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Sri Lanka


-  Superficie : 65 610 km2.
-  Population 19 104 000.
-  Langues : cingalais et tamoul (off.), anglais (semi-off.).
-  Nature de l’Etat : république unitaire.
-  Chef de l’Etat : Chandrika Kumaratunga.

Sri Lanka - Rapport annuel 2003

La bonne volonté du gouvernement de Ranil Wickremesinghe et le processus de paix ont engendré une amélioration notable de la situation de la liberté de la presse. Mais, les journalistes sont toujours victimes de l’intolérance politique et ethnique.

"La situation est bien meilleure et les menaces contre la profession ont fortement diminué", résume Amal Jayasinghe, l’une des grandes figures du journalisme sri lankais. Après avoir été pendant des années l’objet de menaces de mort, d’intimidations, d’agressions et d’assassinats, les journalistes commencent à voir la lumière au bout du tunnel. Le gouvernement dirigé depuis décembre 2001 par Ranil Wickremesinghe, un ancien journaliste, fait preuve de plus de tolérance vis-à-vis de médias qui lui sont globalement acquis.
Le gouvernement libéral prend des décisions importantes : la levée des restrictions pour l’accès aux zones contrôlées par le mouvement des Tigres tamouls (LTTE), l’abolition des lois sur la diffamation criminelle ou la relance de l’enquête sur l’assassinat du journaliste tamoul M.Nimalarajan. Par ailleurs, la diffusion des programmes d’information en tamoul et cingalais de la BBC sur la radio nationale SLBC reprend en janvier après avoir été suspendue par la présidente Chandrika Kumaratunga en 2000. Et, en septembre, la télévision publique relance ses émissions dans le nord du pays, quinze ans après la destruction de sa tour de retransmission lors d’une bataille à Jaffna.

Bien entendu, le cessez-le-feu avec les séparatistes tamouls, négocié par le gouvernement norvégien, apaise le contexte dans lequel travaille la presse. Les journalistes tamouls sont moins régulièrement suspectés de soutenir les Tigres tamouls. Mais les violences politique et ethnique n’ont pas disparu. Des tamouls ont attaqué des journalistes cingalais, tandis que des musulmans s’en sont pris à des médias tamouls. Et vice versa.

La justice a également rendu des verdicts importants. En février, la Haute Cour condamne deux officiers de l’armée de l’air à neuf ans de prison pour avoir agressé et menacé de mort, plusieurs années auparavant, Iqbal Athas, correspondant du Sunday Times pour les questions de défense. En août, un tribunal casse en appel la condamnation, datant de 1997, à un an et demi de prison du directeur du Sunday Times pour un article jugé "diffamatoire" à l’égard de la présidente Chandrika Kumaratunga.

Une journaliste d’un média étranger basée à Colombo explique : "Nous sommes passés d’un extrême à l’autre. Avant, nous n’avions que des informations de source militaire, impossibles à vérifier. Aujourd’hui, les informations viennent des civils ou des LTTE et nous pouvons nous rendre dans le Nord pour les confirmer. Le point de vue de l’armée a disparu." C’est le 15janvier qu’un premier groupe de journalistes pénètre dans la zone des Tigres tamouls auparavant interdite. Le 10 avril, ce sont plus de trois cents journalistes locaux et internationaux qui entrent dans le territoire des LTTE pour assister à la première conférence de presse de Velupillai Prabhakaran, leader des Tigres tamouls.

La majorité de la presse écrite soutient l’action du gouvernement. Certains journaux tels Lakbima ou Ravaya maintiennent un ton agressif et critiquent le processus de paix. Les milieux extrémistes ont également des relais dans la presse. Ainsi le journal Niwan, organe officiel du parti d’extrême gauche JVP, attaque violemment le gouvernement. Les médias d’Etat très attachés à défendre les intérêts du parti au pouvoir sont appelés à se réformer. En janvier, le nouveau ministre de la Communication crée une commission afin d’éviter les "rapports biaisés et l’autocensure en faveur du gouvernement".

