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Maroc


-  Superficie : 450 000 km2.
-  Population : 30 430 000.
-  Langue : arabe (off.).
-  Nature de l’Etat : royaume.
-  Chef de l’Etat : Mohammed VI.

Maroc - Rapport annuel 2003

Malgré les engagements du roi Mohammed VI en faveur de la liberté de la presse, des journaux locaux et étrangers ont été censurés, et des journalistes soumis à des intimidations ou des interpellations. Les directeurs d’un hebdomadaire francophone ont été condamnés à des peines de prison.

"Nous tenons à réaffirmer notre ferme volonté de consolider la liberté de la presse, de préserver la pluralité de l’information et d’assurer la modernisation du secteur qui représente un des piliers de notre projet de société démocratique modernisée", déclare, le 15 novembre 2002, le roi Mohammed VI. Depuis son accession au trône, en 1999, ce n’est pas la première fois que le souverain prend de tels engagements. Force est de constater que, depuis, la liberté de la presse a peu progressé. Et l’année 2002 ne fait pas exception : elle a été émaillée de censures de journaux et d’interpellations ou intimidations de journalistes marocains, voire étrangers. Les directeurs d’un hebdomadaire francophone Le Journal hebdomadaire, interdit en 2000 et connu pour son travail d’investigation, ont été condamnés à des peines de prison. Par ailleurs, Le Journal hebdomadaire et Demain magazine ont été régulièrement les cibles des autorités et de journaux proches du pouvoir qui les ont accusées, à plusieurs reprises, d’être à la solde de l’étranger.

En mai, l’adoption d’un nouveau code de la presse provoque le courroux des journalistes. Si le texte contient certains points positifs, il maintient néanmoins des peines de trois à cinq ans de prison en cas de "diffamation" du roi, des princes et des princesses. Par ailleurs, l’article 29 réaffirme le droit, pour le gouvernement, d’interdire des journaux marocains ou étrangers "si les publications concernées sont de nature à porter atteinte à l’islam, à l’institution monarchique, à l’intégrité territoriale ou à l’ordre public".

En revanche, durant l’été, le Conseil des ministres adopte un texte sur la réforme de l’audiovisuel qui supprime le monopole d’Etat en matière de radiodiffusion et de télévision. Cette réforme prévoit que la radio et les deux télévisions publiques (RTM et 2M) ainsi que l’agence de presse officielle MAP soient transformées en sociétés nationales, ouvertes aux capitaux privés.

Un journaliste libéré

Le 25 janvier 2002, Nourredine Darif, correspondant de l’hebdomadaire arabophone d’extrême gauche Al Amal Addimocrati, est libéré. Il avait été arrêté le 17 novembre 2001, par les forces de police, alors qu’il se rendait à l’hôpital de Smara (Sahara occidental) pour s’enquérir du sort de plusieurs manifestants après une émeute qui avait éclaté dans la matinée. Conduit au commissariat de la ville, Nourredine Darif aurait été victime de mauvais traitements. Selon des proches du journaliste, il avait été gardé debout et menotté durant toute la nuit. Des témoins qui l’avaient aperçu le 18 novembre, pendant son transfert à la prison d’El Aïoun, avaient constaté qu’il avançait avec difficulté et qu’il portait des traces de coups. Le journaliste avait été emprisonné à la prison civile d’El Aïoun. "C’est le gouverneur de Smara qui est à l’origine de cette arrestation. Darif était depuis longtemps dans la ligne de mire des autorités locales", avait déclaré un responsable d’Al Amal Addimocrati. Le 23 avril 2002, le journaliste a été acquitté.

Quatre journalistes agressés

Le 20 février 2002, alors qu’ils se rendent au siège de l’agence marocaine MAP pour débattre sur le projet de code de la presse, quatre journalistes marocains sont brutalisés par la police au moment où ils croisent une manifestation pacifique non autorisée de diplômés chômeurs. Comme d’autres manifestants, ils auraient reçu des coups de matraque au moment où la foule a été dispersée.

Pressions et entraves

Le 7 janvier 2002, Anas Mezzour, journaliste de l’hebdomadaire arabophone Al Ayyam basé à Casablanca, rend visite à des détenus islamistes dans la prison centrale de Kénitra. Accompagné d’un avocat et d’un membre d’une organisation humanitaire locale, Anas Mezzour pénètre au matin dans la prison. En fin d’après-midi, alors qu’ils s’apprêtent à quitter le bâtiment pénitentiaire, les trois hommes sont arrêtés par un groupe d’individus en civil. Maintenu face à un mur, Anas Mezzour est séparé de ses deux compagnons et conduit au bureau du directeur. Là, un homme, identifié par le journaliste comme un agent des services secrets, l’immobilise de force et lui arrache son appareil enregistreur. Anas Mezzour est retenu pendant trois heures dans le bureau du directeur de la prison par ces agents qui l’accusent d’être entré illégalement dans le bâtiment. Anas Mezzour n’est autorisé à sortir qu’après la décision du directeur de la prison de faire appel au procureur du roi à Kénitra.

