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Ukraine


-  Superficie : 603 700 km2.
-  Population : 49 112 000.
-  Langue : ukrainien (off.).
-  Nature de l’Etat : république unitaire.
-  Chef de l’Etat : Leonid Koutchma.

Ukraine - Rapport annuel 2003

Censure politique, agressions envers les journalistes, impunité : la situation de la liberté de la presse se dégrade en 2002, malgré les engagements pris par les autorités suite aux pressions du Conseil de l’Europe.

L’année a été marquée par une aggravation constante des violences physiques envers les journalistes, en particulier en province. Aucune enquête sur les assassinats et les disparitions de journalistes n’a abouti et les hauts responsables de l’Etat mis en cause dans ces affaires bénéficient toujours d’une impunité totale. La réforme du système judiciaire, visant à établir l’indépendance de la justice vis-à-vis du pouvoir, n’est pas achevée. Par ailleurs, les violations du droit d’informer se sont multipliées à l’occasion des élections législatives du 31 mars. Le Conseil de l’Europe et l’OSCE ont dénoncé la couverture déséquilibrée des programmes des différents mouvements politiques par les médias pendant la campagne électorale. De fait, l’audiovisuel et les agences de presse sont contrôlés par l’entourage du président Koutchma. Les oligarques se sont même emparés des médias régionaux, aux positions plus indépendantes, afin de les remplacer par des médias nationaux proches du régime. La majorité des grandes chaînes de télévision du pays sont sous le contrôle du Parti des sociaux-démocrates réunis, dirigé par le chef de l’administration présidentielle Victor Medvedchuk, ou par le parti de l’Ukraine du travail, dirigé par le gendre du président Koutchma, Victor Pinchuk. Ces deux partis envoient des recommandations aux journalistes des médias leur appartenant sur la manière de traiter l’information. Ces recommandations ont été rendues publiques le 4 septembre par le député Oleg Rybachuk. Près de 500 journalistes ont alors lancé un manifeste contre la censure et entamé une grève générale. Le 15 octobre, le président du Parlement, Volodymyr Lytvyn, a officiellement reconnu l’existence de la censure en Ukraine. D’après un sondage du Centre ukrainien de recherche politique et économique, 62 % des journalistes affirment en avoir été victimes. Des audiences parlementaires sur la censure se sont ouvertes le 4 décembre et un texte réglementant les relations entre la presse et le pouvoir est en projet.

Un journaliste tué

Le 18 novembre 2002, Youri Smirnov, ministre ukrainien de l’Intérieur, annonce que le corps découvert au Bélarus le 30 octobre est celui de Mikhaïlo Kolomiets, directeur de l’agence de presse Ukraïnski Novyny, pendu à un arbre dans la forêt de la ville de Molodechno. Le journaliste avait disparu le 21 octobre. D’après la police, il aurait quitté l’Ukraine pour le Bélarus le 22 octobre dans l’intention de se suicider. Les proches et les collègues du journaliste rejettent la thèse du suicide et considèrent que la disparition de Mikhaïlo Kolomiets pourrait être liée à ses activités professionnelles et aux prises de position de son agence de presse, parfois critiques vis-à-vis du pouvoir en place. Agé de 44 ans, il avait créé en 1997 l’agence de presse Ukraïnski Novyny, dont il possédait 50 % des parts. Le reste du capital appartient à l’Agence des technologies humanitaires, dirigée par Valeriy Khorochkovskiy, un proche collaborateur du président Koutchma. Une enquête criminelle est ouverte et le parquet général ukrainien accepte la coopération d’un médecin légiste proposé par Reporters sans frontières, afin de déterminer la cause de la mort du journaliste. Au 1er janvier 2003, l’enquête est en cours.

