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Philippines


-  Superficie : 300000 km2.
-  Population : 77 131 000.
-  Langues : tagalog, anglais.
-  Nature de l’Etat : république unitaire.
-  Chef de l’Etat : Gloria Macapagal Arroyo.

Philippines - Rapport annuel 2003

La violence politique et mafieuse sur l’île de Mindanao a une nouvelle fois mis en danger la liberté de la presse dans le pays. Les journalistes sont pris sous le feu croisé des forces de sécurité et des guérillas. Dans le reste du pays, le gouvernement de Gloria Arroyo s’est montré respectueux de l’indépendance des médias. Seules les dérives de la lutte antiterroriste peuvent inquiéter.

Trois journalistes ont été assassinés et au moins trois autres enlevés en 2002. Les Philippines, et plus particulièrement l’île de Mindanao, restent l’un des pays du monde les plus dangereux pour les journalistes. Ils sont la cible autant des forces de sécurité, souvent corrompues, que des groupes armés qui oscillent entre guérilla et banditisme. Les assassins des journalistes, notamment les policiers qui ont tué Edgar Damalerio, jouissent d’une impunité éhontée.
Les autorités, notamment l’armée, continuent de déconseiller aux médias nationaux et internationaux de travailler sur l’île de Jolo, théâtre de fréquents affrontements entre les groupes armés, notamment le groupe Abu Sayyaf, et les forces de sécurité. Au moins vingt-sept reporters ont été retenus en otages par les rebelles musulmans et les bandits qui sévissent sur l’île, depuis mai 2000.
Le gouvernement de Gloria Arroyo, soutenu par les Etats-Unis, a relancé la lutte contre les "terroristes" islamistes et communistes. Après la présentation aux deux Chambres, en novembre, de trois nouvelles lois antiterroristes, les organisations de défense de droits de l’homme mettent en garde contre les débordements de ce combat par ailleurs nécessaire. En effet, la définition du "terrorisme" est très floue et le gouvernement s’arroge de nouveaux pouvoirs pour intercepter et contrôler les communications, notamment sur Internet. La confidentialité des sources des journalistes est sérieusement menacée.
Trois journalistes tués
Le 5 avril 2002, Benjaline "Beng" Hernandez, journaliste pour des publications universitaires et chercheuse de l’organisation de défense des droits de l’homme Karapatan à Davao (île de Mindanao), est assassinée alors qu’elle enquête pour son organisation et les publications locales sur l’application du processus de paix dans la vallée d’Arakan, province de Cotabato (île de Mindanao). La journaliste, âgé de vingt-deux ans, est abattue en compagnie de trois jeunes originaires de la vallée par des soldats de la 12e Compagnie des forces spéciales et du 7e Bataillon de parachutistes de l’armée philippine dirigés par le sergent Antonio Torella. Selon l’autopsie conduite par le Bureau national d’enquête, la jeune journaliste et ses compagnons (Crisanto Amora, Vivian Andrade et Labaon Sinunday) ont été tués à bout portant. Benjaline Hernandez est atteinte de plusieurs balles : dans la tête, le cou, le côté gauche de la poitrine et la paume de la main gauche. L’armée affirme tout d’abord que les quatre jeunes se sont trouvés au milieu d’un accrochage entre des soldats et des rebelles. Mais selon des proches, Benjaline Hernandez avait été blessée puis achevée par les soldats. L’enquête est confiée au procureur de la province de Cotabato. Le 18 avril, le gouverneur de la province déclare que la jeune journaliste est suspectée d’activités "terroristes". Ancienne directrice du journal étudiant Atenews de l’université Ateneo de Davao, Benjaline Hernandez avait rejoint récemment l’organisation Karapatan. Elle continuait à écrire pour des publications universitaires de la région et elle était vice-présidente de la section de Mindanao de l’Association de la presse universitaire des Philippines (CEGP). La jeune journaliste est enterrée le 13 avril à Davao. Une campagne nationale est lancée pour demander que les auteurs du meurtre soient arrêtés. Des affrontements ont même lieu entre la police et des étudiants à proximité d’une base militaire de la capitale. En juin, une branche locale de la Commission des droits de l’homme rend public un rapport qui implique l’armée dans l’assassinat. Quelques jours plus tard, l’armée dépose une plainte pour "rébellion" contre le directeur local de l’organisation Karapatan et contre des paysans qui ont accepté de témoigner sur les circonstances du meurtre. Au 1er janvier 2003, la plainte déposée, en août, par la famille de Benjaline Hernandez n’a toujours pas abouti.
