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Russie


-  Superficie : 17 075 400 km2.
-  Population : 144 664 000.
-  Langue : russe (langue off. d’Etat).
-  Nature de l’Etat : république fédérale.
-  Chef de l’Etat : Vladimir Poutine.

Russie - Rapport annuel 2003

En 2002, l’Etat mène une politique visant à instrumentaliser les médias et à restreindre la liberté de la presse. Incarcération, adoption de lois liberticides, amendes exorbitantes menaçant la survie des journaux, fermetures arbitraires, perquisitions, confiscations de tirages... tous les moyens sont bons pour museler les médias et les journalistes trop indépendants ou critiques à l’égard des représentants du pouvoir.

Cette tendance s’illustre en particulier au moment de la prise en otages par des rebelles tchétchènes de sept cents personnes dans un théâtre de Moscou, entre le 23 et le 26 octobre. En quelques jours, plusieurs médias, russes comme étrangers, sont censurés pour leur couverture de cet événement et la Douma vote une loi antiterroriste qui permet au pouvoir de poursuivre n’importe quel journaliste couvrant des sujets liés au terrorisme ou à la guerre en Tchétchénie. Le veto de dernière minute de Vladimir Poutine laisse sceptiques les organisations de défense des droits de l’homme, qui dénoncent depuis longtemps l’impossibilité de couvrir librement le conflit tchétchène et tout ce qui s’y rapporte. Autre fait marquant de l’année, Grigory Pasko, journaliste militaire accusé de haute trahison pour son travail d’investigation sur des problèmes écologiques, est maintenu en détention malgré la mobilisation internationale en sa faveur. Par ailleurs, la politique de prise de contrôle des grands médias nationaux se poursuit, avec la remise en cause de l’indépendance de la radio Ekho Moskvy et l’alliance forcée des journalistes de TV6 avec des proches du Kremlin. La Russie est, cette année encore, le pays d’Europe où le plus de journalistes ont été tués dans l’exercice de leur profession. Trois journalistes ont été assassinés, selon toute vraisemblance à cause des sujets qu’ils couvraient, affaires de corruption ou problèmes écologiques, sans qu’aucune enquête aboutisse. Quatre autres journalistes ont perdu la vie dans des accidents ou en couvrant la guerre en Tchétchénie. Enfin, loin des regards, des dizaines de journalistes locaux subissent l’arbitraire des pouvoirs régionaux, les procès des officiels et de nombreuses agressions.

Dix journalistes tués

En 2002, sept journalistes ont été tués pour des raisons professionnelles ou sont morts dans l’exercice leur profession.
Le 8 mars, des ambulanciers retrouvent Natalia Skryl, correspondante du journal Nashe Vremia, de Rostov-sur-le-Don (Sud), inconsciente et blessée à la tête, dans une rue proche du domicile de ses parents à Taganrog. La journaliste décède à l’hôpital. L’argent qui était dans son sac n’a pas été volé. Selon la rédactrice en chef de Nashe Vremia, Vera Ujanskaia, Natalia Skryl travaillait sur un reportage consacré à une usine métallurgique de Taganrog et à la construction d’une usine chimique "Metanol" au bord de la mer d’Azov (Sud), dans lequel elle critiquait l’utilisation du charbon par les dirigeants industriels. Elle s’intéressait également à des opérations financières d’investisseurs moscovites et s’occupait des problèmes d’accès à l’information des journalistes. Au début de l’enquête, le parquet de Taganrog envisage la possibilité que le meurtre de la journaliste soit lié à son activité professionnelle, mais le 25juillet, les enquêteurs abandonnent cette piste. Le 11septembre, l’enquête est close, sans que les assassins aient été identifiés.
Le 1er avril, le corps de Sergeï Kalinovski, rédacteur en chef du quotidien Moskovky Komsomolets Smolensk (édition locale), animateur d’une émission télévisée d’information sur SCS TV (chaîne de télévision locale) et d’une émission politique sur une radio locale, est retrouvé mort en banlieue de Smolensk. Le 14 décembre2001, il avait disparu après avoir quitté son domicile. Fin mars 2001, son appartement avait été incendié. Le journaliste pensait que cet incident était lié à ses articles sur des sujets criminels et politiques. Dans son journal, il parlait de conflits entre la mafia, le parquet local et la police locale. Au 1erjanvier 2003, l’enquête est en cours.
Le 28 avril, Igor Gareev, opérateur de la radio Krasnoyarsk Stata TV, Natalia Pivovarova, correspondante de la chaîne de télévision 7 Chanal, et Konstantin Stepanov, correspondant du quotidien Segonyashnyaa Gazeta, sont tués avec le général Alexandre Lebed (gouverneur de Krasnoïarsk) dans le crash d’un hélicoptère Mi-8 au-dessus de Ermakovsk (région de Krasnodar). L’examen de la boîte noire révèle que les pilotes savaient, avant de décoller, que les conditions météorologiques étaient mauvaises. Le copilote était peu expérimenté. A ce stade de l’enquête, il n’est pas possible de déterminer s’il s’agit d’un accident ou d’un attentat contre le général Lebed.
Le 29 avril, Valery Ivanov, rédacteur en chef, directeur de l’hebdomadaire Toliatinskoie obosrenie et propriétaire de LadaTV, est criblé de balles devant son domicile, à Toliatti (région de Samara). Le journaliste menait des enquêtes sur la corruption et sur des luttes de pouvoir entre des groupes criminels pour contrôler l’usine automobile AvtoVAZ. Il avait déjà été menacé à plusieurs reprises et s’attendait à être assassiné. Ses collègues et lui-même avaient prévenu à maintes reprises la police mais rien n’avait été mis en place pour assurer leur protection. Valery Ivanov était également élu au Parlement local. Son journal avait participé activement à la campagne électorale pour la Douma municipale. Le 17 mai, le parquet général dépêche à Toliatti le procureur général adjoint, Vladimir Kolesnikov. Selon le procureur de la région de Samara, Alexandre Efremov, onze enquêteurs de la région, de la ville et du bureau du procureur du district travaillent sur l’affaire. Ils envisagent tous les scénarios, dont ceux du "combat mené par Ivanov contre les groupes criminels de Toliatti, les autorités corrompues et la corruption au sein de l’usine AvtoVAZ, mais aussi les liens avec son travail de député". Au 1er janvier 2003, aucun suspect n’a été arrêté.
Le 26 septembre, Roderick John Scott, cameraman free-lance de nationalité britannique, trouve la mort en Ingouchie (Caucase), au cours d’un échange de tirs entre un groupe de combattants tchétchènes et l’armée russe. Son corps est découvert par les forces russes parmi les rebelles tchétchènes tués dans le village de Galachki. Le journaliste suivait un groupe de rebelles tchétchènes dans les Gorges de Pankissi, en Géorgie, et devait les accompagner jusqu’en Tchétchénie. Les autorités ingouches refusent de l’enterrer, clamant qu’il faisait partie du groupe des "terroristes". Roderick Scott couvrait à son propre compte, depuis plusieurs années, le conflit en Tchétchénie et travaillait régulièrement pour l’agence de presse FrontlineTV.

