakistan - Rapport annuel 2003

Le général-président Pervez Musharraf n’a pas tenu sa promesse de respecter la liberté de la presse. Les services secrets omniprésents ont harcelé les rares journalistes d’investigation. Par ailleurs, l’adoption de nouvelles lois sur la presse met en péril le ton relativement critique de la presse écrite.

A l’approche des élections générales d’octobre 2002, les relations entre la presse et le régime militaire se détériorent. Les forces de sécurité, principalement les services secrets militaires (ISI), multiplient les "conseils" à la presse pour influencer les directeurs de journaux tandis que le général Musharraf accuse publiquement celle-ci de dévaloriser ses alliés politiques et d’être vendue aux "forces d’opposition". Selon Najam Sethi, directeur du quotidien Daily Times, le président Pervez Musharraf, soumis aux critiques, répond par la "traditionnelle théorie du complot".
Un groupe de journalistes d’investigation d’Islamabad fait les frais de ce durcissement. Amir Mateen, Rauf Klasra et Ansar Abbasi sont harcelés par les hommes de l’ISI, tandis que le plus célèbre d’entre eux, Shaheen Sehbai, est obligé de quitter le pays. Des hommes de l’ISI l’ont menacé : "Rentre dans le rang, ou tu vas goûter du bâton." Le site Internet d’information qu’il lance depuis les Etats-Unis connaît un succès considérable, grâce à des révélations très compromettantes pour les militaires. Le pouvoir harcèle sa famille et interdit aux journalistes pakistanais d’utiliser ses informations. Cette politique est assumée par le général-ministre Javed Ashraf Qazi : "Les journalistes pakistanais se divisent en deux catégories. Le journaliste libéral de gauche peut être acheté par l’Inde pour deux bouteilles de whisky tandis que le journaliste conservateur est patriotique. Le travail de ces journalistes achetés est de prendre des informations publiées en Inde et de les faire imprimer au Pakistan comme un travail d’investigation."
Lentement mais sûrement, le gouvernement pose les bases d’une libéralisation des médias audiovisuels. Le Pakistan est très en retard par rapport à son voisin indien où il existe déjà de nombreuses radios et télévisions privées. Le 16 janvier, le gouvernement approuve la création de l’Autorité pakistanaise de régulation des médias électroniques (PEMRA), compétente pour délivrer les licences à des radios et des chaînes de télévision privées. Les Pakistanais abonnés au câble ou au satellite peuvent déjà recevoir deux chaînes privées en ourdou, notamment Geo TV, qui émettent depuis Dubaï ou Londres. Par ailleurs, le gouvernement promulgue en octobre la loi sur la liberté de l’information qui garantit aux citoyens, notamment aux journalistes, l’accès aux informations publiques, sauf celles mettant en jeu la "sécurité nationale".
En revanche, l’adoption par le gouvernement, en août, de trois nouvelles lois sur la presse, dont une sur la "diffamation", est un véritable recul pour la liberté de la presse. Un responsable de la principale association de journalistes affirme qu’avec cette "nouvelle loi draconienne sur la diffamation, il n’y aura plus qu’un simulacre de liberté d’expression et de liberté de presse".
L’enlèvement et l’assassinat du journaliste américain Daniel Pearl par un groupe islamiste radical a rappelé de manière dramatique la haine des mouvements djihadistes à l’égard des reporters occidentaux. L’enquête de police et le procès, interdit aux journalistes, ont conduit à la condamnation à mort de l’instigateur et à des peines de prison à vie pour trois complices. Mais certaines zones d’ombre persistent.
Après l’interdiction, en janvier, de certains mouvements fondamentalistes radicaux, le régime militaire n’a pas entrepris de faire cesser la publication de magazines islamistes glorifiant le djihad. Ceux-ci continuent à circuler librement. Le mouvement radical Lashkar-e-Taiba (interdit) publie toujours les mensuels Al-Kibal en arabe, Zarb-e-Taiba pour la jeunesse et Voice of Islam en anglais. Les hommes d’Oussama Ben Laden et les taliban sont présentés comme de "braves moudjahidin" et les combattants morts pendant le djihad sont loués comme des "martyrs" dont les dernières volontés sont publiées en intégralité.
Par ailleurs, la coalition de partis religieux, arrivée en troisième place lors des élections d’octobre, fait campagne pour l’instauration de la Charia. Elle veut limiter le développement des chaînes câblées et du cinéma, accusés de corrompre le caractère islamique du pays. Dans la province de la Frontière du Nord-Ouest, le nouveau gouvernement, dirigé par cette coalition, veut "éliminer l’obscénité et la vulgarité".
Deux journalistes assassinés
Le 17 mai 2002, la police de Karachi (sud du pays) découvre dans un jardin de la banlieue de la capitale économique du Pakistan, le corps décapité de Daniel Pearl, correspondant du Wall Street Journal basé à Bombay (Inde). Le journaliste avait été enlevé le 23 janvier. Agé de trente-huit ans et de nationalité américaine, Daniel Pearl se trouvait depuis trois semaines à Karachi, avec son épouse Marianne, journaliste française, où il menait une enquête sur le pirate de l’air britannique Richard Reid. Ce dernier s’était rendu au Pakistan peu avant sa tentative d’attentat le 22 décembre 2001 sur un vol Paris-Miami. Daniel Pearl disparaît après avoir pris rendez-vous avec des militants djihadistes. La disparition du journaliste américain sitôt annoncée, le gouvernement pakistanais ordonne à la police fédérale et locale de lancer une chasse à l’homme et de ne "ménager aucun effort" pour le retrouver. La maison d’édition du Wall Street Journal, la compagnie Dow Jones & Co, déclare quant à elle travailler en collaboration avec les gouvernements pakistanais et américain. Le 12 février, la police pakistanaise annonce avoir arrêté Ahmad Omar Saeed Sheikh, plus connu sous le nom de Sheikh Omar, l’un des chefs du mouvement interdit Jaish-e-Mohammad et commanditaire désigné par les autorités du kidnapping de Daniel Pearl. En fait, il a été arrêté plusieurs jours auparavant, mais la police a préféré l’interroger en secret. La mort de Daniel Pearl est confirmée après que l’ambassade des Etats-Unis au Pakistan a reçu, le 21 février, une cassette vidéo montrant l’exécution du journaliste. Le procès de Sheikh Omar et de sept autres militants islamistes s’ouvre le 5 avril sous la protection d’importantes forces de sécurité. Ils sont accusés "d’enlèvement avec demande de rançon", "meurtre" et "actes terroristes". Les audiences ne sont pas ouvertes aux journalistes pakistanais. Le 15juillet, la cour d’Hyderabad condamne Sheikh Omar à la peine de mort et ses trois complices à la prison à vie. Sheikh Omar déclare à l’annonce du verdict que ce procès est une "perte de temps dans la guerre décisive opposant l’islam et les infidèles". Son avocat annonce qu’il va faire appel alors que les Etats-Unis renoncent finalement à demander l’extradition de Sheikh Omar. Mais en août, on apprend que trois nouveaux suspects, qui ont conduit au cadavre de Daniel Pearl et auraient fait de nouvelles révélations sur le meurtre, ont été arrêtés par la police. Mais le gouvernement ne souhaite visiblement pas reprendre le procès au début.