Nouveaux éléments sur un journaliste assassiné avant 2002

A partir de janvier 2002, les agents du Criminal Investigation Department (CID, police criminelle) font avancer l’enquête sur l’assassinat du journaliste Mayilvaganam Nimalarajan de manière spectaculaire. Ainsi, une dizaine de personnes sont interpellées, interrogées et placées en garde à vue pour leur implication possible dans le meurtre. Aucun suspect, dont la plupart sont membres de la milice tamoule EPDP, n’avoue une responsabilité directe dans l’assassinat, mais certains mettent en cause d’autres personnes. Cette relance de l’enquête, sous la pression du ministère de l’Intérieur, du procureur général et du magistrat de Jaffna, et malgré le manque de moyens du CID, est saluée par la mission de Reporters sans frontières et du réseau Damoclès à Colombo et à Jaffna, en juin. John Amaratunga, ministre de l’Intérieur, confirme aux représentants de l’organisation, la volonté de son gouvernement de faire la lumière sur cette affaire. Bloquée par les autorités pendant plus d’un an, l’enquête sur le meurtre du correspondant à Jaffna du service en cingalais de la BBC World Service met directement en cause la milice EPDP qui, à l’époque des faits, soutenait l’armée dans son combat contre les LTTE. M.Nimalarajan, également correspondant du quotidien Virakesari et de l’hebdomadaire Ravaya, dénonçait régulièrement les atteintes aux droits de l’homme dans la péninsule.
Seule ombre au tableau : le 11 septembre, deux suspects, David Michael Collins et Vishua, sont libérés sous caution par la Haute Cour de Vavuniya. Suite à une demande de l’avocat de l’EPDP, le juge décide de les libérer contre le paiement d’une caution de 100000 roupies (près de mille euros) chacun. Le juge ne demande même pas la saisie des passeports de ces deux suspects. Pourtant, un autre suspect, connu sous le nom de Napoléon, aurait déjà fui le pays après la défaite électorale de l’EPDP, dont il était un cadre militaire.
Au 1er janvier 2003, aucun des suspects n’a été jugé et la police n’a pas encore rendu compte des résultats des examens des rares preuves matérielles : des armes saisies à l’EPDP, des empreintes retrouvées sur une bicyclette abandonnée près du lieu du crime ou des douilles et des restes de grenade laissés derrière eux par les assassins. Les autorités n’ont pas examiné les possibles complicités au sein de l’armée ou la police. Et le président de l’EPDP, ministre à l’époque des faits, n’a jamais été interrogé sur cette affaire. En revanche, l’EPDP dénonce, en novembre, le travail de Reporters sans frontières dans cette affaire.

Un journaliste interpellé

Le 8 octobre 2002, Uvindu Kurukulasooriya, journaliste du quotidien Ravaya, est agressé et insulté par des policiers à Colombo alors qu’il note la plaque d’immatriculation d’un véhicule de police dont les occupants sont en train de frapper des personnes. Lorsqu’il se présente au poste de police de Maharagama pour déposer une plainte, il est placé en état d’arrestation pour "ébriété sur la voie publique" et "obstruction au maintien de l’ordre". Il est relâché sous caution le lendemain. Une semaine après les événements, le journaliste introduit une requête auprès de la Cour suprême pour "arrestation illégale".

Trente et un journalistes agressés

Le 30 janvier 2002, Ranjan Jayakody, reporter de la chaîne de télévision privée ITN, est agressé à Katunayake (au nord de Colombo). Alors qu’il effectue un reportage sur un projet d’irrigation dans la ville de Gampaha, le journaliste est frappé par un homme ivre qui le blesse à la tête, endommage son véhicule et son appareil photo, puis s’en prend à des responsables du projet. Le journaliste doit être hospitalisé.

Le 1er février, Ervin de Silva, correspondant à Welawe (nord de Colombo) pour le quotidien en cingalais Divaina, est attaqué par deux individus, qui seraient un déserteur de l’armée et un officier de police. Le journaliste venait de publier un article dans lequel il révélait une affaire de corruption dans la région.

