Ameriques Asie Europe Moyen-Orient Internet Nations unies
 
Togo


-  Superficie : 56 000 km2.
-  Population : 4 657 000.
-  Langue : français (off.).
-  Nature de l’Etat : république unitaire.
-  Chef de l’Etat : Gnassingbé Eyadéma.

Togo - Rapport annuel 2003

Cette année encore, le Togo est l’un des pays les plus répressifs du continent en matière de liberté de la presse. Les saisies de journaux sont devenues monnaie courante et plusieurs journalistes ont visité les cellules de la prison civile de Lomé.

La répression semble être la seule réponse des autorités togolaises dès que la question de la liberté de la presse est abordée. Qu’il s’agisse du chef de l’Etat, du ministère de l’Intérieur, de celui de la Communication ou de la Haute Autorité sur l’audiovisuel et la communication (HAAC), tous ne font que prendre des mesures restrictives pour la liberté d’expression au Togo.
Le général-président Gnassingbé Eyadéma ne supporte toujours pas la critique. Exaspéré par les attaques des journaux d’opposition, il fait modifier, pendant l’été 2002, la loi sur la presse et renforce les peines de prison en cas d’offense ou d’outrage à son encontre. En septembre, il rencontre, à son domicile, des journalistes des médias privés. Les discussions portent sur l’abrogation du nouveau code de la presse, l’aide de l’Etat à la presse privée et la création d’une école de journalisme à l’université de Lomé. Un moratoire d’un an est décidé avant la mise en application du code de la presse. En échange, le Président demande aux associations professionnelles d’organiser des séminaires de formation sur les questions de l’éthique et de la déontologie journalistiques. En revanche, aucune décision n’est prise concernant la mise en place d’une école de journalisme.
Le 30 décembre, l’Assemblée nationale adopte un projet de loi modifiant la Constitution et permettant au Président de se présenter autant de fois qu’il le souhaite à la magistrature suprême.
Depuis 1999, date de sa nomination à la tête du ministère de l’Intérieur, le général Sizing Walla a ordonné la saisie de près de 100 000 exemplaires de différents journaux privés. Le préjudice total subi est estimé à plus de quinze millions de francsCFA (environ 23000 euros). Ce manque à gagner est lourd de conséquences pour des hebdomadaires au tirage limité (3000 exemplaires en moyenne), déjà exsangues. Face à ces saisies répétées, le silence du ministre de la Communication, Bawa Semedo, est inquiétant.
En juillet, à la faveur d’un remaniement ministériel, un nouveau ministre de la Communication, Pitang Tchalla, est nommé. Moins de deux mois après sa prise de fonctions, cet ancien directeur de la radio-télévision publique se fait remarquer par la présentation d’un nouveau projet de code de la presse particulièrement répressif. Ce texte, avant tout destiné à supprimer toute volonté de critique du pouvoir en place, prévoit de lourdes peines de prison en cas d’offense au chef de l’Etat ou aux différents corps constitués de l’Etat.

