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Tunisie


-  Superficie : 163 610 km2.
-  Population : 9 562 000.
-  Langue : arabe (off.).
-  Nature de l’Etat : république unitaire.
-  Chef de l’Etat : Zine el-Abidine Ben Ali.

Tunisie - Rapport annuel 2003

Le régime du président Ben Ali a poursuivi, tout au long de l’année, et en dépit de quelques libérations, ses intimidations à l’égard des journalistes : arrestations, harcèlements, campagnes de presse diffamatoires, etc. Dans les procès d’opposants, la justice a démontré, une nouvelle fois, qu’elle était aux ordres. Enfin, un cyberdissident a été torturé et condamné à deux ans de prison pour avoir critiqué le Président.

99,52 % de "oui". Tel est le score sans appel du référendum du 26 mai 2002 sur la modification de la Constitution qui supprime la limitation des mandats à la présidence, permettant ainsi à l’actuel chef d’Etat de briguer un quatrième mandat en 2004 et instituant son impunité pénale. Les Tunisiens se sont exprimés "en toute liberté et dans un contexte de démocratie et de transparence absolue". Cette étape "conforte les fondements de l’Etat de droit, consolide la protection des libertés et des droits de l’homme", déclare, le lendemain, le président Zine el-Abidine Ben Ali, rebaptisé, à cette occasion "Ben à vie" par le journaliste Taoufik Ben Brik.

Le 21 juillet, le chef de l’Etat ose encore se féliciter du "bond qualitatif méritoire accompli par la justice tunisienne" alors que l’année a été émaillée de procès iniques. En février, à l’issue d’une audience, qualifiée de "mascarade" par de nombreux observateurs internationaux, Hamma Hammami, leader du Parti communiste ouvrier tunisien (PCOT) et directeur de publication du journal El Badil, est condamné à neuf ans de prison. En août, Abdallah Zouari, un journaliste islamiste qui venait de passer plus de dix ans en prison, est à nouveau arrêté et condamné à six mois de prison. Les deux hommes sont respectivement relâchés en août et septembre suite aux pressions des organisations tunisiennes et internationales de défense des droits de l’homme. Plusieurs journalistes étrangers venus couvrir le procès de l’opposant communiste et le référendum ont été empêchés de travailler.

Même la frileuse Association des journalistes tunisiens (AJT, proche du pouvoir) a dénoncé, en mai, le bâillonnement des médias. Son rapport critique sur la liberté de la presse, le premier du genre depuis plusieurs années, a suscité une controverse entre ses auteurs, des journalistes de l’AJT et le président de l’association. Plusieurs membres de cette association se sont inquiétés, en particulier, du fossé entre un discours politique libéral et une "réalité marquée par la restriction des libertés d’expression et d’opinion". Ce texte fait état de journalistes "marginalisés", soumis aux pressions, censurés, interdits de couvrir certains événements, parfois interpellés ou emprisonnés. Mohamed Ben Salah, président de l’AJT et membre du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD, parti au pouvoir), a quant à lui affirmé que le rapport n’était qu’un "projet interne" n’engageant pas l’AJT. De son côté, Lotfi Hajji, de l’hebdomadaire privé Réalités, a maintenu que le document avait bel et bien été adopté.

Les autorités tunisiennes ont déployé d’énormes efforts pour museler les voix des opposants qui, à défaut de pouvoir s’exprimer dans leur pays, tentaient de le faire à l’étranger. Le régime n’a pas hésité à payer des journaux arabes pour qu’ils publient des articles virulents à l’encontre de journalistes comme Sihem Bensedrine, Souhayr Belhassen ou Slim Bagga.

Et les pressions ont parfois été payantes : la chaîne de télévision arabe basée à Londres, Al Mustakillah, qui avait offert une tribune inespérée à l’opposition, en 2001, a fini par revenir à la ligne officielle suite à des intimidations répétées à l’égard de son directeur.

Enfin, le régime a renforcé - si cela était encore possible - son contrôle sur les moyens de communication : téléphone, fax, et surtout Internet. Début juin, Zouhair Yahyaoui, fondateur d’un site d’opposition, a été arrêté dans un cybercafé. Torturé et condamné à deux ans de prison, il avait notamment critiqué, sur son site, le président Ben Ali.

Trois journalistes incarcérés

Au 1er janvier 2003, un journaliste est toujours emprisonné dans le pays. Hamadi Jebali, directeur de l’hebdomadaire Al Fajr, organe officieux du mouvement islamiste Ennahda, est incarcéré depuis 1991. En 1992, il a été condamné par la cour militaire de Tunis à seize ans de prison pour "agression dans l’intention de changer la nature de l’Etat" et "appartenance à une organisation illégale". Il venait de purger une peine d’un an de prison pour avoir publié un article qui critiquait le système des tribunaux militaires.

Deux journalistes ont recouvré leur liberté en 2002. Abdallah Zouari, également collaborateur d’Al Fajr, qui avait été arrêté en 1991 et condamné à onze ans de prison pour "appartenance à une organisation illégale", a été libéré en juin 2002. Arrêté de nouveau en août pour ne pas s’être plié à une mesure d’éloignement, il a été condamné à huit mois de prison. Il a finalement été relâché en octobre. Le 31 mars, Hamma Hammami, leader du Parti communiste ouvrier tunisien (PCOT) et directeur de publication du journal El Badil, a été condamné, en appel, à trois ans et deux mois de prison. Arrêté le 2 février, il était accusé d’appartenance au PCOT (appartenance et maintien d’une association illégale, distribution de tracts, diffusion de fausses nouvelles, etc.). Il a été libéré en septembre.

