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Zimbabwe


-  Superficie : 390 580 km2.
-  Population : 12 852 000.
-  Langues : anglais, shona, ndebele.
-  Nature de l’Etat : république unitaire.
-  Chef de l’Etat : Robert Mugabe.

Zimbabwe - Rapport annuel 2003

La situation s’est encore dégradée en 2002. Une trentaine de journalistes ont été arrêtés et plusieurs correspondants de la presse étrangère ont été contraints par les autorités de quitter le pays. Mais les journaux indépendants ou d’opposition ne baissent pas les bras et continuent de dénoncer les dérives du régime autocratique de Robert Mugabe.

Début 2002, la communauté internationale s’insurge contre la détérioration de la situation socio-économique du Zimbabwe et les nombreuses violations des droits de l’homme dans le pays. L’état, particulièrement critique, de la liberté d’expression est systématiquement évoqué. Des sanctions individuelles sont adoptées le 18 février par l’Union européenne. Le président Robert Mugabe et dix-neuf hauts fonctionnaires zimbabwéens sont désormais interdits de séjour en Europe et leurs avoirs financiers dans les pays de l’Union sont gelés. Quelques jours plus tard, les Etats-Unis adoptent des sanctions similaires. Début mars, Robert Mugabe est réélu à la présidence de la République avec 56 % des voix.
Au plan local, le bras de fer entre les autorités politiques et la justice se poursuit. Le chef de l’Etat, le ministre de l’Information, Jonathan Moyo, et les forces de l’ordre ne cessent de s’en prendre à la presse indépendante ou d’opposition, multipliant les arrestations et les plaintes. De son côté, la justice zimbabwéenne, notamment la Haute Cour, veille au respect des droits des journalistes et fait en sorte qu’ils ne soient pas condamnés à des peines de prison. Cette confrontation du pouvoir politique et du pouvoir judiciaire aboutit à une situation ambivalente les journalistes zimbabwéens conservent une réelle liberté de ton tout en étant sans cesse harcelés et menacés par les forces de l’ordre ou les sympathisants du pouvoir en place.
Fatigués de ce harcèlement, plusieurs journalistes quittent le pays pour créer des médias indépendants basés à l’étranger. Deux radios, installées en Grande-Bretagne et aux Pays-Bas, diffusent ainsi des programmes vers le Zimbabwe, s’attirant les foudres du pouvoir, irrité au plus haut point par ces émissions qui échappent à son contrôle. A tel point qu’en janvier, le ministre de l’Information demande officiellement à l’Union européenne de faire pression sur les gouvernements anglais et néerlandais afin qu’ils cessent de "sponsoriser les radios qui émettent en ondes courtes au Zimbabwe", en particulier Voice of the People et SW Radio Africa. Le ministre affirme que les deux radios constituent les "plus importantes menaces à la paix et la stabilité de la région".
La presse étrangère est également dans le collimateur du régime de Robert Mugabe. Plusieurs correspondants de médias internationaux sont contraints de quitter le pays dans l’année, faute de voir renouveler leur accréditation. En janvier, la BBC se défend de tout parti pris dans sa couverture de l’actualité zimbabwéenne et demande aux autorités de laisser ses collaborateurs travailler librement dans le pays. A plusieurs reprises, les autorités refusent de délivrer des visas aux employés de la radio-télévision britannique. De nombreux autres médias étrangers ou organisations de défense de la liberté de la presse, dont Reporters sans frontières, se voient également interdire l’entrée du territoire. Cette "chasse" aux journalistes étrangers va très loin. Fin janvier, le quotidien progouvernemental The Herald rapporte que les autorités sont sur le point d’appréhender des journalistes britanniques et sud-africains qui seraient entrés dans le pays avec des visas touristiques. "Le filet se resserre sur eux et nous devrions pouvoir les trouver avant la fin de la journée", annonce George Charamba, un porte-parole du ministère de l’Information. Les journalistes visés quittent aussitôt le pays.