Trois autres journalistes ont été tués en 2002, mais au 1er janvier 2003, rien ne permet d’affirmer que leur mort est liée à leurs activités professionnelles.
Le 20 juillet, Firat Valeev, rédacteur en chef de Vetchernu Neftekamsk, seul journal d’opposition en République de Bachkirie (à l’est de la Volga), décède après avoir été grièvement blessé dans un accident de la circulation. Son véhicule a heurté de plein fouet un camion. Le journaliste était régulièrement menacé et ses collègues n’excluent pas un meurtre commandité. Edité depuis sept ans hors de Bachkirie, le journal de Firat Valeev publie souvent des articles très critiques sur le président bachkir et dénonce la corruption du pouvoir.
Le 18 août, Nikolaï Vasiliev, journaliste pour Sovestkaya Tchouvachia et rédacteur en chef adjoint du journal Vesti Tchouvachie, deux journaux de la République de Tchouvachie (est de Moscou), est retrouvé mort près de son domicile. L’ami qui l’accompagnait est blessé, et le journaliste a été volé. Nikolaï Vasiliev est connu pour ses publications sur des problèmes politiques et sociaux de la région. Ses collègues n’excluent pas que sa mort soit liée à son activité professionnelle.
Le 4 septembre, le corps de Leonid Kousnetsov, rédacteur en chef du journal local Metcherskaya nov de Mechersk (Centre), est retrouvé mort sur la route de la ville de Kassimov (Centre). Les enquêteurs envisagent une collision avec une voiture. Metcherskaya nov, publié aux frais du journaliste et grâce aux participations des lecteurs, est jugé trop critique par les autorités locales. Ses collègues estiment qu’il gênait de nombreuses personnes.

Nouveaux éléments sur des journalistes tués avant 2002

Le 26 juin 2002, les six accusés du meurtre de Dmitri Kholodov, journaliste du quotidien Moskovsky Komsomolets, sont acquittés par le tribunal militaire de Moscou. Dmitri Kholodov, qui enquêtait sur la corruption dans l’armée russe, avait été tué en octobre 1994 par l’explosion d’une mallette piégée, censée contenir des documents officiels. Le rédacteur en chef du quotidien avait immédiatement mis en cause les services de contre-espionnage et le ministre de la Défense, le général Pavel Gratchev. Le procès s’était ouvert en novembre 2000. Le 7 juin, des peines allant de neuf à quinze ans de prison ont été requises contre les six accusés, l’ancien chef des renseignements des troupes aéroportées, le colonel Pavel Popovskikh, un commandant d’unités de parachutistes, Vladimir Morosov, deux de ses adjoints, Alexandre Soroka et Konstantin Mirzaïants, le directeur adjoint d’une agence de gardes du corps, Alexandre Kapountsov, et un ancien officier devenu homme d’affaires, Konstantin Barkovski. Le 27 juin, le parquet général conteste la décision du tribunal. Le procureur Irina Alechina déclare avoir reçu des menaces au cours de l’enquête et avoir été obligée de prendre un garde du corps. On lui aurait également proposé un pot-de-vin pour clore l’enquête.
Le 22 février, Yurii Korolev, chef du département de la police criminelle du ministère de l’Intérieur, déclare que son agence a identifié l’assassin présumé de Vladimir Listiev, directeur général de la Télévision ORT tué en 1993, et qu’un mandat d’arrêt fédéral et international a été délivré. Il ajoute que les suspects résident à l’étranger.

Trois collaborateurs des médias tués

Le 20 mai 2002, Alexandre Plotnikov, propriétaire du quotidien régional de Tumen (Sibérie) Gostini dvor, est tué par balles. Les enquêteurs estiment qu’il s’agit d’un meurtre commandité lié à un conflit financier au sein du journal. Peu de temps auparavant, les partenaires du directeur avaient viré toutes les actions du journal sur leurs comptes bancaires personnels et entamé une procédure de mise en liquidation du journal. Alexandre Plotnikov avait gagné une action en justice contre eux. Ses partenaires lui avaient déjà interdit l’accès de leurs bureaux et, le 20 mai, jour de son assassinat, il allait tenter d’y accéder à nouveau.
Le 18 janvier, le corps de Svetlana Makarenko, responsable du service publicitaire du journal Volnaya Kouban, est trouvé près de son domicile. Les policiers examinent plusieurs pistes, y compris celle d’un crime lié à son activité professionnelle. Cependant, rien ne permet de l’affirmer.
Le 4 mars, Konstantin Pogodine, responsable du service publicitaire de l’hebdomadaire Novoye delo, est retrouvé mort dans un appartement, à Nijni Novgorod (Centre de la Russie occidentale), tué à coups de couteau. Les policiers n’excluent pas que ce meurtre soit lié à son activité professionnelle. Mais rien ne permet de l’affirmer.

Deux journalistes disparus

Le 26 février 2002, le parquet de Tchétchénie ouvre une enquête judiciaire sur la disparition de Iles Magamedov, directeur de la chaîne de télévision privée Grozny, vu pour la dernière fois le 22 février. Le journaliste était par ailleurs très lié au chef de l’administration tchétchène prorusse Akhmad Kadirov.
Début mars, Khanpachi Terkibaiev, journaliste de la Télévision tchétchène, disparaît après avoir été interpellé chez lui par des miliciens tchétchènes prorusses dans le village de Mesker-Urt dans la région de Chali. Célèbre en Tchétchénie, le journaliste collaborait avant la guerre à la chaîne télévisée du président Aslan Maskhadov, mais n’y travaillait plus depuis deux ans.
Nouveaux éléments sur un journaliste disparu avant 2002
Le 17 mai 2002, le parquet général de Moscou se saisit du dossier concernant la disparition de Vladimir Kirsanov, rédacteur en chef du journal privé Kurganskie Vesti, disparu à Kourgan le 17 mai 2001, et accepte de mener une nouvelle enquête. Une première enquête en février 2002 n’avait pas permis de retrouver le corps du journaliste et d’élucider les circonstances exactes de sa disparition. Au 1er janvier 2003, l’enquête n’a toujours pas abouti. Vladimir Kirsanov était connu pour son engagement aux côtés de l’un des candidats au poste de gouverneur de la province, lors des élections législatives régionales de décembre 2000.

