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Rwanda


-  Superficie : 26 340 km2.
-  Population : 7 949 000.
-  Langues : kinyarwanda, français, anglais, swahili.
-  Nature de l’Etat : république unitaire.
-  Chef de l’Etat : Paul Kagame.

Rwanda - Rapport annuel 2003

La mise en place des tribunaux populaires (Gacaca) et l’adoption d’une loi autorisant la création de radios privées sont des signes encourageants. Cependant, au moins deux journalistes font partie des dizaines de milliers de personnes détenues depuis de longues années, sans jamais avoir été jugées, et l’autocensure reste une pratique courante au sein de la presse locale, publique comme privée.

Les Gacaca, ces juridictions traditionnelles mises en place par les autorités rwandaises pour juger les auteurs présumés du génocide de 1994, entrent en fonction le 19juin2002. Plus de 100000personnes devraient faire l’objet d’un jugement devant l’une de ces juridictions. Parmi elles figurent plusieurs journalistes qui pourraient être jugés par une Gacaca en 2003.
La presse rwandaise est toujours monocolore. Les rares titres indépendants ou d’opposition sont harcelés par les autorités. L’hebdomadaire Umuseso, par exemple, est constamment dans la ligne de mire des autorités. Le 7janvier2002, Radio Rwanda diffuse les propos du ministre de l’Administration locale et des affaires sociales, Désiré Nyandwi, qualifiant le journal de "propagandiste génocidaire". Mi-novembre, le même ministre annonce que la cérémonie de la 24e Journée de la presse africaine est annulée. Au cours de cette célébration, Umuseso devait recevoir le prix du deuxième meilleur journal du pays.
La présidence et le gouvernement restent très attentifs à l’évolution de la presse locale. Tout ce qui touche de près ou de loin à l’ancien chef de l’Etat aujourd’hui incarcéré, Pasteur Bizimungu, ou à son parti interdit par les autorités, le Parti démocratique pour le renouveau (PDR-Ubuyanja), semble tabou. La presse ne doit pas en parler sous peine de s’exposer à des poursuites ou à des menaces.
Début juin, le Parlement adopte un projet de loi sur la presse plutôt libéral. Trois articles prévoyant de longues peines de prison et la peine de mort pour incitation au génocide ont été retirés à la demande des organisations professionnelles. La loi est promulguée et entre en vigueur le 1er juillet. Elle ouvre notamment le secteur de l’audiovisuel au privé. Depuis le génocide de 1994, seules la radio et la télévision publiques avaient le droit d’émettre. Aussitôt, sept demandes d’obtention d’une fréquence radio sont déposées. Les autorités affirment qu’il faut désormais attendre la mise en place d’un Haut Conseil de la presse, chargé de l’attribution des licences d’exploitation et des fréquences d’émission. Sa date de création n’est pas fixée.
Le 11février, le procès des "médias de la haine", ouvert en octobre 2000, reprend devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda [TPIR] à Arusha, en Tanzanie. Ferdinand Nahimana, fondateur et ancien directeur de la Radio-télévision libre des mille collines (RTLM), Jean-Bosco Barayagwiza, l’un des fondateurs de la RTLM, et Hassan Ngeze, ancien rédacteur en chef de la revue extrémiste Kangura, sont poursuivis pour "génocide, entente et incitation en vue du génocide et crimes contre l’humanité". A partir du 27 février, le tribunal entend George Ruggiu, ancien animateur italo-belge de la RTLM, condamné à douze ans de prison par le TPIR, le 1erjuin2000, après avoir plaidé "coupable". Il affirme que les émissions de la RTLM étaient strictement contrôlées par la "direction de fait" de la radio et les autorités. Selon lui, "ce qui ne convenait pas au parti au pouvoir n’était pas diffusé". Il ajoute qu’après le 6avril1994 Ferdinand Nahimana et Jean-Bosco Barayagwiza visitaient fréquemment la radio et donnaient des instructions sur les émissions à diffuser. Le 16septembre, les avocats de Ferdinand Nahimana, Jean-Bosco Barayagwiza et Hassan Ngeze demandent un acquittement général pour leurs clients en invoquant des preuves insuffisantes. Les trois accusés plaident non coupables.

Un journaliste tué
Dans la nuit du 11 au 12mars2002, Jean-Marie Hategekimana, journaliste de l’hebdomadaire gouvernemental Imvaho, est assassiné dans un bar du quartier de Gatenga (Kigali). Selon des témoins de la scène, le journaliste discutait avec trois autres personnes, dont un responsable local du collectif Ibuka des organisations des rescapés du génocide, quand deux individus en civil ont fait irruption. Ces derniers auraient demandé de l’argent au journaliste et à ses compagnons. Ils ont ensuite sorti des pistolets et ouvert le feu avant de s’enfuir. Les quatre victimes ont été transportées à l’hôpital où un médecin a constaté leur décès. Jean-Marie Hategekimana est inhumé le 14 mars. Au 1er janvier 2003, il n’est pas possible d’affirmer avec certitude que la mort de ce journaliste est liée à ses activités professionnelles.

