Afrique Ameriques Asie Moyen-Orient Internet Nations unies
 
Italie


-  Superficie : 301 225 km2.
-  Population : 57 503 000.
-  Langue : italien (off).
-  Nature de l’Etat : république.
-  Chef de l’Etat : Carlo Azeglio Ciampi.
-  Chef du gouvernement : Silvio Berlusconi.

Italie - Rapport annuel 2003

Le pluralisme de l’information n’est pas garanti en Italie, seule grande démocratie occidentale où la majorité des médias audiovisuels du pays, privés comme publics, sont contrôlés, directement ou indirectement, par le pouvoir en place.

Avec la RAI, pôle de télévision publique dirigé par une équipe majoritairement proche de la coalition de centre droit au pouvoir, et les trois chaînes privées du groupe Mediaset, Silvio Berlusconi contrôle indirectement 90% des parts d’audience de la télévision italienne. Il est également actionnaire du groupe Mondadori, l’un des principaux groupes de presse et d’édition. Il s’était engagé, en mai 2001, à résoudre le conflit entre ses intérêts dans le groupe audiovisuel Mediaset et ses fonctions de chef du gouvernement. Or le projet de loi sur le conflit d’intérêts, adopté le 28 février 2002 par le parlement italien, se limite à prévoir la création d’une autorité chargée de veiller à ce que les responsables gouvernementaux ne prennent pas de décisions favorisant leurs intérêts privés. Ce texte permet à Silvio Berlusconi de conserver la propriété de son empire médiatique, à la condition qu’il n’y exerce pas de responsabilité directe. Aucune sanction n’est prévue en cas de manquement à ce devoir. L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) estime que cette dépendance directe des médias d’information vis-à-vis du gouvernement représente un danger pour la démocratie en Italie. D’après Freimut Duve, représentant de l’OSCE pour la liberté des médias, le cas italien constitue un précédent pour d’autres pays ne respectant pas la séparation des pouvoirs entre médias et exécutif. La RAI traverse une crise sans précédent à partir de la fin novembre, avec la démission de trois des cinq membres de son conseil d’administration. Les deux représentants de l’opposition de centre-gauche, Luigi Zanda et Carmine Donzelli, ont été les premiers à démissionner, le 20 novembre, suite à un désaccord de fond avec le président, Antonio Baldassarre. Ils ont été suivis, le 27 novembre, par Marco Stadernini, conseiller de sensibilité centriste. Selon les démissionnaires, la gestion de la RAI ne respecte pas le pluralisme du service public. Composé de cinq membres représentatifs de l’échiquier politique, le conseil d’administration de la RAI est nommé par les présidents de la Chambre des députés et du Sénat. Le 20décembre, l’appel à la grève lancé par certains syndicats de la RAI est repris par la Fédération nationale de la presse italienne (FNSI), s’étendant ainsi à toute la presse. Par ailleurs, l’année est marquée par de nombreuses atteintes à la liberté de la presse, notamment avec la censure de cinq émissions télévisées et, dans le cadre de la lutte antiterroriste, la multiplication des perquisitions de journaux et de domiciles de journalistes. Enfin, la justice italienne a contrevenu aux standards des Nations unies en condamnant deux journalistes à des peines de prison ferme pour des délits de presse.

Nouveaux éléments sur trois journalistes tués avant 2002

Le 26 juin 2002, la cour d’assises de Rome confirme la culpabilité de Hashi Omar Hassan dans l’assassinat de Ilaria Alpi, journaliste à RAI 3, et du cameraman slovène Miran Hrovatin, en 1994. La condamnation à la prison à vie est commuée en peine de vingt-six ans de réclusion, la cour ayant établi que les crimes ont été commis sans préméditation. Les journalistes avaient été tués le 20 mars 1994 à Mogadiscio, en Somalie, alors qu’ils couvraient l’opération des Nations unies "Restore Hope".
Le 17 novembre, Giulio Andreotti, ancien chef du gouvernement italien et sénateur, est condamné en appel à une peine de vingt-quatre ans de prison pour avoir commandité le meurtre du journaliste Carmine Pecorelli, en 1979. Agé de 83ans et sénateur à vie, Giulio Andreotti ne peut pas être incarcéré et annonce son intention de se pourvoir en cassation. Le 24 septembre 1999, il avait été acquitté de cette accusation lors de son procès en première instance, mais le parquet de Pérouse a fait appel de cette décision. La cour d’assises de Pérouse a condamné à la même peine le parrain de la mafia Gaetano Badalamenti, reconnu coupable du meurtre du journaliste. Assassiné le 20 mars 1979, Carmine Pecorelli, directeur de la revue Osservatorio Politico (OP), s’apprêtait à publier des documents compromettants sur Giulio Andreotti, soupçonné de collusion avec la mafia.

