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Introduction Asie et Pacifique

La liberté de la presse malmenée par les violences politiques

La zone Asie Pacifique cumule à elle seule le plus grand nombre de journalistes tués, agressés, menacés, arrêtés, emprisonnés et de médias censurés dans le monde.

Au-delà des chiffres, c’est le nombre de régimes dictatoriaux ou totalitaires, notamment communistes, qui caractérisent l’Asie. Dans le premier classement mondial de la liberté de la presse, publié en novembre 2002 par Reporters sans frontières, on trouve quatre pays asiatiques dans les cinq dernières places. La Corée du Nord est, bien entendu, en queue de ce classement. Le bastion stalinien ne connaît aucune forme de pluralisme de l’information. Tous les médias sont orientés vers le culte de la personnalité de Kim Jong-il. De même, en Chine, au Laos ou au Viêt-nam, la population est privée d’information indépendante par des régimes de parti unique de type communiste qui ne tolèrent aucune dissidence organisée. D’autres régimes tels que la dictature militaire birmane, la monarchie absolue bhoutanaise ou encore la dictature policée à Singapour ne laissent quasiment aucune marge de manœuvre aux journalistes indépendants.

Avec onze journalistes tués, l’Asie occupe cette année encore la première place de la liste des continents les plus dangereux pour la presse. Ce sont dans les pays asiatiques démocratiques que le plus grand nombre de journalistes ont été tués. Ainsi, en Inde, deux reporters l’ont été, dont l’un pour avoir enquêté sur les activités d’une secte. Aux Philippines, le sud du pays, et notamment l’île de Mindanao, s’illustre encore une fois comme l’une des zones les plus périlleuses du monde pour la presse. Trois journalistes ont été assassinés et trois autres ont été enlevés. Le cas du reporter Edgar Damalerio, connu pour ses enquêtes sur la corruption, illustre à lui seul le climat dans lequel les journalistes indépendants doivent exercer leur métier. Son assassinat par un policier a eu pour commanditaire nul autre que le chef de la police locale. Les deux hommes ont été démis de leurs fonctions, mais aucune poursuite n’a été lancée contre eux. Au Bangladesh, deux journalistes ont été tués dans le sud du pays par les membres d’un mouvement d’extrême gauche interdit.

Comme dans le reste du monde, la majorité des assassinats de journalistes sont le fait de groupes armés ou de mafias. Pour autant, au Népal, la police est directement impliquée, même si elle refuse encore de le reconnaître, dans la mort sous la torture du journaliste promaoïste Krishna Sen. Au Pakistan, l’enlèvement et l’assassinat du journaliste américain Daniel Pearl est bien le fait de militants islamistes radicaux en quête de vengeance contre un reporter occidental. Certains y ont vu la marque des services secrets pakistanais, liés à ces groupes djihadistes, mais le procès, dont les journalistes ont été tenus à l’écart, a reconnu la culpabilité du militant islamiste pakistanais Sheikh Omar et de ses complices.

Les tensions régionales et les guerres civiles en Asie du Sud ont mis en danger les libertés acquises au cours de la dernière décennie. Au Népal, la guerre entre les forces armées du royaume et les rebelles maoïstes a eu des répercussions sans précédent pour les journalistes. Plus d’une centaine d’entre eux, accusés de soutenir ou de couvrir les activités de la rébellion, ont été arrêtés. Plus grave, les forces de sécurité ont largement utilisé la torture et ont maintenu en détention sans preuves et sans jugement des dizaines de professionnels de l’information. De leur côté, les maoïstes, violemment opposés au pluralisme de l’information, ont tué au moins un reporter et en ont enlevé trois autres. Au Bangladesh, la violence politique récurrente entrave considérablement le travail des journalistes, notamment les correspondants en province des dizaines de quotidiens nationaux. Avec au moins 250 journalistes agressés ou menacés de mort, deux reporters assassinés, vingt rédactions ou clubs de la presse attaqués et 25 journalistes détenus en 2002, le Bangladesh est de loin le pays du monde le plus violent envers la presse. "Il ne se passe pas un jour sans que la presse annonce une agression ou des menaces de mort contre un journaliste", souligne un rédacteur en chef basé dans la capitale. Il devient alors impossible d’écrire librement sur la corruption, le gangstérisme ou l’intolérance religieuse.

Les tensions entre le Pakistan et l’Inde sur la question du Cachemire ont servi d’excuses aux deux gouvernements pour harceler les journalistes les plus indépendants, notamment ceux qui enquêtent sur les sujets sensibles. En Inde, un journaliste cachemiri est resté plus de six mois en prison pour ses articles sur la politique indienne dans la province himalayenne, tandis que la police aux ordres du gouvernement nationaliste s’est acharnée contre le site Internet d’information Tehelka.com. Au Pakistan, ce sont les journalistes d’investigation, notamment des quotidiens anglophones, qui font les frais des menaces des services secrets. Le plus connu d’entre eux, Shaheen Sehbai, décide de s’exiler et lance un site Internet rapidement proscrit par le gouvernement d’Islamabad.