Un journaliste incarcéré

Au 1er janvier 2003, Grigory Pasko, journaliste militaire de Vladivostok pour le quotidien de la marine Boevaya Vakhta jusqu’en 1997, est toujours emprisonné. Le 16 janvier 2002, il a refusé une grâce présidentielle, qui aurait impliqué une reconnaissance de sa culpabilité. Condamné le 25 décembre 2001 à une peine de quatre ans de prison pour "haute trahison", il voit sa peine confirmée en appel le 25 juin 2002 par la Chambre militaire de la Cour suprême. En février, la même Cour a pourtant jugé non valable la base légale ayant permis cette nouvelle condamnation. En août, Oleg Mironov, le médiateur russe, dit "ombudsman", s’adresse à la Cour suprême en soulignant le fait que la culpabilité du journaliste n’a pas été prouvée au cours du procès. Déjà incarcéré pendant vingt mois, de 1997 à 1999, avant même d’être jugé, Grigory Pasko a été condamné pour avoir longuement enquêté et écrit des centaines d’articles sur la pollution due au quasi-abandon, avec la complicité du FSB (ex-KGB), des sous-marins nucléaires de l’armée russe et avoir rendu publiques des images de déversement de déchets radioactifs liquides par la flotte russe en mer du Japon. Diffusées par la télévision japonaise NHK, ces images avaient suscité de vives réactions internationales. Transféré depuis le 10 septembre dans une colonie pénitentiaire de la région d’Oussouriisk (Extrême-Orient), après avoir passé presque dix mois dans une cellule isolée de la maison d’arrêt de Vladivostok, il travaille dans un atelier de menuiserie six jours par semaine et n’a le droit de voir sa famille que tous les trois mois. Nommé pour le prix Sakharov du Parlement européen, Grigory Pasko reçoit, le 10 décembre, le Prix Reporters sans frontières-Fondation de France. Le 24 décembre, une requête est déposée auprès de la Cour européenne des droits de l’homme. Simultanément, le Présidium de la Cour suprême rejette une demande de réexamen de la condamnation de Grigory Pasko. Arrivé le 25 décembre aux deux tiers de sa peine, une libération prochaine pour bonne conduite est légalement possible dans les premières semaines de l’année 2003, mais rien ne laisse espérer un fonctionnement indépendant de la justice qui, depuis le début de l’affaire, cède aux pressions des plus hautes sphères politiques.

Quatorze journalistes interpellés

Le 9 février 2002, Anna Politkovskaia, reporter pour le quotidien Novaya Gazeta, est arrêtée par des militaires russes dans la région de Chatoï (sud de la Tchétchénie), pour avoir "enfreint les règlements en vigueur pour les journalistes". Depuis juillet 2001, il est en effet interdit aux journalistes accrédités de se déplacer en Tchétchénie sans être accompagnés d’un agent du ministère de l’Intérieur. La journaliste parvient à s’échapper après avoir été escortée jusqu’à la base militaire locale où elle devait être évacuée de Tchétchénie.
Le 15 mars, Alexei Malkov, journaliste de l’émission "Criminal" de la chaîne de télévision NTV, et Dobriana Morgatchev, cameraman, sont brièvement interpellés par la police à la gare de Kazan à Moscou où ils réalisent un reportage sur une opération du département de lutte contre le crime organisé. Les journalistes n’auraient pas eu l’autorisation de réaliser ce reportage.
Le 20 mars, Timour Doktorov, correspondant du journal Komsomolskaya Pravda - Krasnoiarsk, et Serguei Kamskov, correspondant de l’agence d’information Press-line, sont interpellés par des policiers dans la résidence du gouverneur Alexandre Lebed aux environs de Krassnoiarsk (Sud) où ils sont venus enquêter sur la préparation de la visite du président Poutine. Les journalistes sont retenus pendant une heure.
Le 25 avril, la photographe du quotidien Nesavissimaya gazeta, Natalia Preobrajenskaia, est interpellée par la police sur la place Rouge à Moscou, où elle couvre une manifestation du mouvement écologiste. Sa carte de presse et sa pellicule sont confisquées.
Le 3 août, Irina Ossipova, journaliste de la chaîne de télévision locale Studio 41, et son cameraman Evgueni Lapidous sont interpellés et retenus pendant cinq heures alors qu’ils réalisent un reportage sur une manifestation de skinheads devant le consulat américain à Ekaterinbourg. Les policiers frappent Irina Ossipova et s’emparent des téléphones portables des deux journalistes, en leur expliquant qu’il est interdit de filmer devant le consulat.
Le 14 août, Rouben Digilio et Claudio Savoia, deux journalistes argentins du quotidien Clarin, sont interpellés au bord de la rivière Techa dans la région de Tcheliabinsk, ainsi que leur traducteur et le dirigeant de l’organisation écologique Techa, Gosman Kabirov. Les journalistes se trouvaient dans le village de Muslumovo, connu pour la dégradation de son environnement du fait des déversements de déchets radioactifs dans la rivière Techa par l’entreprise chimique Maiak. Les journalistes sont libérés après quelques heures et conservent leurs films.
Le 26 octobre, le journaliste azerbaïdjanais Nariman Mehdiyev, de la télévision Azerbaijani Lider, est interpellé par les services de sécurité alors qu’il réalise un reportage près du théâtre moscovite où sept cents personnes sont retenues en otages par des combattants tchétchènes. Le journaliste est retenu pendant sept heures avant d’être libéré. Nariman Mehdiyev aurait été soupçonné d’avoir des liens avec les terroristes, à cause de son physique caucasien.
Le 28 novembre, une équipe de la chaîne de télévision AS Baikal est interpellée à Irkoutsk alors qu’elle réalise un reportage dans les locaux de la police. Le journaliste Alexandre Matryonin et le cameraman Evgueni Alkov sont retenus six heures par la police et la caméra de l’équipe est endommagée. Les journalistes avaient pourtant obtenu une accréditation officielle pour effectuer leur reportage.
Le 17 décembre, le correspondant de l’Agence France-Presse à Nazran (Ingouchie), Ali Astamirov, et deux membres de sa famille, sont interpellés devant son domicile et interrogés pendant deux heures dans les locaux de la brigade criminelle. Officiellement, les policiers vérifient s’il est impliqué dans une fusillade qui a eu lieu le jour même, mais le journaliste, dont les activités sont suivies de près par le FSB, estime que cette interpellation est un moyen de faire pression sur lui.