Quatre journalistes incarcérés
Au 1er janvier 2003, trois journalistes sont incarcérés au Togo.
Le 5 août 2002, Julien Ayi, directeur de publication de l’hebdomadaire Nouvel Echo, est arrêté et conduit à la prison civile de Lomé. Le journaliste est accusé de "diffamation et diffusion de fausses nouvelles" pour avoir affirmé dans un article que le magazine américain Forbes "venait d’évaluer la fortune du président Eyadéma à 4,5 milliards de dollars". Selon le ministère de l’Intérieur, le journaliste aurait révélé que l’article avait été rédigé par Claude Améganvi, secrétaire général du Parti des travailleurs (opposition) et rédacteur en chef du mensuel Nyawo, le bulletin de son parti. Le lendemain, Claude Améganvi est, à son tour, interpellé par les forces de l’ordre. Le directeur de l’hebdomadaire Agoo Nami, qui avait également publié cet article, est recherché par la police. Quelques jours plus tard, Forbes dément avoir cité le nom du président togolais dans l’un de ses articles. Dans le même temps, un opposant togolais en exil affirme être l’auteur du texte incriminé, déjà publié en juillet sur des sites Internet de la diaspora. Le 13 septembre, Julien Ayi et Claude Améganvi sont condamnés à quatre mois de prison pour "atteinte à l’honneur" du chef de l’Etat togolais, ainsi qu’à une amende de 100 000 francsCFA (152 euros) et à un franc symbolique pour le préjudice subi. Le rédacteur en chef du Nouvel Echo, Alphonse Névamé Klu, est condamné par contumace à six mois de prison. Le journaliste est entré en clandestinité depuis la parution de l’article et un mandat d’arrêt a été lancé contre lui. Le 4décembre, la cour d’appel porte la peine de prison prononcée contre Julien Ayi de quatre à six mois.
Le 26 décembre, Sylvestre Djahlin Nicoué, directeur de publication de l’hebdomadaire Le Courrier du citoyen, est interpellé par des agents de la Direction de la police judiciaire, à Lomé. Selon la police, il s’agit d’effectuer "certaines vérifications à propos d’un article séditieux qui appelait insidieusement la population à la révolte armée". Le journaliste a été arrêté alors qu’il sortait d’une réunion avec la Haute Autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC). L’instance de régulation lui avait demandé de "faire preuve de modération dans ses articles". Le jour même, Le Courrier du citoyen avait publié un éditorial intitulé "Empêcher Eyadéma de gouverner". L’hebdomadaire lançait un "coup de gueule afin de faire comprendre à ceux-là qui tyrannisent notre peuple que la fronde sera du tonnerre en 2003 si rien n’est fait pour ouvrir les vannes des libertés et entamer une avancée franche, claire et palpable vers l’alternance". Le journal ajoutait : "Tout doit être envisagé pour que ce cycle dégoûtant et douloureux pour nos populations ne se poursuive pas après juin2003. Même s’il faut aller jusqu’au sacrifice suprême, au préjudice suprême". Sylvestre Djahlin Nicoué est accusé "d’incitation des citoyens à s’armer contre l’autorité de l’Etat".

Le 5 juin 2002, Basile Agboh, directeur de publication de l’hebdomadaire Le Scorpion, et Maurice Atchinou, son rédacteur en chef, sont interpellés par la police de Lomé. Le lendemain, le rédacteur en chef est libéré, mais Basile Agboh est transféré à la prison civile de Lomé. Il est accusé "d’atteinte à l’honneur" pour avoir publié un article affirmant que le Premier ministre, Agbéyomé Kodjo, avait confirmé avoir reçu des "menaces ouvertes de mort venant du lieutenant-colonel Ernest Gnassingbé", le fils aîné du chef de l’Etat. Selon Le Scorpion, ce dernier reproche au Premier ministre d’avoir apporté son soutien à un responsable du parti au pouvoir critique envers la politique de Gnassingbé Eyadéma. Ernest Gnassingbé dément et porte plainte contre l’hebdomadaire. A la même période, Eric Johnson, directeur de publication du journal satirique Le Tambour, entre dans la clandestinité pour échapper à son emprisonnement. L’hebdomadaire avait publié la même information que Le Scorpion. A la fin juin, le Premier ministre Agbéyomé Kodjo est limogé par le président Eyadéma. Il prend aussitôt la fuite car une plainte est déposée contre lui pour "allégations mensongères portant atteinte à l’honneur et la considération du chef de l’Etat". Le 16 août, après plus de 70 jours de détention, Basile Agboh est mis en liberté provisoire par le tribunal de première instance de Lomé.

Deux journalistes interpellés
Le 29 avril 2002, Augustin Koffi Amégah, directeur de publication de l’hebdomadaire Le Reporter des temps nouveaux, proche de l’opposition, est arrêté à Lomé par des agents du Service de recherche et d’investigation (SRI) de la gendarmerie. Le journaliste avait rapporté les propos d’un commandant de la gendarmerie qui aurait désapprouvé les saisies à répétition des journaux togolais. Il avait publié un démenti dans l’édition suivante, affirmant avoir employé le conditionnel. Interrogé sur ses sources, il est relâché le lendemain après avoir signé une déposition.
Le 5 novembre en fin d’après-midi, Kodjo Afatsao Siliadin, directeur de publication de La Tribune du Peuple, est interpellé par six gendarmes en civil. On lui reproche la publication, un mois auparavant, d’un article dénonçant la répression par les forces de l’ordre d’une manifestation organisée par un parti de l’opposition. Le journaliste est immédiatement conduit à la gendarmerie de Lomé. Il est libéré dans la nuit après quelques heures de détention. Le lendemain, Kodjo Afatsao Siliadin se présente devant le procureur de la République qui lui demande de rester à la disposition de la justice. Une plainte est déposée contre lui pour "offense à la police". Selon la rédaction de La Tribune du Peuple, plusieurs journalistes avaient déjà reçu des appels téléphoniques anonymes menaçants depuis la parution de cet article.

