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Kazakhstan


-  Superficie : 2 717 300 km2.
-  Population : 16 095 000.
-  Langue : kazakh (langue d’Etat), russe (off).
-  Nature de l’Etat : république unitaire.
-  Chef de l’Etat : Noursultan Nazarbaïev.

Kazakhstan - Rapport annuel 2003

La détérioration de la situation de la liberté de la presse au Kazakhstan a soulevé l’inquiétude de la communauté internationale, notamment de l’Union européenne et des Etats-Unis. L’année 2002 est marquée par une recrudescence des violences contre les journalistes d’opposition.

L’ouverture d’enquêtes judiciaires à l’étranger sur les comptes bancaires présumés du président Noursultan Nazarbaïev dans des banques suisses est à l’origine de la multiplication des atteintes à la liberté de la presse dans le pays. Sous différents prétextes, les autorités ferment un grand nombre de journaux et de télévisions privées. Tous ces médias ont rapporté des allégations selon lesquelles le Président et ses proches auraient détourné près de 20 milliards de dollars provenant des ventes de pétrole. Pressions, censure, intimidations judiciaires et contrôle des moyens d’impression et de publication permettent aux autorités de museler la presse indépendante et d’opposition. Les journalistes proches du mouvement d’opposition "Choix démocratique du Kazakhstan", créé en novembre 2001, sont systématiquement inquiétés. Contrairement aux exigences des standards européens, les délits de presse sont considérés comme des infractions pénales passibles de prison. L’article 318 du code pénal est fréquemment invoqué afin de poursuivre les journalistes pour atteinte à l’honneur et à la dignité du Président. Le cas du journaliste et défenseur des droits de l’homme, Sergueï Douvanov, est emblématique du traitement réservé aux journalistes critiques à l’égard du pouvoir. Victime d’une violente agression et de poursuites judiciaires pour atteinte à l’honneur du président Nazarbaïev, le journaliste est actuellement poursuivi pour une affaire de mœurs.

Deux journalistes tués

Le 4 janvier 2002, Alekseï Pugaev, codirecteur du journal d’opposition et du site Internet Eurasia, décède après avoir été renversé par une voiture. Il avait écrit de nombreux articles critiques à l’égard du président Noursultan Nazarbaïev et de ses proches.
Le 17 novembre, Nuri Muftah, correspondant du journal d’opposition Respublika 2000 et rédacteur en chef de l’hebdomadaire Altyn Gasyr d’Atyrau (Ouest), décède après avoir été renversé par un autobus, alors qu’il revenait d’un reportage sur les conditions de vie des femmes de Shymkent (Sud). La police conclut à un accident mais, d’après certains témoignages, le journaliste aurait été poussé. Pendant son séjour à Shymkent, il avait été agressé par trois inconnus. Nuri Muftah était l’auteur de nombreux articles dénonçant la corruption du gouvernement.
Rien ne permet d’affirmer avec certitude que le décès d’Alekseï Pugaev et celui de Nuri Muftah sont liés à leurs activités professionnelles.