Le 7 avril, Sunil S. Thanthrige, du quotidien Lankadeepa, H.R.P Perera, du Daily Mirror, sont attaqués par des manifestants à Maradana, dans la province de Beruwala (au sud de Colombo). Leurs appareils photo sont jetés à terre. Les journalistes sont sauvés de la foule par l’arrivée des forces de l’ordre.

Le 10 juillet, trois hommes, dont Sanil, un militant de l’UNP (parti au pouvoir), agressent Nishanta Kumara, correspondant du journal Ravaya et militant des droits de l’homme, dans un autobus à Wariyapola (nord-ouest du pays). L’un d’eux lui demande, sous la menace d’un couteau, s’il est "le chien d’activiste des droits de l’homme qui essaie d’envoyer son beau-frère en prison". L’un de ses agresseurs est sur le point de lui donner un coup de couteau quand le chauffeur remarque l’incident et arrête le bus, permettant au journaliste de s’enfuir. A partir du 19 août, Nishanta Kumara craint de nouveau pour sa vie. Le journaliste est en effet suivi quotidiennement par deux hommes sur une moto rouge sans immatriculation. Le journaliste porte plainte à deux reprises (les 10 juillet et 5 septembre) auprès de l’inspecteur général de la police de Colombo. Mais aucune enquête n’est ouverte. Nishanta Kumara affirme être menacé pour un article sur Nandani Herat, une femme qui aurait été torturée et violée par des policiers, lors de sa garde à vue au poste de police de Wariyapola. D’autres journalistes sont victimes d’intimidations policières alors qu’ils couvrent le procès de Nandani Herat et celui des policiers accusés de l’avoir torturée. Une équipe de la télévision publique se voit interdire l’accès aux séances du tribunal de Wariyapola. Après avoir quitté la Cour, une vingtaine d’officiers en civil fouillent le véhicule des journalistes et menacent de les arrêter s’ils continuent à filmer.

Dans la soirée du 8 août, une dizaine d’hommes masqués et armés de clubs de golf et de couteaux pénètrent dans les locaux du journal régional en tamoul Thinakathir à Batticaloa (est du pays). Après avoir attaqué le gardien du bâtiment, ils ligotent et bandent les yeux des huit journalistes et employés présents, qu’ils enferment dans une pièce. Puis ils volent des équipements du journal, notamment des ordinateurs. Ils mettent également le feu aux documents et aux archives du quotidien. Quand le directeur de publication, M.Rushangan, sort de son domicile proche du quotidien, il est insulté, frappé et ligoté ainsi que sa femme. Les assaillants, qui parlent tamoul, prennent la fuite dans une camionnette. Une plainte est déposée par le directeur de Thinakathir. Le 28 août, l’organisation locale de défense de la liberté de la presse FMM demande à Velupillai Prabhakaran, le leader des LTTE, de conduire une enquête rigoureuse, après que des soupçons sont nés sur l’implication d’éléments du mouvement tamoul dans cette attaque. Pour sa part, le directeur n’a pas identifié les assaillants mais confirme que cette attaque, "organisée de manière professionnelle", fait suite à la publication d’un article sur un changement au sein des responsables des LTTE dans la région de Batticaloa. Le journal cesse de paraître pendant plusieurs semaines.

Le 2 septembre, Chandramorgan, correspondant du journal Valampuri, et le correspondant de la radio ABC sont agressés par les forces de sécurité alors qu’ils couvrent une manifestation contre la présence militaire à Point Pedro (péninsule de Jaffna, nord du pays). Les deux journalistes prennent des clichés des forces de l’ordre utilisant des gaz lacrymogènes contre la foule. Des policiers frappent les deux hommes. Peu après, un officier s’excuse pour ces violences.

Le 2 octobre, une dizaine de journalistes sont agressés par un groupe de partisans du Samurdhi (un parti allié au gouvernement) alors qu’ils couvrent à Madirigiriya (nord-ouest du pays) une manifestation pacifique contre la déforestation illégale dans la région. Les agresseurs s’emparent des appareils photo des reporters.

