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Soudan


-  Superficie : 2 505 810 km2.
-  Population : 31 809 000.
-  Langue : arabe (off.).
-  Nature de l’Etat : le Soudan est doté d’un système fédéral, dont la réalité est contestée.
-  Chef de l’Etat et du gouvernement : général Omar Hassan Ahmed al-Bechir.

Soudan - Rapport annuel 2003

Malgré certains signes d’ouverture, comme l’autorisation de partis d’opposition ou la conclusion d’un accord avec l’Armée populaire de libération du Soudan, la liberté de la presse a été mise à mal tout au long de l’année. Les autorités ont multiplié les arrestations et convocations de journalistes et les censures des journaux indépendants.

En août 2002, le président Omar al-Bechir a autorisé plusieurs partis politiques d’opposition. Un décret a ouvert notamment la porte à d’importantes formations, tel le parti El Oumma de l’ancien Premier ministre Sadek al-Mahdi, qui avait vécu de nombreuses années en exil. Les rebelles sudistes de l’Armée populaire de libération du Soudan (APLS) n’ont pas bénéficié de ce texte mais la signature, le 20 juillet à Machakos (Kenya), d’un protocole d’accord avec Khartoum a marqué un pas important vers la paix entre le Nord et le Sud. Celui-ci offre au Sud, entre autres, une période d’autonomie de six ans à l’issue de laquelle il se prononcera par un référendum d’autodétermination. En dépit de ces avancées qui ont été saluées sur le plan international, la liberté de la presse a été mise à mal tout au long de l’année. Les autorités ont utilisé tous les moyens à leur disposition pour réduire la marge de liberté de la presse.

Trois journalistes ont été arrêtés et une dizaine d’autres interrogés par les services de sécurité. D’autres encore ont été condamnés à des amendes qui, répétées, ont mis certains journaux en difficultés financières. Enfin, les autorités ont censuré plus d’une dizaine de fois les journaux indépendants sur des sujets aussi divers que la circoncision, le sida, la question des pourparlers de paix avec l’APLS, ou encore Hassan el-Tourabi, l’ancienne éminence grise du régime. Fin 2001, les autorités avaient supprimé la censure préalable pour tous les journaux sauf pour quatre publications indépendantes Khartoum Monitor, Al Horriya, Al Watan et As Sahafa. Ces derniers ont continué à être la principale cible du régime durant toute l’année.

Trois journalistes interpellés

Le 15 janvier 2002, Nhial Bol, directeur de publication du quotidien anglophone Khartoum Monitor, est arrêté puis incarcéré à la prison d’Omdurman, à Khartoum. Il est condamné, le lendemain, à une amende de 5 millions de livres soudanaises (environ 20 000 euros) pour avoir écrit que la compagnie étatique des chemins de fer fermait les yeux sur le transport de personnes enlevées par des marchands d’esclaves arabes dans la région de Bahr al-Ghazal, au sud-est du pays. Le quotidien est également condamné à une amende de 15 millions de livres (environ 60 000 euros). La plainte émanait de la présidence soudanaise qui reproche également au journaliste d’avoir parlé d’enlèvements de Soudanais à une délégation américaine venue enquêter sur l’esclavage. Le journaliste est relâché le 17 janvier, après versement du montant de l’amende.

Le 3 septembre, Osman Mergani, journaliste du quotidien Al Rai Al Aam, est arrêté par des membres des services de sécurité et conduit à leur quartier général. Après avoir été interrogé, il est transféré à la prison de Dabak (au nord de Khartoum). Le journaliste est relâché le 5 septembre. Le 1er septembre, il avait critiqué, sur la chaîne de télévision qatarie Al-Jazira, la décision du gouvernement de se retirer des pourparlers engagés avec l’APLS. L’édition d’Al Rai Al Aam du 3 septembre comprenait, par ailleurs, un article critique sur le vice-président Ali Osman Mohamed Taha.

Le 9 novembre, des membres des services de sécurité arrêtent Sid’Ahmed Khalifa, rédacteur en chef du quotidien Al Watan, suite à la parution d’un article sur des affrontements entre étudiants et policiers à l’université de Khartoum. Le fils du journaliste, Adil Sid’Ahmed Khalifa, est convoqué le même jour et menacé de représailles si d’autres articles paraissent sur les incidents de l’université. Le lendemain, c’est à son tour d’être arrêté. Les deux hommes sont relâchés le 12 novembre.

Pressions et entraves

Le 23 janvier 2002, Hussein Khojali, directeur du quotidien Alwan, est condamné à une amende de 5 millions de livres (environ 20 000 euros) pour "avoir publié une fausse information". Le quotidien est, quant à lui, condamné à une amende de 7 millions de livres (environ 28 000 euros). Hussein Khojali avait publié un article dans lequel il faisait état du départ de Khartoum de Lam Akol, ministre des Transports, pour rejoindre les rebelles du Sud. Un autre journaliste du quotidien, Hadiya Ali, est condamné à une amende de 2 millions de livres (environ 8 000 euros) pour les mêmes raisons. Les deux journalistes ont fait appel.

