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Rapport d’activité 2006

III. Les modes d’action de Reporters sans frontières

1. Les actions quotidiennes : les communiqués de presse et les lettres de protestation

Avant d’agir, Reporters sans frontières recense toutes les atteintes à la liberté de la presse. Après vérification, l’organisation diffuse les informations en adressant des lettres de protestation aux autorités et des communiqués de presse à la presse nationale et locale.

En 2006, plus de 1 000 communiqués et lettres de protestation ont été diffusés. Les objectifs sont :

-  Peser sur les gouvernements qui ne respectent pas la liberté de la presse
-  Sensibiliser les médias et l’opinion, et les mobiliser en faveur des journalistes et médias persécutés.

2. Les parrainages

Depuis 1989, Reporters sans frontières propose à des rédactions françaises et étrangères de parrainer des journalistes emprisonnés pour avoir fait leur métier. Les parrains sont invités à soutenir un confrère en prison et à demander régulièrement sa libération afin que son cas ne soit pas oublié et que la médiatisation de sa situation le protège de ses geôliers.

3. Les missions

Dans certains cas graves, recenser les informations depuis le secrétariat international ne suffit pas, l’organisation envoie alors une mission sur le terrain. Cette dernière est chargée d’enquêter sur des cas d’assassinats de journalistes, interroger leurs familles et avocats et rencontrer les autorités du pays. Ces missions sont l’occasion de sensibiliser la presse locale aux actions de l’organisation, de faire pression sur le gouvernement afin qu’une enquête soit mise en place et ainsi mettre fin à l’impunité dont bénéficient les assassins des journalistes.

En 2006, les chercheurs de l’organisation ont mené une quinzaine de missions, notamment en Libye, à Gaza, en République démocratique du Congo, aux Maldives, au Tibet, etc.

4. Aides apportées aux journalistes emprisonnés et aux médias en difficulté

En 2006, Reporters sans frontières a accordé une centaine de bourses d’assistance afin de venir en aide aux familles des journalistes emprisonnés, de prendre en charge des frais d’avocats, des frais médicaux, ou d’apporter une aide financière à un journaliste ou à un média en difficulté. L’organisation a, par exemple, accordé une bourse d’assistance à un journaliste érythréen en exil, ou encore, elle a apporté son soutien financier à l’organisation d’un séminaire à Peshawar (Pakistan) pour que la lumière soit faite sur l’enlèvement et puis l’assassinat du journaliste Hayatullah Khan. L’événement était organisé avec l’organisation partenaire « Tribal Union of Journalists ».

5. Aides apportées aux journalistes réfugiés

-  Le bureau des réfugiés

Hébergé au sein du siège de Reporters sans frontières, il a pour but d’aider les journalistes, contraints de fuir leur pays, dans les difficultés qu’ils peuvent rencontrer lors de leur demande d’asile politique.

En 2006, 132 dossiers de demandes d’asile ont été déposés. Le bureau filtre et contrôle ces candidatures en menant une enquête de manière à s’assurer que le demandeur d’asile est bien journaliste et qu’il est victime de mesures de répression dans l’exercice de son métier.

Après enquête, 52 dossiers ont été soutenus. Ces journalistes, provenant de quarante-deux pays différents, demandaient l’asile politique ou territorial dans différents pays : Allemagne, Belgique, France, Grande-Bretagne, Luxembourg, Sénégal, Suisse et Turquie. Trente et un d’entre eux ont obtenu leur statut de réfugié.

Le bureau aide également les journalistes à entamer une procédure de regroupement familial, à trouver du travail ou un logement.

-  La Maison des journalistes (MDJ)

Initiée par Danièle Ohayon et Philippe Spinau, et soutenue par Reporters sans frontières, la Maison des journalistes a vu le jour le 3 mai 2002, à l’occasion de la Journée internationale de la liberté de la presse.

Chaque année, elle héberge une trentaine de journalistes soutenus par le bureau des réfugiés. Ces derniers y résident pour une durée de six mois, le temps d’obtenir leur statut. Durant cette période, la MDJ s’emploie à les aider à mieux connaître et comprendre leur pays d’accueil, et particulièrement, si besoin est, sa langue, et à faciliter le retour à une activité professionnelle.

6. Les opérations coup de poing

Pour faire entendre ses revendications, pour s’élever contre des atteintes flagrantes à la liberté de la presse, et quand l’actualité le justifie, Reporters sans frontières organise des opérations « coup de poing » lors de visites officielles de chefs d’Etat ou de membres de gouvernements étrangers et en fonction des temps forts de l’actualité internationale.