De son côté, la radio-télévision publique, Zimbabwe Broadcasting Corporation (ZBC), ne fait que relayer la propagande du pouvoir en place. Lors de la campagne pour l’élection présidentielle de mars, le déséquilibre est flagrant en faveur du candidat sortant, Robert Mugabe, et du parti au pouvoir, la Zimbabwe African National Union - Patriotic Front (ZANU-PF). Les reportages dénigrant le Movement for Democratic Change (MDC, principal parti d’opposition) et son président, Morgan Tsvangirai, se comptent par dizaines.
Enfin, deux textes de loi adoptés en 2002 permettent au gouvernement de faire taire toutes les voix critiques à son encontre. La loi sur l’ordre public et la sécurité et la loi sur l’accès à l’information et la protection de la vie privée prévoient de lourdes peines de prison pour les délits de presse. De plus, le manque de précision dans la définition de ces délits de presse laisse aux autorités une large part d’interprétation. Toute critique de l’action gouvernementale peut ainsi être qualifiée de "publication de fausses nouvelles" ou "d’abus de privilèges journalistiques", des délits passibles d’une peine de deux ans de prison. Le 1er février, le rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à la liberté d’opinion et d’expression, dénonce ces deux textes. Selon lui, "ces dispositions violent (...) l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, dont le Zimbabwe est partie".

Deux journalistes incarcérés
Le 17 février 2002, Moses Oguti, rédacteur en chef du magazine Trans-Kalahari, basé au Botswana, est arrêté et conduit à la prison de Mutare (à l’est d’Harare). Aucun chef d’inculpation ne lui est notifié, mais selon les autorités, il aurait traversé la frontière mozambico-zimbabwéenne illégalement, suite à un refus du service des douanes de le laisser entrer dans le pays. Il est libéré le 23 avril, après soixante-cinq jours de détention. Les autorités lui laissent trois jours pour quitter le territoire.
Le 27 mars, Peta Thornycroft, correspondante à Harare du quotidien britannique The Daily Telegraph, est arrêtée à Chimanimani (480 km au sud-est de la capitale). Elle est accusée de "publication de fausses informations" et "incitation à la violence" après avoir réalisé une enquête sur la répression exercée sur le MDC. Le 31mars, un juge de la Haute Cour déclare que les accusations sont sans fondement et Peta Thornycroft est libérée. Toutes les charges qui pèsent contre elle sont levées. Peu après sa sortie, elle déclare : "Si j’avais été une femme noire, sans contact, j’aurais simplement disparu, battue à mort, dans un coin perdu. C’est comme ça que les choses se passent ici". Elle souhaite poursuivre la police pour "arrestation et incarcération injustifiées" et la ZBC pour diffamation, la chaîne publique l’ayant accusée, alors qu’elle était détenue, d’être "au premier plan de la destruction de son propre pays en utilisant sa plume".

Trente-deux journalistes interpellés
Le 29 janvier 2002, un collaborateur de la BBC, Thabo Kunene, est détenu pendant une heure par la police de Lupane (environ 100 km de Bulawayo), pour "menace à la sécurité de la zone". Une cassette lui est confisquée.
Le 30 janvier, Rhodha Mashavave et Foster Dongozi, du quotidien privé Daily News, et Cornelius Nduna, de l’hebdomadaire privé The Standard, sont interpellés par la police d’Harare. Dans la matinée, les journalistes participent à une manifestation en compagnie d’une quarantaine de professionnels de la presse zimbabwéens et étrangers pour protester contre la nouvelle loi sur l’information. Une dizaine de policiers anti-émeutes dispersent les manifestants et interpellent les trois reporters. Ces derniers sont détenus dans un commissariat de la capitale et entendus par la police pendant près de cinq heures avant d’être libérés.