Dix-huit journalistes agressés

Le 13 janvier 2002, Oleg Gavrilov, rédacteur en chef du journal gouvernemental Touvinskaya pravda à Touva (sud de la Sibérie), est frappé par des inconnus et s’entend dire :"Tu ne vas plus écrire ce que tu écris." D’après le journaliste, cette agression serait liée aux articles publiés dans Touvinskaiia pravda sur des candidats à l’élection présidentielle dans la République de Touva, prévues en mars.
Le 5 février, Sergueï Leïbgrad, rédacteur en chef de la radio Ekho Moskvy à Samara (région de la Volga) et directeur de l’émission de satire politique hebdomadaire "Metabola" sur la chaîne de télévision locale privée Terra, est passé à tabac par des inconnus devant son domicile. Les agresseurs volent également ses documents et déclarent : "Voilà, on t’a eu". Le journaliste se montre très critique envers le maire de Samara, Géorgui Limanski, et un ancien député ultranationaliste de la Douma de Samara, Albert Macachov. Sergueï Leïbgrad a déclaré avoir reçu des menaces téléphoniques avant l’agression.
Le 28 février, Marina Popova, journaliste pour le journal Moskovsky Komsomolets - Vladivostok, est violemment frappée par des inconnus. Quelques jours auparavant, elle avait publié un article sur la prostitution dans la région, établissant des liens entre des réseaux criminels et un responsable de la police. La journaliste avait reçu des menaces de mort des accusés au cours du procès lié à son l’article.
Le 27 mars, des inconnus tirent sur la voiture de Alikhan Gouliev, correspondant de la Chaîne de télévision républicaine d’Ingouchie, devant le bâtiment de la Cour suprême d’Ingouchie à Nazran. Le même jour, la Cour doit examiner la plainte du journaliste accusant l’ancien ministre de l’Intérieur d’Ingouchie, Khamsat Goutseriev, d’avoir violé la loi électorale.
Le 10 avril, Igor Rodionov, rédacteur en chef du journal Moskovsky Komsomolets v Altaï, est agressé au couteau par deux inconnus alors qu’il se rend à la rédaction. Le journaliste devait rencontrer le procureur local afin de recueillir des éléments pour un article. Igor Rodionov a déclaré avoir reçu des menaces un mois avant cette attaque.
Le 12 avril, Yan Svider, journaliste du journal d’opposition Vozrozhdenyie, est attaqué par deux inconnus dans l’entrée de son immeuble, à Tcherkessk, en Karatchaevo-Tcherkessie. Il est hospitalisé pour de multiples fractures. Yan Svider est connu pour ses articles critiques à l’égard du président de Karatchaevo-Tcherkessie et du gouvernement.
Le 27 mai, Ravil Rostiamov, directeur de la radio privée tatare Doulkin, est frappé par des inconnus en face du ministère de la Presse à Moscou. Le journaliste s’était rendu à Moscou pour assister au procès engagé contre le ministère de la Presse du Tatarstan qui avait attribué la fréquence de Doulkin à une autre radio. Il est hospitalisé suite à cette agression.
Le 9 juin, lors d’une projection publique du match de football entre le Japon et la Russie sur une place près du Kremlin, les photographes Vladimir Gerdo, du quotidien Vetchernyaya Moskva, Serguei Chirikov, de l’agence EPA, et Serguei Ponomarev, du quotidien Kommersant, sont frappés par des supporters, qui mettent également le feu au véhicule de la chaîne de télévision VGTRK.
Le 14 juin, German Galkine, rédacteur en chef adjoint du journal Vetcherni Tcheliabinsk et président de l’antenne locale du parti d’opposition Russie libérale, est agressé devant son domicile à Tcheliabinsk (proche de la frontière kazakhe). Ce journaliste est connu pour ses articles critiques à l’égard de l’administration locale et du gouverneur de la région, Piotr Soumine. German Galkine souffre de blessures légères.
Le 18 août, Anna Veselova, journaliste, et Serguei Krassnov, cameraman de la chaîne de télévision TNT, sont agressés et empêchés de tourner dans les locaux de l’organisation des invalides à Nijni Novgorod (centre de la Russie occidentale) où le député de la Douma locale, Mikhaïl Dikoi, a installé son état-major électoral. Le cameraman est frappé par des conseillers du député et conduit à l’hôpital.
Le 20 août, Letchi Saligov, rédacteur en chef du journal tchétchène Justice et adjoint du député de la Douma Viktor Tcherepkov, est frappé par deux inconnus. Cette agression pourrait être liée à la publication d’un article critique à l’égard d’un responsable de la diaspora tchétchène à Moscou. Le journaliste avait reçu des menaces juste après cette publication.
Le 11 septembre, les locaux de l’hebdomadaire Lioubimy Gorod, situés dans le centre-ville de Penza, font l’objet d’une expédition punitive. Le rédacteur en chef, Anton Charonov, est violemment frappé au visage par deux inconnus qui se présentent à la rédaction en déclarant vouloir le rencontrer. Cinq de ses collaborateurs sont également frappés. Anton Charonov estime que cette agression est liée à un certain nombre d’enquêtes publiées dans le journal, dénonçant notamment des cas de corruption.
Le 25 septembre, Alexandre Kizlov, ancien correspondant du quotidien de Moscou Izvestia et fondateur de plusieurs journaux d’opposition dans la région de Penza (sud de Moscou), est violemment agressé devant son domicile. Il est hospitalisé et souffre d’une commotion cérébrale, de blessures au visage et d’une jambe cassée. Personnalité importante de la vie publique régionale, Alexandre Kizlov est également responsable du mouvement civil Rossia qui a apporté son soutien à plusieurs candidats au poste de gouverneur. Son agression pourrait avoir été motivée soit par son ancien travail de journaliste, soit par son activité d’opposant politique.
Le 30 septembre, Tatiana Koukhalskaïa, correspondante du journal Pskovski roubej à Pskov, est agressée par un inconnu alors qu’elle s’apprête à rencontrer une femme devant lui donner des informations pour l’enquête qu’elle mène sur Evgueni Likhatan, vice-président du comité municipal en charge des attributions des marchés publics. Le 27 septembre, elle avait déjà été menacée par un commissaire et frappée par des policiers, dans les bureaux du ministère de l’Intérieur où elle s’était rendue pour la même enquête La journaliste affirme que le commissaire Soulimtchouk l’a menacée afin qu’elle révèle ses informations.
Le 21 décembre, Oleg Tchougouev, rédacteur en chef du quotidien local Molodoï Dalnevostotchnik, et Irina Polnikova, épouse de ce dernier et journaliste pour la même publication, sont passés à tabac par des hommes masqués devant leur domicile. Les inconnus s’enfuient sans rien voler et les deux journalistes sont hospitalisés dans un état grave. Le quotidien a dénoncé à plusieurs reprises des groupes criminels. Il a également été en procès contre un groupe de skinheads. La police a ouvert une enquête.

Deux journalistes menacés

Le 11 mars 2002, Sergueï Solovkin, correspondant pour le bihebdomadaire Novaya Gazeta à Sotchi (Sud), spécialisé dans les enquêtes sur la corruption dans la région de Krasnodar, fait l’objet d’une tentative d’assassinat à l’arme à feu dans une rue de la ville. Le tueur à gages est interpellé en flagrant délit et incarcéré. Les commanditaires n’ont pas été identifiés. Le journaliste s’est exilé temporairement en Allemagne.
Le 15 octobre, Tatiana Markevich, l’épouse d’Edouard Markevich - journaliste, assassiné le 18 septembre 2001 - et rédactrice en chef du journal Novy Reft, déclare lors d’une conférence de presse à Ekaterinbourg (proche de la frontière kazakhe) qu’elle a été menacée à plusieurs reprises, et qu’elle est obligée de fermer le journal et de quitter la localité de Reftinskii. Le 9 octobre, des inconnus avaient essayé de brûler la porte de son appartement et une fenêtre avait été cassée.