Nouveaux éléments sur deux journalistes tués avant 2002

L’enquête sur l’assassinat de Géorgiy Gongadze est loin d’être close, mais elle a connu de véritables progrès en 2002. Pendant près de deux ans, les autorités judiciaires ont fait obstruction à toute avancée de l’enquête, mais le nouveau parquet général semble désormais disposé à collaborer avec Reporters sans frontières dans la recherche de la vérité. Jeune journaliste très critique à l’égard du pouvoir, Géorgiy Gongadze, rédacteur en chef du journal en ligne pravda.com, avait disparu le 16 septembre 2000. Son corps, décapité, avait été retrouvé le 2 novembre 2000 aux environs de Kiev. Sa disparition est devenue une affaire d’Etat après la diffusion, le 28 novembre 2000, d’enregistrements qui auraient été réalisés dans le bureau du Président et qui impliqueraient les plus hautes autorités de l’Etat. Le 19 juillet 2002, le parquet général ordonne une nouvelle expertise des enregistrements impliquant le Président et accepte une nouvelle analyse du corps de Géorgiy Gongadze avec la participation de spécialistes européens. Le 5août, le nouveau procureur général, Sviatoslav Piskoun, accorde à Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières, la qualité de représentant légal des parties civiles. Le 3 septembre, le procureur général admet que des violations de la loi ont été commises au cours de l’enquête, reconnaît l’identité du corps et la mort du journaliste par décapitation. Le 10 septembre, le procureur général annonce la mise en examen du procureur de Tarachtcha, la ville où le corps du journaliste a été retrouvé, pour falsification du premier procès-verbal sur le corps de la victime et pour ne pas avoir procédé à l’identification du corps dès sa découverte. Sergiy Belinskiy, l’enquêteur de Tarachtcha, est également mis en examen pour falsification de documents. A l’occasion du deuxième anniversaire de la disparition de Gongadze, le 16 septembre, Reporters sans frontières demande la possibilité d’étudier, avec l’aide d’un expert indépendant de son choix, l’intégralité des résultats des expertises précédentes ainsi que les textes les ordonnant. L’organisation demande également au parquet de procéder à l’audition des quatre hommes identifiés qui auraient suivi la victime les semaines précédant sa disparition. Le même jour, avec le concours du réseau Damoclès et de l’Institut des Mass Medias, Myroslava Gongadze, la veuve de Géorgiy Gongadze, dépose une plainte à la Cour européenne des droits de l’homme, mettant en cause l’obstruction du parquet au cours de l’enquête. En octobre, le secrétaire général de Reporters sans frontières et le médecin légiste l’accompagnant examinent tous les documents relatifs aux expertises antérieures. Une nouvelle expertise du corps sera réalisée en Europe.
Le 11 juillet, la Cour suprême d’Ukraine ordonne la réouverture de l’enquête sur l’assassinat d’Igor Alexandrov et la commission d’enquête parlementaire chargée de l’affaire est renouvelée. Le 18 novembre, l’enquête est confiée au parquet de Donetsk et placée sous la responsabilité de Youri Oudartsov, adjoint du procureur de la ville. Ce dernier avait prononcé, en 1997, le verdict interdisant à Igor Alexandrov d’exercer son métier. Le verdict avait été annulé en 1999 et Youri Oudartsov avait été sanctionné pour faute professionnelle. Directeur général de la télévision TOR à Slaviansk (région de Donetsk), Igor Alexandrov avait été agressé à coups de batte de base-ball le 3juillet2001. Hospitalisé avec un traumatisme crânien grave, il avait succombé à ses blessures dans la matinée du 7 juillet. L’assassinat d’Igor Alexandrov est vraisemblablement lié aux enquêtes qu’il menait sur la corruption et le crime organisé dans la région de Donetsk.

