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Egypte


-  Superficie : 1 001 449 km2.
-  Population : 69 080 000.
-  Langue : arabe.
-  Nature de l’Etat : république.
-  Chef de l’Etat : Hosni Moubarak.

Egypte - Rapport annuel 2003

Si la presse d’opposition épingle régulièrement les autorités, les journalistes égyptiens sont souvent contraints de pratiquer l’autocensure. La loi sur la presse de 1996 prévoit des peines de prison pour "diffamation", "outrage" ou "diffusion de fausses nouvelles". Cinq journelistes et un cyberdissident ont été condamnés à de la prison durant l’année. Au 1er janvier 2003, deux sont toujours derrière les barreaux.

En novembre 2002, le Comité contre la torture de l’Organisation des Nations unies a notamment demandé aux autorités égyptiennes de prendre des mesures pour lutter contre les mauvais traitements dans les prisons. L’affaire Saad Eddin Ibrahim a également fait grand bruit en provoquant des tensions entre l’Egypte et les Etats-Unis. Ce sociologue égypto-américain et militant des droits de l’homme a été emprisonné puis condamné en juillet par la Haute Cour de sûreté de l’Etat à sept ans de prison pour avoir porté atteinte à l’image de l’Egypte et avoir accepté des fonds de l’étranger sans autorisation du gouvernement. Il a finalement été libéré début décembre, suite à une campagne internationale. Cet exemple illustre les pressions auxquelles les défenseurs des droits de l’homme peuvent être soumis dans le pays. Dans les médias, la violation de ces droits demeure, avec les critiques contre le Président, sa famille et l’armée, un des sujets tabous.

Pourtant, la Haute Cour constitutionnelle avait affirmé, en 1993, que le droit de critiquer les responsables publics faisait partie des exigences d’un régime démocratique. Et même si la presse d’opposition s’en prend régulièrement au pouvoir, les journalistes égyptiens sont bien souvent contraints de pratiquer l’autocensure. La loi relative à l’état d’urgence permet, par ailleurs, au président de la République d’ordonner la détention prolongée, sans inculpation ni jugement, de toute personne soupçonnée de "menacer l’ordre public ou la sécurité nationale". La loi sur la presse de 1996 prévoit, quant à elle, des peines d’un à deux ans d’emprisonnement pour "diffamation", "outrage" ou "diffusion de fausses nouvelles". Cinq journalistes et un cyberdissident ont été condamnés à des peines de prison durant l’année. Si Internet ne fait l’objet d’aucune loi spécifique, le ministère de l’Intérieur a créé, en septembre 2002, un service responsable du contrôle des nouvelles technologies de l’information. Jusqu’alors, c’était l’Administration générale de l’information et de la documentation qui, au sein du même ministère, était en charge de la Toile. Ce département s’est illustré à plusieurs reprises en aidant les différents services de sécurité à mener des enquêtes, à identifier des "suspects" et à interpeller des internautes, notamment des homosexuels.

Deux journalistes incarcérés

Deux journalistes sont incarcérés au 1er janvier 2003. Abd Al-Munim Gamal Al-Din Abd Al-Munim, journaliste du bihebdomadaire pro-islamiste Al Shaab, organe du Parti du travail (islamiste), est incarcéré depuis février 1993, à la suite d’une ordonnance de placement en détention sans précision de durée. Le 30 octobre 1993, au terme d’un procès de huit mois devant le tribunal militaire du Caire, le journaliste avait été acquitté en compagnie d’une dizaine d’autres accusés. Faute d’être libéré, il avait été transféré à la prison de Tora, au Caire. Il est aujourd’hui détenu dans la prison du Fayoum (au sud-ouest du Caire).

Le 16 septembre 2001, la Cour de sûreté de l’Etat condamne Mahmoud Mahran, rédacteur en chef de l’hebdomadaire Al Nabaa et du quotidien Akher Khabar, à trois ans de prison et à une amende de 200 livres égyptiennes (environ 52 euros) pour "incitation au soulèvement national", "insulte d’une religion" et "publication de photographies indécentes". La Cour avait suspendu, en juillet 2001, les licences d’Al Nabaa et d’Akher Khabar dont les numéros incriminés avaient été saisis pour "fausses allégations concernant un lieu saint". Ce jugement faisait suite à la publication d’articles et de photos sur les ébats d’un homme barbu, présenté comme un moine d’un monastère d’Assiout (centre du pays), avec une femme dévêtue, sous le titre "Un monastère transformé en bordel". L’affaire avait entraîné de nombreuses manifestations de coptes, en juin 2001, au Caire. Le 25 mai, la Haute Cour administrative du Caire annule l’interdiction des hebdomadaires Al-Nabaa et Akher Khabar. Le tribunal estime que "selon la Constitution et les lois égyptiennes, il n’existe pas de sanction interdisant la publication d’un journal". En juillet, le pourvoi en cassation du journaliste a été rejeté.

Six journalistes interpellés

Le 6 mars 2002, à Alexandrie, deux journalistes de la chaîne de télévision qatarie Al-Jazira, Mohammed Izz-Eddin En-Najjar et Mohammed Eid Jalal, respectivement cameraman et preneur de son, sont interpellés alors qu’ils filment, à l’université, une manifestation de soutien au peuple palestinien. Leur caméra, leurs cassettes et leur voiture sont confisquées par des membres des forces de l’ordre sous prétexte qu’ils ne sont pas munis d’autorisation de filmer à l’intérieur de l’université. Les deux journalistes sont libérés le lendemain et leur matériel leur est restitué. Aucune charge n’est retenue contre eux.