Un cyberdissident incarcéré

Le 4 juin 2002, Zouhair Yahyaoui, fondateur et animateur du site d’informations TUNeZINE, est arrêté par des policiers en civil dans un cybercafé de Tunis. Il est ensuite interrogé par des membres de la Direction de la Sûreté d’Etat (DES, qui dépend du ministère de l’Intérieur) et torturé. Il finit par donner le code d’accès à son site Internet. Le 10 juillet, le cyberdissident est condamné à une année de prison pour "propagation de fausses nouvelles dans le but de faire croire à un attentat contre les personnes ou contre les biens" et à une autre année pour "vol et utilisation frauduleuse de moyens de communication". Le jeune homme, dont le site rapportait les propos de l’opposition, s’était moqué, à plusieurs reprises, du président Ben Ali.

Pressions et entraves

Le 24 janvier 2002, deux hebdomadaires arabophones, Essada et Sabah El Kheir, sont saisis en raison d’articles critiques à l’égard des dirigeants de l’Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT).

Le 30 janvier, Mohseni Loumamba, journaliste du mensuel non autorisé Kaws el Karama, est violemment frappé à la tête, en pleine rue, par des policiers en civil après une conférence de rédaction du journal.

Le 1er février, une équipe de la chaîne de télévision française France 2 venue couvrir le procès, en première instance, de Hamma Hammami, se voit confisquer une cassette vidéo. Son matériel est endommagé. Le lendemain, un cameraman de la chaîne de télévision franco-allemande Arte est brutalisé devant le tribunal, sa caméra cassée et sa cassette confisquée. Une cameraman de la chaîne de télévision française France 3 est également malmenée.

Le 9 mars, lors du procès en appel de Hamma Hammami, un membre de Reporters sans frontières et une journaliste suisse de La Tribune de Genève, Laurence Bezaguet, ne sont pas autorisés à pénétrer dans la salle d’audience alors que les journalistes locaux peuvent couvrir normalement le procès. Le numéro 4 de février-mars 2002 du mensuel Al Tariq al-Jadid, organe du Mouvement Ettajdid, est saisi par les autorités après son impression. Aucune explication n’est fournie. Le numéro contenait notamment des analyses critiques sur les réformes constitutionnelles. Seule formation politique présente au Parlement à n’avoir pas appelé à voter "oui" au référendum, Ettajdid a été, par ailleurs, boycottée à la télévision et à la radio.

Le 1er mai, une rencontre organisée par le mensuel Kaws el Karama ne peut se tenir en raison d’un important dispositif policier qui interdit l’accès au lieu de rendez-vous. Alors que les participants renoncent à accéder à la salle, Mohammed Ioua Noughene, journaliste du quotidien algérien El Khabar, est pris à partie par cinq policiers en civil. Ces derniers le frappent violemment alors même qu’il avait précisé être journaliste.

Le 16 mai, Jean-Pierre Tuquoi, journaliste spécialisé sur le Maghreb au quotidien français Le Monde, est refoulé à l’aéroport de Tunis-Carthage alors qu’il vient couvrir le référendum sur la Constitution. Monsieur Tuquoi "s’est toujours illustré par sa mauvaise foi systématique et manifeste, ses invectives et son hostilité déclarée à l’égard de la Tunisie et son acharnement à lui nuire", expliquent les autorités tunisiennes. Jean-Pierre Tuquoi est l’auteur, avec Nicolas Beau, de Notre ami Ben Ali : l’envers du "miracle tunisien" (La Découverte), paru en 1999. Cet ouvrage avait montré, pour la première fois, la face cachée du régime tunisien en pointant du doigt son système répressif et ses dérives maffieuses. Depuis la publication de ce livre, le journaliste n’était pas retourné en Tunisie. Les autorités de Carthage censurent régulièrement Le Monde lorsqu’il contient un article critique à l’égard du régime tunisien.

Le 25 mai, plusieurs journalistes étrangers couvrent la tenue d’un rassemblement de soutien à Hamma Hammami devant la prison civile de Tunis lorsqu’ils sont pris à partie par des policiers en civil. Régis Nuysbaum et Hervé Dhinaut de France 3 se font confisquer leur caméra, et Denis de Montgolfier d’Arte son appareil photo. Deux journalistes de la BBC, Paul Wood et Robby Right, qui filment de loin l’altercation entre les journalistes et les policiers sont rattrapés par plusieurs hommes qui les interrogent et leur prennent plusieurs cassettes. Les policiers ordonnent ensuite à tous les journalistes de quitter les lieux. Le même jour, le domicile de l’écrivain et journaliste Taoufik Ben Brik est encerclé par plusieurs dizaines de policiers. Des journalistes du quotidien américain Los Angeles Times et des députés européens qui souhaitent assister à une réunion à son domicile en sont empêchés.

En juin, le hors-série de l’hebdomadaire français Courrier international (juin/juillet) consacré à la Coupe du monde de football est retiré des kiosques après avoir été distribué normalement pendant plusieurs heures. Le numéro contenait un article de Taoufik Ben Brik intitulé " Foot, magots et magouilles ", où le journaliste épinglait Slim Chiboub, le gendre du Président, qui a la haute main sur le football en Tunisie.

Le 14 décembre, Hedi Yahmed, de l’hebdomadaire privé Réalités, est convoqué par le procureur de la République pour "propagation de fausses nouvelles". Il avait réalisé un dossier sur l’état des prisons en Tunisie. Cette parution coïncidait avec une campagne en faveur des détenus politiques en isolement total. Suite aux pressions de sa direction, le journaliste est contraint de démissionner peu après. De nombreux numéros du journal sont retirés des kiosques.

Tout au long de l’année, les journalistes et les opposants en général ont été soumis à des coupures de leurs téléphones fixes ou portables.



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