Le quotidien français Libération, daté du 22 janvier, n’est pas distribué dans les kiosques marocains le 23 janvier, date habituelle de sa mise en vente. Il a été retenu par la société de distribution Sochepresse. Ce numéro contenait un article intitulé "Moulay Rachid. Les très chères vacances du frère du roi du Maroc".

L’auteur y mentionnait les frais d’hôtel de Moulay Rachid à Acapulco : 10 200 dollars (11 547 euros) par jour. L’article précisait également que le frère du roi "occupait la suite impériale du luxueux hôtel Quinta Real ainsi que vingt-quatre autres chambres" et qu’il était "accompagné de seize personnes dont trois ravissants mannequins".

Le 22 janvier au soir, alors qu’il arrive à l’aéroport Ibn Battuta de Tanger, Nicolas Pelham, journaliste britannique free-lance qui se rend au Maroc pour réaliser un reportage sur l’émigration pour le compte de la BBC, est "interdit d’entrée sur le territoire", sans autres explications. Nicolas Pelham est alors retenu dans des locaux de l’aéroport à Tanger où il passe la nuit. A l’aube, il est "transféré" à Casablanca où il a dû prendre un vol pour Londres via Madrid.

Le 14 février, la cour d’appel de Casablanca condamne Aboubakr Jamaï, directeur du Journal hebdomadaire, et Ali Amar, directeur général de la même publication, à respectivement trois mois et deux mois de prison avec sursis. Ils sont, par ailleurs, condamnés à 500 000 dirhams (environ 50 000 euros) de dommages et intérêts et à une amende de 10 000 dirhams (environ 1 000 euros). Les deux journalistes étaient poursuivis pour "diffamation" suite à une série d’articles parus dans l’hebdomadaire Le Journal (interdit à la fin de l’année 2000) qui dénonçait la procédure d’achat, par Mohammed Benaissa en 1996, d’une résidence à Washington pour le compte de l’ambassade du Maroc. Ce dernier était alors ambassadeur aux Etats-Unis.

En mars, l’hebdomadaire français VSD, daté du 7 de ce mois, n’est pas distribué dans les kiosques marocains. Il est retenu par la société de distribution Sochepresse. La direction de VSD, qui demande des explications aux autorités, n’obtient aucune réponse. Ce numéro, qui contenait un dossier intitulé "L’homme qui ne veut pas être roi", faisait notamment référence à deux ouvrages très polémiques sur le Maroc : Notre ami le roi de Gilles Perrault (1990) et Le dernier roi de Jean-Pierre Tuquoi (2001). Les auteurs de l’article dressaient un portrait sans complaisance du roi et un bilan critique de plus de deux ans de règne, citant les propos de nombreux observateurs de la société marocaine.

Les 8 et 9 mars, Ignacio Cembrero, journaliste du quotidien espagnol El Pais, fait l’objet d’une filature. Il était arrivé la veille à Rabat pour écrire des articles sur le Sahara occidental.

Le 14 mars, une journaliste photographe, Zoulikha Assabdoune, du quotidien arabophone Al Ittihad Al Ichtiraki, est empêchée par un commissaire de police de couvrir une manifestation à Rabat. Ce dernier détruit son appareil photo et déchire sa carte de presse.

Le 6 mai, des policiers en civil saisissent à l’imprimerie Najah à Casablanca 8 000 exemplaires du numéro 15 de la revue trimestrielle Wijhat Nadhar. Selon Abdellatif Hosni, directeur de publication, cette saisie est opérée "sans justification". Le numéro contenait la traduction d’une conférence donnée par le prince Moulay Hicham, le frère du roi Mohammed VI, à l’Institut français des relations internationales à Paris, en mai 2001. Dans cette allocution, le prince, qui résidait alors aux Etats-Unis, avait notamment déclaré que la monarchie marocaine devait se "réformer".

Le même jour, un nouveau code de la presse est adopté par la Chambre des députés. S’il contient un certain nombre de points positifs - l’allègement des sanctions pénales, la réduction du montant des amendes, l’assouplissement des procédures à la création d’un titre, la justification des saisies -, il maintient en revanche des peines de prison en cas de diffamation du roi, des princes et des princesses. Les auteurs de ces délits sont désormais passibles de trois à cinq ans de prison contre cinq à vingt ans selon l’ancien code. Par ailleurs, l’article 29 réaffirme le droit, pour le gouvernement, d’interdire des journaux marocains ou étrangers "si les publications concernées sont de nature à porter atteinte à l’islam, à l’institution monarchique, à l’intégrité territoriale ou à l’ordre public".

Pour avoir notamment critiqué ce texte, Younès Moujahid, journaliste au quotidien Al Ittihad al Ichtiraki (organe de l’Union socialiste des forces populaires - USFP) et, par ailleurs, secrétaire général du Syndicat national de la presse marocaine (SNPM), a été licencié par Abderrahmane Youssoufi, directeur du journal et alors Premier ministre.