Le 13 mai, Edgar Damalerio, journaliste de la radio publique DXKP et de la publication locale Zamboanga Scribe, est tué alors qu’il quitte une conférence de presse à bord d’une jeep pour se rendre à son domicile de Pagadian (province de Zamboanga, Sud-Ouest), en compagnie de deux proches. Deux inconnus circulant à motocyclette tirent une balle à bout portant. Edgar Damalerio, âgé de 33 ans, est tué sur le coup. Les deux assaillants réussissent à s’échapper. La police nettoie rapidement les lieux du crime sans prendre de photos et fait pression sur le médecin légiste pour qu’il ne pratique pas d’autopsie. Le journaliste, réputé pour son intégrité, avait publié de nombreux articles sur la corruption des milieux politiques et policiers locaux. La police arrête rapidement quatre individus armés de couteaux et de pistolets dans un village voisin de Pagadian. Par ailleurs, le chef de la police de Pagadian, Asuri Hawani, déclare, le 16 mai, qu’un témoin a formellement identifié Ronnie Kilme, un gangster local, comme l’assassin du journaliste. Une plainte est déposée à son encontre au bureau du procureur. Mais le Bureau national d’enquête (NBI, police fédérale) met en doute cette information, soulignant qu’il est difficile pour un témoin d’identifier quelqu’un à plus de cent mètres. Le NBI, arrête le 17 mai un autre suspect, l’officier de police Guillermo Wapili. Celui-ci est identifié par deux témoins qui se trouvaient à quelques mètres du lieu du crime. Mais la police de Pagadian continue à affirmer que le délinquant Ronnie Kilme est l’auteur du crime, malgré les incohérences de cette version. Tout laisse indiquer que la police locale tente de couvrir l’officier Guillermo Wapili, un subordonné du directeur de la police de Pagadian, Asuri Hawani, fréquemment critiqué par Edgar Damalerio. Le 10 août, Gury "Ladica" Lobitaña, un auxiliaire de l’armée philippine et témoin principal dans l’affaire Damalerio, est assassiné par plusieurs hommes armés de mitraillettes dans une localité proche de Pagadian (province de Zamboanga, Sud-Ouest). M.Lobitaña était l’une des trois personnes à avoir témoigné auprès du Bureau national d’enquête. Il avait transmis un document écrit dans lequel il expliquait qu’il avait été contacté par un haut responsable de la police de Pagadian pour exécuter Edgar Damalerio, contre 1 000 euros. M.Lobitaña avait refusé. Mais il avait été informé que Guillermo Wapili avait accepté le contrat. Gury "Ladica" Lobitaña se savait menacé. Les deux autres témoins, présents dans la voiture d’Edgar Damalerio au moment du meurtre, affirment à Reporters sans frontières craindre pour leur vie. Ainsi, Edgar Amoro refuse d’être protégé par un policier, mais accepte la protection d’un volontaire civil. L’épouse du second témoin, Edgar Ungue, échappe, le 26 août, à une tentative d’enlèvement près de Pagadian. Par ailleurs, la famille d’Edgar Damalerio, notamment sa veuve et son fils de cinq mois, se cachent dans une province voisine de peur de représailles. De même, Hernan de la Cruz, directeur du Zamboanga Scribe, est protégé en permanence par un soldat. Des appels anonymes lui affirmaient qu’il serait le "prochain après Damalerio". Depuis le début de l’enquête du NBI,, la police locale, notamment son chef, Asuri Hawani, tente de masquer son implication directe dans l’affaire. Ce dernier a réussi à bloquer la procédure en portant plainte avant le procureur. Ainsi, aucun mandat d’arrêt n’a pu être délivré contre le policier Wapili qui a été libéré après une détention de quelques jours. Il se promène libre dans les rues de Pagadian. Le policier est protégé par Asuri Hawani qui a été relevé de ses fonctions, fin mai, sur ordre du ministre de l’Intérieur, pour son implication dans le meurtre, mais échappe à une arrestation. Il travaille toujours au quartier général de la police de Pagadian. Le chef de la police de la province, Pedrito Reyes, a refusé à plusieurs reprises de répondre aux questions de Reporters sans frontières.