Deux journalistes incarcérés

Le 15 avril 2002, Oleg Liachko, rédacteur en chef de l’hebdomadaire privé Svoboda, est interpellé par la police de Tcherkassy (Centre), alors qu’il se présente au parquet local pour répondre d’accusations de "diffamation envers un haut responsable du parquet". Le 23 avril, il est libéré, mais assigné à résidence, suite à l’intervention de l’ombudsman d’Ukraine et du rapporteur sur l’Ukraine de l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, saisis par Reporters sans frontières. Le journaliste, particulièrement critique envers le procureur général Mihailo Potebenko, a été inculpé d’"abus de pouvoir", de "violation du principe de non-ingérence dans la vie privée" et de "résistance aux forces de l’ordre". Le journaliste risque une amende de 50 à 100 fois son salaire ou une peine allant jusqu’à deux ans de prison ferme. Depuis deux ans, Oleg Liachko est régulièrement victime de poursuites judiciaires et de pressions de la part des autorités.
Vladimir Bojko, journaliste à l’hebdomadaire Salon Don i Bas de la région de Donetsk (est du pays) et correspondant des sites Obkom.net et Ukrayina Kriminalnaya, est arrêté du 25 juin au 5 juillet et accusé de fraude fiscale. Le journaliste est torturé pendant sa détention. Le 21 août, il est acquitté. Le 27 août, Vladimir Bojko conteste son acquittement pour "absence de preuve d’un quelconque crime" et demande que le verdict soit modifié. Volodymyr Bojko interprète son interpellation comme une vengeance après une série d’articles sur la corruption dans les services fiscaux de la région, publiée dans Salon Don i Bas et dans des médias de Kiev dont le site Obkom.net.

Huit journalistes agressés

Le 28 janvier 2002, Tatiana Goriatcheva, rédactrice en chef du journal Berdiansk Delovoj, est agressée près de son domicile par un inconnu qui lui jette de l’acide chlorhydrique au visage. Elle souffre de brûlures au visage et risque de perdre la vue. D’après la journaliste, son agression est liée à un conflit opposant son journal à Anatoliy Antonovich Reznikov, le nouveau directeur du port de Berdiansk. Quelques jours avant l’agression, Berdiansk Delovoj avait refusé de faire paraître un article compromettant pour Dimitri Bero, candidat aux élections municipales, qu’Anatoliy Antonovich Reznikov avait demandé de publier. Le toxicomane, qui s’était déclaré coupable de l’agression, revient sur sa déposition et déclare avoir subi des pressions physiques et morales. Le 23 septembre, le tribunal de Berdiansk rejette les résultats de l’enquête sur l’agression de Tatiana Goriatcheva et demande l’ouverture d’une nouvelle enquête.
Dans la soirée du 20 février, Olena Lytvynova, journaliste à Panorama Sevastopolia, est agressée non loin de son domicile et grièvement blessée. La veille de l’agression, elle avait gagné un procès en appel contre une entreprise qui l’avait poursuivie à la suite d’un article dénonçant la pollution qu’elle engendrait. Selon la journaliste, son agression est liée à la publication, le 8 février, de cet article.
Le 31 mars, Dmytro Brovkin et Stanislas Efremov, journalistes de la chaîne de télévision locale Khortytsia, sont brutalisés et leur caméra est endommagée par des membres de la police alors que les journalistes filment le décompte des voix dans le cadre des élections municipales de la ville de Zaporijjia. La chaîne de télévision Khortytsia est connue pour son opposition au maire de la ville, Olexandre Poliak, réélu le 31 mars.
Le 28 août, Olexandre Soumets, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Zmiïvsky Kourier, est passé à tabac par quatre inconnus dans la cage d’escalier de l’immeuble abritant les locaux du journal dans la ville de Zmiïv. Zmiïvsky Kourier est connu pour ses critiques régulières à l’égard du chef de l’administration locale, Ivan Omeltchenko. Le journal avait notamment publié, quelques jours auparavant, un article accusant les autorités locales de corruption et de blanchiment d’argent. D’après Olexandre Soumets, le pouvoir local est responsable de cette agression.
Le 13 septembre, Petro Kobevko, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Tchas de la région de Tchernivtsi (ouest du pays), est agressé dans son immeuble au gaz lacrymogène. Il suppose que son agression pourrait être liée à la ligne éditoriale du journal, opposée à la politique du gouverneur.
Le 12 octobre, Oleg Zavada, ancien journaliste pour la chaîne de télévision nationale UT-1 résidant au Canada et représentant de l’International Press Institute (IPI), est frappé par des policiers en civil à Kiev alors qu’il couvre une manifestation contre le président Léonid Koutchma. Hospitalisé pour une commotion cérébrale, le journaliste est rapidement hors de danger. Une enquête a été ouverte pour "hooliganisme" et non pour entrave à une activité journalistique. Le 24 octobre, Oleg Zavada porte plainte contre la police et, le 25 octobre, son agression est requalifiée d’"abus de pouvoir" de la part de la police.
Dans la soirée du 13 octobre, un homme tente de voler le sac de Natalia Feduchtchak, correspondante du quotidien américain Washington Times, dans sa cage d’escalier. Le sac contenait un magnétophone et une interview réalisée deux heures auparavant au sujet de ventes d’armes à l’Irak par l’Ukraine. La police refuse de se rendre sur les lieux de l’agression.