Dans la nuit du 4 au 5 février, Basildon Peta, correspondant au Zimbabwe du quotidien britannique The Independent et secrétaire général du Syndicat des journalistes du Zimbabwe (ZUJ), est détenu au commissariat central d’Harare. Il est accusé d’avoir organisé une manifestation illégale le 30janvier pour protester contre l’adoption de la nouvelle loi sur l’information. Il est le premier journaliste arrêté en vertu de la nouvelle loi sur l’Accès à l’information et la protection de la vie privée. Les charges sont rapidement levées, l’avocat général affirmant que la loi ne requiert pas qu’un syndicat, tel que la ZUJ, obtienne l’autorisation de la police pour organiser une manifestation. Le 15 février, Basildon Peta démissionne de son poste de rédacteur de la Financial Gazette et s’enfuit pour l’Afrique du Sud, affirmant que sa sécurité n’est plus assurée après la série d’attaques dont il a été l’objet dans les médias d’Etat. Il est accusé d’avoir exagéré, dans un article pour The Independent, les conditions et la durée de sa détention. Le 21 février, il est suspendu de ses fonctions de secrétaire général de la ZUJ.
Le 18 février, Newton Spicer, de l’agence de presse audiovisuelle Spicer Productions, est arrêté à Harare et sa caméra est saisie alors qu’il filme des militants de la ZANU-PF jetant des pierres sur les bureaux du MDC. Selon la police, le cameraman ne dispose pas d’accréditation en règle. Après cinq heures de détention, il est relâché.
Le 25 février, deux journalistes de la même agence, Edwina Spicer et Jackie Cahi, sont arrêtés et détenus une vingtaine d’heures à Harare après avoir filmé le "State House", le bâtiment abritant la présidence de la République. Selon eux, leur interpellation est liée aux images qu’ils ont prises du leader de l’opposition, Morgan Tsvangirai, alors qu’il se rendait dans un commissariat après avoir été inculpé de trahison. Le 6 avril, Edwina et Newton Spicer, et Calvin Dondo, photographe de l’agence Panapress, sont interpellés et détenus plusieurs heures au commissariat central d’Harare. Ils couvraient une manifestation. Calvin Dondo est frappé et son appareil photographique saisi.
Le 15 avril, Geoffrey Nyarota, directeur de publication du quotidien privé Daily News, est conduit au commissariat central d’Harare, où il est interrogé pendant trois heures. Il est formellement inculpé de "publication de fausses nouvelles" et "d’abus de privilèges journalistiques", passibles de 100000 dollars zimbabwéens d’amende (environ 2000euros) et de deux ans de prison en vertu de la loi sur l’Accès à l’information et la protection de la vie privée. On lui reproche d’avoir publié des articles dénonçant les incohérences et les manquements de Tobaiwa Mudede, greffier principal, lors de la dernière élection présidentielle. Le 10 avril, lors d’une conférence de presse, le greffier avait rendu publics des résultats différents de ceux annoncés à la télévision nationale au lendemain du scrutin, le 13 mars. Lors de cette conférence, M. Mudede avait fait expulser de la salle un journaliste du Daily News qui l’interrogeait sur les raisons de ces modifications. Le lendemain, le journal titrait l’un des articles : "Le cirque de Mudede continue."
Le même jour, Duminasi Muleya, reporter du Zimbabwe Independent, est interpellé et interrogé pendant quatre heures. Il est inculpé de "diffamation criminelle" pour avoir porté atteinte à la réputation de Grace Mugabe, l’épouse du Président. Dans un article publié le 12 avril, le journaliste faisait état de la sollicitation de l’influence de la première dame par son propre frère, dans un conflit l’opposant à une industrie alimentaire. Le 17 avril, le rédacteur en chef de l’hebdomadaire, Iden Wetherell, est inculpé à son tour de "diffamation criminelle" et "d’abus de privilèges journalistiques". Les deux journalistes sont libérés mais restent en attente de jugement, les charges qui pèsent contre eux n’ayant pas été abandonnées.