Un journaliste incarcéré

Le 24 décembre 2001, Stefano Surace, directeur de l’hebdomadaire anticonformiste Le Oredans les années 60 et connu pour ses enquêtes en milieu carcéral, est arrêté et emprisonné. Le journaliste avait été condamné par contumace à une peine de plus de deux ans de prison, pour des délits de presse vieux de plus de trente ans. Assigné à résidence depuis le 16 août 2002, il décide, le 3 octobre, de "s’évader" et de revenir vivre en France où il réside avec sa famille depuis vingt-cinq ans.

Neuf journalistes menacés

Le 26 avril 2002, le quotidien Il Corriere della Sera révèle que la journaliste et écrivain Oriana Fallaci reçoit des menaces de mort, suite à ses prises de position contre la culture islamique, publiées dans un article du Corriere della Sera, le 12 décembre 2001, puis dans un livre intitulé "La rage et l’orgueil".
Fin septembre, au moins sept correspondants de la presse américaine et israélienne, à Rome et Milan, reçoivent des lettres ou des appels anonymes menaçant de les tuer s’ils ne quittent pas le pays avant le 30 octobre. Les lettres, manuscrites, font référence aux Brigades rouges (groupe d’extrême gauche ayant perpétré des attentats contre des personnalités à partir des années 70). La police considère que les Brigades rouges ne sont pas les véritables auteurs de ces menaces et que les lettres ne sont pas crédibles. Les journalistes visés souhaitent garder l’anonymat.
Le 31 décembre, Maurizio Belpietro, directeur du quotidien Il Giornale, propriété de la famille de Silvio Berlusconi, reçoit une enveloppe contenant deux balles de calibre 9 et une lettre de menaces à l’encontre du journaliste et du quotidien, signée par les "Brigades du 20 juillet" (date de la mort du manifestant antimondialisation Carlo Giuliani pendant le sommet du G8 à Gênes en 2001). La police antiterroriste a ouvert une enquête.