Dans la matinée du 22 août, Sonny Alcantara, présentateur d’un programme politique sur la chaîne de télévision privée par câble Celestron Cable et directeur du bimensuel local Kokus, est assassiné alors qu’il quitte son domicile. Selon un journaliste de San Pablo interrogé par Reporters sans frontières, un inconnu hèle Sonny Alcantara alors qu’il vient de sortir de chez lui. Il sort un pistolet et tire à bout portant une balle dans la tête du journaliste, qui meurt sur le coup. L’individu réussit à s’échapper mais plusieurs personnes assistent à la scène. Ces dernières refusent tout d’abord de témoigner publiquement de peur des représailles. La police ouvre une enquête sous l’autorité du colonel Ernesto Cuison, chef de la police de San Pablo City. Selon la veuve du journaliste, Sonny Alcantara recevait des menaces par téléphone ou par lettre depuis plusieurs semaines. Dans le magazine Kokus et dans son émission de télévision "Quo Vadis San Pablo", le journaliste mettait régulièrement en cause l’opposition municipale, et notamment l’ancien maire de la ville, Vicente Amante. Un proche du journaliste affirme à Reporters sans frontières que Vicente Amante, un homme d’affaires très puissant dans la région et proche de certaines organisations criminelles, pourrait être derrière ce meurtre. Depuis 2000, au moins trente personnes ont été assassinées à San Pablo City. Au 1er janvier 2003, la police fédérale en charge de l’enquête ne l’a toujours pas conclue. Un témoin du crime est revenu sur son témoignage après avoir reçu de l’argent et subi des pressions. Certains journalistes de San Pablo, proches de la victime, reçoivent des menaces pour avoir demandé que justice soit faite dans cette affaire.
Nouveaux éléments sur un journaliste tué avant 2002
Le 28 mai 2002, le principal suspect dans l’affaire du meurtre de Candelario Cayona, journaliste de la Radio Ukay assassiné en 2001, est arrêté à Zamboanga (sud-ouest de l’île de Mindanao). Selon la police, Abduwarid Adda, un tueur à gages, serait également impliqué dans le meurtre du journaliste Rey Bancayrin en 1998.
Trois journalistes enlevés
Le 19 janvier 2002, la journaliste Arlyn de la Cruz disparaît à Zamboanga. Reporter du quotidien Inquirer et de la chaîne de télévision privée Net25, connue pour ses scoops sur le mouvement Abu Sayyaf, elle cherche à interviewer des chefs d’Abu Sayyaf ou des otages qu’ils retiennent. Après sa disparition, plusieurs rumeurs circulent à son sujet. Certains affirment qu’elle est dans la jungle avec les Abu Sayyaf, d’autres qu’elle a monté un faux enlèvement afin d’attirer l’attention des médias sur elle. Au mois de février, les autorités philippines commencent à enquêter sur sa disparition. La version officielle veut que les Abu Sayyaf aient enlevé la journaliste pour un différend financier. Enfin, Net25 et Inquirer affirment avoir reçu, surtout en février, des appels téléphoniques d’une femme affirmant être Arlyn de la Cruz. Il faut attendre le 8 avril pour que l’enlèvement soit confirmé. Le journal Inquirer publie une lettre écrite de la main d’Arlyn de la Cruz dans laquelle la journaliste affirme avoir été kidnappée, en janvier, par des membres de la guérilla du Front moro de libération nationale (MNLF), intégrés à l’armée philippine, sur l’île de Jolo. Les bandits ont tué son guide, un membre d’Abu Sayyaf. Après avoir constaté que la journaliste ne transportait pas la rançon demandée par Abu Sayyaf pour la libération des otages américains, les bandits l’auraient déshabillée et giflée. Après avoir menacé de l’exécuter pendant plus de deux semaines, les bandits l’auraient remise à un autre groupe armé. Celui-ci aurait tout d’abord exigé une rançon de plus de quarante millions de pesos (près de 900000euros) pour descendre à onze millions de pesos. Dans cette même lettre, Arlyn de la Cruz, craignant pour sa vie, demande l’aide de la communauté journalistique. Elle affirme à l’intention de ses collègues journalistes qui lui ont souvent reproché sa proximité avec les Abu Sayyaf : "Vous m’avez jugée, accusée et crucifiée. Mais je ne vous le reproche pas. Je comprends notre industrie et j’ai aussi compris que votre couverture se limite à un point de vue limité de cette histoire." Le 27 avril, Arlyn de la Cruz est libérée par ses ravisseurs, après plus de cent jours de détention sur l’île de Jolo. Selon l’Agence France-Presse, un responsable du renseignement a déclaré qu’une rançon de près de 43 000euros aurait été versée en faveur de sa libération. La sénatrice Loren Legarda, qui a mené les négociations, nie cette version des faits. Arlyn de la Cruz a révélé connaître l’identité de ses ravisseurs, mais a préféré consulter sa famille et la communauté chrétienne à laquelle elle appartient avant de rendre ces informations publiques. Le lieutenant général Roy Cimatu, chef de l’état-major du Sud, ordonne l’ouverture d’une enquête préliminaire et déclare que "les militaires qui auraient été impliqués dans l’affaire feront certes l’objet de sanctions administratives mais seront également poursuivis en justice".