Pressions et entraves
En janvier 2002, la parution de l’hebdomadaire indépendant d’opposition Adigué Hekou est entravée par les autorités de Kabardino-Balkarie, petite république du Caucase de 800 000 habitants, au cours de la campagne de l’élection présidentielle, suite à la publication d’articles mentionnant des candidats d’opposition et dénonçant l’illégalité des élections. Les propriétaires des locaux du journal, ainsi que les journalistes, sont systématiquement menacés. Le journal est exclu du système de distribution officiel et les tirages sont régulièrement saisis. Le rédacteur en chef Valery Hataschoukov est interpellé à plusieurs reprises par la police qui chercheà savoir qui finance la publication.
En janvier, l’imprimerie de Zelenodolsk, au Tatarstan, refuse d’imprimer le journal Dobry Sosiedi de la République Mari-el (Volga), déjà interdit de publication en mars 2001. A l’époque, les présidents des républiques de la région de la Volga (le Tatarstan, la Tchouvachie, la Mordovie, la Kalmoukie et la République Mari-el) ont passé un accord officieux qui interdit la publication de tous les journaux d’opposition sur l’ensemble du territoire de ces républiques.
Le 11 janvier, un responsable régional annonce que la région de l’Extrême-Orient se dote d’une commission pour la sécurité de l’Information, chargée d’empêcher la publication de secrets d’Etat ou d’informations "nuisibles à la Russie". La commission est composée d’experts, de membres des services secrets et du service des écoutes et communications gouvernementales.
Le 11 janvier, la Cour suprême d’arbitrage de Moscou confirme la mise en liquidation de TV6, la dernière chaîne de télévision indépendante d’audience nationale. La plainte visant à faire fermer la chaîne de télévision TV6 pour "mauvaise gestion" avait été déposée en septembre 2001 par la compagnie pétrolière d’Etat Loukoïl-Garant, actionnaire de TV6 à hauteur de 15 % via un fonds de retraite. La chaîne TV6, dont Boris Berezovski était le principal actionnaire, avait accueilli en mai 2001 les journalistes de la chaîne d’opposition NTV, eux-mêmes évincés après la prise de contrôle de leur média par le géant gazier Gazprom, orchestrée par l’Etat. La chaîne s’était montrée très critique envers le pouvoir. Le 22 janvier, le ministère de l’Information retire sa licence à TV6, entraînant la cessation des émissions. La chaîne conteste la légalité de ce retrait, mais la plainte est rejetée le 28 février. Le 4 mars, les journalistes de TV6 créent une nouvelle société de télévision qui se porte candidate à un appel d’offres pour la réattribution de la fréquence. Mais le 7 mars, ils abandonnent leur candidature pour se rallier au projet "Mediasocium" de l’ancien Premier ministre Evgueni Primakov et du chef de l’Union patronale, Arkadi Volski, proches de Vladimir Poutine. Le 27 mars, les journalistes de TV6 récupèrent la licence de diffusion de la chaîne. Le 12 avril, la société MNVK, ancien propriétaire de TV6 contrôlée par Boris Berezovski, dépose une plainte devant la Cour européenne des droits de l’homme de Strasbourg pour contester la mise en liquidation de TV6. Le 29 mai, un tribunal oblige la chaîne à reprendre ses émissions. Le 1erjuin, la chaîne, rebaptisée TVS, fonctionne à nouveau avec l’ancienne équipe de journalistes et Evgueni Kisselev comme rédacteur en chef. Le 4 juin, MNVK annonce avoir fait appel de la réattribution de sa fréquence. Mi-juillet, une cour d’arbitrage de Moscou juge illégale la fermeture de TV6.
Le 14 janvier, Mikhaïl Lessine, ministre de l’Information, gagne un procès en diffamation contre Igor Malashenko, directeur adjoint de Media-MOST. Au cours d’une émission, ce dernier avait affirmé, en septembre 2000, que le ministre avait proposé au directeur de Media-MOST, Vladimir Goussinski, de le faire sortir de prison en échange du contrôle de la chaîne de télévision NTV. La cour condamne Igor Malashenko à diffuser un démenti sur la chaîne.
Le 30 janvier, Vladimir Poutine rejette un amendement à la loi sur les médias, qui aurait permis aux non-résidents de posséder des chaînes de télévision. La loi du 6juillet 2001, qui reste en vigueur, refuse ce droit aux étrangers et aux personnes ayant la double nationalité.
Début février, Alexeï Venediktov, rédacteur en chef de Ekho Moskvy, la seule radio d’information de large audience à maintenir une ligne indépendante et un ton critique vis-à-vis du pouvoir, affirme que la société Gazprom a manifesté son intention de changer la direction de la station et menace son indépendance éditoriale. Depuis avril 2001, le géant gazier Gazprom contrôlé par l’Etat possède 50 % des parts de la station de radio. Peu de temps auparavant, Ekho Moskvy avait accueilli des journalistes de la télévision d’opposition TV6, fermée par les autorités. Propriétaire de 34 % des parts de la station, le collectif des journalistes propose, en vain, de racheter une partie des actions de Gazprom. Le 26 février, Alexeï Venediktov annonce qu’il quittera son poste le 31 mai, lors de la réunion extraordinaire des actionnaires visant à remplacer la direction de la radio, et qu’il renonce à défendre l’indépendance de sa station face à sa "nationalisation". Le 29juin, les journalistes d’Ekho Moskvy obtiennent cependant gain de cause avec l’élection d’un nouveau conseil d’administration qui garantit l’indépendance de la radio et le maintien à son poste d’Alexeï Venediktov jusqu’en janvier 2003, échéance à laquelle le groupe Gazprom a déclaré vouloir vendre les médias qu’il contrôle. En parallèle, les journalistes ont gagné, le 27 février, un concours fédéral d’attribution de fréquences qui leur permet de monter un nouveau projet de radio, la radio Arsenal. Celle-ci émet sur Moscou et la région moscovite à partir du 1er novembre, et regroupe une soixantaine de journalistes d’Ekho Moskvy. Alexei Venediktov garde 18 % d’actions de Ekho Moskvy.
Le 20 février, Grigori Nazarenko, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Delovoy Sayanogorsk, est interpellé par le service de sécurité de l’usine d’aluminium de Sayanogorsk (Khakassie, proche de l’Altaï) alors qu’il photographie des bâtiments de l’usine. Le service de sécurité expose sa pellicule à la lumière et le retient quelques heures.
Le 20 février, Nina Chafoutdinova, journaliste de Permskiei novosti, est convoquée au parquet militaire de la garnison de Perm. Le 1er février, elle avait publié un article sur le suicide d’un appelé traumatisé par le bizutage violent qu’il avait subi.
Le 21 février, le département du FSB du Caucase menace Anna Politkovskaia, reporter du quotidien Novaya Gazeta, de demander au département de l’Information de ne pas lui donner d’accréditation pour pouvoir travailler en Tchétchénie. Le 28 février, Novaya Gazeta annonce qu’il va porter plainte contre le FSB.