Pressions et entraves

Le 27 janvier 2002, le sous-secrétaire d’Etat chargé des biens culturels, Vittorio Sgarbi, fait censurer "Les Hyènes", une émission satirique sur la chaîne de télévision Italia 1, propriété de Silvio Berlusconi. Une décision de justice empêche la diffusion d’un entretien dans lequel le ministre déclare qu’il se fait ouvrir les musées pendant la nuit pour en inspecter le fonctionnement. Il se défend de toute censure, mais relance la polémique en reconnaissant avoir demandé plus de 10 000 euros aux auteurs de l’émission pour la restitution du micro qu’il leur avait pris à l’issue de l’interview et pour la diffusion de ses propos.
Le 19 avril, au cours d’une conférence de presse à Sofia en Bulgarie, Silvio Berlusconi attaque vivement trois journalistes de la RAI, connus pour leur ton critique à l’égard du gouvernement. Le chef du gouvernement déclare notamment que "l’utilisation que Biagi, Santoro et Luttazzi font de la télévision publique, payée par l’argent de tous les contribuables, est criminelle". Il critique l’émission du journaliste d’opposition Michele Santoro, "Sciuscià", ainsi que celle d’Enzo Biagi, "Il Fatto", et exige implicitement le départ de ces deux journalistes. Les deux émissions sont supprimées de la grille des programmes de la RAI en juin. Le 27 juin, l’OSCE demande au président du Conseil de justifier ces décisions. Michele Santoro est suspendu de ses fonctions du 15 au 18 octobre, en guise de sanction disciplinaire.
Le 3 mai, le domicile et le bureau de Guido Ruotolo, chroniqueur au quotidien La Stampa, sont perquisitionnés par la police. Le journaliste est soupçonné d’avoir publié des informations couvertes par le secret de l’instruction en rapport avec une enquête sur une cellule de terroristes islamistes dans la capitale.
Le 5 mars et le 13 mars, la police perquisitionne les domiciles de Fiorenza Sarzanini, journaliste au quotidien Il Corriere della Sera, et de Claudia Fusani, journaliste au quotidien La Repubblica, ainsi que les rédactions de leurs journaux, dans le cadre d’une enquête liée au terrorisme international.
Le 19 août, la police antiterroriste perquisitionne les domiciles de Fiorenza Sarzanini et de Mario Menghetti, journaliste au quotidien national Il Messaggero, sur un ordre du parquet de Gênes, suite à la publication d’articles, le 5 août 2002, sur les violences du G8 à Gênes pendant l’été 2001. Les journalistes sont soupçonnés d’avoir publié des extraits d’un rapport secret des carabiniers qui portait notamment sur Carlo Giuliani, un jeune manifestant tué par un carabinier.
En septembre, l’émission "Mattino Tre", de Radio 3, est supprimée du programme de la RAI. Cette émission culturelle à forte audience abordait régulièrement le thème de la liberté de la presse et d’expression.
Le 8 octobre, Agostino Saccà, directeur de la RAI, refuse que soit diffusé le troisième épisode d’une série de l’émission satirique "Blob", consacrée à Silvio Berlusconi. D’après lui, il ne s’agit pas d’une censure mais d’une "simple discussion" avec le directeur de RAI 3, Paolo Ruffini. L’émission humoristique intitulée "Berlusconi contre tous" devait être diffusée sur RAI 3 dans la soirée du 8 octobre.
Le 15 novembre, la police antiterroriste perquisitionne pendant cinq heures les locaux du quotidien Corriere Mercantile de Gênes et saisit le matériel informatique. Dans la matinée, le journal avait publié un article sur un Palestinien soupçonné par la magistrature locale d’appartenir au Hamas. Le Corriere Mercantile est accusé de violation du secret de l’instruction dans le cadre d’une enquête contre le terrorisme.
Le 30 novembre, le tribunal de Salerno décide de casser la condamnation pour diffamation prononcée à l’encontre du journaliste et sénateur de Forza Italia, Raffaele Jannuzzi. Ce dernier avait été condamné par le tribunal de Naples à deux ans et demi de prison pour diffamation suite à des articles parus entre 1987 et 1993 dans le quotidien Il Giornale di Napoli, dont il était le directeur. Les articles incriminés mettaient notamment en cause des magistrats chargés de la lutte antimafia. Auteur de nombreuses enquêtes sur la mafia, Raffaele Jannuzzi avait en particulier pris la défense du présentateur de télévision Enzo Tortora, condamné en 1983 pour collusion avec la mafia, sur la base de témoignages de "repentis". Le 20 novembre, le tribunal de Naples avait refusé d’accorder à Raffaele Jannuzzi, âgé de 74 ans, un régime de semi-liberté ou une assignation à résidence.



  liste pays europe
Introduction Europe et ex-URSS
Actualisation Europe et ex-URSS
Albanie
Allemagne
Arménie
Autriche
Azerbaïdjan
Bélarus
Belgique
Bosnie-Herzégovine
Bulgarie
Chypre
Croatie
Danemark
Espagne
France
Géorgie
Grèce
Irlande
Kazakhstan
Kirghizistan
Macédoine
Moldavie
Ouzbékistan
Pologne
Portugal
République tchèque
Roumanie
Royaume-Uni
Russie
Serbie-Monténégro
Slovaquie
Suède
Tadjikistan
Turkménistan
Turquie
Ukraine

voir aussi
Rapport annuel 2003 Maghreb / Moyen-Orient
Rapport Annuel 2003 Amériques
Rapport annuel 2003 Afrique
Rapport annuel 2003 Asie