Le 28 septembre, les journalistes Carlo Lorenzo et Gilbert Ordiales, de la chaîne de télévision privée GMA, se rendent dans la ville d’Indanan (île de Jolo, sud du pays) afin d’interviewer trois otages indonésiens retenus par Arola Abubakar, un des leaders du Front de libération nationale moro (MNLF, rebelles musulmans). Le groupe se rend à Barangay Talibang avec leur guide, Jalma Abdurajak, où Arola Abubakar et ses hommes les interceptent. Les rebelles les conduisent à pied dans l’un de leurs camps. Ils sont menacés d’une arme par les rebelles qui les dépouillent de leurs effets personnels de valeur. Le 1er octobre, l’armée philippine entame des recherches dans la région d’Indanan. Le 3 octobre, Carlo Lorenzo et Gilbert Ordiales sont libérés. Les deux hommes sont retrouvés sains et saufs non loin du lieu de leur enlèvement après l’intervention d’officiels locaux. La chaîne de télévision GMA dément la rumeur selon laquelle une rançon a été versée aux ravisseurs. Carlo Lorenzo déclare à la presse :"J’ai cru qu’ils allaient nous tuer, nous décapiter, mais nous sommes sains et saufs". Le 7 octobre, la police de la province de Sulu inculpe Hadja Jarma Mohammad Imran, plus connue sous le nom de Hadja Lyn, pour l’enlèvement des deux reporters qu’elle guidait sur l’île de Jolo. "Elle est maintenant derrière les barreaux", déclare un responsable de la police au quotidien Daily Inquirer. Pour sa part, Hadja Lyn, qui collabore avec l’armée pour le désarmement des groupes armés sur l’île de Jolo, clame son innocence et accuse trois membres du Front de libération nationale moro, intégrés au 104e bataillon de l’armée philippine, d’être les instigateurs du kidnapping des journalistes. Elle cite le nom du capitaine Alex Musngi. Hadja Lyn est inculpée en l’absence de son avocat et refuse de signer plusieurs dépositions. Elle en appelle à Carlo Lorenzo, journaliste de la chaîne GMA, pour qu’il témoigne en sa faveur. Quelques jours plus tard, Carlo Lorenzo dément pouvoir impliquer Hadja Lyn ou l’armée philippine dans son enlèvement.
Six journalistes agressés
Dans la nuit du 2 juin 2002, Salatiel Sacil, correspondant local pour la chaîne de télévision ABS-CBN, est blessé à la jambe dans l’explosion d’une grenade lancée à l’intérieur de son domicile au sud de Cotabato (île de Mindanao). Les auteurs de l’agression, deux hommes à moto, n’ont pas été identifiés. Le journaliste, qui affirme ne pas avoir d’ennemis, pense avoir été pris pour quelqu’un d’autre.
Le 23 octobre, Edmund Sestoso, animateur à la radio locale dySR et chef de bureau du journal local Visayas Daily Courier à Bacolod sur l’île de Negros (centre du pays), est enlevé à son domicile par quatre soldats. Pendant toute la nuit, ils le menacent de nouvelles représailles s’il ne revient pas sur des articles publiés contre un politicien local. Dix jours auparavant, Carl Vanzales, reporter au Visayas Daily Courier, avait été pris en chasse par trois soldats à Bacolod, sur l’île de Negros, après qu’il les avait photographiés à bord d’un véhicule de la municipalité. Ronilo Cadigal, un ancien rebelle intégré à l’armée philippine, est identifié comme le responsable des attaques. Il serait lié à la famille Cardenas qui dirige la politique locale. Selon le Syndicat de journalistes NUJP, un soldat est arrêté dans cette affaire, mais l’inspecteur de police tente de convaincre les journalistes de retirer leur plainte et de régler cette affaire à l’amiable.