Deux journalistes menacés
Dans son édition du 2 avril 2002, l’hebdomadaire Le Combat du peuple annonce que "depuis quelque temps, des menaces précises et réelles de mort" pèsent sur le directeur de la rédaction, Lucien Messan. Le journaliste affirme recevoir "de plus en plus souvent des appels téléphoniques de curieux correspondants qui lui laissent entendre qu’ils auront sa peau parce qu’il écrit contre les FAT [Forces armées togolaises]" . Quelques jours auparavant, Le Combat du peuple avait publié un article intitulé "Promotion des forces de sécurité - Deux poids, deux mesures : Injustice ou mépris ?" Lucien Messan avait été aussitôt convoqué à la présidence et interrogé sur ses sources. En 2001, le journaliste avait passé cinq mois en prison après avoir été reconnu coupable de "faux et usage de faux".
Début décembre, Jean-Baptiste Dzilan, directeur de la rédaction de l’hebdomadaire L’Evénement, se plaint de recevoir des menaces anonymes. Selon le journaliste, un interlocuteur l’aurait appelé à plusieurs reprises sur son téléphone portable pour lui demander s’il tenait à la vie. Le 20novembre, l’édition de L’Evénement avait été saisie sur ordre du ministère de l’Intérieur. Le journal avait publié un article attribuant l’échec de la négociation à propos de la crise en Côte d’Ivoire à "une culture de l’autoritarisme et de la criminalité politique incarnées parfaitement par le très long règne du médiateur Eyadéma".