Dans la nuit du 20 au 21 octobre, Shahid Soomro, correspondant du journal en sindhi Kawish, est abattu devant sa maison de Kandhkot (sud-est du Pakistan). Des individus l’interpellent pour qu’il sorte de sa maison. Une fois le journaliste dehors, ils tentent de le kidnapper, mais devant sa résistance, ils ouvrent le feu avec une Kalachnikov et un revolver avant de s’enfuir à bord d’un véhicule. Grièvement blessé à l’abdomen, Shahid Soomro décède lors de son transfert à l’hôpital. Selon sa famille et ses collègues, les motifs du meurtre sont liés aux articles que le journaliste avait publiés pendant la campagne électorale. Une plainte est déposée par le frère de la victime, qui avait identifié trois suspects : Wahid Ali Bijarani, Mohammad Ali Bijarani et Mohammad Bajkani. Wahid et Mohammad Ali sont frères de Mir Mehboob Bijarani, récemment élu du Parti populaire pakistanais (PPP) à l’Assemblée provinciale pour Kandhkot et neveux de Mir Hazzar Khan Bijarani, anciennement ministre fédéral et élu de l’Assemblée nationale. Ces liens de parenté étroits attestent d’une éventuelle relation entre le meurtre et certains des articles de Shahid Soomro sur les abus commis pendant les élections qui auraient irrité Mir Mehboob Bijarani. Le journaliste était âgé de vingt-six ans. Il laisse une veuve et deux enfants. Des centaines de journalistes manifestent dans plusieurs villes de la province pour demander une enquête et des sanctions. Le lendemain du crime, Mohammad Ali Bijarani est arrêté par la police. Le 23 octobre, c’est au tour de Wahid Ali Bijarani de se rendre à la police. Au 1er janvier 2003, aucun procès n’a eu lieu.
Deux journalistes enlevés
Le 24 janvier 2002, Ghulam Hasnain, journaliste pakistanais travaillant pour le magazine américain Time, rentre chez lui après avoir été porté disparu durant deux jours. Le journaliste refuse de commenter ce qui lui est arrivé. Selon un autre journaliste basé à Karachi, Ghulam Hasnain est profondément "choqué". Personne ne revendique son enlèvement et les autorités n’ont jamais fait état de cette disparition. Selon plusieurs journalistes de Karachi, le journaliste est victime d’une intimidation de l’ISI. Son épouse, journaliste pour le quotidien Dawn, révèle avoir reçu le 23 janvier un appel téléphonique de la police spéciale (services de sécurité du gouvernement), qui l’aurait interrogée sur le passé de son mari ainsi que sur son appartenance politique.
Dans la soirée du 24 juillet, Muzaffar Ejaz, directeur de publication du quotidien en ourdou Jasarat, est kidnappé entre son domicile et son bureau de Karachi (sud du pays). Il est détenu pendant quelques heures par des agents de l’ISI qui le menacent de "représailles". Depuis la publication, le 16 juillet, d’un article détaillé sur les stratégies du gouvernement militaire pour unifier les différentes factions de la Ligue musulmane pakistanaise en vue des prochaines élections générales, des officiers militaires et des agents des services secrets harcèlent Muzaffar Ejaz. Le jour même de la publication de ce scoop, un officier de l’ISI appelle le directeur de publication pour solliciter un entretien. Lors de leur rencontre, le militaire lui demande de révéler les sources du journaliste qui a écrit l’article. Muzaffar Ejaz refuse, mais propose de publier la version des militaires. L’officier refuse à son tour mais menace d’"utiliser beaucoup d’autres moyens pour obtenir ces informations." Le directeur de Jasarat reçoit alors des menaces téléphoniques ; il est suivi par des individus identifiés comme des agents de l’ISI. Deux autres journalistes, notamment Zarrar Khan, correspondant de l’agence Associated Press à Karachi, reçoivent des menaces pour avoir soutenu publiquement le directeur de Jasarat.
Cinq journalistes incarcérés
Le 2 février 2002, une demande de libération sous caution en faveur de Munawar Mohsin, ancien responsable de la section "Lettre à l’éditeur" du quotidien Frontier Post, est déposée par son oncle auprès d’un juge de Peshawar. Arrêté en janvier 2001 avec quatre journalistes pour avoir publié un texte jugé blasphématoire, Munawar Mohsin est toujours, au 1er janvier 2003, détenu à la prison centrale de Peshawar. La police a conclu à une négligence.