Cinq journalistes menacés

Le 21 février 2002, Sergiy Cholokh, rédacteur en chef de Radio Kontinent, reçoit des appels anonymes de menaces. Radio Kontinent, très critique envers le pouvoir, est régulièrement victime de pressions de la part des autorités.
En mars, Zinaida Navrotska, rédactrice en chef du journal Novyny Prubuzhzhia, reçoit des menaces téléphoniques anonymes. D’après la journaliste, ces menaces seraient liées à des articles critiquant les méthodes du bloc proprésidentiel et exprimant de la sympathie pour le camp du réformiste Victor Iouchtchenko.
Le 11 juin, Vitaliy Vygolov, journaliste à Vostotchnyi proekt, déclare avoir été menacé anonymement par téléphone. Il estime que ces menaces sont liées à un article publié le 16 mai, dans lequel il avait décrit un accident de voiture causé, selon un policier cité dans l’article, par un élu du Conseil régional de Donetsk (est du pays), Kostiantyn Machenkov.
Le 28 juin, Victor Vorotnikov, rédacteur en chef du journal Grani, déclare être menacé par Vassyl Sitar, un collaborateur des services secrets. Le journaliste précise que ces menaces sont liées à un article critiquant le secrétaire du Conseil national de sécurité d’Ukraine, Evgeni Martchouk, et l’accusant d’être impliqué dans une affaire de vente d’armes et d’être en relation avec l’ancien officier Mykola Melnichenko, qui avait enregistré pendant plusieurs années les conversations du président Koutchma. Cet article citait Vassyl Sitar comme une personne ayant aidé Mykola Melnichenko à quitter l’Ukraine en 2000.
Le 12 décembre, Tatiana Goriatcheva, rédactrice en chef du journal Berdiansk Delovoj, déclare avoir été menacée de mort par des inconnus. Ces derniers, après avoir attiré la journaliste hors des locaux de la rédaction, ont menacé de la tuer si elle continuait à enquêter sur l’agression dont elle avait été victime le 28 janvier 2002.