Journalistes incarcérés
Au 1er janvier 2003, au moins vingt-cinq journalistes sont emprisonnés au Rwanda. Tous sont accusés d’avoir participé, d’une manière ou d’une autre, au génocide de 1994. Après avoir mené des enquêtes, Reporters sans frontières estime que seuls deux cas de détention constituent une atteinte à la liberté de la presse, ceux de Dominique Makeli et de Tatiana Mukakibibi. Dans tous les autres cas, Reporters sans frontières ne dispose pas d’informations suffisantes pour se prononcer avec certitude sur les raisons de ces emprisonnements.

Dominique Makeli, journaliste de Radio Rwanda, est détenu à la prison centrale de Kigali (PCK). Pendant les premiers jours du génocide, il fuit à Kibuye (ouest du pays) où l’un de ses fils a été tué un mois plus tôt par des Interahamwe (miliciens extrémistes Hutus). Le 18septembre 1994, de retour à Kigali, il est interpellé à son domicile par un agent du Département des renseignements militaires (DMI). En 1995 et 1996, il est accusé d’organiser des manifestations dans la prison de Rilima. Il est alors frappé à plusieurs reprises, ainsi qu’un autre journaliste, Amiel Nkuliza. En mars 1997, soit plus de deux ans après son arrestation, il est interrogé pour la première fois par le parquet.
En octobre 2001, le procureur de la République de Kigali, Sylvaire Gatambiye, a affirmé à Reporters sans frontières que Dominique Makeli était accusé d’avoir "incité au génocide dans ses reportages". En mai 1994, il avait couvert une apparition de la Vierge à Kibeho (ouest du pays) et rapporté sa supposée déclaration : "Le parent est au ciel." Le procureur a expliqué que, dans le contexte de l’époque, cela signifiait "Le président Habyarimana est au ciel." La population aurait interprété ce message comme un soutien de Dieu à l’ancien président et, par extension, à la politique d’extermination des Tutsis. Reporters sans frontières s’est procuré l’enregistrement de ce programme et l’a fait écouter à des Rwandais présents au pays à l’époque du génocide. Aucun d’entre eux n’a estimé que Dominique Makeli avait incité à la haine en réalisant ce reportage.
Tatiana Mukakibibi était animatrice et productrice de programmes à Radio Rwanda. Son travail consistait à animer des émissions de divertissements et de musique. Elle faisait des annonces et des dédicaces à l’antenne. Le 6 avril 1994, elle était en reportage à Cyangugu, dans l’est du pays. Elle revient à Kigali le 16 avril. Dans les semaines qui suivent, elle lit à l’antenne les communiqués officiels et les listes des personnes décédées envoyées par les préfectures du pays. Le 4 juillet, la radio diffuse un dernier communiqué annonçant l’évacuation de Kigali. Tatiana Mukakibibi se réfugie avec d’autres journalistes à Bukavu, en République démocratique du Congo (RDC). Le 10 août, elle rentre au Rwanda, à Kapgayi (près de Gitarama) où elle travaille avec l’abbé André Sibomana (ancien directeur de Kinyamateka et lauréat du prix Reporters sans frontières - Fondation de France, décédé en mars 1998). Le 3août 1995, elle est arrêtée et détenue pendant quelques jours dans un camp militaire près de Gitarama. Par peur des représailles, elle fuit en Ouganda. Elle revient au Rwanda le 30 septembre 1996 et, deux jours plus tard, est interpellée à son domicile de Ntenyo (Gitarama) par la police. Tatiana Mukakibibi est aussitôt conduite au cachot communal où elle est toujours détenue dans des conditions très pénibles.
Dans les mois qui suivent son arrestation, la journaliste est interrogée à plusieurs reprises. On l’accuse d’avoir distribué des armes, établi des listes de personnes à tuer, et d’avoir tué ou fait tuer Eugène Bwanamudogo, un Tutsi qui réalisait des programmes radiophoniques pour le ministère de l’Agriculture. Selon un témoin rencontré par Reporters sans frontières, qui vivait avec la journaliste au moment du génocide, Tatiana n’a pas pu tuer Eugène car ce dernier serait mort dans les premiers jours du génocide et, à cette période, la journaliste se trouvait à Cyangugu, en reportage. De plus, l’un des frères d’Eugène aurait dit à ce témoin qu’il avait été tué par des militaires. Tatiana aurait ensuite été arrêtée sur dénonciation de Laetitia, la sœur d’Eugène. Il existait une rivalité entre les deux familles parce que le frère de la journaliste, Damascène Muhinda, aurait pris part à un massacre contre des membres de la famille d’Eugène.