Pressions et entraves
Le 7 février 2002, la station privée Radio Victoire cesse d’émettre suite à la saisie de son matériel de transmission par des agents du ministère de l’Intérieur. La radio est accusée de ne pas avoir respecté la mise en demeure de la Haute Autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC). L’instance de régulation lui reproche de ne pas avoir signé la convention d’autorisation d’installation et d’exploitation des stations privées. Radio Victoire, comme la majorité des autres stations, n’est munie que d’une autorisation provisoire. En novembre 2001, la HAAC avait déjà ordonné à Radio Victoire de cesser la diffusion de plusieurs émissions "controversées conduisant leurs animateurs à des commentaires passionnés, diffamatoires et discréditant les autorités constitutionnelles et administratives" du Togo. L’un de ces programmes avait dénoncé des violations des droits de l’homme dans le pays.
Le 4 avril, le ministre de l’Intérieur ordonne la saisie des exemplaires du journal La Tribune du peuple pour "commentaires désobligeants". La veille, le journal s’était indigné des mauvais traitements infligés à un forgeron accusé de vol par trois éléments des FAT. Le 10 avril, deux mille exemplaires de l’hebdomadaire sont à nouveau saisis. Le général Sizing Walla, ministre de l’Intérieur, reproche au directeur de la publication de ne pas avoir répondu à une convocation de son cabinet. Ce dernier, Kodjo Afatsao Siliadin, est entré dans la clandestinité quelques jours auparavant.
Le 8 avril, suite à la parution d’un témoignage affirmant qu’une douzaine d’étudiants proches de l’opposition ont échappé "à une vague d’arrestations programmées par le service de recherche et d’investigation de la gendarmerie nationale", plusieurs centaines d’exemplaires de l’hebdomadaire Motion d’information sont saisis.
Le 9 avril, les autorités saisissent plusieurs milliers d’exemplaires de l’hebdomadaire Le Regard après la publication d’un article reprenant les accusations d’Amnesty International de violations massives des droits de l’homme au Togo. Selon le journal, le dossier a été classé sans suite lors de la session de la Commission des droits de l’homme des Nations unies à Genève, parce que le Togo a bénéficié du soutien d’autres "pays violateurs des droits de l’homme". Le ministre de l’Intérieur renouvelle l’opération, le 16 avril, après la publication d’une déclaration d’un haut responsable du Rassemblement du peuple togolais (RPT, parti au pouvoir), appelant à un renouveau au sein du mouvement. Des exemplaires du Combat du peuple et de Motion d’Information sont également saisis le 22 avril pour les mêmes raisons.
Le 19 avril, l’édition du Nouvel Echo, proche de l’opposition, ne paraît pas en kiosque. La veille, la HAAC a demandé au rédacteur en chef, Alphonse Névamé Klu, de ne plus assurer ses fonctions. L’instance de régulation a invoqué le "manque de conditions requises pour assurer les fonctions de directeur de publication". Elle demande au Nouvel Echo de ne "continuer à paraître que sous la direction d’un directeur ayant déposé à la HAAC un casier judiciaire régulièrement délivré".
Le 21 août, le gouvernement adopte un projet de loi modifiant certaines dispositions du code de la presse. Ce texte, initialement présenté par le ministre de la Communication, Pitang Tchalla, prévoit une aggravation des peines de prison en cas de délits de presse. L’article 89 de ce projet stipule notamment que "l’offense au président de la République est punie d’un emprisonnement d’un à cinq ans sans sursis et d’une amende d’un million à cinq millions de francsCFA" (environ 1 525 à 7 620 euros). Il prévoit également une peine de trois mois à deux ans de prison pour toute offense envers "le président de l’Assemblée nationale, le Premier ministre, les parlementaires, les membres du gouvernement et des institutions constitutionnelles" et trois ans de prison en cas de diffamation des "cours, tribunaux, forces armées, forces de sécurité, corps constitués et administrations publiques". Enfin, un nouvel article permet au ministre de l’Intérieur d’ordonner "la saisie des exemplaires de toute publication (...) dont le contenu est de nature à porter atteinte à l’ordre public et à la sécurité". En 1998, le Togo avait été l’un des premiers pays à amorcer une dépénalisation des délits de presse. Deux ans plus tard, les autorités étaient revenues en arrière et avaient modifié la loi pour inclure à nouveau des peines de prison. Le 3 septembre 2002, le Parlement adopte à l’unanimité le tout nouveau texte. L’Observatoire togolais des médias (OTM) affirme que cette loi est "dirigée contre la presse privée".
Le 17 septembre, les émissions de Radio France Internationale (RFI) sont brouillées dans les villes de Lomé et de Kara (nord du pays). Officiellement aucune explication n’est donnée, mais selon des sources du ministère de la Communication, cette mesure est liée à la programmation d’une interview de l’ancien Premier ministre limogé par le Président. L’interview a été diffusée par RFI, mais n’a pu être suivie au Togo qu’en ondes courtes. Au 1erjanvier 2003, les émissions de RFI ne sont toujours pas captées dans le pays en modulation de fréquence (FM).
Le 23 octobre, le ministre de l’Intérieur ordonne la saisie du numéro 199 du journal Motion d’Information. Aucun arrêté de saisie n’est remis à la rédaction du journal. Dans les semaines qui suivent, des agents des forces de l’ordre se rendent à l’imprimerie de l’hebdomadaire et saisissent tous les exemplaires des numéros 200, 201 et 202, empêchant le journal de paraître pendant un mois. Le 12 novembre, le directeur de Motion d’Information est brièvement interpellé par les forces de l’ordre et passe une heure à la prison civile de Lomé pour "atteinte à l’autorité d’autrui". On lui reproche la publication d’un article intitulé "En attendant le vote des bêtes sauvages", critiquant le déroulement des dernières élections législatives.



  liste pays afrique
Introduction Afrique - Rapport annuel 2003
01.Introduction Afrique-Rapport annuel 2003
Actualisation Afrique
Afrique du Sud
Angola
Botswana
Burkina Faso
Burundi
Cameroun
Cap-Vert
Comores
Congo
Côte d’Ivoire
Djibouti
Eryhtrée
Ethiopie
Gabon
Gambie
Ghana
Guinée
Guinée équatoriale
Guinée-Bissau
Kenya
Liberia
Madagascar
Malawi
Mali
Mauritanie
Mozambique
Namibie
Niger
Nigeria
Ouganda
R.D. Congo
République centrafricaine
Rwanda
Sénégal
Seychelles
Sierra Leone
Somalie
Swaziland
Tanzanie
Tchad
Zambie
Zimbabwe

see also
Rapport annuel 2003 Maghreb / Moyen-Orient
Rapport Annuel 2003 Amériques
Rapport annuel 2003 Europe
Rapport annuel 2003 Asie