Pressions et entraves

Le 30 janvier 2002, Liudmyla Sentchenko, rédactrice en chef de l’hebdomadaire Roubij, le journal du Parti socialiste d’Ukraine (PSU), Stepan Derkatche, rédacteur en chef adjoint, et Leonid Sentchenko, journaliste, entament une grève de la faim pour protester contre la non-publication à Chernihiv de leur journal par la seule imprimerie de la ville, Desnianska pravda. Les journalistes dénoncent un cas de censure et réfutent la raison officielle donnée par l’imprimerie qui évoque des raisons économiques et techniques.
Du 4 au 6 février, l’antenne de radio Nostalgie est coupée à Marioupol (sud du pays), à l’occasion d’une réparation de son support, réalisée à cette date sans motif valable. Seule l’antenne de Nostalgie est enlevée du support, qui accueille par ailleurs d’autres antennes de télévision et de radio. Le 28 février, Nostalgie avait diffusé une interview de Viktor Iouchtchenko, ex-Premier ministre et leader de la coalition "Nasha Ukraina", principal rival des forces proprésidentielles aux élections législatives du 31 mars.
Le 6 février, le Conseil national de l’audiovisuel prive de fréquence l’Association des télévisions de Pavlograd qui réunit deux chaînes privées, NPT et Fakt-Infos, et une chaîne municipale, Pavlogradskiy Telesentr. L’Association fait appel de cette décision, ce qui lui donne le droit de continuer à travailler jusqu’à ce que la justice rende son verdict. Mais à compter du 21 octobre, la chaîne de télévision nationale ICTV, qui appartient au gendre du président Koutchma, utilise abusivement la fréquence de l’Association des télévisions de Pavolgrad. Durant la campagne pour les élections législatives, les trois chaînes de télévision avaient soutenu des candidats de l’opposition.
Le 14 février, le Conseil national de l’audiovisuel supprime la fréquence de la chaîne de télévision Khortytsia de la ville de Zaporyjjia (est du pays). Le 25 mars, le tribunal Chevtchenkovski de Kiev rend cette fréquence à la chaîne. Le 17 avril, la licence de la chaîne lui est retirée par le Conseil national de l’audiovisuel qui attribue la fréquence de Khortytsia à une autre chaîne de télévision. Le 28 août, Khortytsia fait appel de la décision du tribunal qui annule son certificat d’enregistrement le 24 juillet sous prétexte que la chaîne n’a pas informé la mairie de son changement d’adresse dans les délais impartis. La chaîne n’émet plus et son appel n’a pas encore été examiné. Lors des élections législatives, Khortytsia avait pris position contre le maire de la ville, Olexandre Poliak, et en faveur de son adversaire, Victor Kaltsev, propriétaire de la chaîne, qui a perdu les élections.
Le 15 février, 40 000 exemplaires d’un numéro spécial du journal Azovskie Novosti sont confisqués par des inconnus dans les dépôts de l’entreprise Oftek à Marioupol. Le numéro confisqué contient un article sur la suspension de la radio Nostalgie et un compte rendu du séjour à Marioupol du candidat à la présidentielle et ex-Premier ministre Victor Iouchtchenko. Le 1er mars, le parquet local ouvre une enquête pour "disparition de biens communs" et non pour entrave aux activités journalistiques.
Le 20 février, des agents de l’administration fiscale de Kiev perquisitionnent sans mandat les locaux du journal en ligne Obkom, spécialisé dans l’information politique, et saisissent cinq ordinateurs et tous les dossiers administratifs et financiers. Cette perquisition pourrait être liée à un règlement de comptes avec le député Olexandre Rjavskiy, également cofondateur de la banque Corall dans laquelle le journal a son compte. Le 25 mars, Obkom est contraint de fermer, car il ne peut plus honorer ses engagements financiers. Le 4mars, le rédacteur en chef du journal en ligne, Sergiy Soukhobok, porte plainte contre l’administration fiscale, notamment pour entrave à l’activité journalistique et violation du secret de la correspondance. Cette plainte est jugée irrecevable le 25 octobre. Une procédure d’appel est en cours. Le 3 avril, Sergiy Soukhobok, est invité par la police fiscale à un entretien " obligatoire " durant lequel on l’interroge sur ses collaborateurs et les sources d’information du journal. Le 7 novembre, Sergiy Soukhobok porte plainte contre le chef de l’administration fiscale, Mykola Azarov. Les ordinateurs et les documents administratifs n’ont toujours pas été restitués.