Le 10 mai, Amardeep Bassey, reporter de l’hebdomadaire britannique Sunday Mercury (publié à Birmingham et appartenant au groupe Trinity Mirror), est arrêté au poste frontière afghano-pakistanais de Torkhan (nord-ouest du pays). Le reporter vient d’Afghanistan avec deux guides originaires des zones tribales pakistanaises. Amardeep Bassey est incarcéré dans la prison de Landikotal car il ne dispose pas de visa de sortie du Pakistan alors qu’il est déjà venu à Peshawar quelques jours auparavant. Le reporter est dans la région depuis plusieurs semaines après avoir été invité par le ministère des Affaires étrangères britannique à Kaboul pour couvrir les activités des soldats britanniques de la force internationale. Amardeep Bassey, qui avait déjà réalisé des reportages au Pakistan, avait décidé de rester dans la région et s’était rendu à Peshawar. Pendant plusieurs heures, le journaliste est interrogé par la police et les services secrets. Après trois jours de détention, le journaliste, d’origine indienne, est accusé d’espionnage au profit de l’Inde. Accusation ridicule selon M.Bassey qui clame son innocence. Le 15 mai, le correspondant de Reporters sans frontières rencontre le journaliste britannique qui lui affirme être bien traité et avoir été interrogé sur ses relations avec l’Inde. Le 16 mai, Amardeep Bassey et ses deux guides sont transférés à Peshawar pour de nouveaux interrogatoires. Mais après quelques heures, ils sont renvoyés vers la prison de Landikotal, car les services de police de Peshawar ne disposent pas d’enquêteurs disponibles. Dans les jours suivants, le journaliste britannique est interrogé de "jour et de nuit", a-t-il expliqué à Reporters sans frontières. Au même moment, deux représentants du Sunday Mercury se voient refuser toute visite à leur reporter emprisonné. Le 27 mai, le ministère de l’Intérieur d’Islamabad transmet l’ordre au gouvernement de la région de Peshawar d’expulser Amardeep Bassey dans un délai d’une semaine, ordre qui met plusieurs jours à être transmis aux autorités compétentes. Amardeep Bassey déclare le même jour être "désespéré" devant la lenteur de sa libération. Le 6 juin, vingt-six jours après son arrestation, le journaliste britannique est libéré par les autorités pakistanaises et regagne Londres via Dubai dans la nuit. Ses deux guides pakistanais, Naoshad Ali Afridi et Khitab Shah Shinwari, sont détenus une semaine de plus à Peshawar.
Le 1er juin, Rashid Butt, journaliste pour les quotidiens locaux Bakhabar et Lashkar, est arrêté à son bureau de Quetta (capitale de la province du Balouchistan, sud-ouest du pays). Il est placé en garde à vue en vertu des articles 500, 501, 502 du code de procédure criminelle ainsi que de l’article 16 de la loi sur le maintien de l’ordre public (MPO). Le chef de la police de Quetta, Abid Ali, déclare dans la presse locale que le journaliste a été arrêté pour "avoir écrit un article contre les forces de sécurité [le journaliste leur reproche leur incompétence face aux problèmes d’ordre public que connaît la province]. Il a essayé de créer la panique en signant un article sans fondements." Après de vives protestations des journalistes de la province, Rashid Butt est libéré dans la soirée du 3 juin. Afin d’obtenir la levée des charges, les journalistes de Quetta décident d’entamer un boycott des informations concernant les activités de la police. Le comité d’action créé à l’occasion reçoit le soutien du ministre de l’Information du Balouchistan, mais le chef de la police refuse toujours de lever les charges qui pèsent contre le journaliste Rashid Butt. Il dépose même, le 14 juin, une plainte contre M.Shahghasi, directeur du quotidien en ourdou Bakhabar, pour lequel travaille M.Butt.
Le 24 octobre, Ayub Khoso, éditorialiste du quotidien Alakh, sort libre de la prison d’Hyderabad (province du Sind, sud du pays). Emprisonné depuis décembre 1999, Ayub Khoso bénéficie d’un jugement du tribunal de Sindh, représentatif de la Haute Cour d’Hyderabad, qui a cassé et désavoué la procédure judiciaire entamée en 1999 contre le journaliste et contre le directeur de publication, Zahoor Ansari. Le journaliste bénéficie d’une libération sous caution. Il regagne son village dans le district de Mirpurkhas. La plainte à son encontre étant néanmoins maintenue, Ayub Khoso doit comparaître, le 25 novembre, pour la première audition de son nouveau procès. Ayub Khoso a été condamné à dix-sept ans de prison à l’issue d’un procès contraire aux standards internationaux de justice. Le collaborateur de Alakh avait été reconnu coupable, en son absence, de "blasphème" par la cour antiterroriste de Mirpurkhas qui lui reprochait la publication d’un extrait d’un livre intitulé "Hum Jins Parasti Ki Tehreek" (Mouvement pour l’homosexualité), selon lequel l’homosexualité était apparue à l’époque des prophètes Adam, Habeal et Qabeel. Le juge avait considéré que le journaliste avait "insulté" le Prophète. La plainte avait été déposée par Ahmed Mian Barkati, un religieux fondamentaliste du district de Mirpurkhas connu pour poursuivre les publications qui, selon lui, sont coupables d’incitation à la "haine religieuse". Ayub Khoso était instituteur dans une école privée de son village. Il publiait régulièrement des articles d’opinion dans les journaux de la région notamment Ibrat, Alakh, Tameer-e-Sind, Sawural et Sham. Il a été démis de ses fonctions d’instituteur suite à sa condamnation.
Le 7 novembre, Rehmat Shah Afridi, directeur du quotidien en anglais Frontier Post condamné à mort pour "trafic de drogue", s’entretient avec une équipe de journalistes dans sa cellule de la prison de Kot Lakhpat à Lahore. A cette occasion, il leur décrit ses conditions de détention dans le couloir de la mort : il souffre de maux de dos, de problèmes cardiaques et rénaux, et d’une maladie de la peau. Aucune commodité ne lui est accordée et, bien qu’il ait demandé une cellule de classe B, les autorités pénitentiaires ne lui en ont même pas accordé une de classe C. Il dort à même le sol, avec une seule couverture et sans oreiller. Seuls sa famille et son avocat sont autorisés à lui rendre visite. Reporters sans frontières considère que Rehmat Shah Afridi a été emprisonné et condamné à mort, en juin 2001, pour ses activités journalistiques à la tête du Frontier Post et non pas pour son implication dans le trafic de drogue. Le quotidien publié à Peshawar a régulièrement dénoncé la corruption et les agissements de la force spéciale pakistanaise contre le trafic de drogue, créé avec le soutien des Etats-Unis.