Le 27 février, un tribunal de Kirov examine la plainte du gouverneur de la région, Vladimir Sergeenkov, contre la rédaction du journal Viatsky nabludatel. Dans le cadre d’un concours annoncé par le gouverneur, ce journal avait publié une histoire drôle sur le gouverneur. Le tribunal condamne la rédaction à une légère amende pour le préjudice moral subi.
Le 2 mars, l’appartement de Natalia Kolokoltchikova, rédactrice en chef adjointe du journal d’opposition Stolitsa, de Petrasovodsk, est incendié par des inconnus. Le journal de Carélie a été pris pour cible à plusieurs reprises à la veille des élections régionales.
Le 15 mars, des inconnus brûlent la porte de l’appartement de Vladimir Maltzev, rédacteur en chef du journal Dobry Sosiedi à Iochkar-Ola, capitale de la République Mari-el (nord de la Volga). Le journal a déjà été condamné à une faible amende pour diffamation après un article critiquant le président de la République, Leonid Markelov.
Le 20 mars, la commission régionale de Mourmansk (Nord) donne l’ordre d’arrêter le tirage du journal Nord-Vest kourier. Le journal a publié le même jour un article qui accuse le député de la Douma locale, Serguei Gabrielin, d’avoir acheté des électeurs pour l’élection du 24 mars.
Le 25 mars, le gouvernement de la région de Saratov définit de nouvelles règles d’accréditation privant de leur accréditation les médias qui n’ont rien écrit sur le gouvernement régional depuis trois mois.
Le 27 mars, la projection du film "Attentat contre la Russie" est interdite à Severodvinsk dans la région d’Arkangelsk (Nord-Ouest). Jugé "provocateur", le film produit par le milliardaire exilé Boris Berezovski et réalisé par des journalistes français, affirme que les attentats meurtriers qui ont eu lieu en 1999, et qui ont servi de justification à une nouvelle campagne militaire en Tchétchénie, ont été préparés par le FSB (ex-KGB). Le 10 mars, la douane de l’aéroport de Saint-Pétersbourg a également confisqué une centaine de cassettes vidéo du film au parlementaire Iouli Rybakov, sous prétexte qu’il n’a pas rempli les déclarations requises. Ce dernier projetait d’en distribuer des exemplaires à d’autres parlementaires de la Douma.
Le 30 mars, une enquête judiciaire est ouverte à l’encontre d’Igor Zotov, rédacteur en chef du quotidien Nezavissimaïa Gazeta, propriété de l’homme d’affaires Boris Berezovski. Il est poursuivi pour la publication, le 21novembre 2001, d’un article jugé diffamatoire envers la juge moscovite Olga Egorova. Au 1er janvier 2003, aucune suite n’a été donnée aux poursuites.
Dans la nuit 13 au 14 avril, une charge légère de TNT explose près de la porte de l’appartement d’Anatoli Yassenin, rédacteur en chef du quotidien Vetcherny Novotcherkassk, sans faire de blessés. Le journal est en conflit avec le maire de Novotcherkassk, Anatoli Volkov, et fait l’objet de poursuites judiciaires par les autorités. La semaine précédant l’incident, Vetcherny Novotcherkassk avait mentionné une enquête du parquet local sur des irrégularités dans la privatisation de certains services municipaux.
Le 22 avril, Yana Porubova, journaliste pour le journal D.S.P. (Delovoye Saint-Petersbourg) à Ekaterinbourg, est condamnée à un an et demi de prison pour calomnie (art. 129 du code pénal), à cause d’un article évoquant une liaison entre le chef du gouvernement local, Alexei Vorobiev, et le sénateur Sergei Kaptchouk. La journaliste est immédiatement amnistiée.
Le 23 avril, l’émission populaire "Je le crois", de la chaîne de télévision d’Etat de la République Mari-el, est interdite de diffusion par la rédaction de la chaîne au prétexte qu’un intervenant de l’émission, Anatoli Alexandrov, a exprimé son point de vue sur la création de l’organisation progouvernementale Le congrès national de Mari-el. L’émission n’a pas repris.
Le 26 avril, Andrei Antonov, correspondant de l’agence Prima, est chassé de la salle du tribunal où se déroule le procès de militants écologistes et de journalistes interpellés le 25 avril sur la place Rouge à Moscou, alors qu’ils manifestaient en souvenir de la catastrophe de Tchernobyl. Le 6mai, Alexandre Podrabinek, rédacteur en chef de l’agence Prima, adresse un courrier de protestation au procureur général Vladimir Oustinov et demande, sans succès, que le juge soit poursuivi pour avoir empêché l’activité professionnelle du journaliste (article 144 du code pénal).
Le 27 avril, Nikolaï Donskov, rédacteur en chef de l’édition pétersbourgeoise du bihebdomadaire indépendant Novaya Gazeta, est convoqué au parquet pour un interrogatoire. Le 19 mars, une enquête a été ouverte sur le journal suite à la publication d’un article sur les activités du procureur et du procureur adjoint de la ville.
Le 24 mai, le journaliste Ivan Goussev, du journal d’opposition Stolitsa de Petrasovodsk (Carélie), est condamné à une double amende : 15000roubles (450euros) de dommages et intérêts et 70000roubles (2100euros) pour dommage moral. En juillet 2001, le journaliste avait publié un article qui accusait Roman Taratounine, avocat et fils de Boris Taratounine - le président de la Cour suprême de Carélie -, d’avoir gagné un procès grâce à l’appui de son père. Le 4 janvier2002, le parquet local avait fait saisir les biens du journaliste. Le 5septembre, sa peine est annulée.
Dans la nuit du 29 au 30 mai, deux hommes armés s’introduisent dans l’appartement où Nur Dolay, journaliste pour l’hebdomadaire français Courrier international, séjourne à Nalchik (Kabardino-Balkarie, Caucase). Ils la ligotent, la bâillonnent et fouillent ses affaires à la recherche des cassettes d’un reportage à peine tourné sur un opposant au président Valery Kokov. Elle n’est délivrée que le lendemain matin par un visiteur.
Le 7 juin, des huissiers viennent faire l’inventaire des biens du bihebdomadaire indépendant Novaya Gazeta, après la confirmation en appel d’une condamnation à payer 15 millions de roubles (550000euros) de dommages et intérêts à la Mezhprom Bank. La banque accuse le journal d’avoir causé sa faillite en publiant, en décembre 2001, un article qui dénonçait son implication dans une affaire de blanchiment d’argent sale. Le 22 février, le journal a également été condamné à payer 30 millions de roubles (1 100 000 d’euros) de dommages et intérêts pour diffamation envers Alexander Tchernov, président du tribunal de Krasnodar (Sud-Ouest). Ce dernier a porté plainte après la publication d’un article l’accusant de corruption. Fin juin, le journal et les plaignants trouvent un terrain d’entente, évitant la faillite de Novaya Gazeta.
Après avoir dénoncé, le 24 juin, au cours d’une conférence de presse au Kremlin, des fraudes électorales dans la République de Touva (Sibérie), Dina Oïun, rédactrice en chef du site Internet Touva-online, fait l’objet de poursuites judiciaires. Sholban Mongush, le président de la commission électorale, aurait affirmé que la journaliste devrait être punie si les accusations qu’elle a proférées se révèlaient fausses.
