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Introduction Maghreb-Moyen-Orient

La liberté de la presse victime des dictatures et des tensions internationales

En 2002, les atteintes aux droits de l’homme se sont multipliées au Maghreb et au Moyen-Orient où les autorités, sous prétexte de lutte antiterroriste, ont accentué la répression. Un rapport du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), publié en juillet, a dressé un bilan accablant : les Etats arabes "ont enregistré le niveau de liberté le plus bas du monde à la fin des années 90". A partir d’une série d’indicateurs sur les libertés civiles, les droits politiques, l’indépendance des médias, etc., le Pnud a classé le monde arabe "en dernière place, derrière toutes les autres régions du monde".

Les atteintes à la liberté de la presse résultent bien souvent du grand écart que doivent faire les régimes de cette région : satisfaire leur opinion publique en répondant notamment aux pressions de certaines composantes islamistes (qu’elles soient au sein du pouvoir ou dans l’opposition), et, dans le même temps, donner des gages aux pays occidentaux notamment en matière de lutte antiterroriste. Par ailleurs, pour préserver leur pouvoir et donc leurs intérêts, tout en sachant qu’ils ne disposent d’aucune légitimité démocratique, la majorité d’entre eux ont muselé la plupart des mouvements d’opposition. En focalisant leurs opinions publiques sur le conflit israélo-palestinien, ils tentent de détourner l’attention de leurs populations des problèmes internes majeurs (pauvreté, corruption, répression des minorités, etc.).

Depuis le 11 septembre, le monde arabe, accusé de tous les maux, désire rétablir une image positive. Fin avril, lors d’un colloque sur les médias arabes à Dubaï, Amr Moussa, le secrétaire général de la Ligue arabe, a plaidé en faveur d’"une stratégie arabe unifiée" en matière d’information. "Nous devons absolument nous adresser à l’Occident avec une nouvelle mentalité et des moyens modernes pour contrer cette campagne". Un deuxième objectif a été affiché : contrecarrer la stratégie de communication bien rôdée d’Israël et des Etats-Unis. Outre la radio Voice of America, peu prisée par les auditeurs du monde arabe, car jugée trop pro-israélienne, les Etats-Unis ont créé, en 2002, une radio à destination de la jeunesse du monde arabe. Radio Sawa, qui a commencé à émettre en mars au Koweït, en Jordanie et dans les Emirats arabes unis, a abandonné les programmes d’information, mais continue de diffuser les discours du président américain George Bush ou du secrétaire d’Etat Colin Powell. Mi-juin, les ministres arabes de l’Information réunis au Caire ont décidé d’affecter 22,5millions de dollars à la création d’"un observatoire arabe d’information" chargé de contrebalancer les déclarations anti-arabes et de produire des programmes de télévision en hébreu et en anglais s’adressant à l’opinion israélienne et internationale.

A cette occasion, les ministres de l’Information ont été tentés de s’en prendre à la plus populaire des télévisions arabes, Al-Jazira. Sous prétexte qu’elle donne la parole à Israël, ils ont proposé de sanctionner cette chaîne qui ose, chaque jour, repousser encore davantage les lignes rouges en vigueur dans ces pays. Cette proposition, finalement abandonnée en fin de sommet, n’a pas empêché, les mois suivants, l’Arabie saoudite, le Bahreïn, le Koweït ou la Jordanie d’interdire à la "CNN du monde arabe" de couvrir certains sujets. Au printemps, c’est une véritable crise diplomatique qui a éclaté entre la Jordanie et le Qatar, où est basée Al-Jazira, suite à l’intervention, dans l’émission "Direction opposée", d’un professeur d’université des Etats-Unis, d’origine palestinienne, qui avait accusé la Jordanie d’adopter une politique pro-israélienne.

Sur fond de conflit israélo-palestinien, la presse du monde arabe a multiplié les attaques contre l’Etat hébreu à coups de discours antisémites. En fin d’année, dans le but de "calmer" les Américains, Osama el-Baz, conseiller politique du président égyptien Hosni Moubarak, a critiqué, à travers une série d’articles publiés dans le plus grand quotidien égyptien, El Ahram, les médias arabes qui véhiculaient un discours antijuif. Et il a appelé tout particulièrement les Egyptiens, qui ont été parmi les plus violents dans leurs attaques, à ne pas être aveuglés par des vues racistes.