Dans la soirée du 3 novembre, des individus attaquent le domicile de Malini Herath, journaliste du quotidien public Dinamina dans la province de Wayamba (nord-ouest du pays), alors qu’elle se trouve seule avec ses deux enfants. Ils détruisent les portes et les fenêtres avant de pénétrer dans la maison où ils causent de nombreux dégâts. Selon elle, cet acte d’intimidation est lié à ses révélations dans Dinamina sur des forages illégaux dans la province de Wayamba.

Le 3 décembre, Wijitha Ranaweera, correspondant de la radio SLRC et du journal Dinamina, Roshan Garusingha, correspondant du journal Lakbima, et Jagath Kalansooriya, correspondant de la chaîne privée ITN, sont frappés par des partisans d’un responsable local du parti au pouvoir alors qu’ils couvrent leur intervention musclée lors d’élections professionnelles. Deux d’entre eux, M.Ranaweera et M.Kalansooriya, sont admis à l’hôpital pour soigner leurs blessures.

Le 10 décembre, Vellupillai Thavaselvan, correspondant à Jaffna de la radio tamoule International Broadcasting Corporation (IBC) basée à Londres, est agressé à Nelliady (au nord-est de Jaffna) par des policiers alors qu’il couvre une manifestation contre la présence de la milice tamoule EPDP dans la péninsule. Le reporter est admis à l’hôpital de Point Pedro.

Au moins douze journalistes menacés

Dans la nuit du 30 mars 2002, le domicile de Sarath Chinthaka, correspondant à Wattala (nord de Colombo) pour les quotidiens anglophone Daily Mirror et cingalais Lankadeepa, est attaqué par un groupe de trois individus masqués et armés. Ils pénètrent dans le domicile du journaliste et menacent sa femme, seule avec leur enfant, afin qu’elle leur remette une cassette contenant un discours controversé de la présidente Chandrika Kumaratunga. Bien que la jeune femme nie l’existence d’un tel enregistrement, les individus forcent une armoire et dérobent une dizaine de cassettes, ainsi qu’un enregistreur. Ils menacent ensuite d’attendre le retour du journaliste devant sa porte. Son épouse réussit à s’échapper pour se réfugier au poste de police et porter plainte. Bien que Sarath Chinthaka affirme ne pas posséder de copie du discours, il reçoit de nouvelles menaces téléphoniques. La présidente Chandrika Kumaratunga a prononcé, en janvier 2002, un discours à Jaela (localité proche de Wattala) dans lequel elle a affirmé pouvoir, d’un seul mot, mettre fin au cessez-le-feu entre le gouvernement et les Tigres tamouls. Cette déclaration a soulevé de nombreuses critiques au Sri Lanka et à l’étranger.

Le 22 avril, au moins cinq journalistes sont menacés par des membres des forces spéciales à Colombo. Les reporters couvrent une manifestation devant la résidence du Premier ministre quand les forces de l’ordre leur interdisent de photographier la scène. Les policiers saisissent l’appareil photo et le téléphone portable du journaliste Buddhika Weerasinghe.

Le 23 juin, Sarath Yatawara, correspondant de la chaîne de télévision publique Sri Lanka Rupavahini Corporation dans la province de Kurunagala (centre du pays), est menacé par l’officier responsable du poste de police de Wariyapola, alors qu’il couvre un accident de la route dans lequel deux enfants ont péri. L’officier Kusum Siyabalapitiya l’insulte et le menace de l’arrêter s’il continue à filmer sur les lieux de l’accident. Les autorités ouvrent une enquête.

Le 26 juin, des hommes armés attaquent le domicile de P. Sathsivanamdam, correspondant du quotidien tamoul Weerakesaree et du service tamoul de la radio BBC, à Muttur (est du pays). Ils détruisent des effets personnels du reporter et de sa famille. Le journaliste vient de réaliser un reportage pour la BBC sur les affrontements entre tamouls et musulmans dans la région. Le journal en ligne TamilNet accuse des militants islamistes d’être les auteurs des violences.

