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Bélarus


-  Superficie : 207 600 km2.
-  Population : 10 147 000.
-  Langues : biélorusse (off.), russe (off.).
-  Nature de l’Etat : république unitaire.
-  Chef de l’Etat : Alexandre Loukachenko.

Bélarus - Rapport annuel 2003

Sous la houlette dictatoriale du président Loukachenko, les médias indépendants sont systématiquement harcelés. Les autorités ont opéré de véritables "purges" en 2002 en condamnant trois journalistes à des peines de travaux forcés. L’impunité est toujours de mise pour les responsables de la disparition du journaliste Dmitri Zavadski.

Alors que quatorze pays de l’Union européenne interdisent en novembre 2002 l’entrée de leur territoire au président Loukachenko, les deux principales chaînes de télévision bélarusses restent muettes à ce sujet. Dans un pays mis au ban de l’Europe pour ses relents de dictature soviétique, l’Etat contrôle totalement la presse publique. Les médias indépendants sont systématiquement harcelés par les autorités, en particulier par le ministère de l’Information dirigé par Mikhaïl Podgainy, qui utilise les entraves administratives, les procès et les menaces directes comme autant d’outils de censure. En quelques mois, trois journalistes ont été envoyés en camp de travail pour insulte au Président, parce qu’ils avaient dénoncé la corruption d’Alexandre Loukachenko ou son implication dans la disparition du journaliste Dmitri Zavadski. Les vives réactions de la communauté internationale et des manifestations dans tout le pays se sont heurtées au mutisme des autorités, voire à des violences policières. En septembre, l’Association des journalistes biélorusses (BAJ) lance une campagne nationale contre les articles du code pénal utilisés par les autorités pour condamner les journalistes (art 367 : diffamation à l’encontre du président de la République, art 368 : insulte au président de la République, art 369 : insulte à un représentant de l’autorité), pour rassembler les 50 000 signatures qui permettent un réexamen de la loi au Parlement. En novembre, les parlementaires refusent d’inscrire ce débat à l’ordre du jour. Le 10 décembre, deux cent cinquante personnes ont formé une chaîne à Minsk, demandant que la vérité sur la disparition de plusieurs opposants entre 1998 et 2000, dont le cameraman d’ORT, Dmitri Zavadski, soit enfin connue. Le procès d’anciens membres des unités spéciales du ministère de l’Intérieur, qui s’est conclu pendant l’été, n’a pas permis de déterminer les circonstances exactes du meurtre, ni d’identifier les commanditaires de l’enlèvement du journaliste. Aucun journaliste n’a pu rencontrer les protagonistes de cette affaire, ni avoir accès aux audiences du tribunal.

Nouveaux éléments sur un journaliste disparu avant 2002

Au 1er janvier 2003, le corps du cameraman de la chaîne de télévision russe ORT, Dmitri Zavadski, disparu le 7 juillet 2000, n’a toujours pas été retrouvé. Le 27 novembre, la sous-commission "ad hoc" de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, créée en 2002 pour éclaircir les circonstances des disparitions de personnalités de l’opposition au Belarus, constate que les autorités bélarusses n’ont toujours pas apporté de réponses satisfaisantes sur le sort qu’a subi le journaliste.
Le 11 octobre, Ihar Aksionchyk, l’avocat de la famille Zavadski, a été suspendu de ses fonctions et condamné à dix-huit mois de prison avec sursis, pour avoir "diffamé un officiel". Le 13 février, il avait déclaré à des journalistes que d’anciens membres du parquet avaient accusé Viktor Sheyman, procureur général et bras droit du Président, d’avoir ordonné l’enlèvement et le meurtre de plusieurs opposants, dont Dmitri Zavadski.
Le 16 juillet, la Cour suprême du Bélarus a confirmé une peine de prison à vie pour Valeri Ignatovitch, ancien chef des unités spéciales du ministère de l’Intérieur, et l’un de ses subordonnés, pour l’enlèvement et la disparition du jeune cameraman et pour le meurtre de cinq autres personnes.
Ignatovitch aurait décidé de se venger de Zavadski à cause d’un article, écrit en 2000, sur sa présence en Tchétchénie au sein des forces indépendantistes. Ancien cameraman personnel du Président, Dmitri Zavadski avait quitté la télévision d’Etat, sans l’assentiment du pouvoir, en 1996, pour travailler pour la chaîne russe ORT. Il avait été emprisonné pendant deux mois avec un collègue de l’ORT, en 1997, à la suite d’un reportage sur les défaillances des dispositifs de sécurité bélarusses le long de la frontière avec la Lituanie.