Début juillet, la Cour suprême réduit la peine de deux ans et demi de prison avec sursis d’Olga Kitova, correspondante du quotidien moscovite Obshchaya Gazeta et du quotidien régional de Belgorod (centre) Belgorodskaya Pravda, et député de la Douma régionale, à deux ans et un mois de prison avec sursis. La journaliste avait été interpellée le 21 mars 2001 pour ne pas avoir répondu à une convocation du parquet l’accusant d’"ingérence dans une instruction criminelle" et de "calomnie et diffamation". Elle avait publié dans le quotidien Belgorodskaya Pravda une série d’articles sur le déroulement d’une affaire de viol. Le 16 juillet, la Douma régionale avait levé son immunité parlementaire et, le 20décembre, sa peine de prison avec sursis avait été prononcée. Olga Kitova, qui déclare avoir reçu des menaces des représentants du tribunal local, ne peut plus exercer son activité de journaliste à Belgograd.
Le 4 juillet, la police confisque cent mille exemplaires de l’hebdomadaire Rabotchaya gazeta, dans lequel écrit le journaliste German Galkine. Le numéro du jour critique le gouverneur Konstantin Botchkarev. Le 5 novembre, le parquet général reconnaît illégale la confiscation du tirage du journal.
Le 5 juillet, le quotidien Molodoi kommunar est fermé par l’inspection sanitaire de Voronej (Sud). Le maire de la ville avait déclaré, quelques jours auparavant, qu’il voulait fermer le journal. Molodoi kommunar est connu pour ses articles critiques à l’égard du maire. Le journal n’a pas rouvert.
Le même jour, le maire de la ville de Strelna (environs de Saint-Pétersbourg) donne l’ordre de saisir tous les meubles et les ordinateurs de la rédaction du journal Strelna. Le maire aurait été mécontent que le journal devienne indépendant financièrement. Le journal ne paraît plus.
Le 7 juillet, des poursuites judiciaires sont engagées contre Olga Tcheroubina, rédactrice en chef du journal Naryana Vinder, publié par l’administration de la région des Nenets (Grand Nord), pour "abus de fonctions". La journaliste a été limogée de son poste la semaine précédente après qu’un pigiste du journal, Alexei Vassilivetski, avait posé une question au président Vladimir Poutine au cours d’une conférence de presse le 24 juin au Kremlin. Le pigiste avait mentionné l’implication du gouverneur de la région autonome des Nenets, Vladimir Boutov, dans des affaires de corruption et, suite à cette intervention, Vladimir Poutine avait promis d’en faire part à la justice. Le 24 juillet, la journaliste gagne son procès, mais ne récupère pas son poste.
Entre le 4 juin et le 25 septembre, l’émission politique de Valentina Bousmakova, "La cuisine politique", sur la chaîne de télévision régionale NNTV (Nijni Novgorod, centre de la Russie occidentale), est interdite quinze fois. Le 4 juillet, elle est supprimée du fait de la participation de l’ex-maire de la ville, Andrei Klimentiev. Le 17 juillet, l’interdiction est vraisemblablement liée à la participation dans l’émission du député Dmitri Saveliev. Le 9 août, l’émission est encore une fois interdite alors qu’elle doit présenter une interview du maire adjoint de la ville, Serguei Voronov, très critique vis-à-vis du gouverneur local.
Le 6 août, des cocktails Molotov sont jetés à travers les fenêtres des locaux du journal d’opposition Stefanovsky Bulvar, à Syktyvar, capitale de la République de Komi (nord-ouest du pays), causant des dégâts matériels. Le rédacteur en chef, Alexei Bouchoiev, lie cet incident à la fréquente publication d’articles critiquant les autorités locales.
Le 16 août, des soldats russes confisquent pendant quelques heures les accréditations et le matériel appartenant à des journalistes des chaînes publiques ORT et TV Tsenter, sous prétexte qu’ils ne sont pas accompagnés d’un représentant de l’armée russe, alors qu’ils interrogent des Tchétchènes fuyant le village de Chalaji (région d’Ourous-Martan, sud-ouest de la Tchétchénie), où les troupes russes effectuent une opération de "nettoyage".
Dans la nuit 20 au 21 septembre, des inconnus pénètrent dans le bureau de Evgueni Kosub, directeur général de la chaîne de télévision RVK à Vladivostok (Extrême-Orient russe) et volent son ordinateur portable et des documents. Ce dernier avait reçu des menaces un mois avant les faits. Au cours de l’été, les journalistes de la chaîne n’avaient pas obtenu la permission de couvrir la visite du président Poutine à Vladivostok et le directeur s’était vu à plusieurs reprises "conseillé" de changer le ton de ses émissions.
Le 4 octobre, le président Vladimir Poutine prive la radio Radio Free Europe (RFE), financée par le Congrès américain, de son statut particulier. L’ancien président Boris Eltsine avait signé un décret datant du 27 août 1991, qui précisait que RFE, brouillée à l’époque soviétique, obtiendrait tous les moyens de diffusion nécessaires. Le 2 avril, le lancement des émissions en langue tchétchène avait déclenché de vives réactions de Moscou, qui avait dénoncé auprès de l’ambassade des Etats-Unis un geste "non conforme à la lutte commune contre le terrorisme".
Le 8 octobre, Julie Chelamidova, rédactrice en chef du journal local Simbirsk vesti, est condamnée à une forte amende et à une année de travaux forcés pour calomnie contre le gouverneur de la région d’Oulianovsk (Volga), Vladimir Chamanov, suite à la publication d’un article qui critiquait l’entourage du fonctionnaire. La journaliste ne purge pas sa peine, mais son salaire a été diminué.
Le 9 octobre, l’imprimerie locale Periodika Mari-el rompt le contrat de l’hebdomadaire Iochkar-Ola, fondé par l’administration de la République Mari-el. Le 26septembre, la rédaction avait publié une lettre ouverte au gouverneur de la région, Sergei Kirienko, au sujet des problèmes de liberté d’expression dans la République.
Le 11 octobre, une décision ministérielle réduit encore plus les possibilités de couverture de la guerre en Tchétchénie. Elle définit une série de territoires, d’organisations ou d’établissements, y compris les "zones où des opérations antiterroristes sont en cours", dont l’accès n’est possible pour les citoyens étrangers que sur permission spéciale. La directive ne précise cependant ni comment obtenir cette permission d’entrer sur le territoire tchétchène, ni combien de temps cette permission est valable.
Le 18 octobre, le maire de la région de Sludiansk (environs d’Irkoutsk, Sibérie) interdit la publication du numéro du jour du journal municipal Slavnoye more à cause d’un article qui lui est hostile et exige de pouvoir lire les articles avant leur publication. Quelque temps auparavant, la rédactrice en chef, Irina Molchanova, avait soustrait le journal à la tutelle financière de l’administration municipale.