Trois journalistes incarcérés

Le 18 juin 2002, le tribunal de Pavlodar condamne Kanat Tusupbekov, correspondant de la chaîne indépendante Irbis TV, à deux ans de prison pour "hooliganisme". Le 20 avril, le journaliste avait été agressé dans un restaurant par des inconnus. Alors qu’il s’était rendu au commissariat pour porter plainte, Kanat Tusupbekov a été battu par des policiers et grièvement blessé. A la suite de cette seconde agression, le journaliste a tenté de porter plainte, mais il a été débouté. Les trois hommes qui l’avaient attaqué dans le restaurant ont, en revanche, pu porter plainte contre le journaliste, affirmant qu’il était à l’origine de la rixe. Kanat Tusupbekov a été reconnu coupable d’avoir agressé les trois hommes. Début avril, une équipe de Irbis TV avait dû renoncer, sous la pression de la police d’Almaty, à filmer une opération policière contre la femme de Galymzhan Zhakiyanov, un des dirigeants du mouvement d’opposition "Choix démocratique du Kazakhstan" actuellement incarcéré.
Le 29 juillet, Sagyngali Kapizov, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Altyn Gasyr d’Atyrau, est arrêté par la police pour atteinte à l’honneur et à la dignité du président Nazarbaïev, suite à la publication d’un article critiquant la politique gouvernementale. Sagyngali Kapizov est libéré le 18 septembre.
Le 28 octobre 2002, Sergueï Douvanov, rédacteur en chef du magazine d’opposition Bulletin, publié par le Bureau international de défense des droits de l’homme, est arrêté par la police pour le viol d’une mineure. Le journaliste devait se rendre le lendemain aux Etats-Unis pour y présenter un rapport sur la démocratie et les droits de l’homme au Kazakhstan. Incarcéré au centre de détention provisoire d’Almaty, le journaliste fait une grève de la faim et de la soif pendant dix jours afin de prouver son innocence. Le 29 novembre, lors d’une conférence de presse à la Commission européenne, le président Nazarbaïev affirme que "la culpabilité du journaliste est prouvée". Le procès de Sergueï Douvanov s’ouvre à Almaty le 24 décembre, sans que ses avocats aient eu la possibilité d’étudier l’intégralité de son dossier. Au 1er janvier 2003, le procès est toujours en cours.

Deux journalistes interpellés

Le 13 juin 2002, Batyrkhan Darimbet, correspondant de Radio Free Europe-Radio Liberty à Almaty, est arrêté par la police alors qu’il couvre un rassemblement des retraités du service public "Pokoleniye" et du mouvement d’opposition "Choix démocratique du Kazakhstan". Bien qu’il ait montré sa carte de presse et expliqué aux policiers sa présence sur les lieux du rassemblement, le journaliste est détenu pendant cinq heures avant d’être relâché suite à l’intervention de l’ambassade des Etats-Unis. Bakhytgul Makimbay, correspondante du quotidien SolDat, est également interpellée pendant quatre heures, dans les mêmes conditions.

Quatre journalistes agressés

Le 16 août 2002, Artur Platonov, journaliste politique de la chaîne de télévision indépendante KTK, est agressé par trois inconnus à Almaty. Coproducteur et présentateur de "Portret nedely", la principale émission politique de la chaîne de télévision indépendante KTK, il est violemment agressé dans la soirée du 16 août par trois inconnus qui l’attendent devant son domicile. La police identifie les trois inconnus comme d’anciens policiers, mais soutient officiellement qu’un accident de la route impliquant le véhicule de ces derniers et celui d’Artur Platonov a causé les blessures du journaliste. D’après Stanislas Los, sous-directeur de la chaîne KTK, l’agression est "un acte planifié par des personnalités parmi les autorités kazakhes, mais nous ne savons pas exactement qui". Dans ses émissions, le journaliste dénonce la corruption des forces de l’ordre et reçoit régulièrement des menaces anonymes. Fin novembre, trois anciens policiers sont condamnés par le tribunal d’Almaty à un an de prison avec sursis pour l’agression d’Arthur Platonov.
Le 28 août, Sergueï Douvanov, journaliste et défenseur des droits de l’homme, est sauvagement agressé par trois inconnus en rentrant chez lui. Gravement blessé à la tête, il est transporté à l’hôpital. Proche de l’opposition et rédacteur du magazine Bulletin, publié par le Bureau international de défense des droits de l’homme, il est l’un des journalistes les plus critiques envers les autorités.
Le 21 mai, des inconnus attaquent le siège du journal d’opposition SolDat. Deux employés du journal sont frappés, du matériel informatique est dérobé et d’autres équipements sont saccagés. SolDat, proche du parti d’opposition de l’ancien Premier ministre en exil Akejan Kajegueldine, a été la cible, ces deux dernières années, de nombreux actes d’intimidation et d’attaques de ses locaux. En 2000, son rédacteur en chef, Ermurat Bapi, avait été traduit en justice pour la publication d’un article jugé diffamatoire à l’égard du président Nazarbaïev.