Le 30 avril, Lloyd Mudiwa et Collin Chiwanza, reporters pour le Daily News, sont arrêtés. Andrew Meldrum, journaliste de nationalité américaine et résident permanent au Zimbabwe, collaborateur du quotidien britannique The Guardian, subit le même sort le lendemain. Détenus au commissariat central d’Harare, les trois journalistes sont inculpés "d’abus de privilèges journalistiques". Ils avaient rapporté la décapitation d’une femme par des militants de la ZANU-PF dans un village du nord-ouest du Zimbabwe. L’information avait été publiée dans le Daily News le 23avril et reprise dans The Guardian le lendemain. Le Daily News avait ensuite reconnu que cette information n’était pas prouvée, et avait publié ses excuses pour le préjudice subi par la ZANU-PF. Les trois journalistes sont libérés provisoirement dans l’après-midi du 2 mai. Le 6, Pius Wakatama, chroniqueur politique au Daily News, est arrêté et inculpé dans le cadre de cette affaire. Il est relâché le soir même. Le lendemain, un juge annonce que Collin Chiwanza est relaxé. Le 15juillet, Andrew Meldrum est reconnu non coupable des charges qui pèsent contre lui et acquitté par le tribunal d’Harare. Quelques minutes après l’énoncé du verdict, des officiers de l’immigration abordent le journaliste et lui délivrent un avis d’expulsion lui intimant l’ordre de quitter le pays dans les 24heures. Finalement, deux jours plus tard, la Haute Cour suspend l’ordre d’expulsion d’Andrew Meldrum estimant que le journaliste, en vertu de la Constitution, a le droit de vivre et de travailler au Zimbabwe. Au 1er janvier 2003, Lloyd Mudiwa n’a pas encore été jugé.
Le 10 mai, Brian Mangwende, reporter pour le Daily News, est brièvement interpellé par la police à Mutare (est du pays). Il est interrogé à propos d’un article faisant état de violences exercées à l’encontre du corps enseignant du pays et affirmant que certains professeurs paient une "protection" à des anciens combattants et à des jeunes du parti au pouvoir. Le journaliste est libéré quelques heures plus tard.
Le 16 mai, trois journalistes de l’hebdomadaire privé The Standard sont interpellés par la police. Le rédacteur en chef, Bornwell Chakaodza, et deux journalistes, Farai Mutsaka et Fungayi Kanyuchi, sont conduits au commissariat central d’Harare. Ils sont accusés "d’abus de privilèges journalistiques par publication de fausses informations". On leur reproche la parution de deux articles dans l’édition du 12 mai du Standard. Farai Mutsaka est accusé d’avoir affirmé que le Zimbabwe avait acheté des véhicules anti-émeutes à Israël pour disperser toutes les manifestations contre le régime. De son côté, Fungayi Kanyuchi avait écrit un article accusant certains policiers zimbabwéens de libérer des prostituées interpellées dans la rue en échange de faveurs sexuelles. Les trois hommes sont libérés le lendemain après avoir payé une amende de 10 000 dollars zimbabwéens chacun (presque 200 euros). Les deux journalistes sont inculpés ; Bornwell Chakaodza est poursuivi dans les deux affaires en tant que rédacteur en chef de la publication. Le 4 décembre, les charges qui pèsent contre eux sont levées par un magistrat d’Harare.
Le 28 mai, Bornwell Chakaodza et Fungayi Kanyuchi sont à nouveau arrêtés et inculpés en vertu de la loi sur l’Accès à l’information. Dans un article, daté du 26mai, les journalistes dressaient un tableau accablant des pratiques policières destinées, selon eux, à intimider les médias privés.
Le 31 mai, le rédacteur en chef de l’hebdomadaire privé The Zimbabwe Independent, Iden Wetherell, est convoqué par la police et inculpé en vertu de la loi sur la censure qui interdit de publier des documents obscènes ou pornographiques. Il avait publié le 17 mai une photographie de l’agence Reuters représentant des Indiens du Brésil jouant au football en tenue traditionnelle, presque nus.
