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Introduction Afrique - Rapport annuel 2003

La liberté de la presse : une question de volonté politique

Certains dirigeants africains éprouvent un véritable mépris envers les journalistes. Craignant l’apparition d’un véritable contre-pouvoir, ces hauts responsables sont très souvent à l’origine des plaintes, censures ou menaces qui restreignent la liberté de la presse dans leur pays. Le président zimbabwéen Robert Mugabe en est l’exemple le plus frappant. Epaulé par son ministre de l’Information, Jonathan Moyo, il multiplie les déclarations fracassantes et prend des mesures de plus en plus répressives pour faire taire les voix discordantes. Le président togolais, Gnassingbé Eyadéma, aidé par son ministre de l’Intérieur, le général Sizing Walla, est à l’origine de la saisie de milliers d’exemplaires de journaux d’opposition. Les chefs d’Etat guinéen (Lansana Conté), érythréen (Issaias Afeworki), libérien (Charles Taylor) ou bissau-guinéen (Kumba Yala) ont été parmi les plus actifs, en 2002, en matière de violation des droits des journalistes.

En 2002, l’Afrique a changé : les conflits d’hier (Angola, Ethiopie-Erythrée) ont été remplacés par de nouveaux (Côte d’Ivoire, Madagascar). La situation des droits de l’homme et de la liberté d’expression ne s’est pas améliorée pour autant. Près de cent quatre-vingts professionnels de la presse ont été, à un moment ou à un autre, privés de leur liberté dans l’année. A peu près autant ont été menacés ou agressés et plus de quatre-vingts médias ont été censurés. Il est toujours difficile d’exercer la profession de journaliste en toute liberté et en toute sécurité en Afrique subsaharienne. Des chefs d’Etat ou de gouvernement, des ministres, des responsables des services de sécurité, des agents des forces de l’ordre ou des rebelles continuent de s’en prendre à la presse et à ses représentants.

Pourtant, éparpillés dans tout le continent, quelques pays se montrent particulièrement respectueux de la liberté de la presse. Dans ces Etats, les pressions existent comme partout dans le monde, mais les reporters jouissent d’une réelle liberté. Aucun journaliste n’est emprisonné pour avoir fait son métier et aucun média n’est fermé pour s’être montré trop critique envers les autorités. Il en est ainsi en Afrique du Sud, au Bénin, au Botswana, au Cap-Vert, au Mali et à Maurice. Certains de ces pays font partie des plus pauvres au monde. C’est une preuve supplémentaire que le respect de la liberté d’expression n’est pas réservé aux seuls pays développés et occidentaux. Que le respect des droits de l’homme est avant tout une question de volonté politique.

La situation de la liberté de la presse n’est pas uniforme sur le continent. La corne de l’Afrique est la pire région pour les journalistes. En Erythrée, la presse privée n’existe plus. La quasi-totalité des professionnels de la presse ont été contraints de fuir. Ceux qui n’y sont pas parvenus ont été arrêtés et, au 1erjanvier 2003, l’Erythrée est, avec le Népal, la plus grande prison du monde pour les journalistes (dix-huit détenus). En Ethiopie, deux journalistes sont encore derrière les barreaux et plus de quatre-vingts sont sous le coup de poursuites judiciaires. En Somalie, l’absence d’Etat central et l’insécurité générale rendent les conditions de travail des représentants des médias extrêmement précaires. Enfin, à Djibouti, la presse d’opposition a une marge de manœuvre très réduite.

L’Afrique australe, autrefois citée comme exemple en matière de liberté d’expression, devient de plus en plus répressive. Au Zimbabwe, au Swaziland et, dans une moindre mesure, en Zambie et au Malawi, les journalistes s’exposent aux foudres du pouvoir dès qu’ils se montrent trop critiques envers leurs dirigeants. En Angola, en revanche, la fin de la guerre a eu des répercussions positives pour la liberté de la presse.