Le 2 février, les forces de sécurité font une descente dans les locaux du quotidien Alwan. Les officiers confisquent quatre pages qui devaient figurer dans l’édition du 3 février. La raison invoquée est la publication d’articles diffamatoires.

Le 16 mars, Sid’Ahmed Khalifa, rédacteur en chef du quotidien Al Watan, est condamné à une amende de 3 millions de livres (environ 12 000 euros) pour diffusion de "fausses nouvelles". Il avait rapporté que de nombreux responsables du gouvernement avaient accompli le pèlerinage de La Mecque aux frais de l’Etat. Le journaliste a fait appel.

Le 27 mars, Saad al Din Ibrahim, rédacteur en chef du quotidien Al Horriya, et Salah Salim, caricaturiste du même journal, sont condamnés à une amende de 8 millions de livres (environ 32 000 euros) pour la publication d’un dessin critiquant l’administration des impôts.

Le 13 juillet dans la nuit, des membres des forces de sécurité se rendent à l’imprimerie du quotidien Al Horriya, à Khartoum, et confisquent toutes les couvertures du numéro sous presse. Les services de sécurité ne fournissent aucune explication à cette mesure. Le numéro d’Al Horriya, daté du 13 juillet, n’a ainsi pas pu être publié. Cette sanction s’expliquerait par la présence d’un article qui rendait compte, de manière critique, de la dissidence au sein du principal parti nordiste d’opposition, El Oumma. Menée par Moubarak Al-Fadil Al-Mahdi, une faction avait décidé, le 12 juillet, de faire alliance avec le gouvernement.

Le 18 juillet, Noureddine Madani, journaliste du quotidien As Sahafa, est convoqué par les services de sécurité suite à la publication d’un article où il avait employé les mots de "Armée populaire de libération du Soudan" plutôt que "rebelles", le terme consacré dans les rédactions. Des officiers avertissent le journaliste qu’il sera puni s’il recommence.

Le 20 juillet, un tribunal spécialisé dans les affaires de presse condamne Nhial Bol, directeur du Khartoum Monitor, à 500 000 livres (environ 2 000 euros) suite à la rédaction d’un article sur l’autodétermination de la localité du sud, Abiyeh. Cet article n’était pourtant pas sorti car les services de sécurité l’avaient censuré à l’imprimerie. Albino Okeny, rédacteur en chef du quotidien Khartoum Monitor, est condamné à 250 000 livres (environ 1 000 euros). Le journal est, par ailleurs, suspendu pour deux jours. Le même tribunal condamne, par ailleurs, Alfred Taban, autre directeur du journal, à une amende de 500 000 livres soudanaises (environ 2 000 euros) suite à la parution d’un article sur les violations des droits de l’homme dans la ville de Kassala (est du pays).

Le 24 août, le Conseil national de la presse (CNP, organe d’Etat chargé de superviser les médias) ordonne la fermeture, pour un jour, du quotidien Al Ayyam. Le Conseil accuse la publication d’avoir "offensé la décence publique" suite à la parution d’un article sur la circoncision.

Le 3 septembre au soir, des membres des forces de sécurité confisquent, à l’imprimerie, les éditions des quotidiens Khartoum Monitor et Al Horriya. Le 4 septembre, Alfred Taban et Albino Okeny sont convoqués par des responsables des forces de sécurité. Ces derniers leur reprochent leur ton critique à l’égard du régime. Le numéro daté du 4 septembre contenait un discours de l’opposant Sadek al-Mahdi, critiquant la décision de retrait des pourparlers à Nairobi entre le régime de Khartoum et l’APLS. Un autre article faisait état des revendications des habitants de la ville d’Abiyeh (à la frontière avec le Sud-Soudan) de faire partie du Sud-Soudan et non du Nord.

Le quotidien Al Horriya comprenait, quant à lui, un éditorial qualifiant de "négative" la décision de suspendre les pourparlers. Al Haj Warrag, directeur de cette publication, et Lubna Ahmed Husein, journaliste, sont convoqués, le 5 septembre, par les forces de sécurité qui les interrogent à ce sujet.

Le 5 septembre au matin, les numéros du quotidien As Sahafa sont également confisqués à l’imprimerie. Dans son édition de la veille, le journal avait critiqué cette même décision.