Les bonnes nouvelles en Asie du Sud sont venues du Sri Lanka et de l’Afghanistan. Le cessez-le-feu entre l’armée de Colombo et les rebelles tamouls, puis le processus de paix, ont permis à la presse de travailler plus librement, en ayant accès notamment aux zones contrôlées par les Tigres tamouls. Le gouvernement libéral a par ailleurs abrogé une loi archaïque qui permettait d’emprisonner des journalistes pour "diffamation" et relancé l’enquête sur l’assassinat, en 2000, du journaliste Mayilvaganam Nimalarajan. A Kaboul, plus d’une centaine de publications sont apparues et plusieurs radios internationales peuvent émettre en FM sur la capitale. Mais dans le reste du pays, les chefs de guerre et les conservateurs tentent de mettre à mal ce "printemps de la presse".

L’Asie du Sud-Est est toujours aussi partagée en termes de liberté de la presse. Les dictatures communistes du Viêt-nam et du Laos font jeu égal avec la junte militaire birmane. Si les emprisonnements sont plus importants en Birmanie, où seize journalistes, notamment le septuagénaire Win Tin, sont toujours derrière les barreaux, le Laos ne concède aucune place à une information indépendante. On trouve dans toute la presse laotienne les mêmes articles, parfois écrits par des fonctionnaires du ministère de l’Information. La majorité des journalistes sont membres du parti unique. Au Viêt-nam, la concurrence entre les différents médias permet une information plus diverse, mais le Parti communiste veille. Lors des cérémonies de la Journée de la presse révolutionnaire, en juin, un journal officiel affirme que le Parti n’autorisera "jamais la création de médias privés" car sans le "contrôle du parti et de l’Etat, les médias ne sont plus par le peuple et pour le peuple." Trois journalistes, et autant de cyberdissidents, sont détenus dans le pays.

A l’opposé, la Thaïlande, les Philippines et l’Indonésie continuent de jouir d’une réelle liberté de la presse. Malgré les tentatives du Premier ministre Thaksin Shinawatra, un "Berlusconi asiatique", de faire taire les voix les plus critiques parmi les journalistes thaïs et étrangers, les groupes privés, en anglais ou en thaï, résistent aux pressions. Aux Philippines, le gouvernement de Gloria Arroyo est tenté de mettre au pas les médias les plus radicaux dans le cadre de sa lutte contre les terroristes communistes et islamistes. On peut ainsi s’inquiéter de la préparation de plusieurs lois antiterroristes qui remettent en cause le secret des sources et la confidentialité des informations. L’Indonésie n’a pas connu le retour en arrière que l’on redoutait avec l’arrivée de Megawati Sukarnoputri au pouvoir. La Présidente a, tout comme l’armée et la classe politique, critiqué la presse indépendante. Mais sans que cette dernière soit véritablement harcelée. En revanche, il reste très difficile pour les journalistes indonésiens et étrangers de travailler dans les provinces troublées telles que Aceh, la Papouasie-Nouvelle Guinée ou les Moluques.

Pour leur part, la Malaisie, Singapour ou le sultanat de Brunéi, maintiennent une pression constante qui empêche l’émergence d’une presse indépendante. Des lois répressives, comme celle sur la sécurité intérieure en Malaisie, ou une politique de censure systématique permettent aux régimes de Mohamad Mahathir et de Goh Chok Tong d’écarter toute idée d’alternance politique au nom des "valeurs asiatiques".

L’Asie orientale reste figée. Le régime chinois, occupé à organiser le Congrès du Parti communiste qui a entériné la transition entre les présidents Jiang Zemin et Hu Jintao, n’a accordé aucune place à une information libre des canons de l’orthodoxie. Ainsi, le gouvernement adresse, en juin, aux principaux médias un document de trente-deux points qui défend la ligne du Parti communiste chinois (PCC) sur l’information. Les médias doivent créer une "atmosphère convenable" à l’approche du Congrès et il leur est interdit d’aborder des sujets sensibles, comme la privatisation d’entreprises d’Etat ou les conflits sociaux. Si onze journalistes sont toujours détenus, parfois depuis plus de dix ans, la police s’est acharnée contre les cyberdissidents. Ils sont au moins 35 à être détenus au 1er janvier 2003.

La Corée du Sud confirme ses engagements en faveur de la liberté de la presse. Le gouvernement japonais refuse quant à lui de réformer le système des kisha clubs (clubs de la presse) qui prive les journalistes étrangers et les reporters japonais indépendants d’accéder à l’information. Le Japon reste pour l’instant sourd aux critiques de l’Union européenne qui a dénoncé cette année un système qui entrave la libre circulation de l’information et tire les médias vers le bas.

Enfin, dans le Pacifique, la liberté de la presse est moins malmenée, même si des monarchies comme celle des Tonga mènent la vie dure aux embryons de presse privée. En Australie, le gouvernement conservateur a tenté d’empêcher les journalistes de couvrir la situation des réfugiés parqués dans des camps sur le territoire national ou dans des pays voisins.




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