Ces opérations, relayées largement par les médias, permettent à l’organisation de faire pression sur les pays qui violent la liberté d’expression. En effet, de nombreux Etats qui ne respectent pas la libre circulation de l’information sont très soucieux de leur image, étant à la recherche de financement auprès de la communauté internationale. Aussi sont-ils inquiets de se voir montrés du doigt par les organisations de défense des droits de l’homme.

-  Assassinat de Samir Kassir : un an d’impunité - Juin 2006

Le 2 juin 2005, le journaliste franco-libanais Samir Kassir mourait dans l’explosion de sa voiture, devant son domicile dans le quartier d’Achrafieh, à l’est de Beyrouth.

Le 2 juin 2006, un an après jour pour jour, Reporters sans frontières lui rendait hommage sur le parvis des droits de l’homme, place du Trocadéro à Paris. A cette occasion, une cinquantaine de militants de l’organisation ont déployé un drapeau libanais de 150m2 sur lequel était imprimé le portrait de Samir Kassir.

-  Turkménistan : le silence par le sang - Septembre 2006

Pour protester contre la mort violente d’Ogoulsapar Mouradova, la correspondante turkmène de Radio Free Europe / Radio Liberty emprisonnée depuis le 18 juin 2006, une vingtaine de militants de Reporters sans frontières ont occupé, pendant trois heures, l’ambassade du Turkménistan à Paris, dans le XVIe arrondissement.

L’organisation réclamait également la libération de deux journalistes et militants des droits de l’homme emprisonnés : Annakourban Amanklytchev, collaborateur de la société de production Galaxie-Presse et de la chaîne de télévision France 2 et Sapardourdy Khajiev .

-  « Que savait Guy-André Kieffer ? » - Octobre 2006

Une trentaine de militants de Reporters sans frontières et du comité "Vérité pour Guy-André Kieffer", accompagnés de l’épouse et des membres de la famille du journaliste, ont manifesté à l’ouverture du Salon du chocolat qui se tenait à Paris, du 28 octobre au 1er novembre 2006, afin d’attirer l’attention des visiteurs sur les investigations que menait Guy-André Kieffer au moment de son enlèvement à Abidjan.

Les militants ont collé des bandes de ruban adhésif et des autocollants autour du pavillon de la Côte d’Ivoire, et distribué des tracts, sur lesquels figurait le visage du journaliste sous le titre : "En Côte d’Ivoire, le cacao peut tuer : que savait Guy-André Kieffer ?"

Guy-André Kieffer a été kidnappé sur le parking d’un supermarché d’Abidjan, le 16 avril 2004, après être tombé dans un guet-apens tendu par un membre de l’entourage du président Laurent Gbagbo. Depuis, sa famille et ses proches n’ont reçu aucun signe de vie.

-  24 heures contre la censure sur Internet - Novembre 2006

Pour refuser la censure et sensibiliser le plus grand nombre sur le cas des 60 cyberdissidents emprisonnés, Reporters sans frontières a lancé une grande opération sur son site Internet.

Dans le cadre de cette manifestation, les Internautes ont été invités à dénoncer la censure d’un simple clic. Au total 17 000 personnes ont voté sur la carte des ennemis d’Internet, 3300 internautes ont posté un message de soutien, 340 messages audio pour Jerry Yang, le fondateur de Yahoo !, ont été récoltés en ligne. Enfin, 55 blogs ont été créés sur la plate-forme de Reporters sans frontières : www.rsfblog.org.

Dans un même temps, les équipes de Reporters sans frontières ont organisé des animations à New York et à Paris.

A New York, des camions publicitaires ont parcouru les rues de la ville, en arborant de grandes affiches présentant la carte du monde des trous noirs du Web. Ces véhicules ont notamment stationné devant les locaux de Yahoo ! Des "vélos publicitaires" ont également sillonné la ville.

A Paris, l’association a organisé une projection géante sur des monuments de la ville. Devant la presse et les passants, la carte du monde de la censure sur Internet a été dévoilée sur la façade de la gare Saint-Lazare et sur l’Opéra Bastille. Elle a également été projetée sur le siège de Yahoo ! à Paris. Des militants de Reporters sans frontières ont demandé un rendez-vous aux dirigeants de l’entreprise afin de leur remettre les messages audio enregistrés pendant la cybermanif.