En juin, A.J.A. Abeynayaka, correspondant du quotidien Divaina, est victime de harcèlement à plusieurs reprises. Des individus rôdent autour de son domicile dans la nuit et tirent des coups de feu. Selon le journaliste, ces menaces font suite à ses articles sur les tortures subies par un jeune homme au poste de police de Kadana et sur la mort d’un homme lors d’une garde à vue au même poste de police trois ans auparavant. Le journaliste demande à la Commission nationale des droits de l’homme d’assurer sa sécurité.

En juin, le domicile d’un voisin de Senathirajah Jeyanandamoorthy, journaliste du site d’information Tamilnet.com, est incendié par erreur lors d’émeutes entre musulmans et tamouls, près de Batticaloa (est du pays). Le journaliste affirme qu’il était visé.

A partir de la publication, le 24 novembre, d’un article sur un ministre du gouvernement, Sandhya M.Weeratunga et Rukmal Gamage, journaliste et photographe de l’hebdomadaire Dinakara, reçoivent des menaces par téléphone. Dans la nuit du 26 novembre, des inconnus forcent un véhicule du journal à s’arrêter, agressent le chauffeur et l’interrogent sur les journalistes travaillant au Dinakara.

Pressions et entraves

Le 7 janvier 2002, Assif Hussein, journaliste pour le quotidien anglophone The Sunday Observer, est interdit de publication pendant sept jours. Le journaliste vient de publier un article sur l’histoire de la Dent du Bouddha, vénérée par les bouddhistes dans le temple de la ville sacrée de Kandy. Un membre de la rédaction a dénoncé cet article au prêtre du temple. Ce dernier proteste auprès du journal et 90000 exemplaires du quotidien, prêts pour la distribution, sont détruits. Le jour suivant, Assif Hussein reçoit une lettre lui interdisant d’écrire pendant une semaine, et le sommant de se justifier par écrit des propos tenus dans son article.
Le 12 février, le ministère de la Défense annonce la levée de l’autorisation préalable pour se rendre au nord et à l’est du pays. Les citoyens du Sri Lanka n’ont plus à demander un laissez-passer à l’armée. Et tous les journalistes étrangers accrédités auprès du ministère de l’Information peuvent se rendre, à "leurs risques et périls", dans les zones contrôlées par les LTTE. Mais les contrôles d’identité aux check points de la police et de l’armée sont maintenus. Dans les premières semaines qui suivent cette décision, les soldats gouvernementaux, rarement au courant de cette nouvelle procédure, bloquent plusieurs groupes de journalistes. Ils continuent à réclamer un laissez-passer. Pour pénétrer dans leur territoire, les LTTE exigent quant à eux que les journalistes obtiennent une permission de leur quartier général du Vanni (centre du pays) à travers leurs représentants en Europe. Mais le manque de contact direct avec les LTTE rend son obtention difficile.
Le 28 mars, des membres des LTTE auraient tenté d’intercepter un convoi de véhicules qui transportait des journaux tamouls vers l’est du pays. Selon Douglas Devananda, leader de la milice tamoule EDDP, l’hebdomadaire Thinamurasu, critique des LTTE, est victime de pressions de la part des Tigres tamouls. L’entreprise privée chargée de transporter les exemplaires du magazine a cessé ses livraisons en raison de menaces.

En avril, le gouvernement approuve l’abolition des lois sur la "diffamation criminelle". Depuis l’indépendance du Sri Lanka, les gouvernements successifs avaient utilisé cette législation héritée de la colonisation, qui faisait de la diffamation un crime puni par la prison. En juin, cette modification de la loi est adoptée à l’unanimité par le Parlement.

Le 10 avril, le ministre de la Communication, Imtiaz Bakeer Makar, annonce que des réformes importantes dans le domaine des médias sont en préparation. Une ordonnance sur l’accès à l’information et une Charte militaire des médias pour améliorer les rapports entre les forces de sécurité et les représentants des médias sont en projet. Le Conseil de la presse doit quant à lui être remplacé par une Commission pour les affaires de presse, dont l’indépendance serait garantie.