Le 1er novembre, Lloyd Wilson Sato, responsable régional de l’organisation de la presse universitaire (CEGP) est malmené à Cebu (île de Cebu, sud du pays) par les forces de sécurité qui le soumettent à quatre heures d’interrogatoire sur l’implication de certains membres de son association dans des groupes armés. Les soldats s’emparent de la caisse de l’organisation et lui tailladent le bras à quatre reprises.
Au début du mois de novembre, Edmund Lasala, cameraman de la chaîne nationale ABS-CBN News Channel, est blessé par les hommes de main d’un propriétaire terrien lors de la couverture d’une manifestation de paysans à La Castellana, sur l’île de Negros. Il est blessé à la main, souffre de contusions à la tête et d’ecchymoses aux bras. Les paysans qui ont accepté de témoigner sont également frappés.
Le 12 novembre, un cameraman de la chaîne RPN-9 est malmené par un officier du groupe de la sécurité présidentielle lors d’une altercation à Malacañang, sur l’île de Negros.
Cinq journalistes menacés
Le 8 février 2002, le Canadien Christopher Johnson et le Français Urban Hamid, deux journalistes indépendants, sont sur le point d’embarquer pour Basilan (sud du pays) quand deux individus, qui se présentent comme des soldats chargés de les escorter, les abordent. Les journalistes soupçonneux rapportent l’affaire auprès des autorités militaires locales qui leur démentent avoir envoyé une escorte. Trois jours plus tard, Jun Ida, chef de bureau du quotidien japonais Mainichi, est approché de la même manière après avoir débarqué sur Basilan. Deux individus lui proposent de le guider vers les camps des rebelles philippins. Les autorités philippines déclarent qu’il s’agit de tentatives d’enlèvement. Le 9février, le capitaine Harold Cabulnoc, chef des unités militaires sur l’île de Basilan, avertit les journalistes étrangers des menaces d’enlèvement par le groupe Abu Sayyaf, et les invite à ne pas voyager seuls sur l’île. Il invite également les représentants des médias à prévenir les autorités militaires de leur arrivée sur Basilan. Plus de cent journalistes sont alors sur place pour couvrir les opérations militaires conjointes entre les armées philippine et américaine.
Début juillet, Bernadette Tamayo, correspondante de guerre pour le quotidien People’s Journal, est inscrite par erreur sur la liste des membres du groupe Abu Sayyaf. L’armée offre 20000 euros pour sa capture. La journaliste avait été prise en photo avec des hommes d’Abu Sayyaf alors qu’elle faisait un reportage sur eux en mai 2000. Les militaires s’excusent et ordonnent une enquête. Bernadette Tamayo reproche aux militaires de ne pas avoir vérifié leurs informations à son sujet, mettant ainsi sa vie en danger.
A partir du 5 octobre, Julie Alipala, correspondant à Jolo du journal Inquirer, reçoit des menaces de mort par téléphone ou par SMS après avoir écrit un article sur l’implication de militaires dans l’enlèvement des journalistes Carlo Lorenzo et Gilbert Ordiales. Son reportage, titré "Des soldats l’ont fait", a été publié en une du quotidien. Des SMS le menacent : "Isang bala ka lang" (Une seule balle pour toi) ou "Mag-ingat ka !" (Fais attention). Le journaliste décide de ne plus sortir de chez lui pendant six jours.
Pressions et entraves
Le 12 février 2002, les radios DZNC et Star FM à Cauayan (nord du pays) sont fermées sur ordre de la municipalité. Des officiels saisissent les émetteurs. Les deux stations ne sont pas parvenues à obtenir toutes les autorisations de diffusion requises par les autorités locales. Les deux radios, créées en 1997, n’avaient jusque-là jamais eu de problèmes pour obtenir ces documents.