Sur le terrain, le conflit israélo-palestinien a fait rage et la presse en a été l’une des victimes. Si les médias sont libres et indépendants en Israël, ce n’est pas le cas dans les Territoires palestiniens où les journalistes ont été victimes de l’usage excessif et disproportionné de la force par l’armée israélienne. Trois journalistes, un Italien et deux Palestiniens, ont été tués (selon toute vraisemblance) par l’armée israélienne, alors qu’ils exerçaient leur profession. L’attitude de l’armée, les tracasseries administratives, les accusations très virulentes de hauts responsables israéliens envers les médias étrangers constituent les différents éléments d’une stratégie de harcèlement envers les journalistes, qu’ils soient palestiniens ou étrangers. Affaiblie et désorganisée, l’Autorité palestinienne a perdu de sa capacité d’entrave au travail des journalistes. Cependant, sa volonté de contrôler son image demeure. Les services de sécurité ainsi que des groupes armés du Hamas ont plusieurs fois agressé des journalistes.

Malgré leurs spécificités, les Etats de cette zone ont, au moins, un point en commun : le musellement des médias, en ayant recours à des méthodes autoritaires (Irak, Iran, Tunisie) ou à des pressions plus subtiles (Maroc, Algérie). Si les chaînes satellitaires captées par les paraboles et Internet constituent incontestablement une bouffée d’oxygène pour les populations, les régimes ont compris que ces nouveaux médias constituaient surtout un danger. Ils tentent ainsi de les contrôler : avec succès pour certains (Tunisie) et avec difficultés pour d’autres (Iran). Sans compter que, encore coûteux, ils sont loin d’être accessibles au plus grand nombre.

Ces pays ont brillé, tout au long de l’année, par le manque d’indépendance de leur système judiciaire : arrestations arbitraires (Iran), procès iniques (Tunisie), farce judiciaire (Liban), recours à des cours d’exception (Syrie). Nombreux sont ceux, encore sous état d’urgence, (Soudan, Algérie, Egypte, Israël, Syrie), qui abusent de ce pouvoir pour arrêter des journalistes ou interdire des journaux. Durant l’année, la presse a été l’otage de règlements de comptes ou de dissensions au sein du pouvoir : fermeture d’une chaîne de télévision au Liban, arrestation d’un journaliste du quotidien El Hayat en Syrie, fermetures de journaux et arrestations de journalistes en Iran.

Si le carcan de la censure se desserre chaque année davantage, notamment grâce à la montée en puissance d’Internet et des chaînes satellitaires, les tabous demeurent nombreux. Les chefs d’Etat et les membres des familles royales restent intouchables. La question de l’opposition islamiste est toujours à aborder avec précaution. Dans de nombreux pays, la presse islamiste est interdite ou étroitement contrôlée (Maroc, Autorité palestinienne, Algérie, Egypte). Dans le même temps, la question religieuse demeure épineuse : en Iran, nombreux sont les journalistes qui ont été poursuivis pour "atteinte à l’islam". Les préparations d’une guerre contre l’Irak, à laquelle certains régimes arabes pourraient collaborer, sont un sujet extrêmement sensible. L’information selon laquelle la Syrie se préparait à accueillir des réfugiés irakiens a conduit à l’arrestation du correspondant d’El Hayat à Damas. Le fait que les problèmes de corruption sont de plus en plus abordés est symptomatique de la volonté des Etats de donner des gages à leurs bailleurs de fonds occidentaux. Les droits de l’homme constituent également un sujet sensible comme en Tunisie où un journaliste a dû démissionner après avoir écrit un article sur les conditions de détention dans les prisons.

Le nombre de journalistes arrêtés en 2002 est sensiblement le même qu’en 2001. En revanche, le nombre de médias censurés, suspendus, saisis ou interdits a doublé (80). Le record des journaux censurés est détenu par l’Iran où pas moins d’une vingtaine de titres ont été suspendus. Celui des journalistes arrêtés ou interpellés revient à Israël où plus d’une vingtaine de journalistes palestiniens ont été arrêtés. Au 1er janvier 2003, c’est l’Iran qui comptait le plus grand nombre de journalistes emprisonnés avec dix professionnels des médias derrière les barreaux, souvent condamnés à de lourdes peines de prison. Par ailleurs, tout au long de l’année, les agressions, les filatures et les menaces ont été monnaie courante.

Aucun assassinat de journalistes n’est à déplorer. De même, si, dans de nombreux pays, les autorités ont encore très souvent recours à la torture, elle ne s’applique pas aux journalistes, à l’exception de la Tunisie où un cyberdissident a été torturé lors d’un interrogatoire.




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