-  « Poutine décoré, la France déshonorée » - Novembre 2006

Le 17 novembre 2006, une vingtaine de militants de l’organisation se sont réunis devant le musée de la Légion d’honneur à l’occasion de son inauguration. Repoussés par la police et retenus à bonne distance du musée, ils arboraient tous l’insigne de la Légion d‘honneur pour protester contre la décoration du président russe. Des pancartes et des banderoles rappelaient que Vladimir Poutine est un “prédateur de la liberté de la presse” et qu’Anna Politkovskaïa, assassinée le 7 octobre 2006, est la dernière victime de la violence à l’égard des journalistes en Russie.

Par ailleurs, au mois d’octobre 2006, Reporters sans frontières avait saisi le Conseil d’Etat et le président de la République pour que Vladimir Poutine soit démis de son titre de Grand-Croix (distinction la plus élevée) qui lui avait été décerné le 22 septembre.

-  Cuba : deuxième prison du monde pour les journalistes - Décembre 2006

Le 2 décembre 1956, le bateau Granma accostait à Cuba, avec à son bord les frères Castro. A la veille du cinquantenaire de l’événement, le 1er décembre 2006, Reporters sans frontières a manifesté publiquement sa solidarité à l’égard des journalistes cubains emprisonnés. En présence de la presse française et étrangère, et de personnalités cubaines exilées, dont des journalistes dissidents, l’organisation a installé, sur la place du Trocadéro à Paris, vingt-trois cages, abritant chacune un détenu volontaire, masqué et vêtu d’un costume de prisonnier.

Sur chaque cage figurait le nom, le média d’appartenance, la durée de la peine et les motifs d’incarcération de chaque journaliste emprisonné.

Vingt des vingt-sept journalistes arrêtés et condamnés lors de la vague de répression de mars 2003 sont toujours détenus, dont le correspondant de Reporters sans frontières, Ricardo González Alfonso. Accusés pour la plupart d’être des “mercenaires au service d’une puissance étrangère”, ils ont écopé de peines allant de 14 à 27 ans de prison.

8. « Ne les oublions pas »

Nombreux sont les journalistes qui payent de leur vie leur volonté de s’exprimer. Pour ne pas les oublier, Reporters sans frontières s’engage à perpétuer leur mémoire grâce aux hommages qui leur sont rendus.

-  "Liban, la liberté assassinée" : Appel à la mobilisation

Au cours d’une soirée organisée par Reporters sans frontières et présentée par Christine Ockrent, le 1er février 2006, à l’auditorium du musée d’Orsay à Paris, les familles de Samir Kassir, Gebrane Tuéni et May Chidiac, ainsi que des personnalités françaises et libanaises, ont rendu hommage aux deux journalistes libanais assassinés et à la présentatrice grièvement mutilée.

A cette occasion, Nayla Tuéni, fille de Gebrane Tuéni, Gisèle Khoury, veuve de Samir Kassir, Micheline Chidiac Baaklini, sœur de May Chidiac, les anciens ministres français Michel Barnier et Bernard Kouchner, Ghassan Salamé, ancien ministre libanais de la Culture, l’écrivain Amin Maalouf et Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières, ont livré leurs témoignages sur les journalistes engagés qu’ils étaient et ont appelé l’opinion publique internationale et la France à la mobilisation pour que leurs morts n’aient pas été vaines. Le pianiste franco-libanais Abdel Rahman El Bacha a également offert un récital à la mémoire des journalistes.

-  Mémorial des Reporters à Bayeux, inauguré le 7 octobre 2006

Pour que les noms des journalistes tués dans l’exercice de leur fonction ne soient jamais oubliés, la ville de Bayeux (Normandie), en collaboration avec Reporters sans frontières, accueille un mémorial entièrement dédié aux reporters tués dans le monde depuis 1944.

Ce Mémorial des reporters, conçu et réalisé par l’architecte et paysagiste Samuel Craquelin, est le premier du genre en Europe. Les premières stèles ont été inaugurées le 7 octobre 2006.

En mai 2007, le Mémorial sera constitué d’une promenade paysagère ponctuée de pierres blanches sur lesquelles seront gravés les 2 000 noms des journalistes qui ont perdu la vie pour avoir voulu nous informer.

-  Hommage à Anna Politkovskaïa

Le 11 octobre 2006, quelques jours après son assassinat, Reporters sans frontières a rendu hommage à Anna Politkovskaïa, lors d’un rassemblement devant de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Organisé avec l’association des journalistes France-Russie, Etudes sans frontières et tous les amis de la journaliste à Paris, il a réuni un millier de personnes. Reporters sans frontières a réitéré sa demande de voir la création d’une commission d’enquête internationale.