51 journalistes agressés
Le 14 avril 2002, au moins vingt-cinq journalistes sont blessés, dont trois sérieusement, par la police alors qu’ils sortent d’un meeting de campagne du président Musharraf à Faisalabad (province du Pendjab, est du pays). Le gouverneur de la province du Pendjab, Khalid Maqbool, ouvre le rassemblement à l’Iqbal Stadium par une diatribe contre la presse pakistanaise, coupable selon lui de "mépriser l’opinion publique en publiant des informations fausses", notamment sur le nombre de personnes qui ont assisté au meeting du Président à Lahore. Le gouverneur exhorte la foule présente à huer les journalistes, afin de dénoncer "leur couverture erronée des événements et leur attitude irresponsable". Les journalistes quittent alors la salle en criant des slogans hostiles au gouverneur. A leur sortie du bâtiment, ils sont hués par la foule. Selon un témoin, un haut responsable ordonne à la police " de faire quelque chose afin de faire payer aux journalistes le prix de leur tentative de boycott". A.R Shuja, Tahir Rasheed, Tasneem, du quotidien Khabrain ; Mian Aslam, du quotidien Business Report, Mehtabuddin Nishat, du quotidien Daily Ghareeb ; S. Safraz Sahi, du journal Insaf ; Malik Naeem, du quotidien Parwaz ; Naseer Chema et Muhammad Bilal, du quotidien Current Report ; Ramzan Nasir, du quotidien Tehrik ; Mayed Ali, du quotidien The News ; Roman Ihsang, du quotidien Jang ; Nasir Butt et Khalid, du quotidien Daily Pakistan ; Mian Saeef, du quotidien Ausaf ; Jawed Saddiqui, du quotidien Musawat ; Saeed Qadri, du quotidien Din ; Mian Rifaat Qadri, de l’agence de presse News International Network (NNI) ; Jawed Malik, du journal Soorat-i-Hal ; Ashfaq Jahangir, du quotidien Parwaz ; Sarfraz Ahmad Sahi, chef de bureau du quotidien Insaf ; Mian Nadeem, de l’agence de presse indépendante Online ; Mehtabbudin, du quotidien local en ourdou : tous sont frappés à coups de matraque. Mais les autorités ordonnent aux hôpitaux de ne pas délivrer de certificats médicaux, nécessaires lors du dépôt d’une plainte, aux journalistes qui en feraient la demande. Le ministre de l’Information, Nisar A Memon, déclare le même jour que le président Musharraf a pris cet incident très au sérieux et qu’il a aussitôt demandé l’ouverture d’une enquête afin de sanctionner "les policiers qui ont transgressé la loi". Au 1er janvier 2003, cette bastonnade reste toujours impunie.
Le 21 avril, une dizaine de photographes de presse sont frappés à coups de bâton par des policiers à Rawalpindi, près d’Islamabad, alors que la police tente d’empêcher des militants du parti islamiste Jamaat-i-Islami d’organiser une manifestation contre le référendum sur le renouvellement du mandat de Pervez Musharraf.
Le 30 avril, Tariq Swati, cameraman de la chaîne de télévision d’Etat PTV, est agressé par des militants du Hazara Qaumi Mahaz (HQM, parti proche du pouvoir) devant un bureau de vote d’Abbottabad (NWPF, nord-ouest du Pakistan). Il est frappé à coups de pied et de poing par des militants qui lui reprochent de ne pas assez filmer les sympathisants de Pervez Musharraf. L’un des agresseurs sort un revolver et menace le cameraman, déjà au sol. Il faut l’intervention d’autres journalistes pour qu’il ne soit pas abattu. Les médecins diagnostiquent une blessure au rein. Une plainte est déposée le 3 mai et les suspects sont arrêtés le soir même par la police. Le lendemain, les militants du HQM sont libérés sous caution, mais les autorités pakistanaises affirment, en juin, à Reporters sans frontières que l’instruction suit son cours.
Le 9 mai, Farman Ali Jan et Mehmoodul Hassan, photojournalistes des quotidiens en ourdou Jang et Khabrian, sont blessés devant le tribunal où se tient le procès de l’ancien chef du gouvernement de la Province de la Frontière du Nord-Ouest, à Peshawar. Après les avoir expulsés de l’enceinte de la cour, la police autorise finalement les photographes de presse à prendre des clichés de l’extérieur, juchés sur un véhicule. Les journalistes préparent leurs appareils, quand le policier au volant démarre violemment, provoquant la chute des journalistes. Mehmoodul Hassan, blessé au bras, doit être hospitalisé.
Le 29 juillet, la police d’Islamabad ouvre le feu sur Tanveer Shahzad, photographe du quotidien Dawn, Asif Bhatti et Waheed Ahmed, journaliste et photographe du journal Business Recorder, Naveed Akram, du quotidien The News, et Nadeem, cameraman de la chaîne du câble Geo TV. Les journalistes contournent un barrage policier pour couvrir les affrontements meurtriers entre les forces de l’ordre et des habitants des villages de Pind Sangrial et Sri Saral (près de la capitale), après que les autorités ont rasé plusieurs maisons. A leur retour, les reporters sont pris pour cibles par des policiers. Intercepté par un policier, Naveed Akram est frappé et sa pellicule détruite. Après coup, l’officier en chef explique les tirs par la "fuite" des journalistes. Selon un responsable de la police, des ordres stricts ont été donnés pour empêcher les journalistes d’accéder à ces villages.
Le 29 septembre, les photographes Tanzil-ur-Rehman du quotidien Jang, Waheedullah du quotidien Statesman, Raja Imran du quotidien Express, Azam Hussein du quotidien Ausaf, et Amjad Aziz Malik de la chaîne de télévision Geo-TV, sont frappés par des fonctionnaires du service des douanes alors qu’ils couvrent un contrôle de ces derniers dans une rue de Peshawar. Deux jours plus tard, plus de deux cents journalistes manifestent à Peshawar pour protester contre l’impunité dont jouissent les fonctionnaires des douanes qui n’ont toujours pas été sanctionnés.
