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Autorité palestinienne

Autorité palestinienne - Rapport annuel 2003

Symbole de l’affaiblissement de l’Autorité palestinienne, le siège du leader palestinien Yasser Arafat à Ramallah a duré plusieurs semaines en 2002. Sur le terrain, des confiscations de matériel ou des agressions de journalistes par des services de sécurité ou des militants palestiniens ont entravé le travail de la presse, notamment étrangère. La presse palestinienne, nationaliste dans son ensemble, a souffert des opérations militaires israéliennes et des tentatives de pressions de ses dirigeants. Deux journaux, proches des mouvements islamistes, ont été censurés cette année.

Le conflit israélo-palestinien a été en 2002 beaucoup plus meurtrier que l’année précédente. Depuis septembre 2000, le soulèvement palestinien, la répression israélienne et les attentats kamikazes palestiniens ont fait plus de 2 850 victimes, pour trois quarts palestiniennes. Fin mars 2002, suite à une série d’attentats sanglants en Israël, le gouvernement d’Ariel Sharon a déclenché une vaste opération militaire, appelée opération "Rempart". Toutes les villes palestiniennes autonomes ont été réoccupées, à l’exception de Jéricho, et leurs habitants placés sous couvre-feu pendant plusieurs semaines.

Fin mai, Yasser Arafat signe une loi sur l’indépendance de la justice très attendue des Palestiniens, qui se plaignent des connexions familiales et politiques qui minent cette institution. "La loi sur la justice arrive trop tard. Aujourd’hui, elle ne sert à rien", critique Raji Sourani, avocat à Gaza et défenseur des droits de l’homme. Cédant aux pressions américaines et européennes, Yasser Arafat forme, le 9 juin, un nouveau cabinet. Plus restreinte que la précédente équipe ministérielle, celle-ci est censée lutter contre la corruption, restaurer la confiance de la communauté internationale et préparer des élections démocratiques. Pour la première fois, un ministre de l’Intérieur est nommé. Il devra diriger tous les services de sécurité palestiniens, dont le chef de la CIA américaine, George Tenet, propose de réduire le nombre dans un souci d’efficacité. Deux nouvelles figures sont nommées aux ministères stratégiques des Finances et de la Justice. Mais plusieurs ministères, souvent dénoncés pour corruption, ne changent pas de mains, laissant déjà entrevoir les limites des réformes annoncées. Le nouveau cabinet est également chargé d’organiser des élections législatives et présidentielle. Celles-ci devaient se tenir en janvier 2003 mais sont repoussées, "en raison de l’occupation israélienne", à une date ultérieure non spécifiée.

Les médias palestiniens, accusés par Israël de véhiculer des appels à la violence à son encontre, ont été tout au long de l’année les cibles de l’armée israélienne. Ainsi, le 19 janvier, celle-ci dynamite des locaux de la radiotélévision officielle La Voix de la Palestine à Ramallah. L’opération "Rempart" de l’armée israélienne, entamée fin mars en Cisjordanie, réduit temporairement au silence presque toutes les stations de radio et de télévision et interrompt la diffusion de deux des trois principaux quotidiens palestiniens. Pendant l’occupation de Naplouse par l’armée israélienne, seule l’une des six télévisions locales fonctionne. A partir du 29 mars à Ramallah, les habitants qui reçoivent habituellement cinq radios FM n’en captent plus aucune. Le quotidien Al-Quds, basé à Jérusalem-Est, est le seul à paraître, mais les bouclages et le couvre-feu en vigueur dans les territoires entravent sa diffusion. Quant à Al-Ayyam et Al-Hayat al-Jadida, produits à Ramallah, ils cessent de paraître pendant plusieurs jours. A de très nombreuses reprises d’avril à juin, puis plus rarement ensuite, l’armée israélienne perquisitionne, détruit, saccage ou occupe des locaux de médias palestiniens, arabes et étrangers.

La presse palestinienne, fortement touchée par la récession économique, tente de s’adapter aux contraintes des bouclages et des couvre-feux à répétition. "Nous dirigeons maintenant un journal, un hôtel et un service traiteur", dit d’un ton amusé Amjad Arrar, rédacteur en chef du quotidien de l’Autorité palestinienne Al-Hayat Al-Jadida. Des matelas sont installés par terre afin de permettre aux employés de dormir au bureau. Les journalistes envoient leurs articles par courrier électronique et ne viennent à la rédaction que lorsque la situation des routes le permet. Le tirage du quotidien est tombé à 12000exemplaires contre 15000 avant le soulèvement palestinien. Un autre quotidien privé à Ramallah, Al-Ayyam, a vu son tirage chuter de 25 % depuis décembre 2000. "Avec le bouclage et le couvre-feu, nous avons 20 à 30 % d’invendus. Nous perdons beaucoup d’argent. Le coût de distribution est devenu exorbitant et les recettes publicitaires ont chuté de 85%", déclare Mahdi Al-Masri, un responsable du journal.
Dans les Territoires palestiniens, il existe un grand nombre de médias privés. La population dispose d’un accès libre aux chaînes satellite, notamment Al-Jazira, plus regardée que la télévision nationale, et à Internet.

Deux journalistes blessés

Le 5 mars 2002, Benny Lis, journaliste de la chaîne de télévision israélienne Channel One, est touché à la main gauche par le tir d’un sniper palestinien à Bethléem, alors qu’il se trouve avec des soldats israéliens. Le journaliste ne portait pas de gilet pare-balles. La blessure est légère.