Le 12 juillet, Karim Sellmaoui, photographe du Journal hebdomadaire, n’est pas autorisé à se rendre à l’esplanade du Mechouar (situé en face du palais royal à Rabat) où se déroule la célébration publique des noces royales. Un fonctionnaire du ministère ordonne à Karim Sellmaoui de descendre de la voiture officielle qui doit l’emmener, en compagnie de l’envoyé spécial de Paris Match et de l’équipe technique d’Al-Jazira, sur les lieux des festivités. Aucune explication ne lui est fournie.

Le 16 août, alors que Nordine Miftah, directeur de l’hebdomadaire Al Ayyam, se trouve à Agadir, il est convoqué, par téléphone, par un commissaire de police qui lui demande de venir "immédiatement" à Casablanca. Il est interrogé plusieurs heures sur une interview d’un leader islamiste, Abdallah el Chadli, parue le 11 juillet 2002. Deux jours plus tard, c’est au tour de l’auteur de l’interview, Anas Mezzour, d’être convoqué pour les mêmes raisons.

Le 1er octobre, Ignacio Cembrero, d’El Pais, est à nouveau l’objet d’une filature de plusieurs heures à Casablanca par quatre personnes qu’il identifie comme des membres de la Direction de la surveillance du territoire (DST). La veille, le journaliste avait rencontré Driss Basri, ancien ministre de l’Intérieur, à son domicile, près de Rabat. Selon lui, c’était une façon de lui montrer qu’ils n’avaient pas apprécié cette rencontre.

Le 23 octobre, Ali Amar et Mouaad Rhandy, respectivement directeur général et journaliste du Journal hebdomadaire, sont retenus trois heures au poste frontière de Ceuta (enclave espagnole au nord du Maroc) par la police marocaine. Les deux journalistes sont conduits dans un bureau de la police judiciaire où on leur remet une convocation dans le cadre de l’affaire Zahidi. Ils sont ensuite interrogés par des membres de la DST sur cette même affaire. Le 19 octobre, Ali Amar et Mouaad Rhandy avaient publié une interview de Moulay Zine Zahidi, l’ancien directeur du Crédit immobilier et hôtelier (CIH) alors en cavale. L’entretien contenait des révélations concernant la gestion du CIH qui avait déjà fait l’objet d’une enquête parlementaire et qui impliquait plusieurs personnalités politiques. "Notre véhicule a été fouillé de fond en comble. Ils ont arraché les sièges et nous ont pris nos téléphones portables, nos documents et appareils photo", a déclaré Ali Amar.

Le 11 décembre, le procès d’Ali Lmrabet, directeur de publication de Demain Magazine, est reporté. Il avait été condamné, en première instance, le 21 novembre 2001, à une peine de quatre mois de prison et à une amende de 30 000 dirhams (environ 3 000 euros) par le tribunal de Rabat. Le journaliste était poursuivi pour "diffusion de fausses informations portant atteinte à l’ordre public ou susceptibles de lui porter atteinte". L’article de Demain Magazine intitulé "Le Palais de Skhirat serait en vente", publié le 20 octobre 2001, avait été qualifié par le procureur de première instance de Rabat de "tissu de fausses informations et d’allégations totalement mensongères".

Pour Ali Lmrabet, les véritables raisons de ces poursuites étaient, entre autres, la publication (dans le numéro du 27 octobre) des bonnes feuilles du dernier ouvrage de Jean-Pierre Tuquoi sur le Maroc, "Le Dernier roi", et de ses articles sur Moulay Hicham, le cousin du roi.

En 2002, l’hebdomadaire islamiste Rissalat Al Foutouwa n’a pas pu ressortir dans les kiosques. Le 6 avril 2001, le numéro 34 de Rissalat Al Foutouwa avait été saisi par les autorités qui n’avaient fourni aucune explication. Mohamed Aghnaj, directeur de publication de l’hebdomadaire, détenait pourtant un récépissé en bonne et due forme, daté de février 1999, l’autorisant à éditer son journal. Selon lui, "les autorités exercent de fortes pressions auprès des imprimeries et des distributeurs sollicités par le journal pour en empêcher la diffusion".

De même, le numéro 35/36 avait été saisi dans la nuit du 22 mai 2001. La saisie avait été effectuée dans les locaux de la société de distribution. Des imprimeries avaient alors déclaré aux responsables de Rissalat Al Foutouwa avoir cessé l’impression sur ordre de Hamidou Laânigri, patron de la direction de la DST. Face à ces difficultés croissantes, la direction du journal avait été contrainte d’interrompre sa publication.

Début décembre, la parution du Journal hebdomadaire est retardée d’une demi-journée à l’imprimerie en raison d’un dossier consacré aux fondements religieux de la monarchie marocaine.



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