Disséminés sur le continent, des petits pays, dont on parle peu, profitent de ce silence pour prendre des mesures très restrictives. Les Comores, la Guinée équatoriale, les Seychelles ou le Swaziland sont de ceux-là. La presse indépendante y est systématiquement réprimée et les journalistes qui osent aborder certains sujets tabous sont régulièrement menacés de représailles.
Ces menaces persistantes entraînent l’exil de nombreux journalistes africains. En 2002 encore, des dizaines de professionnels de la presse du continent ont fui leurs pays pour trouver refuge en Europe ou en Amérique du Nord. Ces départs forcés et contraints ne font qu’accroître la pression sur les autres, ceux qui restent, et créent un climat propice à l’autocensure.

L’arme économique est de plus en plus utilisée. Soucieuses de préserver leur image à l’extérieur, les autorités hésitent parfois à faire emprisonner des journalistes. Aussi trouvent-elles d’autres moyens de réduire au silence la presse indépendante ou d’opposition : le boycott publicitaire a été utilisé à plusieurs reprises en Namibie pour asphyxier économiquement un journal indépendant ; au Cameroun, la justice condamne des médias à des amendes exorbitantes ; aux Seychelles, le seul journal privé pourrait être condamné à payer des sommes astronomiques à l’Etat, au titre de dommages et intérêts.

Parallèlement à la répression des pouvoirs publics, il existe une violence privée qui se développe en Afrique subsaharienne. Ainsi, des mouvements rebelles, des groupes armés, des partis politiques ou des organisations confessionnelles se montrent de plus en plus menaçants envers les journalistes. En République démocratique du Congo, les rébellions du Nord et de l’Est s’en prennent plus souvent aux médias que par le passé. Au Nigeria, depuis deux ans, des associations islamistes se montrent très virulentes envers les journalistes. En 2002, pour la première fois, une fatwa a été prononcée contre une journaliste dans le nord du pays. Les rebelles de Côte d’Ivoire ne sont pas non plus exempts de tout reproche en la matière.

Autre motif d’inquiétude : les trop nombreux appels à la haine ethnique publiés dans les journaux ou diffusés par les radios et télévisions. En Côte d’Ivoire, la situation est devenue extrêmement préoccupante après la tentative de coup d’Etat du 19 septembre 2002 quand des journaux ultranationalistes se sont déchaînés contre les étrangers (notamment Burkinabés et Français). En République démocratique du Congo, les médias publics sont souvent accusés de propagande antirwandaise sur leurs ondes. Ces dérives remettent sérieusement en cause l’efficacité des observatoires de l’éthique et de la déontologie. Souvent cités comme solutions idéales à ces problèmes, les observatoires ont montré, en 2002, leurs limites et leur incapacité à gérer des crises de grande ampleur.

L’impunité reste la règle en Afrique subsaharienne, où les autorités restent trop souvent réticentes à mener de véritables enquêtes sur des assassinats ou des disparitions de journalistes. Exemple le plus représentatif : l’affaire Norbert Zongo, au Burkina Faso. En revanche, dans plusieurs cas, la justice fonctionne et semble déterminée à mettre un terme à l’impunité. Ainsi, l’ouverture du procès des assassins présumés de Carlos Cardoso, au Mozambique, est un signe encourageant, comme le sont les enquêtes menées dans d’autres cas d’assassinat de journalistes, au Nigeria et en Ouganda.




  liste pays afrique
01.Introduction Afrique-Rapport annuel 2003
Actualisation Afrique
Afrique du Sud
Angola
Botswana
Burkina Faso
Burundi
Cameroun
Cap-Vert
Comores
Congo
Côte d’Ivoire
Djibouti
Eryhtrée
Ethiopie
Gabon
Gambie
Ghana
Guinée
Guinée équatoriale
Guinée-Bissau
Kenya
Liberia
Madagascar
Malawi
Mali
Mauritanie
Mozambique
Namibie
Niger
Nigeria
Ouganda
R.D. Congo
République centrafricaine
Rwanda
Sénégal
Seychelles
Sierra Leone
Somalie
Swaziland
Tanzanie
Tchad
Togo
Zambie
Zimbabwe

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