Le 27 juin, plusieurs journalistes sont interpellés, dans le quartier de Ramle à Alexandrie, alors que se tiennent des élections partielles où s’affrontent le candidat des Frères musulmans et celui du Parti national démocratique (PND, parti au pouvoir). Hany Emara et Rida al-Shafie, journaliste et cameraman de la chaîne émiratie Abu Dhabi TV, demandent la permission de filmer à l’intérieur d’un bureau de vote lorsqu’ils sont arrêtés et conduits au poste de police de Ramle. Ils sont relâchés au bout de quelques heures lorsque les bureaux de vote sont fermés. Le même jour, Gihan Rushdy, journaliste de la chaîne de télévision allemande ZDF, et Ayman Atef, cameraman, sont retenus quelques heures à la station de police de Ramle après avoir filmé une confrontation entre la police et des électeurs dans un bureau de vote. La police confisque leur film.

Une journaliste agressée

Le 27 juin 2002, lors des élections partielles à Alexandrie, Sarah El-Deeb, journaliste d’Associated Press, est empêchée d’entrer dans un bureau de vote par la police. Puis, alors qu’elle discute, à l’extérieur, avec des votants, elle est agressée par trois femmes qui lui tirent les cheveux et la blessent à la nuque. La police qui se trouve sur place n’intervient pas.

Pressions et entraves

Le 21 mars 2002, Adel Hammouda, journaliste de l’hebdomadaire Sawt Al Umma, et Essam Fahmy, directeur de publication de ce journal, sont reconnus coupables de diffamation à l’encontre de Naguib Sawiris, président de l’un des deux plus importants groupes de télécommunications égyptiens, Orascom. Les deux journalistes sont condamnés à six mois de prison et 500 livres d’amende (environ 100 euros) en raison d’un article, publié au début de l’année, qui faisait allusion aux pratiques commerciales douteuses de ce riche homme d’affaires égyptien. En octobre, les deux hommes sont innocentés par la cour d’appel. Mais Naguib Sawiris a intenté au total trente procès contre la publication.

Le 28 avril, le tribunal de Bolak, au Caire, condamne Ahmed Haredi Muhamed, rédacteur en chef du journal en ligne Al Methaq El Arabi, à une peine de prison de six mois pour avoir diffamé Ibrahim Nafie, rédacteur en chef du quotidien gouvernemental Al-Ahram et président du syndicat de la presse arabe. Le journaliste avait publié une série d’articles sur Internet, en mai et juin 2001, qui mettaient en cause des responsables d’Al-Ahram dans des malversations financières.

Le 14 octobre, Shohdy Surur, webmaster de l’hebdomadaire anglophone Al-Ahram weekly, est condamné, en appel, à un an de prison en vertu de l’article 178 du code pénal qui punit "la possession de matériel immoral pour la vente et la distribution avec l’intention de corrompre la morale publique". Il est accusé d’avoir mis en ligne, sur le site wadada, consacré en partie à l’œuvre de Naguib Surur, son père, un de ses poèmes intitulé "Kuss Oummeyatt", qui contient "des phrases" portant "atteinte à la moralité publique". Ce poème, émaillé de métaphores sexuelles, est surtout une critique de la société et de la culture égyptienne au lendemain de la défaite de l’Egypte en 1967. Naguib Surur, décédé en 1978, n’avait jamais été condamné pour ce texte. Shohdy Surur avait été interrogé durant trois jours en novembre 2001. Détenteur de la double nationalité russo-égyptienne, il résidait, au 1er janvier 2003, en Russie.

Le 4 novembre, le Comité pour les investissements et les zones franches adresse un avertissement à la chaîne de télévision satellitaire privée Dream TV pour avoir, lors d’une émission, "abordé sur un ton provocant un sujet délicat pour la société égyptienne et arabe", et interdit la rediffusion du programme. Mi-octobre, l’animatrice Hala Sarhane avait évoqué, avec les téléspectateurs, le thème de la masturbation féminine.

Le 5 novembre, Saïd Abdel Khaleq, rédacteur en chef de l’hebdomadaire privé al-Midane, et Walid al-Daramali, journaliste de la même publication, sont condamnés à trois mois de prison avec sursis pour avoir publié, en mai 2002, une photo inédite du corps criblé de balles d’Anouar al-Sadate, le président égyptien assassiné en 1981. Accusés de "profanation" de la mémoire de l’ancien président égyptien, les deux hommes sont jugés en vertu de l’article 21 de la loi sur la presse qui interdit toute atteinte à la vie privée des citoyens. Saïd Abdel Khaleq avait été limogé, le 27 mai, après la publication de cette photo. Les deux journalistes ont fait appel.

Fin novembre, les autorités égyptiennes interdisent la distribution du numéro de novembre/décembre du bimestriel littéraire Al-Adab (basé au Liban), consacré à la censure en Egypte. Ce dernier contenait des études et des témoignages sur la censure pratiquée dans les secteurs de la presse, du cinéma et de la production artistique. Des romanciers célèbres comme Sonallah Ibrahim ou Edouard Kharrat avaient notamment collaboré à ce numéro. Suite à la pression exercée par des organisations internationales et des intellectuels arabes, le numéro est finalement distribué dans le pays au début du mois de décembre.

Mi-décembre, les autorités interdisent la distribution du bimestriel Zawaya (basé au Liban) pour une photographie, en couverture, qualifiée de "pornographique". Lutfi Abdel-Qader, président de l’organe de censure égyptien qui gère les publications étrangères, déclare que ce numéro viole la loi sur la presse sur le plan de la "moralité publique". La photo représentait une danseuse du ventre vêtue d’une tenue décorée de billets.



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