Après une minute de silence, le professionnalisme et la détermination d’Anna Politkovskaïa dans l’exercice de son métier de journaliste ont été évoqués par ses amis et collègues en France.

9. Les campagnes de sensibilisation

Les campagnes de communication de Reporters sans frontières ont pour objectif de sensibiliser le grand public à la nécessité de son engagement en faveur de la liberté d’expression ; de l’informer sur les atteintes à l’encontre des journalistes ; et de faire une mauvaise publicité aux Etats qui ne respectent pas ce droit fondamental auprès des différentes organisations internationales, des médias et des gouvernements qui entretiennent des liens avec les pays concernés.

En 2006, l’organisation a réalisé, en collaboration avec les différents professionnels de la communication, une dizaine de campagnes de sensibilisation (presse, radio, affichage et film).

10. Les publications

-  Le bilan annuel de la liberté de la presse dans le monde

Chaque année, Reporters sans frontières dresse le bilan du nombre de journalistes tués, interpellés, agressés ou menacés et du nombre de médias censurés à travers le monde.

En 2006 :

-  82 journalistes tués
-  32 collaborateurs des médias tués
-  au moins 871 interpellés
-  au moins 1 472 agressés ou menacés
-  au moins 912 médias censurés
-  au moins 56 journalistes enlevés

A titre de comparaison, en 2005 :

-  63 journalistes tués
-  5 collaborateurs des médias tués
-  au moins 807 interpellés
-  au moins 1308 agressés ou menacés
-  au moins 1006 médias censurés

-  Le classement mondial de la liberté de la presse

Publié au mois d’octobre de chaque année, ce classement permet de mesurer le degré de liberté dont bénéficient les journalistes et les médias de chaque pays et les moyens mis en œuvre par les Etats pour respecter et faire respecter cette liberté.

-  Les affiches

Reporters sans frontières publie, tous les ans, six affiches destinées aux adhérents de l’organisation ainsi qu’à toutes les rédactions.

Ces affiches ont pour objectif de dénoncer un problème sensible ou une actualité liée à la liberté de la presse (les portraits des journalistes emprisonnés, la répression à Cuba, le bilan de la guerre en Irak, l’impunité en Afrique, hommage à Anne Politkovskaïa, les prédateurs de la liberté de la presse, l’impunité en Afrique...).

-  Qui-Vive !

Depuis un an, Reporters sans frontières affiche chaque lundi, avec le concours du réseau Insert, un hebdomadaire mural au format 60 x 80, tourné vers les jeunes (15-24 ans).

Placardé sur 700 panneaux à Paris et en province, Qui-Vive ! propose désormais des informations sur l’actualité de la liberté de la presse dans le monde.

-  Le courrier des adhérents

Trimestrielle, cette publication est destinée aux adhérents de Reporters sans frontières. Elle présente l’actualité de l’organisation, les actions mises en place, les projets à venir, etc.

11. Une nouvelle façon de dire

-  La revue Médias et le blogmedias.com

En 2006, la revue Médias a lancé une nouvelle formule. La publication « pour lire entre les lignes » a décidé de passer à la vitesse supérieure en offrant un contenu plus riche, plus complet, traitant de l’ensemble des médias.

Médias s’intéresse à tous les visages de l’information grâce notamment à ses rubriques aussi variées que : « décryptage », ma vie avec les médias », le « mano à mano » de Pierre Lescure ou encore « le grand entretien ».

La nouvelle maquette de Médias a été imaginée par Nata Rampazzo.

Le site de la revue, www.leblogmedias.com, propose, quant à lui, un suivi quotidien de l’actualité, des chroniques, des billets d’humeur et une véritable interactivité. Précieuse banque de données, on peut également y consulter les archives du magazine.

-  www.rsfblog.org

Reporters sans frontières propose aux internautes d’éditer leur weblog/photoblog en toute simplicité avec un niveau de service professionnel. Pour cela, il suffit de se rendre sur www.rsfblog.org.

Cinq langues sont proposées : français, anglais, allemand, espagnol et italien.

Ce service a été lancé à l’occasion des « 24 heures contre la censure sur Internet » les 7 et 8 novembre 2006.

Quatre bonnes raison de souscrire au rsfblog :
-  un engagement dans la lutte contre la censure ;
-  l’intégration dans une communauté de blogueurs qui défendent les mêmes valeurs ;
-  la garantie de la confidentialité des données personnelles ;
-  une grande qualité technique, une grande simplicité d’utilisation et pas de publicité sur le blog.


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