Le 12 juin, Florence Machio, journaliste kenyane, coordinatrice du journal en ligne African Women, est brièvement interpellée à l’aéroport international d’Harare car elle ne possède pas d’accréditation du ministère de l’Information. Elle doit quitter le pays le lendemain.
Le 16 juin, lors de la répression d’une manifestation du MDC à Harare, au cours de laquelle plus de quatre-vingts personnes sont arrêtées, plusieurs journalistes sont interpellés et malmenés par la police. Deux journalistes du Daily News - Guthrie Munyuki, reporter, et Urginia Mauluka, photographe - ainsi que leur chauffeur, Shadreck Mukwecheni, sont blessés et leur matériel est endommagé. Newton Spicer, de l’agence Spicer Productions, et Stuart Mukoyi, de Kuwadzana 3, sont également frappés. Selon le Daily News, la police les attendait. "Votre journal agit toujours de connivence avec le MDC. Vous mentez toujours sur la police. Après ceci, vous pourrez vraiment écrire sur les brutalités policières", ont affirmé des policiers aux journalistes du quotidien. Ils sont libérés le 18 juin, avec les autres manifestants, après avoir payé une caution de 3000 dollars zimbabwéens (environ 60 euros). Les charges qui pèsent contre eux sont levées le 24 juin. Le 2 août, un juge ordonne à la police de restituer une caméra confisquée à Newton Spicer.
Le 3 juillet, Chris Gande, correspondant du Daily News à Bulawayo (sud-ouest du pays), est convoqué par la police qui l’inculpe officiellement d’"abus de privilèges journalistiques par publication de fausses informations". Le journaliste avait affirmé que la famille de l’ancien vice-président Joshua Nkomo n’avait pas été invitée à une réception organisée par le gouvernement.
Le 12 septembre, Tawanda Majoni, journaliste du Daily Mirror et ancien officier de police, est interpellé par les forces de l’ordre. On lui reproche d’avoir enfreint la loi sur la police (Police Act) en n’ayant pas présenté sa démission en bonne et due forme avant de commencer à travailler pour le Daily Mirror. Selon d’autres sources, le journaliste aurait été interpellé suite à la publication d’un article affirmant que le chef de la police nationale était en mauvaise santé et incapable d’exercer ses fonctions. L’officier dément ces allégations. Tawanda Majoni est libéré le surlendemain.
Le 21 octobre, deux journalistes du Daily News sont interpellés dans une banlieue d’Harare alors qu’ils couvrent une manifestation d’étudiants demandant la réintégration d’un professeur renvoyé par l’administration. Le reporter Henry Makiwa, le photographe Aaron Ufumeli et leur chauffeur Trust Maswela sont arrêtés "pour avoir incité les étudiants à manifester" et conduits au poste de police de Mabvuku, où ils sont retenus pendant deux heures. La police confisque le film d’Aaron Ufumeli, mais aucune charge n’est retenue contre l’équipe. D’autres journalistes travaillant pour des médias d’Etat couvrent la manifestation des étudiants sans être interpellés.
Le 19 novembre, une équipe de reportage du Daily News est arrêtée par la police alors qu’elle couvre une manifestation organisée par les habitants d’un quartier de Harare pour protester contre le viol d’une fillette de 13 ans par le directeur adjoint de son école. Henry Makiwa, reporter, Gally Kambeu, photographe, et Trust Maswela, leur chauffeur, sont libérés le lendemain. Une quinzaine de manifestants ont également été interpellés.

Cinq journalistes agressés
Le 6 avril 2002, Patrick Kumbula, cameraman de la ZBC, est sérieusement blessé par des soldats alors qu’il filme une manifestation à Harare. Le lendemain, d’autres journalistes de la télévision publique sont agressés par la foule lors d’un meeting du MDC à Harare. Les militants leur reprochent de favoriser le gouvernement dans leurs reportages.