Le 7 octobre, Faisal el Bagir, journaliste et correspondant de Reporters sans frontières au Soudan, est arrêté à son domicile par des membres des forces de sécurité de l’aéroport alors qu’il rentre du Caire. Le journaliste est interrogé plusieurs heures sur une conférence internationale sur la liberté d’expression à laquelle il avait participé à Dakar. Durant l’année 2002, le journaliste a été convoqué plusieurs fois par les forces de sécurité. Les interrogatoires portaient sur les articles qu’il avait écrits sur les droits de l’homme ou sur ses relations avec des organisations de défense des droits de l’homme comme la Sudanese Organisation against Torture (SOAT) dont il est membre.

Le 5 novembre, le Conseil national de la presse ferme pour deux jours le quotidien Khartoum Monitor suite à la publication d’un éditorial sur le sida. L’auteur de l’article avait utilisé un langage qui, selon le Conseil, pouvait conduire à l’immoralité publique. Cet organisme a, par ailleurs, estimé que l’éditorial avait utilisé un langage "trop direct" dans la description d’organes sexuels.

Le 9 novembre, des membres des forces de sécurité confisquent les exemplaires des quotidiens El Watan, As Sahafa et Al Horriya lors d’un raid dans leurs imprimeries respectives. Les trois journaux comportaient des articles sur les récents affrontements entre étudiants et policiers à l’université de Khartoum, bien que les rédactions aient été averties quelques jours auparavant de ne pas traiter de ces incidents.

Le 26 novembre, Noureddine Madani, rédacteur en chef du quotidien As Sahafa, et Ahmed Yousif Eltai, directeur commercial du quotidien As Sharie Al Siassi, sont interrogés au quartier général des forces de sécurité à Khartoum pendant plusieurs heures. Le premier est interrogé sur la reprise par son journal, le jour même, d’une interview (publiée dans le quotidien arabophone basé à Londres Ash Sharq el Awsat) d’Ali Al-Haj, vice-secrétaire du Congrès national populaire (CNP, parti interdit de Hassan el-Tourabi). Le second doit s’expliquer sur la publication d’un article, publié le même jour, dans lequel était mentionné que Hassan el-Tourabi a écrit six livres depuis qu’il est assigné à résidence.

Le 13 décembre, Ahmed Ibrahim El-Tahir, porte-parole du Parlement, menace d’en restreindre l’entrée aux journalistes s’ils émettent trop de critiques à son égard.

Le 19 décembre, les services de sécurité pénètrent dans les imprimeries des Al Horriya, As Sahafi Al Daouli et As Sahafa, et saisissent tous les exemplaires des trois quotidiens. Le rédacteur en chef d’Al Horriya, Saad al Din Ibrahim, est informé que cette saisie est due à la publication d’un communiqué du ministère des Ressources animales contestant une rumeur qui faisait état d’une maladie du bétail ayant infecté des êtres humains par le lait et la viande de bœuf. La publication d’articles sur cette présumée contamination avait précédemment été interdite par les autorités. Les deux autres journaux auraient été sanctionnés pour la même raison.

Le 28 décembre, le directeur général de la Sécurité intérieure ordonne la suspension immédiate des activités de Al Watan et de la Compagnie de la Corne de l’Afrique qui édite le journal. Adil Sid Ahmed Khalifa, rédacteur en chef adjoint du quotidien indépendant, déclare que des agents des services de sécurité sont entrés dans les locaux du journal et ont ordonné l’évacuation des lieux. Le 30 décembre, les autorités publient un rapport dans lequel elles justifient cette fermeture. "Le journal a publié une série d’articles sur une présumée corruption sans les appuyer par des éléments substantiels (...) La publication de ces articles avait pour objectif de diffamer et de ternir la réputation des institutions et des personnes." Le texte mentionne vingt cas pour lesquels le quotidien a été condamné par la justice. Certaines de ces affaires concernent des entretiens avec des membres de l’opposition, notamment Hassan el-Tourabi. Al Watan est également sanctionné pour des articles critiquant le déroulement de l’élection présidentielle irakienne.

Le 28 décembre, les quotidiens Al Horriya et As Sahafa ne paraissent pas dans les kiosques suite aux menaces reçues la veille par leurs responsables. Convoqués dans les bureaux de la Sécurité intérieure, Noureddine Madani et Rabie Hamid, respectivement rédacteur en chef et directeur général d’ As Sahafa, avaient été interrogés sur la reprise d’un communiqué du Congrès national populaire (CNP, parti interdit de Hassan el-Tourabi).

Le texte critiquait la prorogation, pour un an, de l’état d’urgence. Saad al Din Ibrahim, rédacteur en chef du quotidien Al Horriya est, quant à lui, interrogé sur un article accusant le gouvernement d’avoir "vendu l’économie nationale soudanaise" et de s’être approprié illégalement "des milliards" de livres soudanaises. Les responsables de ces journaux avaient été informés qu’ils seraient sanctionnés et ne pourraient pas sortir leur édition du samedi. En cas de désobéissance, les exemplaires seraient saisis.



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