Le 10 avril, Velupillai Prabhakaran, le leader suprême des LTTE, rencontre la presse pour la première fois depuis dix ans. Les rebelles, craignant une tentative d’assassinat contre leur chef, fouillent les équipes de télévision pendant plusieurs heures, les contraignant à laisser une partie de leur équipement en chemin, avant de les conduire, dans un lieu inconnu, près de Kilinochchi, dans le Vanni.

Le 8 novembre, Paul Harris, correspondant au Sri Lanka du quotidien britannique The Daily Telegraph et de la revue de géopolitique Jane’s Intelligence Review, est contraint de quitter le pays. Il s’est vu refuser le renouvellement de son visa de presse. Quelques jours auparavant, le journaliste avait expliqué à Reporters sans frontières qu’il quittait le pays, sur les conseils de l’ambassade britannique à Colombo, alors qu’il était en poste dans l’île depuis le 9 novembre 2001. Le 30 septembre 2002, Alec Russel, rédacteur en chef du Daily Telegraph, a demandé au ministre des Affaires Etrangères de bien vouloir proroger le visa de son correspondant. Mais le journal n’a jamais reçu de réponse. Interrogé par la presse, le gouvernement refuse de fournir des explications. La loi oblige les journalistes étrangers travaillant au Sri Lanka à renouveler leur visa chaque année. Paul Harris estime être victime du mécontentement des autorités vis-à-vis de sa couverture, très critique, du processus de paix entre le gouvernement et les Tigres tamouls. Le journaliste a expliqué à Reporters sans frontières que cette décision pouvait être le résultat de pressions exercées sur le gouvernement par les rebelles tamouls. Suite à la publication, en mai 2002, de l’un de ses articles dans Jane’s Intelligence Review, Paul Harris avait été invité à témoigner par des parlementaires de l’opposition. Après cette intervention publique, il avait été qualifié d’"agent secret britannique du M5" par le ministre Rajitha Senaratne. La semaine suivante, une enquête secrète avait été ordonnée par le gouvernement. Selon Paul Harris, le personnel de l’hôtel où il résidait aurait été interrogé, sa chambre fouillée et ses moindres mouvements surveillés. Dans les jours qui précèdent son départ, le journaliste affirme être victime d’intimidations et d’un harcèlement de la part d’hommes armés, postés devant son bureau et son domicile du centre de Colombo. Dans une lettre adressée à Reporters sans frontières, le ministre des Affaires étrangères affirme que Paul Harris n’a pas respecté les conditions imposées par son visa en écrivant des articles dans la presse sri lankaise.
Le 30 novembre, des inconnus incendient les bureaux de l’hebdomadaire Navamani dans la banlieue de Colombo. Le journal publié en tamoul s’adresse particulièrement à la communauté musulmane du pays. L’attaque n’est pas revendiquée, mais certaines organisations soupçonnent les LTTE d’avoir commandité cet incident qui survient quelques jours avant la reprise des négociations entre le gouvernement et les LTTE. En effet, l’hebdomadaire critique régulièrement les attaques des LTTE contre les musulmans.

Le 15 décembre, le Sunday Leader rapporte que les LTTE se sont vu accorder au mois de novembre une licence pour leur radio La Voix des Tigres, diffusée depuis Kilinochchi. La licence autorise la radio à diffuser des nouvelles sur l’éducation, le sport, les loisirs ainsi que des informations étrangères. Suite à cette décision, la présidente Chandrika Kumaratunga tente d’empêcher la livraison aux LTTE d’une nouvelle antenne pour leur radio.

Le 16 décembre, le Mouvement pour la social-démocratie révèle que la direction de la police sri lankaise a ordonné aux officiers d’établir des fichiers contenant les noms, adresses et numéros de téléphone des journalistes du pays. L’organisation dénonce cette mesure comme étant la marque d’un Etat policier. Un porte-parole de la police affirme qu’il s’agit d’améliorer les relations entre la presse et la police.



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