Le 6 mai, Urginia Mauluka, photographe du Daily News, est agressée devant la Haute Cour d’Harare alors qu’elle couvre un procès. Le principal accusé dans une affaire de corruption, James Makaya, frappe la journaliste alors qu’elle prend des clichés de lui.
Le 3 octobre, Regis Tsikai, photographe du Daily News, est agressé dans la rue à Harare alors qu’il filme des diplômés de l’institut Border Gezi en train de remplir des formulaires de demandes d’emploi. Lorsqu’ils aperçoivent le photographe, ils se mettent à le rosser. Il est finalement interpellé et mené au poste de police avant d’être libéré, deux heures et demie plus tard.

Pressions et entraves
Au cours du mois de janvier 2002, les vendeurs de l’hebdomadaire The Standard à Kwekwe, Chinhoyi, Mvuma, Bindura, Rusape, Ruwa et Harare, sont harcelés et menacés de représailles s’ils ne cessent pas de distribuer le journal. Des exemplaires de la Financial Gazette sont également détruits à l’aéroport de la capitale.
Le 10 janvier, le Parlement adopte le projet de loi sur l’Ordre public et la Sécurité. Ce texte prévoit la peine de prison à vie ou la peine de mort pour quiconque se rend coupable "d’actes de terrorisme". La publication de "fausses nouvelles", d’informations de nature à "troubler l’ordre public", portant "préjudice à l’Etat" ou portant atteinte à l’autorité du Président, sont également passibles d’une forte amende et d’une peine de cinq ans de prison.
Le 13 janvier, Dingilizwe Ntuli, jeune reporter pour le journal sud-africain Sunday Times, fuit le Zimbabwe après avoir été accusé de terrorisme par le ministre Jonathan Moyo lors d’une émission télévisée. Il avait relaté, dans un article publié un mois plus tôt, la présence de militaires maltraitant la population dans le Matebeleland (sud du pays).
Le 24 janvier, une journaliste malgache est refoulée à l’aéroport d’Harare. Venue en vacances au Zimbabwe chez des amis, Sahondra Randriamasimanana, reporter du magazine Capricorne, est bloquée par la police de l’aéroport après avoir présenté son passeport où la mention "journaliste" est indiquée.
Le 29 janvier, deux représentants de l’ambassade du Zimbabwe à Paris reçoivent le responsable du bureau Afrique de Reporters sans frontières et lui annoncent leur refus de lui accorder un visa. "Vos articles sont trop critiques et vous avez appelé à des sanctions contre notre pays", expliquent les employés de l’ambassade. Ils ajoutent qu’ils ont reçu des instructions d’Harare pour interdire l’entrée des journalistes de Reporters sans frontières sur le territoire zimbabwéen.
Le 31 janvier, le projet de loi sur l’Accès à l’information et la protection de la vie privée est adopté par le Parlement. Le 15mars, le Président promulgue ce texte qui entre en vigueur aussitôt. Tous les journalistes doivent désormais bénéficier d’une accréditation d’un an renouvelable, accordée par une commission gouvernementale. Les contrevenants peuvent être condamnés à une peine de deux ans de prison et à une amende de 100 000 dollars zimbabwéens (environ 2 000 euros). Par ailleurs, seuls les citoyens zimbabwéens ou les résidents permanents peuvent bénéficier de cette accréditation. Les journalistes étrangers peuvent travailler sur le territoire pour une "durée limitée", uniquement après approbation des ambassades du Zimbabwe dans leurs pays respectifs. En outre, la loi criminalise la diffusion des délibérations du Conseil des ministres ou d’organismes gouvernementaux.
Fin janvier, une journaliste de l’Australian Broadcasting Corporation, Sally Sara, reçoit une réponse négative à sa demande d’accréditation. George Charamba, un porte-parole du ministère de l’Information, déclare que la journaliste a le tort de venir d’un pays membre du Commonwealth qui a condamné les violences politiques au Zimbabwe.