Le 4 mars, des employés de l’Inspection nationale de surveillance des fréquences détruisent une antenne de transmission de la chaîne de télévision privée Canal 5 à Nikopol (Sud-Est). D’après le directeur de la chaîne, Kostiantyn Liachtchenko, cette intervention ferait suite à la diffusion d’une émission avec le chef de l’opposition, Victor Iouchtchenko, le 28 février. Le 17 janvier, le Conseil national de l’audiovisuel avait privé la chaîne de licence et transmis sa fréquence à la chaîne de télévision nationale STB, contrôlée par le gendre du président Koutchma, Victor Pinchuk. Le 25 janvier, Canal 5 avait porté plainte contre cette décision et avait été autorisé à continuer d’émettre jusqu’à ce que le tribunal rende sa décision. Mais à partir du 5 mars, STB se met à diffuser sur la fréquence de Canal 5.
Le 4 mars, tous les imprimeurs refusent de publier le journal Nikopolskie izvestia appartenant au groupe de presse Canal 5.
Dans la nuit du 13 mars, une voiture de la chaîne de télévision Canal 5 de Nikopol est incendiée au cocktail Molotov. Des inconnus paralysent par ailleurs le travail de la radio Nikopolskie Vedomosti, appartenant au même groupe de presse, en coupant ses câbles électriques. Le groupe de presse Canal 5, qui existe depuis 1988, est obligé de cesser toutes ses activités.
Le 22 mars, la police spécialisée dans la lutte contre le crime organisé perquisitionne les locaux de la chaîne de télévision privée Express-Inform, sans présenter aucun mandat. Les journalistes sont obligés de sortir des locaux, on leur interdit de téléphoner et une caméra est cassée. Les dommages matériels sont évalués à 7 000 dollars. Peu de temps après, la police reconnaît que cette intervention a été faite par erreur. Selon les journalistes d’Express-Inform, cet incident serait lié au fait que le président d’honneur de la chaîne, Petro Porochenko, est le directeur de campagne électorale du bloc réformateur "Notre Ukraine".
Le 23 mars, 107 000 exemplaires du journal Svoboda, dirigé par Oleg Liachko, sont dérobés dans le véhicule de la maison d’édition Respublika de la ville de Tcherkassy et jetés dans une rivière par la police. Le chauffeur est frappé et emmené loin du véhicule. Le journal publiait des articles critiques à l’égard du président Koutchma et du procureur général Mihailo Potebenko. Le 24 mars, des membres de la police saisissent 100 000 exemplaires de Svoboda. Ce numéro contient une demande d’enquête de la part de plusieurs députés au sujet de pots-de-vin que Mihailo Potebenko aurait perçus. Le 9 avril, Oleg Liachko est convoqué comme témoin au parquet Petchevsky de Kiev dans le cadre des poursuites engagées contre la maison d’édition Respublika. Le même jour, les locaux de Svoboda sont perquisitionnés et de nombreux documents sont confisqués.
Le 27 mars, 115 000 exemplaires de l’édition du journal 21 vek sont saisis à Lougansk. Les magistrats ont présenté un mandat de saisie de biens indiquant que la rédaction du journal n’avait pas terminé de payer l’amende à laquelle elle avait été condamnée en 2001, dans un procès intenté par un entrepreneur de la ville. D’après les journalistes de 21 vek, le journal est saisi parce qu’il contient dix articles sur la corruption dans la région de Lougansk, et cela quelques jours avant les élections législatives.
Dans la nuit du 29 au 30 mars, une grande partie des numéros du journal Melitopolskie Vedomosti est saisie. Le tribunal estime que trois articles publiés constituent de la "propagande" contre le bloc pro-Koutchma. D’après le rédacteur en chef, Mykhaïlo Kumok, le tribunal veut protéger les intérêts des partisans du président Koutchma à la veille des élections législatives. Le journal porte plainte auprès du tribunal d’appel de la région de Zaporijjia.