Quatre journalistes incarcérés

Le 15 août 2002, la cour régionale de Grodno (proche de la frontière polonaise) rejette en appel la demande d’acquittement de Nikolaï Markevitch, rédacteur en chef du journal de Grodno Pagonya, et de Pavel Majeïko, journaliste de Pagonya. Accusés de calomnie envers le président Loukachenko (article 367/2 du code pénal), Nikolaï Markevitch est condamné à un an et demi de travaux forcés pour avoir autorisé la publication de plusieurs articles dans le numéro du 4 septembre 2001, et Pavel Majeïko à un an de travaux forcés pour avoir critiqué le Président dans l’article intitulé "Venez voter". Les articles accusaient Alexandre Loukachenko d’être impliqué dans la disparition d’opposants au régime, dont le journaliste Dmitri Zavadski. Le 1er septembre, Nikolaï Markevitch est envoyé dans le camp de travail de Osipovichi (sud de Minsk) et Pavel Majeïko à Zhlobin (Sud). Au cours du procès, suivi de près par la communauté internationale et repoussé à plusieurs reprises, les manifestations se sont multipliées, donnant lieu à plusieurs incidents, dont l’arrestation, le 5 avril, de treize journalistes pour manifestation illégale.
Le 15 octobre, en appel, une cour de Minsk condamne Viktor Ivaskevich, rédacteur en chef du journal indépendant Rabochy, à deux ans de travaux forcés pour calomnie contre le Président. Le journaliste est poursuivi pour avoir publié, pendant l’été 2001, un article dans une édition "spéciale élections", intitulé "La place d’un voleur est en prison", qui accusait Alexandre Loukachenko de corruption. 40 000 exemplaires du journal avaient alors été saisis. Le 16 décembre, Viktor Ivaskevich est transféré dans le camp de travail de Baranavichy, loin de la capitale.
Le 28 juillet, Valery Schukin, journaliste de Narodnaya Volya et défenseur des droits de l’homme, est interpellé dans le village de Pogranichny alors qu’il couvre une manifestation contre la destruction par les autorités d’une église orthodoxe du mouvement autocéphale. Le journaliste est condamné à quinze jours de détention administrative pour "violation de zone frontalière et refus d’obtempérer".

Trois journalistes interpellés

Le 28 juillet 2002, Andrey Pachobut, Irina Chernyavka et Andjei Pisalnik, journalistes de la ville de Grodno, sont interpellés dans le village de Pogrannichny alors qu’ils couvrent une manifestation contre la destruction par les autorités d’une église orthodoxe du mouvement autocéphale. Retenus au poste de police toute la nuit, ils sont condamnés à une légère amende pour "stationnement sur la zone frontalière".