Dans la nuit du 10 au 11 février, deux bombes incendiaires artisanales sont lancées à travers les vitres du bureau du Daily News à Bulawayo. Un gardien de nuit maîtrise rapidement l’incendie et personne n’est blessé. Dans le même temps, deux autres bombes sont jetées contre les locaux d’une imprimerie qui avait récemment mis sous presse des affiches pour le compte du MDC. Quelques jours auparavant, selon la rédaction du Daily News, des membres du parti au pouvoir avaient collé des affiches électorales à l’effigie du président Robert Mugabe sur les vitres du bureau du quotidien. Les militants avaient ajouté que, si les affiches étaient décollées, ils reviendraient brûler les bâtiments.
Le 8 mars, à la veille du scrutin présidentiel, le Journal officiel du Zimbabwe annonce que les journalistes n’auront pas le droit d’assister au dépouillement des bulletins. De plus, les présidents des bureaux de vote sont seuls habilités à autoriser des journalistes à assister aux opérations de vote. Dans le même temps, le ministre de l’Information, Jonathan Moyo, déclare que les journalistes non accrédités seront "arrêtés et poursuivis en justice". Il ajoute que cela prendrait "beaucoup de temps" avant qu’ils puissent "retourner dans leurs pays".
Selon un rapport du Media Monitoring Project (MMP) sur la couverture de la campagne électorale par les médias d’Etat, publié début mars, la ZBC est coupable de biais et distorsions "comme cela n’est jamais arrivé dans le passé". La chaîne a réalisé 402 reportages sur les activités des candidats, entre décembre 2001 et le 7 mars 2002. Sur ces reportages, 339 (soit 84 %) favorisent le parti au pouvoir. Seuls 38 (soit 9 %) d’entre eux couvrent les activités du MDC. Sur un total de 14 heures et 25 minutes consacrées à la campagne, le candidat de la ZANU-PF, Robert Mugabe, a bénéficié d’un temps d’antenne de 13 heures et 34 minutes, soit un peu plus de 94 % du temps total. Le MDC n’a obtenu que 4 % du temps d’antenne (31 minutes et 30 secondes).
Le 19 mars, des vendeurs du Daily News sont agressés par des militants de la ZANU-PF à Bulawayo. Une centaine d’exemplaires du journal sont détruits. Aucun des agresseurs n’est inquiété par la police. Le lendemain, deux vendeurs subissent le même sort à Rusape (centre du pays).
Le 22 avril, la direction de la ZBC annonce interrompre la location de l’une des fréquences à la seule chaîne indépendante du pays, Joy Television, à partir du 31 mai. Début mai, Joy Television cesse de diffuser le bulletin d’informations quotidien de la BBC, suite à des instructions gouvernementales. Quelques jours plus tard, Tony De Villiers, président de la chaîne, présente sa démission suite au conflit qui l’oppose à la ZBC. Selon lui, ces problèmes ont débuté quand la chaîne a diffusé une émission de débats à laquelle participait le leader de l’opposition Morgan Tsvangirai.
Le 1er juin, les autorités nomment les membres de la Commission sur les médias et l’information, chargée de délivrer les accréditations désormais obligatoires pour exercer. Tafataona Mahoso, directeur de l’école de journalisme d’Harare, un proche de Robert Mugabe, est désigné président de cette commission par le ministre de l’Information. Ce dernier nomme également deux anciens rédacteurs en chef de journaux gouvernementaux, deux universitaires et un fonctionnaire à la retraite. La date limite d’obtention des accréditations est fixée au 31 octobre. Les journalistes non enregistrés après cette date seront dans l’illégalité. Le 20 juin, lors d’un meeting organisé par l’Association des journalistes indépendants du Zimbabwe, 35 professionnels de la presse décident de boycotter le système d’accréditation mis en place par la nouvelle loi sur l’Accès à l’information et la protection de la vie privée. Ils jugent cette demande d’accréditation inconstitutionnelle.