Pressions et entraves

Au cours du premier trimestre 2002, l’accès au site kub.kz, proche du mouvement d’opposition "Choix Démocratique du Kazakhstan", est bloqué par les fournisseurs Kazakhtelecom, Nursat et Arna-Sprint.
Le 8 mars, Irina Petrushova, rédactrice en chef de l’hebdomadaire d’opposition Respublika, qui réalise des enquêtes sur la corruption dans la classe politique, reçoit une couronne mortuaire. Le 19 mai, le cadavre d’un chien décapité est suspendu devant l’entrée du journal. Le 22 mai, les locaux de la rédaction de Respublika sont détruits par le feu, après une attaque des bâtiments aux cocktails Molotov. Le 24 juillet, deux suspects sont arrêtés par la police. Le 4 juillet, Irina Petrushova est condamnée à dix-huit mois de prison et immédiatement amnistiée, pour ne pas avoir déclaré sa nationalité russe. Le 24 juillet, les autorités ordonnent la liquidation de la compagnie PR-Consulting, qui publie Respublika, pour la violation de règles administratives.
Le 29 mars et le 15 mai, l’émetteur de la chaîne TAN TV est endommagé à deux reprises par des inconnus. Après la réparation de l’émetteur, les autorités suspendent la diffusion de la chaîne, propriété de Muhtar Ablyazov, cofondateur du parti d’opposition "Choix démocratique du Kazakhstan", qui présentait des programmes très politisés. La chaîne est rachetée par un proche du président Nazarbaïev et ne diffuse plus que des divertissements.
De mars à mai, puis à différentes reprises au cours de l’année, l’accès au site respublika.kz est bloqué par Kazakhtelecom et Nursat. Le site diffusait des informations sur les procédures à l’encontre des deux principaux leaders de "Choix Démocratique du Kazakhstan".
Le 2 avril, le matériel des cameramen Ruslan Tairov, Valeriy Pavlov et Igor Konovalov de TAN TV et de Irbis TV est détruit par la police alors qu’ils couvrent un rassemblement en faveur de Galymzhan Zhakiyanov, un des dirigeants du mouvement d’opposition "Choix démocratique du Kazakhstan" qui s’était réfugié à l’ambassade de France à Almaty.
Le 20 mai, sous des prétextes techniques et administratifs, l’accès au site du journal indépendant navigator.kz est bloqué après la publication d’une interview de l’ancien procureur de Genève, Bernard Bertossa, qui confirmait l’existence de comptes bancaires en Suisse au nom de plusieurs hauts responsables kazakhs, dont le président Noursultan Nazarbaïev. Cet entretien, réalisé par Lira Baïssetova, l’ancienne rédactrice en chef du journal indépendant Respublika 2000, avait également été publié dans le quotidien SolDat.
Le 21 juin, Leïla Baïssetova, la fille de la journaliste, décède en prison, dans des circonstances troublantes. Le 16 juin 2002, lors de sa garde à vue pour détention illicite de stupéfiants, la jeune femme avait été hospitalisée dans le coma. Elle est décédée cinq jours plus tard. Selon la version officielle, elle se serait pendue dans sa cellule avec son jean.
Le 9 juillet, Sergueï Douvanov, journaliste proche de l’opposition et rédacteur du magazine Bulletin, est poursuivi pour atteinte à l’honneur et à la dignité du président Noursultan Nazarbaïev. En vertu de l’article 318 du code pénal, il risque jusqu’à trois ans de prison. Sergueï Douvanov est poursuivi suite à la publication, le 6 mai, sur le site d’opposition kub.kz, d’un article intitulé "Le silence des agneaux", très critique à l’égard du président Nazarbaïev, qu’il accuse notamment de détournement de fonds. La police a perquisitionné l’appartement et le bureau de Sergueï Douvanov et saisi des documents et le matériel informatique. Le 11 juillet, le journaliste est interrogé pendant quatre heures par la police. Les poursuites contre le journaliste sont actuellement suspendues.
Le 29 août, le site club.kz, qui a repris les propos de Sergueï Douvanov, est bloqué.
Le 4 septembre, l’accès au site zhakiyanov.info, site officiel du leader de "Choix Démocratique du Kazakhstan", Galymzhan Zhakiyanov, condamné à sept ans de prison, est bloqué par Nursat dans certaines régions du pays.



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