Le 14 décembre, Mehboob Ali Brohi, reporter pour le journal régional en sindhi Shaam, est victime d’une tentative d’enlèvement près de la mosquée de Thatta (sud du pays) par Riaz Shirazi, membre d’une famille féodale, et des hommes armés. Selon le quotidien Dawn, le journaliste est frappé quand il résiste et menacé de nouvelles représailles s’il continue à écrire sur la famille Shirazi. Sous la pression des journalistes de la ville, la police accepte d’enregistrer sa plainte, mais personne n’est arrêté.
Au moins trois journalistes menacés
A partir du 29 mai 2002, date à laquelle il révèle l’existence d’un projet de loi sur la diffamation qui prévoit de lourdes peines de prison pour les journalistes, Rauf Klasra, du quotidien The News à Islamabad, est l’objet d’une surveillance et de menaces de la part d’agents des services secrets. La publication d’une version de ce projet de loi dans le quotidien provoque une levée de boucliers des directeurs des plus importantes publications du Pakistan. Le domicile et le bureau du journaliste sont surveillés pendant cinq jours et des hauts fonctionnaires demandent à Rauf Klasra de "faire attention au contenu des articles" qu’il publie. Une voiture banalisée le suit dans ses déplacements. Après la publication d’un article dans le Daily Times sur cette affaire, signé du directeur Najam Sethi, la surveillance s’arrête. Selon plusieurs sources, Rauf Klasra est dans le collimateur du gouvernement après la publication de plusieurs scoops. Il a notamment écrit des articles sur une affaire de prêt non remboursé par une banque publique et sur les irrégularités commises lors du référendum en faveur du président Musharraf. Ainsi, en février, les autorités ont fait pression sur Shaheen Sehbai, ancien rédacteur en chef de The News, pour que Rauf Klasra soit écarté de la rédaction.
Le 6 juin, Ansar Abbasi, chef du bureau d’Islamabad du quotidien The News, est menacé devant des témoins par le directeur général des services de renseignements, le général Talat Munir. Le journaliste l’avait contacté au sujet du harcèlement d’un correspondant du journal, Rauf Klasra, par les services de renseignements. En réponse à sa requête, Ansar Abbasi se voit répondre : "Vous aurez aussi à rendre compte de vos actes, vous devrez creuser votre propre tombe". L’éditeur de The News décide d’intervenir directement auprès du président Musharraf après avoir été informé de l’incident. Ansar Abbasi explique à Reporters sans frontières que ses articles critiques sur les services de renseignement seraient à l’origine de ces menaces. Quelque temps auparavant, il avait été empêché par des agents de l’ISI de pénétrer dans des bâtiments officiels et un officier avait interrogé des proches du journaliste sur ses activités.
Début septembre, Amir Mateen, journaliste d’investigation de The News, est victime d’intimidations après avoir écrit plusieurs articles sur les intentions supposées du gouvernement de truquer les élections générales du 10 octobre, crainte exprimée par les partis d’opposition. Ses lignes sont placées sur écoute et il est suivi par des agents de l’ISI. Ses collaborateurs et sa famille sont victimes de harcèlement à plusieurs occasions. Le journaliste informe personnellement le secrétaire à l’Information, Anwer Mahmood, de la situation. Il dépose également plainte contre X dans un poste de police d’Islamabad, mais les policiers enregistrent sa plainte sans ouvrir d’enquête. La deuxième semaine de septembre, Nisar Memon, le ministre de l’Information, alors à New York, s’engage devant la presse à s’occuper personnellement de cette affaire, mais le journaliste n’a jamais été contacté par aucun officiel du gouvernement. Fin septembre, Amir Mateen est ouvertement menacé par des agents de l’ISI qui lui disent que le "traitement précédent ne lui avait rien appris" et, étant donné ses problèmes cardiaques, qu’il ne pourrait pas "supporter une journée de tortures".
Pressions et entraves
Le 2 janvier 2002, le quotidien en ourdou Dopeher est interdit de parution pendant trente jours par le gouvernement pour avoir publié un article sur le conflit au sein du régime à propos de l’interdiction des mouvements djihadistes. Le directeur du journal est convoqué par la police qui se déploie autour du bâtiment du quotidien pour faire appliquerl’interdiction. Appliquée en vertu de la loi sur la presse de 1963, la sanction est levée quatre jours plus tard suite aux protestations de la presse nationale.
Le 3 janvier, la police d’Hyderabad (sud du pays) enregistre une plainte pour "appropriation forcée de terrains" et "menace de mort contre les propriétaires" à l’encontre d’Ali Qazi et Ayoub Qabi, les deux directeurs du groupe de presse régional Kawish. Selon la presse locale, il s’agit d’une affaire montée de toutes pièces pour faire taire un journal connu pour ses articles sur les droits de l’homme, et notamment sur les violences policières. Dans les jours qui suivent, des centaines de journalistes et de militants des droits de l’homme d’Hyderabad manifestent pour demander le retrait de la plainte. Les directeurs de Kawish ne sont pas arrêtés mais la plainte court toujours.
Le 4 janvier, le gouvernement lève l’interdiction sur deux chaînes de sport indiennes ESPN et STAR Sports. Depuis le 29décembre 2001, en pleine tension entre les deux pays, les autorités avaient ordonné aux compagnies privées du câble de suspendre la diffusion des chaînes indiennes sur le territoire pakistanais, afin de lutter contre "la propagande maléfique contre le Pakistan". Au 1er janvier 2003, les chaînes d’information indiennes Zee News et STAR News sont toujours interdites.
Le 12 janvier, le gouvernement interdit à la presse pakistanaise de publier les communiqués des groupes islamistes extrémistes récemment mis hors la loi sur ordre du président Musharraf.
Dans la semaine du 13 janvier, l’Autorité des télécommunications pakistanaises (PTA) retire sa licence à un opérateur de télévision par câble de Haripur (province de la Frontière du Nord-Ouest). Selon un responsable, l’opérateur a continué à diffuser des chaînes indiennes en dépit de l’interdiction prononcée le 29 décembre 2001.