Le 4 juillet, le bureau de la station radio privée Voice of the People (VOP), à Harare, est perquisitionné par la police accompagnée d’agents de la Broadcasting Authority of Zimbabwe (BAZ). Ils sont à la recherche d’un émetteur ou de tout appareil servant à la diffusion de programmes. Leur recherche est infructueuse, mais ils confisquent une centaine de cassettes et des dossiers.
Le 14 août, Precious Shumba, journaliste au Daily News, et Peta Thornycroft, correspondante du Daily Telegraph, sont pris en otages avec un fermier alors qu’ils réalisent une interview. Une centaine de militants du parti au pouvoir assiègent la résidence de ce dernier et exigent que les journalistes leur soient remis. Leur chauffeur est malmené par les militants à l’extérieur de la maison. Les deux reporters sont libérés après l’intervention de responsables du parti, mais reçoivent le conseil de ne pas revenir dans cette ferme.
Le 26 août, l’envoyé spécial du quotidien français Libération est refoulé à l’aéroport d’Harare, malgré une accréditation et unvisa en bonne et due forme, délivrés par l’ambassade du Zimbabwe à Paris.
Le 29 août, dans les premières heures de la matinée, une bombe explose dans les locaux de la VOP, à Harare. Seul un garde se trouve sur place au moment des faits. Il raconte avoir été approché par trois hommes, dont un armé. Deux d’entre eux l’auraient retenu en otage pendant que le troisième jetait un objet dans les locaux. Ils ont ensuite pris la fuite. La bombe a détruit le toit et les équipements de la station. Mi-septembre, le ministre de l’Information insinue que les locaux de la VOP auraient pu être utilisés par des terroristes pour stocker leurs explosifs.
Le 6 septembre, le bureau de l’Agence France-Presse (AFP) à Harare annonce que le ministère de l’Information refuse de renouveler le permis de travail de Griffin Shea, journaliste américain de l’agence. Ce dernier est contraint de quitter le pays à l’expiration de son visa, le 14 septembre. Le ministre de l’Information annonce à cette occasion que plus aucun permis de travail permanent ne serait accordé aux journalistes étrangers. Ils ne pourront avoir qu’un permis de travail d’une durée maximale de 30 jours. Le 26 novembre, le ministre refuse de renouveler l’accréditation de Stéphane Barbier, directeur du bureau de l’AFP à Harare, sans préciser les raisons de sa décision. Le journaliste quitte le Zimbabwe à la fin du mois.
Le 28 octobre, le ministre de l’Information accuse le journal privé Financial Gazette d’avoir réalisé "des reportages traîtres et antigouvernementaux". Jonathan Moyo reproche à l’hebdomadaire d’avoir publié un article intitulé "Mbeki prépare le départ de Mugabe", jugé "contraire à la loi", et perçu comme une "fabrication". L’article rapportait que le président sud-africain, Thabo Mbeki, envisageait de réunir le président Robert Mugabe et l’opposition afin de préparer le départ du chef de l’Etat zimbabwéen, en 2005.
Le 29 octobre, Blessing Zulu, reporter au Zimbabwe Independent, et Pedzisai Ruhanya, rédacteur en chef du Daily News, sont menacés par la police alors qu’ils couvrent l’enterrement d’un député de l’opposition, décédé en détention quelques jours plus tôt. Les deux journalistes sont menacés d’arrestation par une trentaine d’officiers de police.
Le même jour, les services de sécurité obligent la compagnie privée Radar Holdings à annuler un survol de la région de Chimanimani (est du Zimbabwe) organisé pour les médias privés. La compagnie souhaitait que la presse se rende compte de l’ampleur des dégâts causés par un incendie dans des plantations agricoles alors qu’une famine menace certaines provinces du pays.



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