Le 25 octobre, le ministère russe de l’Information ordonne la fermeture de la chaîne de télévision régionale Moskovia pour "violation de la loi antiterroriste et de la loi sur l’information". La chaîne moscovite avait diffusé des propos selon lesquels les Caucasiens ont "tous le même visage pour les Moscovites", et personne ne voit de "différence entre les terroristes et les vendeurs caucasiens au marché". Le lendemain, la sanction est levée après une promesse écrite de la direction de "surveiller attentivement le contrôle des émissions".
Le même jour, le ministère de l’Information menace également de fermer le site Internet de la radio Ekho Moskvy parce qu’elle a diffusé une interview des preneurs d’otages tchétchènes qui retiennent plus de sept cents personnes dans un théâtre de Moscou. Le texte ayant été retiré du site, cette menace n’est pas mise en application. Mais le 26 novembre, Alexei Venediktov, le rédacteur en chef de la radio, doit remettre à un enquêteur du parquet général une cassette audio contenant l’interview d’un des Tchétchènes ayant participé à la prise d’otages.
Entre le 23 et le 26 octobre, au cours de la prise d’otages, le ministre de l’Information, Mikhaïl Lessine, met son veto à la diffusion sur la chaîne de télévision NTV d’une interview d’un des membres du commando tchétchène.
Suite à la rediffusion par la télévision publique tchèque, Ceska Televize, le 31 octobre, d’un documentaire sur le siège de Grozny par les troupes russes, le ministère des Affaires étrangères russe accuse la chaîne de faire la propagande du terrorisme international.
Le 1er novembre, l’hebdomadaire Versiya fait l’objet d’une perquisition par le FSB, qui confisque le serveur informatique du journal, officiellement à cause d’un article publié en mai. D’après le responsable de la rubrique "sécurité intérieure", Andrei Soldatov, cette opération est liée à la publication, le 4 novembre, d’un article sur l’intervention des forces spéciales lors de la libération des otages. Le FSB interroge Andrei Soldatov le 11 novembre, Rustam Arifdzhanov, le rédacteur en chef, le 12 novembre, et un technicien, le 14 novembre.
Le 1er novembre, l’ambassade de Russie en Allemagne adresse un courrier à Fritz Pleitgen, président de la chaîne de télévision publique allemande ARD, dans lequel les autorités russes jugent le traitement de la prise d’otages par les médias allemands, "mais en particulier par la première chaîne de télévision allemande, choquant, totalement intolérable et condamnable pour une institution publique". "Le montage partial" et "le choix des mots révoltants" des reportages ont pu permettre de douter de la volonté de Moscou de parvenir à une solution politique dans le conflit tchétchène, dit la lettre, avant de remettre en question la collaboration des autorités russes avec l’ARD.
Le 5 novembre, le site d’information chechen.ru est fermé par le FSB. Début décembre, Dmitri Chepchugov, chef du département de lutte contre la cybercriminalité du ministère de l’Intérieur, déclare que tous les sites Internet liés aux combattants tchétchènes ont été identifiés, et qu’un nombre indéterminé de sites ont été fermés.
Le 12 novembre, un tribunal de Moscou annule les poursuites engagées par un étudiant russe contre Klaus-Helge Donath, correspondant du quotidien allemand Tageszeitung en Russie, pour diffusion de fausses informations et calomnie contre le président Poutine. Mikhaïl Anichtchenko, un étudiant de Tchéliabinsk (Oural), avait porté plainte après la publication, le 7 mai 2001, d’un article où le journaliste critiquait une "Ode au président" dédiée à Vladimir Poutine écrite par l’étudiant russe. Il demandait le retrait de l’accréditation du journaliste et son expulsion.
Le 13 novembre, la Douma adopte en troisième lecture un amendement à la loi antiterroriste qui restreint considérablement la liberté des médias dans le pays et qui laisse présager une aggravation de la censure qui entoure, depuis de nombreuses années, le conflit tchétchène. Il prévoit d’interdire aux médias de diffuser des informations "empêchant la conduite d’une opération antiterroriste", ou visant à "faire la propagande de l’opposition à une telle opération ou à justifier cette opposition". Sa formulation floue autorise le pouvoir à poursuivre n’importe quel journaliste ou média qui traitera des questions liées au terrorisme ou à la Tchétchénie. Le 25 novembre, après de vives protestations des organisations de défense des droits de l’homme, Vladimir Poutine oppose son veto à cet amendement et demande aux deux chambres de former "une commission de conciliation afin de retravailler la formulation de l’amendement". Le texte doit être réexaminé début 2003.
Le 14 novembre, Irek Murtazin, directeur de la chaîne de télévision Tatarstan, propriété du gouvernement tatare (Volga), démissionne après avoir subi des pressions de Moscou. Le 24 octobre, au moment de la prise d’otages à Moscou par des combattants tchétchènes, la chaîne avait diffusé une émission dont les participants avaient demandé la fin de la guerre en Tchétchénie et critiqué la politique gouvernementale au Tatarstan.
Le 14 novembre, le parquet local de Voronej (Sud-Ouest) poursuit le rédacteur en chef du journal local Voronejski kourrier, Dmitri Diakov, pour calomnie contre le maire de la ville, Alexandre Kovalev. Le journal est perquisitionné. Il publie régulièrement des articles critiques à l’égard du maire. Le 28 septembre, ce dernier empêche la publication de la moitié des tirages, en ordonnant une coupure d’électricité dans les locaux de la rédaction.
Le 20 novembre, dans un aéroport en Ingouchie, les forces de sécurité russes saisissent les images que Hans-Wilhelm Steinfeld, correspondant à Moscou pour la télévision publique norvégienne NRK, vient de tourner sur le sort des réfugiés tchétchènes. Le journaliste récupère ses quatre cassettes, mais deux d’entre elles ont été partiellement effacées.
Le 21 novembre, la police saisit les biens du quotidien Segodnyachaya Gazeta à Krasnoiarsk. L’ordinateur du rédacteur en chef adjoint, Maxim Glasunov, est confisqué. Cette perquisition a lieu dans le cadre de poursuites judiciaires lancées par l’ancien gouverneur adjoint de Krasnoairsk, Nikolai Achlapov, qui accuse le journal de calomnie à cause de plusieurs articles parus au printemps 2002 décrivant ses activités économiques.
Le 20 décembre, le parquet de Tcheliabinsk (sud-est de la Russie occidentale) lance des poursuites contre German Galkine, rédacteur en chef adjoint du journal Vetcherny Tcheliabinsk, pour calomnie envers le gouverneur Piotr Soumine. Plusieurs articles critiques sont parus dans des numéros du journal local Rabotchaya gazeta, que German Galkine a aidé à financer. Le journaliste, assigné à résidence le même jour, s’est engagé par écrit à ne pas divulguer les détails de l’enquête.



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