Le 16 janvier, le gouvernement approuve la création de l’Autorité pakistanaise de régulation des médias électroniques (PEMRA), compétente pour délivrer des licences à des radios et des chaînes de télévision privées. Cette ordonnance interdit aux entreprises étrangères et aux Pakistanais non-résidents de solliciter une licence. Le chef de l’Etat nomme le président de l’Autorité parmi les personnalités du monde des médias. Celui-ci est assisté de neuf membres, parmi lesquels trois anciens membres du ministère de l’Information et du ministère de l’Intérieur. Les six membres restants sont nommés par le président de l’Autorité, parmi des professionnels des médias et des universitaires. Le monopole d’Etat sur les médias électroniques est ainsi aboli. Mais les programmes des futures chaînes et stations privées devront être conformes à un "code de déontologie" et sont appelés à être "strictement et régulièrement contrôlés".
Le 1er mars, Shaheen Sehbai, chef du service d’information du quotidien The News, dépose sa démission et déclare agir sous "pression gouvernementale". Le journaliste a refusé, comme le lui demandait son rédacteur en chef, de renvoyer Kamran Khan, Amir Mateen et Rauf Klasra, journalistes de la rédaction du plus influent quotidien anglophone. Kamran Khan avait récemment signé un article suggérant l’implication de Sheikh Omar, instigateur de l’enlèvement du journaliste américain Daniel Pearl, dans l’attentat contre le parlement indien en décembre dernier. Amir Mateen, basé à Washington, avait quant à lui révélé que, lors du dernier voyage officiel du président Pervez Musharraf aux Etats-Unis, certains de ses ministres étaient "restés dans l’ombre" pour des raisons de sécurité. Dans une lettre publiée par le journal Dawn, M.Sehbai explique les raisons de sa démission : "J’ai fait l’expérience pendant quinze mois des relations avec le pouvoir, et ce n’est pas sensationnel, mais plutôt laid et méprisable. Je me souviens de toutes les nuits où j’ai reçu des appels pour bloquer un article ou affaiblir les critiques." M.Sehbai s’exile aux Etats-Unis où il lance un site d’investigation South Asia Tribune. Suite à cette démission fracassante, le gouvernement militaire tente de faire taire l’un des journalistes les plus célèbres du pays. Ainsi, le 21 août, Khalid Hijazi, ancien mari d’une cousine de Shaheen Sehbai et employé des quartiers généraux de l’armée, dépose une plainte contre le journaliste pour "vol à main armé" commis à son domicile le 22février 2001. Shaheen Sehbai déclare à Reporters sans frontières que cette affaire de cambriolage est une "accusation fabriquée de toutes pièces par les militaires", ajoutant que la police a perquisitionné, le 21 août, le domicile de plusieurs de ses proches. Des membres de sa famille sont harcelés par des hommes en uniforme. Le 27 août, la police de Rawalpindi arrête Asif Khan, un oncle du journaliste, pour "ébriété". Il est le père d’Imran Khan, un adolescent, dont le nom figure comme complice dans la plainte pour "cambriolage". Par ailleurs, des agents des services secrets font pression sur les principales rédactions du pays pour que cette affaire ne soit pas évoquée. Le 29août, la police libère Asif Kahn. Quelques jours plus tard, le président Pervez Musharraf se plaint que les "intérêts du pays soient oubliés", notamment par un journaliste pakistanais exilé aux Etats-Unis, au cours d’une rencontre avec les directeurs de presse à Karachi. Le général pakistanais réitère ses accusations lors d’une conférence de presse à New York. Début septembre, Imran Khan, fils du cousin de Shaheen Sehbai, est arrêté. Il est détenu pendant six semaines avant d’être libéré sous caution. Le 16 octobre, Mansoor Ahmed, beau-frère du journaliste, est arrêté par la police. Quelques jours plus tard, l’épouse de M.Ahmed dénonce le harcèlement des services secrets lors d’une conférence de presse que des militaires en civil tentent de perturber. Les services secrets iront jusqu’à menacer les journalistes qui ont organisé la conférence de presse. Le 28 octobre, la Commission des droits de l’homme du Pakistan dénonce la campagne d’intimidation contre les proches de Shaheen Sehbai.
Le 9 mars, les autorités interdisent aux journalistes d’assister au procès pour corruption de Asif Zardari, le mari de l’ancien Premier ministre Benazir Bhutto, devant une cour de Attock (à l’ouest d’Islamabad).
Le 17 mars, des inconnus incendient les locaux du quotidien local Halcha à Badah (sud du pays), qui sont complètement détruits. Le Club de la presse de Badah menace le gouvernement de manifestations si les coupables ne sont pas arrêtés.
Le 26 mars, les représentants des opérateurs de télévision par câble promettent, lors d’une réunion à Islamabad avec l’Autorité pakistanaise de régulation des médias électroniques (PEMRA), de bloquer la diffusion des programmes de télévision étrangers considérés comme "indécents". Selon l’agence de presse officielle, de nombreuses plaintes ont été déposées quant à la diffusion de programmes "violant les normes sociales et les valeurs culturelles" du Pakistan.
Le 27 mars, le gouvernement interdit la tenue d’une réunion sur la liberté d’information organisée par la Commission des droits des consommateurs du Pakistan et le British Council à Islamabad. Les autorités affirment qu’il s’agit d’un rassemblement politique.
Le 1er avril, les autorités du district d’Abbottabad (ouest du pays) coupent sans préavis l’eau et l’électricité du Club de la presse. Selon ses membres, cette coupure vient en représailles à leurs reportages critiques vis-à-vis du gouvernement local. L’adjoint au directeur de l’information les avait mis en garde quelque temps auparavant : "Les journalistes d’Abbottabad ignorent les activités positives du gouvernement local, et se focalisent sur ses défauts".
Le 1er mai, le ministre de l’Information, Nisar Memon, critique, lors d’une conférence de presse à Islamabad, la couverture du référendum présidentiel, remporté à plus de 97 % par le général Pervez Musharraf, par les médias nationaux et les agences de presse internationales. Selon Nisar Memon, les articles sur les irrégularités constatées pendant le scrutin sont "inappropriés et exagérés." Le ministre remet également en cause l’objectivité des rapports de la Commission pakistanaise des droits de l’homme.