Pressions et entraves

Le 6 février 2002, la compagnie d’Etat biélorusse BT qui exerce un monopole sur les chaînes de télévision, annonce au quotidien Belorusskaya Delovaya Gazeta, que ses publicités - déjà payées - ne seront pas diffusées. D’après le directeur de la publicité de BT, Alexander Ganush, le journal a couvert, au cours des deux années précédentes, les activités de la compagnie de télévision bélarusse à de nombreuses reprises de façon "insultante et déformée", ce qui justifie le fait que son entreprise préfère ne pas compter Belorusskaya Delovaya Gazeta parmi ses clients. Le même jour, M. Petrushyn, chef adjoint du Comité exécutif de Minsk, interdit au journal de faire de la publicité dans les rues de la capitale à l’occasion de son dixième anniversaire, arguant qu’il ne "voit pas l’importance de cet événement pour la société."
Le 7 février, le procureur Stanislav Novikov convoque Irina Makovetskaya, correspondante à Gomel (Sud) du quotidien Belorusskaya Delovaya Gazeta (BDG), et lui demande de s’expliquer au sujet d’un article publié en décembre 2001 qui faisait référence à une affaire de violences policières couvertes par la justice. La journaliste apprend qu’un avertissement a été signé par le procureur général le jour précédant son interrogatoire. Peu de temps après la parution de l’article, Anatoly Tsakun, chef des services secrets (KGB) de la région de Gomel, avait fait savoir publiquement qu’il "s’occuperait" de la journaliste.
Le 11 février, la Cour suprême refuse de revenir sur la fermeture de l’hebdomadaire d’opposition de Grodno Pagonya, ordonnée le 13 novembre 2001 pour calomnie contre Alexandre Loukachenko, suite à un article mettant en cause le rôle du Président dans des disparitions d’opposants.
Le 28 mars, le président Loukachenko déclare que la radiotélévision nationale manque d’"idéologie étatique", et annonce que "les composantes idéologiques de la chaîne de télévision nationale seront sous le contrôle de l’administration présidentielle".
Le 25 avril, le ministère des Affaires étrangères annonce avoir donné un avertissement à Pavel Seline, correspondant de la chaîne de télévision russe NTV, pour une série de reportages sur la répression de l’opposition bélarusse. Le 24 avril, le journaliste a été convoqué au ministère où il s’est vu demander "d’apporter un démenti et de présenter des excuses pour ses informations tendancieuses et infondées", diffusées le même mois.
Mi-mai, Eduard Skobelev, rédacteur en chef de la lettre d’information de l’administration présidentielle, exhorte les magazines littéraires d’Etat à ne pas publier les auteurs qui critiquent le gouvernement, qualifiant d’"attardés politiques" de célèbres écrivains du pays. Le 20 juin, Freimut Duve, le représentant auprès de l’OSCE pour la liberté des médias, critique fermement cette déclaration.
Le 13 juin, la Cour suprême économique rejette l’appel de Iosif Siaredzich, rédacteur en chef du journal indépendant Narodnaya Volya, condamné pour "atteinte à l’honneur du Président". Fin mars, le ministère de l’Information avait poursuivi le journal pour avoir mentionné, dans le numéro du 20 mars, un article de Radio Free Europe-Radio Liberty (RFE-RL) qui mettait en cause l’administration présidentielle dans des affaires de ventes d’armes, de détournements de fonds et de blanchiment d’argent sale. L’article 47 de la loi sur la presse libère pourtant de toute responsabilité les médias qui publient des articles s’inspirant de matériaux émanant d’autres médias.
Le 1er août, une lettre du ministère des Affaires étrangères menace de supprimer les accréditations de tous les journalistes travaillant pour le service bélarusse de Radio Free Europe-Radio Liberty à Minsk. Par ailleurs, des travaux de rénovation impromptus débutent dans les locaux loués par la station, obligeant la plupart des journalistes à travailler temporairement dans des locaux prêtés et la rédaction à chercher un nouveau siège. Quelques semaines auparavant, la radio avait lancé des programmes donnant la parole aux responsables de plusieurs journaux littéraires licenciés par le président Loukachenko.
Dans la nuit du 5 août, des inconnus s’introduisent dans l’appartement qui héberge la rédaction de l’hebdomadaire indépendant Zhoda. Sans toucher à l’argent ni au matériel vidéo, ils volent les disques durs des ordinateurs et les modems, ce qui empêche la parution du numéro en préparation. D’après Aleksei Korol, rédacteur en chef, l’incident pourrait être une mise en garde des services de sécurité envers le journal.
Le 7 août, Nikolai Markevitch, rédacteur en chef de l’hebdomadaire interdit Pagonya, annonce que la ville de Grodno a refusé d’enregistrer un nouveau journal intitulé Golos. Début mars, la ville de Grodno avait déjà refusé d’enregistrer Newspaper Pagonya, dont le nom ressemblait trop à Pagonya.