En mai, l’appel de Radio Kontinent, une station privée retransmettant des émissions de la Deutsche Welle, de la BBC et de Voice of America, est rejeté. La licence de Radio Kontinent avait été retirée le 12 avril 2001 par le Conseil national de l’audiovisuel, qui avait attribué sa fréquence à Radio Onix. Le directeur de la station, Sergiy Cholokh, avait alors porté plainte contre cette décision, ce qui donnait le droit à la station de continuer à émettre jusqu’au verdict du tribunal. A partir du 25 décembre 2001, Radio Onix avait commencé à émettre en dépit de cette autorisation. En avril 2002, Radio Onix et Radio Kontinent concluent un accord à l’amiable leur permettant de diffuser respectivement sur les fréquences 100.1 et 100.9. En juin, Radio Kontinent dépose une plainte devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), avec l’appui du réseau Damoclès et de l’Institut des Mass Medias, pour retrouver sa licence. La CEDH déclare la plainte recevable. Le 12 juillet, dans une lettre ouverte au Président, Sergiy Cholokh dénonce les multiples pressions qu’il subit depuis le dépôt de sa plainte, notamment de la part du Centre national du contrôle sur les fréquences et de l’Inspection fiscale.
Le 17 juillet, la cour d’appel de Kiev confirme la décision de retirer la licence de la chaîne de télévision privée 1+1, accusée de ne pas avoir payé ses droits d’exploitation. Cette décision confirme l’annulation de la licence de la chaîne, décidée en février2002 par un tribunal municipal. Le directeur général de la chaîne, Olexandre Rodniansky, fait appel de cette décision, ce qui permet à la chaîne de poursuivre provisoirement sa diffusion. Il estime que l’existence même de la chaîne 1+1 dérange certaines forces politiques et groupes d’affaires, et accuse l’homme d’affaires Vadim Rabinovitch d’être à l’origine des poursuites contre la chaîne, dont il aurait précédemment voulu prendre le contrôle.
Au mois d’août, la rédaction de la chaîne de télévision Efir-1, de la région de Lougansk, prépare une plainte qu’elle souhaite déposer devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH), car elle ne parvient pas à faire appel de la décision de supprimer la chaîne. Le 5 juin 2001, la municipalité avait décidé de fermer Efir-1 et attribué sa fréquence à une autre chaîne le 1er novembre. Malgré une grève de la faim de certains journalistes de la chaîne, le Conseil national de l’audiovisuel avait privé la chaîne de licence le 17 janvier 2002 et l’avait attribuée à la chaîne LKT. D’après les journalistes, la municipalité de Lougansk fait payer à la chaîne le soutien apporté à l’ancien maire de la ville, Anatoliy Yagoferov, alors qu’il était poussé à la démission en 2001.
Le 4 septembre, le député Oleg Rybachuk rend publics des textes de recommandations anonymes reçus par des dirigeants de grands médias. Ces recommandations, identifiées comme émanant de l’administration présidentielle, invitent les journalistes à couvrir ou ne pas couvrir tel ou tel événement et indiquent la manière dont ils doivent les traiter. Le 13 septembre, le Parlement, sous la pression de journalistes et de certains députés, demande aux services secrets (SBU) d’identifier la provenance des recommandations reçues par les journalistes.
Le 24 octobre, la police de Lviv investit les locaux du journal en ligne anty-teror.lv et exige que le disque dur de l’ordinateur contenant les archives lui soit remis. Le site avait publié, le 16 octobre, un article sur une plainte déposée contre le président Koutchma. Quelques jours plus tard, la journaliste Zoriana Ilenko reçoit une lettre de limogeage, alors que son contrat est effectif jusqu’au 31 octobre. Le site avait été créé par la direction de la police régionale de Lviv en janvier 2001, suite à une directive du gouvernement incitant à la création de sites d’information sur le travail de la police, les faits divers et les cas de disparition. Les journalistes récupèrent leur matériel le 25 octobre.
Le 24 octobre, Natalka Proudka, journaliste à la télévision Express-Informs et à l’hebdomadaire Energobusiness, dénonce publiquement les pressions qu’elle subit depuis quatre mois dans ses enquêtes sur l’entreprise Energoatom. Le 22 octobre, l’attaché de presse de l’entreprise lui avait interdit l’accès à une conférence de presse. En juin, la journaliste avait dû quitter son poste à la chaîne de télévision STB suite à la diffusion d’un sujet sur Energoatom qui avait déplu au président Koutchma.
Le 4 novembre, les journalistes de l’émission "Kievien" annoncent qu’ils mettent fin à leur travail au sein de la chaîne de télévision Kiev pour protester contre la censure qui est exercée à l’égard de leur émission. Les dirigeants de la chaîne avaient dressé une liste de douze personnalités d’opposition que les journalistes ne devaient pas inviter à leur émission. "Kievien" est diffusée pour la dernière fois le 12novembre.



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