Le 9 avril, à Naplouse, Gilles Jacquier, cameraman de la chaîne de télévision publique France 2, est blessé par balle à l’omoplate, au moment où il descend de sa voiture, à l’entrée du camp de réfugiés d’Al Ein. Il portait un gilet pare-balles où était inscrit "Presse". Evacué par une ambulance du Croissant Rouge puis une ambulance israélienne, il a été rapatrié en France. Ses jours ne sont pas en danger. L’origine du tir semble être palestinienne.

Pressions et entraves

Le 5 février 2002, la police palestinienne confisque les images de journalistes des médias étrangers qui couvrent, à Jénine, le procès de trois jeunes Palestiniens accusés du meurtre d’un officier de la sécurité palestinienne. Les cameramen avaient pris, à l’extérieur du tribunal, des images de la foule en colère suite à l’énoncé du verdict et du lynchage des trois condamnés, dont les corps ont ensuite été traînés dans la rue.

Le 11 février, la Haute Cour demande des explications sur la fermeture d’un hebdomadaire, Al-Rissala, proche du mouvement islamiste Hamas. La fermeture du journal par les services de sécurité palestiniens a eu lieu, le 18 décembre 2001, sans décision judiciaire préalable. A la même période, une autre publication, Al Istiqlal, proche du mouvement islamiste Djihad islamique avait également été fermée. La Haute Cour prononce la réouverture du journal, le 14 mai 2002, mais la police palestinienne refuse d’exécuter la décision. Al-Rissala paraît de nouveau le 31 octobre, bien qu’il n’ait pas reçu d’autorisation et qu’il soit toujours officiellement suspendu.

Le 1er avril, à Ramallah, un homme suspecté de collaboration avec Israël est tué par un groupe d’hommes armés. Alors que, dans un premier temps, les journalistes sont autorisés à prendre des photos de la victime, les hommes armés se font menaçants : "Nous vous tiendrons personnellement responsables si ces images sont diffusées", lancent-ils. Un cameraman et un photographe de Reuters se voient alors confisquer leurs images.

Le 13 mai, Musa el-Shaer, photographe de l’Agence France-Presse (AFP), se voit interdire par la police palestinienne l’entrée de la mosquée Omar, à Bethléem. Pourtant, elle a été autorisée à d’autres journalistes. Les policiers conduisent de force le journaliste au commissariat de police avant de lui présenter des excuses et de le relâcher.

En mai, pendant quelques jours, les entraves au travail des journalistes se multiplient : intimidations, confiscations de matériel et fermeture pendant quelques jours de certains points de la bande de Gaza pour empêcher la couverture des événements.

En juin, des images de Reuters tournées après l’exécution, à Bethléem, d’un Palestinien accusé de collaboration avec Israël sont confisquées par des hommes armés.

Dans un communiqué du 26 août, le Syndicat des journalistes palestiniens interdit aux médias locaux et étrangers de filmer des enfants armés ou vêtus d’uniformes militaires, au prétexte qu’il s’agit d’"une violation flagrante des droits de l’enfant". Le Syndicat des journalistes palestiniens décrète que "tout journaliste palestinien qui filmera ou photographiera des enfants armés en conditions paramilitaires ou (...) des hommes masqués s’exposera à des procédures et devra en répondre officiellement devant le Syndicat, étant donné que ces actes servent Israël et sa campagne antipalestinienne contre notre juste cause". Le Syndicat a également demandé que des enfants ne participent plus aux manifestations et a annoncé qu’il boycotterait à l’avenir les rassemblements comptant des hommes masqués et des enfants en tenue militaire. Dans un démenti officiel du 28 août, la direction du Syndicat revient sur cette mesure, expliquant qu’il s’agissait d’une initiative personnelle de l’un de ses responsables à Gaza. Le ministre de l’Information palestinien, Yasser Abed Rabbo, regrette publiquement ce dérapage du Syndicat.

Le 14 octobre, lors des funérailles d’un militant palestinien à Bethléem, Mohammed Abayat, des manifestants attaquent le responsable d’une organisation locale de défense des droits de l’homme. Celui-ci se réfugie dans une maison. Une centaine de personnes participant aux funérailles s’en prennent alors aux journalistes qui suivent la scène. Mahfouz Abu Turk, photographe de l’agence britannique Reuters, doit être soigné pour des blessures au dos et à la tête. L’appareil photographique d’un autre journaliste est détruit.

Le 31 octobre, dans la bande de Gaza, des militants du mouvement islamiste Hamas jettent des pierres sur des journalistes venus couvrir l’explosion d’un atelier de fabrication de bombes, qui a tué trois activistes du mouvement. Trois journalistes, Naguib Guban, cameraman de l’agence Associated Press (AP), Shamis Ouda, de l’agence Reuters, et Adel Hanna, photographe d’AP, sont brièvement hospitalisés après avoir été atteints par des pierres. Selon un photographe de l’AFP à Gaza, aucun journaliste, palestinien ou étranger, n’a de ce fait pu assister aux funérailles des trois activistes le lendemain. Le Syndicat appelle, le 1er novembre, les journalistes palestiniens à boycotter les activités du Hamas tant qu’il ne présente pas des excuses aux journalistes blessés. Dans un communiqué, le Hamas présente ses excuses pour "l’attaque contre des journalistes par certaines personnes". Le Syndicat des journalistes a toutefois indiqué que le Hamas n’avait pas reconnu que les auteurs de l’agression étaient des militants du mouvement.



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