Dans la nuit du 22 mai, une bombe explose devant le siège de Radyo Bombo (qui émet en AM et en FM sous les noms de DXIF et DXEQ), à Cagayan de Oro (île de Mindanao, sud du pays). Selon Michael Bustamante, assistant du directeur de la station, un voisin déclare avoir aperçu quatre hommes près des locaux juste avant la déflagration. L’explosion de cet engin, de fabrication artisanale, crée un cratère sur la chaussée et détruit les enseignes de la station. La fumée a empêché le vigile d’identifier les auteurs. Personne n’est blessé. Selon le directeur d’antenne, Albino Quinlog, cette attaque pourrait faire suite à plusieurs reportages diffusés par la station sur des politiciens corrompus et sur l’attitude des forces de sécurité dans la région. Les locaux de la station avaient essuyé des tirs de fusils d’assaut en 2001.
Egalement dans la nuit du 22 mai, les locaux de la station Radyo Natin sont détruits par les flammes à Baganga (province du Davao oriental, sud du pays). Selon le chef de la police de la province, Catalino Cuy, des individus ont jeté un cocktail Molotov dans l’enceinte de la station. Après constatation des dégâts, les pertes en équipement pourraient s’élever à près de 22 000 euros. Toujours selon M.Cuy, les rebelles communistes pourraient être impliqués dans l’attaque, ce qu’un responsable de la station a nié en objectant que les membres de la guérilla ne sont pas des ennemis. D’autres sources soulignent, quant à elles, que des responsables de la municipalité seraient les commanditaires de cet attentat. La station de radio s’est en effet toujours montrée très critique à l’égard du maire de Baganga, Jerry Morales. Celui-ci avait ordonné la fermeture de la station pendant six mois en 2001.
Fin juin, John Elizaga, le maire adjoint de la ville de Cagayan de Oro (sud du pays), téléphone à la direction du quotidien Sun Star pour lui demander de garder le silence sur la plainte pour harcèlement sexuel déposée contre lui par la fille d’un conseiller municipal. Le politicien profère des menaces avant d’expliquer qu’il existe des sujets plus importants concernant la ville. Le journal publie non seulement l’affaire, mais également un éditorial sur cette conversation téléphonique.
Le 12 août, un individu tire sur le poste de sécurité de la station de radio GV-FM à Angeles City (province de Pampanga, nord du pays). Selon Ody Fabian, un journaliste de la station, un technicien aurait vu le tireur monter dans un pick-up après avoir fait feu. La rédaction demande qu’une enquête soit ouverte. Peu de temps auparavant, la radio avait diffusé un reportage sur le détournement de 1 500000 euros destinés à des projets de contrôle des inondations. Le député Francis Nepomuceno serait impliqué. En juin 2000, des inconnus avaient blessé l’un des présentateurs de GV-FM lors d’une tentative d’assassinat.
Le 4 octobre, les radios locales DWTI-AM et DWKI-FM et la chaîne de télévision locale Channel 8 à Quezon (près de Manille), propriété de la compagnie ConAmor Broadcasting Systems (CBS), sont fermées sur ordre de la municipalité pour non-paiement de certaines taxes et pour violation du code de construction. Des policiers procèdent à la fermeture du bâtiment, mais les radios et la télévision continuent d’émettre clandestinement. La justice est saisie de l’affaire. Selon Joselito Ojeda, propriétaire de CBS et ancien maire de la ville, il s’agit d’un "abus d’autorité", d’un "harcèlement" et d’une "vendetta politique" de la part du maire de la ville.
Le 9 octobre, le général Roy Kyamdo, en charge des opérations contre la guérilla communiste, se plaint de la couverture des médias jugée trop favorable à la Nouvelle Armée populaire. "Les journaux de Manille ne parlent que des affrontements initiés par les terroristes alors que sur le terrain, l’initiative est de notre côté", affirme le général.
En novembre, le gouvernement transmet à la Chambre des représentants et au Sénat trois nouvelles lois antiterroristes. Dans l’une d’entre elles, la définition du "terrorisme" est très floue : elle concerne toute "destruction de propriété avec l’intention de menacer l’ordre public" et de promouvoir une "croyance". Les trois lois permettent également au gouvernement d’intercepter ou d’écouter les communications pour prévenir tout acte terroriste. Selon deux de ces textes, les forces de sécurité n’ont de comptes à rendre à personne pour installer ces écoutes. La confidentialité des sources des journalistes est sérieusement menacée.



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