Un journaliste incarcéré avant 2002 a été libéré dans l’année.
Le 11 novembre, Gédéon Mushimiyimana, ancien journaliste de la télévision nationale, est libéré après avoir passé six ans en prison. Le journaliste était accusé d’avoir participé au génocide de 1994. Début novembre, le parquet de Gitarama a conduit le journaliste, avec d’autres détenus, devant la population de son village d’origine. Les habitants n’ont porté aucune accusation contre Gédéon Mushimiyimana et le journaliste a été mis en liberté provisoire quelques jours plus tard. Son cas devrait être à nouveau examiné par une juridiction Gacaca en 2003.

Cinq autres journalistes ont été incarcérés et libérés en 2002.
Les 26 et 27 janvier 2002, Laurien Ntezimana, directeur de publication d’Ubuntu, le bulletin de l’Association Modeste et Innocent (AMI), une organisation de promotion de la non-violence au Rwanda, et Didace Muremangingo, son rédacteur en chef, sont arrêtés par des policiers de la brigade judiciaire de Butare (sud du pays). Ils sont aussitôt transférés à la prison centrale de la ville. Bien que les motifs officiels de leur arrestation ne soient pas connus, les deux hommes sont interrogés sur les activités politiques supposées de l’association. On leur reproche l’utilisation d’un logotype de l’organisation qui contient le mot "ubuyanja", terme également utilisé par Pasteur Bizimungu, ancien président du Rwanda, dans la dénomination du parti d’opposition qu’il a fondé, le Parti démocratique pour le renouveau (PDR-Ubuyanja). Ce parti a été interdit par les autorités. Marie Goretti Mukakalisa, administratrice financière de l’association, Dieudonné Munyankiko et Ignace Ndayahundwa, rédacteurs d’Ubuntu, sont brièvement interrogés le 29janvier. Laurien Ntezimana et Didace Muremangingo sont libérés le 20 février suite à la décision de la cour d’appel de Nyabisindu : ils ont été placés en détention sans autorisation d’un juge et les charges pesant contre eux ne sont pas sérieuses. Pendant plusieurs mois, ils sont néanmoins tenus de rester à la disposition de la justice et ne peuvent pas quitter Butare.
Le 17 juillet, Elly Mac Dowell Kalisa et Munyaneza Godfrey, journalistes de l’hebdomadaire indépendant Umuseso, sont témoins de l’intervention d’agents des forces de l’ordre envers un fauteur de troubles dans le quartier Kiyovu de Kigali. La police interpelle toutes les personnes présentes sur place, y compris les deux journalistes. Le lendemain, le rédacteur en chef, Robert Sebufirira, est arrêté à son tour alors qu’il vient témoigner. Les journalistes sont accusés de se mêler du travail des forces de l’ordre. Le 23 juillet, les journalistes comparaissent, à huis clos, devant les juges de la Chambre du Conseil. Ils sont condamnés à une détention provisoire de 30 jours. L’avocat des journalistes fait appel et les journalistes sont libérés dans l’attente de leur jugement.

Un journaliste interpellé
Le 18 mai 2002, Ismael Mbonigaba, directeur de publication de l’hebdomadaire Umuseso, est convoqué au poste de police de Kacyru (Kigali). Il est interrogé pendant sept heures à propos d’un article "dénigrant le chef de l’Etat". Umuseso avait critiqué ironiquement un discours de Paul Kagame dans lequel il avait qualifié les Rwandais de "sots". Le journaliste est libéré tard dans la soirée, mais son passeport est confisqué. Le 25 mai, Ismael Mbonigaba se rend à nouveau au poste de police où il subit un nouvel interrogatoire. On refuse toujours de lui remettre son passeport, l’empêchant ainsi de se rendre au Burundi pour assister à une conférence.

Pressions et entraves
Le 19 mai 2002, Asuman Bisiika, directeur de publication du Rwanda Herald , est reconduit à la frontière ougandaise par la police rwandaise. Le journaliste, ressortissant ougandais, a eu dix minutes pour rassembler ses affaires avant d’être remis aux gardes-frontières. Le Rwanda Herald s’était montré particulièrement critique envers les autorités de Kigali et avait publié plusieurs articles à propos de l’ancien président de la République incarcéré.



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