Dans leur édition du 24 mai, plusieurs journaux pakistanais publient une lettre envoyée à des journalistes de Chaman (sud-ouest du pays) et attribuée au mollah Omar, affirmant que lui-même et Oussama Ben Laden sont vivants et en sécurité. La lettre comporte des menaces à l’encontre des journalistes qui ne la publieraient pas. Abdul Ghani Attar, secrétaire général du Club de la presse de Chaman, destinataire d’une de ces lettres, dénonce une manipulation de certains militants du Jamiat Ulema-i-Islam (parti pakistanais allié des taliban). Des journalistes seraient impliqués dans la diffusion de cette lettre qui tend à faire croire à une influence du chef des taliban dans cette région du Pakistan. Quelques jours plus tard, des journalistes et des agences de presse basés à Chaman reçoivent de nouvelles lettres et des appels téléphoniques les menaçant de représailles s’ils continuent à "travailler pour les Etats-Unis". Selon un responsable de la police, les menaces stipulent que si les journalistes aident à identifier des chefs taliban en fuite, ils pourraient connaître le même sort que le journaliste américain Daniel Pearl, exécuté à Karachi.
Le 18 juillet, Spécial du matin et Spécial du Soir, deux tabloïds en langue ourdou de Karachi (sud du pays), sont fermés et leurs directeurs arrêtés après avoir publié des photos de deux sœurs présentées comme des prostituées alors qu’elles n’en étaient pas, photos qui ont entraîné le suicide de leur père. Les deux tabloïds avaient déjà été menacés plusieurs fois de fermeture après la publication de photos de nus et d’articles sur des scandales sexuels. Les directeurs sont relâchés quelques jours plus tard. Le 1er août, les autorités de Sind lèvent la suspension des deux quotidiens.
Le 25 juillet, la police d’Hyderabad (sud du pays) inculpe pour "diffamation" dix journalistes (dont les directeurs de publication des quotidiens Taneer-i-Sindh, Kawish, Koshish, Sindh et Sindhoo), suite à une plainte du docteur Nabi Bux Baloch, ancien ministre de l’Education de la province du Sind, qui a estimé que ses deux fils ont été diffamés par ces médias. Ceux-ci avaient rapporté les accusations de deux femmes qui affirment avoir été sexuellement abusées par les deux hommes. La police a arrêté les deux femmes, mais aucun journaliste.
Le 7 août, le ministère de l’Intérieur de la province des Régions du Nord, basé à Gilgit, convoque pour interrogatoire Imtiaz Ali Taj, de l’agence de presse Pakistan Press International et secrétaire général du Club de la presse de Gilgit, et Manzar Hasan Shigri, de l’agence Online News Agency. Les journalistes doivent s’expliquer sur un article concernant le refus des autorités d’accorder à un millier d’habitants de cette région du Cachemire pakistanais la possibilité de se rendre en Chine.
Le 31 août, le gouvernement adopte les ordonnances sur la diffamation, le Conseil de la presse et l’enregistrement préalable des journaux et agences de presse. L’annonce de cette décision et la diffusion des ordonnances par le ministère de l’Information, qui avait jusqu’à présent refusé de fournir les textes de loi, provoquent une condamnation unanime des organisations de presse pakistanaises. La Société des journaux pakistanais (APNS, All-Pakistan Newspaper Society), l’Union fédérale des journalistes du Pakistan (PFUJ, Pakistan Federal Union of Journalists) et le Conseil des directeurs de journaux du Pakistan (CPNE, Council of Pakistan Newspaper Editors) s’élèvent contre ce qu’ils considèrent comme une violation de leurs accords avec le gouvernement. Le 23 juillet, celui-ci s’était engagé auprès de l’APNS et du CPNE à apporter des changements aux ordonnances : aucun des membres du Conseil de la presse ne devait être nommé par les autorités et les amendes pour diffamation ne devaient pas excéder 800 euros. Selon les textes votés, plusieurs membres du Conseil de la presse, dont son président, sont nommés par le gouvernement et la diffamation est punie d’amendes d’un montant minimal de 800 euros, voire de peines de prison. Les sujets susceptibles de tomber sous le coup de la loi sur la diffamation sont, quant à eux, empruntés à un ancien code de la presse qui interdit les atteintes contre les "pays amis" et la "décence", termes des plus vagues.
Fin septembre, l’organisation non gouvernementale Forum libéral publie les premiers résultats d’un monitoring des médias dans le cadre de la campagne électorale. La radio et la télévision d’Etat ont accordé plus de temps d’antenne au parti du régime, la Ligue musulmane du Pakistan (LMP-Q) qu’aux deux autres anciens partis du gouvernement. Du 10 au 23 septembre, le "parti du Roi", comme les journalistes ont surnommé le LMP-Q, comptabilise quinze minutes, contre moins de six pour le Parti populaire du Pakistan de Benazir Bhutto. La coalition de partis fondamentalistes arrive en seconde position pour le temps d’antenne. Fin novembre, le président Pervez Musharraf fait savoir par son ministre de l’Information qu’il a "apprécié la performance de PTV" lors des élections nationales.
En septembre, le gouvernement pakistanais restreint l’accès des journalistes étrangers aux zones tribales, pour des raisons de "sécurité". Aucun journaliste étranger ne pourra plus visiter les zones tribales sans un laissez-passer (security clearance) de l’armée pakistanaise. Le texte stipule que tout film tourné dans ces zones devra être visionné par les services secrets avant diffusion. Au même moment, de nouvelles troupes de l’armée pakistanaise sont déployées dans ces régions frontalières avec l’Afghanistan pour contenir les infiltrations de membres d’Al-Qaida ou de taliban. Les autorités affirment que cette décision fait suite à des reportages "biaisés" de certains médias étrangers et pakistanais sur la situation dans ces zones. Auparavant, les journalistes étrangers ne devaient obtenir qu’une autorisation du bureau de l’information de l’administration en charge des zones tribales.