Le 8 août, Alexandre Starikevich, rédacteur en chef du journal syndical Belarussky Chas depuis septembre 2000, est démis de ses fonctions à la demande de Leonid Kozik, directeur adjoint de l’administration présidentielle, tout juste nommé à la tête de la Fédération des syndicats du Bélarus. Ce dernier avait exprimé son mécontentement devant le refus du journaliste de lui donner un droit de regard sur le contenu du journal.
Le 12 août, à la veille d’une rencontre à Moscou entre Alexandre Loukachenko et le président russe Vladimir Poutine, les autorités interrompent les diffusions des stations de radio russes Yunost et Mayak, et limitent celles des chaînes de télévision russes RTR, NTV et Kultura. Le programme de la télévision bélarusse Panorama invoque une "insuffisance de financement pour leur diffusion sur le territoire du Bélarus" pour expliquer cette censure. Les diffusions ne sont rétablies, partiellement, que le 16 août, soit deux jours après la fin de la visite officielle du président Loukachenko.
Le 17 septembre, le président Loukachenko menace de poursuites judiciaires Alexander Silich, correspondant du quotidien indépendant Narodnaya Volya, s’il continue à le "provoquer". Le journaliste vient de questionner le Président sur l’existence de fonds secrets lors d’une conférence de presse à Minsk. Au cours de la même conférence, Matias Brutman, correspondant du quotidien allemand Handelsblatt, est également menacé de poursuites, après avoir posé une question au Président au sujet de son implication présumée dans la disparition d’opposants.
Le 18 septembre, le procureur de Minsk, Vyacheslav Terekhovich, porte plainte contre Irina Makovetskaya, correspondante à Gomel (Sud) du quotidien Belorusskaya Delovaya Gazeta. Il accuse la journaliste d’avoir insulté son honneur et d’avoir diffusé de fausses informations dans plusieurs articles au sujet du procès pour corruption de plusieurs membres de l’Institut universitaire de médecine de Gomel, dont le Professeur Yury Bandajevsky, spécialiste des effets de la radioactivité sur l’homme. La journaliste y exprimait des doutes sur les conclusions de Vyacheslav Terekhovich, juge d’instruction dans cette affaire.
Le même jour, Irina Khalip, journaliste du quotidien indépendant Belorusskaya Delovaya Gazeta, est convoquée par le parquet général. Elle apprend qu’elle est poursuivie pour diffamation à l’encontre du procureur général, Viktor Sheyman, et que son journal a reçu un avertissement pour avoir publié, dans un supplément du mois d’août, un de ses articles accusant ce dernier d’avoir abandonné une enquête après avoir reçu des pots-de-vin. Le 13 août, elle avait déjà été interrogée au sujet de son article. L’enquête doit se clore le 23 février 2003.
Le 16 octobre, la Cour suprême économique rejette la plainte de l’hebdomadaire Svobodnye Novosti contre le ministère de l’Information qui lui avait retiré illégalement sa licence. Le 22 août, le ministre de l’Information, Mikhaïl Podgainy, avait pris parti pour un des cofondateurs de Svobodnye Novosti, Serguei Atroschenko, qui venait de suspendre les activités du journal, d’en bloquer les comptes bancaires et de renvoyer son rédacteur en chef, Alexandre Ulitionok, sans consulter ses partenaires. Serguei Atroschenko avait prétexté un manque de rentabilité de la publication et arguë qu’elle ne vivait que grâce à des dons de l’ambassade des Etats-Unis.
Le 5 novembre, la police interroge Iulia Doroshevich et Andrey Pachobut, journalistes de Pagonya, interdit en 2001, au sujet de la version Internet de la publication.
Le 6 novembre, des huissiers saisissent le matériel informatique du bihebdomadaire indépendant de Minsk, Nasha Svoboda. Le 27 août, Pavel Zhouk, rédacteur en chef du journal, avait annoncé la fermeture du journal pour des raisons financières, après la condamnation, le 2 août, du journaliste Mikhail Podolyak et de Nasha Svoboda à respectivement 5 millions et 100millions de roubles d’amende (7300 et 49000euros) pour diffamation envers Anatoly Tozik, le président du Comité de contrôle de l’Etat. Publié en juillet, l’article incriminé accusait ce dernier de s’être plaint auprès du Président des incompétences du procureur général, Viktor Sheyman. Le journal a cessé de paraître.
Le 26 novembre, le ministère de l’Information invalide l’enregistrement de l’hebdomadaire indépendant Mestnoye Vremya, sous prétexte que sa nouvelle adresse n’a pas été légalisée, alors que la loi ne prévoit pas de sanction aussi lourde dans ce cas. Lancé début novembre, le journal n’a pu publier que six mille exemplaires.



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