Le 1er octobre, le gouvernement militaire pakistanais promulgue l’Ordonnance sur la diffamation, qui renforce les peines encourues pour "diffamation". Elles peuvent aller jusqu’à trois mois d’emprisonnement, être assorties d’une amende de près de 50000 roupies (850 euros) et de l’obligation de publier des excuses. Cette loi s’applique aux directeurs et aux journalistes de la presse écrite et électronique. La loi prévoit que toute "publication ou circulation d’une fausse information (..) faite oralement ou par écrit ou par image qui insulte la réputation d’une personne (...) peut être considérée comme une diffamation." Le plaignant aura deux mois après la publication de la "diffamation" pour déposer une plainte devant un juge de district. Les droits de la défense sont protégés par la loi et il existe une possibilité d’appel devant la Haute Cour. Ces initiatives controversées sont prises malgré l’avis des patrons de presse et des journalistes pakistanais. Ainsi, Hameed Haroon, président de la Société de la presse pakistanaise, a réagi à la promulgation de cette loi " Ils essaient très clairement d’en finir avec la liberté de la presse (...) Ces lois sont inacceptables." En réponse à une protestation de Reporters sans frontières, un officiel du ministère fédéral de l’Information affirme que cette loi est le "résultat d’un consensus" et que le gouvernement attend de la presse qu’elle soit "responsable".
Le 8 octobre, les forces de sécurité saisissent les équipements d’une radio FM clandestine dans la zone tribale de la Bajaur Agency (nord-ouest du pays) et arrêtent huit personnes. Selon le quotidien Dawn, cette radio est dirigée par une organisation religieuse qui soutient les candidats fondamentalistes aux élections nationales et provinciales. Déjà en 2001, les autorités avaient saisi du matériel radio clandestin dans la Bajaur Agency lorsque l’armée américaine avait lancé son offensive contre les taliban.
Le 8 octobre, la police perquisitionne le domicile de Mohsin Abbas, correspondant du Quotidien du Pakistan à Sialkot (est du pays), pour l’arrêter. Le journaliste, absent de son domicile, échappe à l’arrestation. Une plainte a été enregistrée contre lui pour avoir mis en danger l’ordre public dans la province du Pendjab. Il venait d’écrire un article sur l’incapacité des forces de police de faire respecter l’ordre public dans la province frontalière avec l’Inde.
Le 21 octobre, la Muttahida Majlis-i-Amal (MMA, alliance des partis religieux) accuse les dirigeants de la télévision nationale PTV de travailler avec des standards occidentaux au lieu de promouvoir la culture pakistanaise, et appelle la chaîne à promouvoir l’islam. Malik Mohammad Azam, secrétaire à l’information du MMA proteste lors d’une conférence de presse contre la suppression de l’appel à la prière du soir sur PTV , réclamant sa reprogrammation immédiate. Il demande également à ce que le port du voile soit obligatoire pour les femmes qui apparaissent à l’écran. Selon lui, le devoir des médias contrôlés par le gouvernement est de "propager la culture islamique ainsi que les rites et coutumes traditionnels". Avant la prise de pouvoir par les militaires en 1999, un code télévisuel strict interdisait notamment aux femmes d’apparaître sans avoir la tête couverte. La MMA, arrivée en troisième position aux élections nationales d’octobre, s’en prend également à la télévision câblée. Depuis l’arrivée au pouvoir des militaires, l’industrie a fleuri avec six principaux opérateurs desservant entre quatre et cinq millions de foyers pakistanais qui ont désormais accès aux chaînes internationales. Lors de la campagne électorale, notamment dans la région conservatrice de Peshawar, les leaders de la MMA déclarent vouloir éradiquer l’influence occidentale propagée par la télévision câblée. L’un des porte-parole de la MMA, Ameer-ul-Azeem, souhaite "suivre le modèle de l’Iran dans le contrôle de la télévision et des films".
Le 26 octobre, le président signe l’Ordonnance sur le Conseil de la presse du Pakistan. Le Conseil composé de dix-neuf membres a pour mandat la mise en application du "code éthique de pratique du journalisme" visant à maintenir les standards éthiques et professionnels des médias dans le pays. Ce nouvel organisme est autorisé à réviser, actualiser ou renforcer le nouveau code qui comporte déjà dix-sept articles s’appliquant aux éditeurs, rédacteurs en chef et journalistes des publications et agences de presse. Le Conseil peut recommander aux autorités compétentes d’annuler ou de suspendre la déclaration préalable de publication de tout titre ou agence de presse qui aurait violé ses directives ou celles de ses commissions d’enquête. Selon la nouvelle loi, le Conseil a la charge de défendre la liberté de la presse et l’indépendance des médias. La composition du Conseil est la suivante : quatre membres nommés par la Société des journaux pakistanais (APNS), quatre par le Conseil des directeurs de journaux du Pakistan (CPNE), quatre par les associations de journalistes, un par l’Association des avocats, un par le président du Parlement, un par le leader de l’opposition au Parlement, une par la Commission des femmes du Pakistan et un expert en éducation choisi par le Conseil. Son président est nommé par le président de la République parmi les anciens juges de la Cour suprême. Les décisions seront prises à la majorité des votes.
Le 2 novembre, le ministère de l’Information fait savoir par une annonce spéciale publiée dans les principaux journaux pakistanais que ceux qui reproduiraient des articles émanant du site Internet South Asia Tribune, basé à Washington, s’exposent à des poursuites en vertu de l’Ordonnance sur la diffamation promulguée le 1er octobre dernier. Le South Asia Tribune a été créé en juillet 2002 par Shaheen Sehbai, ancien responsable de la rédaction du quotidien The News, exilé aux Etats-Unis depuis mars2002. Shaheen Sehbai expose sur son site plusieurs scandales relatifs à la corruption et aux atteintes aux droits de l’homme du gouvernement militaire pakistanais. Des journalistes pakistanais ont repris certaines informations du South Asia Tribune. L’annonce du ministère de l’Information ne mentionne pas explicitement le nom de Shaheen Sehbai et de son journal d’investigation en ligne, mais fait référence à un "journaliste pakistanais auto-exilé (...) qui a lancé une campagne de diffamation contre le gouvernement du Pakistan et ses fonctionnaires". Depuis son départ en exil, Shaheen Sehbai est victime d’une véritable cabale.



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